La canicule historique qui sévit en Europe révèle au grand jour un paradoxe de taille. L’Union Européenne redouble de mesures pour réduire sa dépendance à la Chine. Tout en étant bien obligée de composer avec elle… Et pour cause : la Chine est de loin le premier fournisseur de climatiseurs et ventilateurs des Vingt-Sept. De quoi donner du grain à moudre à la Commission européenne, alors que Bruxelles vient de publier lundi 6 juillet une déclaration conjointe avec Pékin pour équilibrer les échanges commerciaux entre les deux blocs.
Des discours rattrapés par la réalité
Autant dire que le timing est malvenu. Selon les médias d’Etat chinois, les exportations de climatiseurs vers l’Union européenne ont bondi de 43 % au cours du premier semestre de cette année, pour atteindre 3,3 milliards d’euros. Des chiffres qui n’ont pas tardé à défrayer la chronique en Chine, où la presse s’est amusée, relève The Telegraph, des sites créés en Europe pour suivre les stocks de climatiseurs chinois disponibles en temps réel. Et s’est fait un plaisir de critiquer les politiques de réindustrialisation bruxelloises, allant selon elle, à rebours de l’intérêt des consommateurs européens. « Les climatiseurs sont devenus plus rares que des cartes Pokémon », ironise même un média chinois.
Problème : l’Europe atteint aujourd’hui un déficit commercial record avec la Chine. Y compris sur des produits technologiques, où elle avait historiquement une longueur d’avance, qui comptent désormais pour la moitié des importations chinoises de l’UE. « Il s’agit d’un renversement de situation par rapport aux dernières décennies, ce qui est inquiétant pour les industries européennes et pourrait engendrer un problème financier systémique pour l’Union », explique à CNBC Denis Depoux, directeur général monde chez Roland Berger.
Les climatiseurs chinois en force
Et il n’y a qu’à regarder le marché des climatiseurs pour s’en apercevoir : aucune des cinq marques les plus vendues en Europe n’est détenue par une entreprise européenne. Selon Euromonitor International, Zhuhai et Midea, deux entreprises chinoises, détiendraient ensemble environ 32 % du marché européen des climatiseurs en volume de vente au détail en 2025. Les autres principaux acteurs étant Beko, une société turque et Daikin, une société japonaise…
L’industrie des climatiseurs est ainsi devenue emblématique du fossé industriel que les Vingt-Sept tentent aujourd’hui de combler, pour protéger les industries européennes face aux importations à bas prix, sans toujours réussir à y parvenir. « Le discours de Bruxelles se heurte à la réalité des consommateurs » écrit le South China Morning Post, qui note « une contradiction flagrante entre la demande publique et la rhétorique politique européennes ».
C’est précisément à cet exercice d’équilibriste – visant à concilier pouvoir d’achat et protection de l’industrie européenne – que devront se prêter les dirigeants de l’UE d’ici octobre, date butoir que s’est fixé Bruxelles pour réduire son déficit commercial avec la Chine. « Tout ne sera pas résolu, tout ne sera pas corrigé, mais nous pensons que d’ici octobre, nos équipes ont suffisamment de temps pour obtenir des résultats concrets », déclarait il y a quelques jours à la presse le commissaire européen au Commerce.
Réduire la dépendance envers la Chine
S’il s’est affiché confiant lors de sa rencontre avec le ministre chinois du Commerce, la situation inquiète au plus haut niveau à Bruxelles. Car le déséquilibre commercial vis-à -vis de la Chine continue de s’aggraver. Il a atteint 98 milliards d’euros au premier trimestre de cette année, soit son plus haut niveau depuis 2022, les équipements électriques figurant parmi les principales importations.
Les dirigeants de l’UE se sont réunis le mois dernier pour aborder les inquiétudes liées au « choc chinois 2.0 », à savoir la domination de la Chine dans les secteurs des véhicules électriques, des batteries et de l’énergie solaire. Afin d’éviter une guerre commerciale concernant le déficit commercial de 360 ​​milliards d’euros de l’UE avec la Chine, les deux parties ont convenu de trois mois de négociations.
Mais plusieurs analystes peinent à croire à un engagement réel de Pékin en ce sens. « La Chine n’a pris aucun engagement réel en fixant un quota d’importation effectif ou un mécanisme de mise en Å“uvre effectif », confie à CNBC Alicia GarcÃa Herrero, économiste en chef de la banque d’investissement française Natixis. Selon elle, les premières discussions pourraient n’être qu’un simple « écran de fumée » de la part de la Chine pour dissuader l’Europe de mettre en place de nouvelles mesures protectionnistes.
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Publish date : 2026-07-10 15:12:00
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