Pour les uns, c’est la preuve que le réchauffement climatique serait un canular, que les modèles des scientifiques ne vaudraient rien. Pour les autres, c’est au contraire un signal : les énergies renouvelables (EnR) ont un rôle essentiel à jouer pour réduire les émissions de CO2.
Depuis qu’une équipe de chercheurs a mis à jour les trajectoires de référence du Giec, les réseaux sociaux s’agitent. Car le scénario du pire paraît s’être adouci : au lieu d’entraîner une hausse de la température mondiale de 4,4 °C à l’horizon 2100, le réchauffement planétaire conduirait plutôt à une augmentation d’environ 3,4 °C. Les scientifiques corrigent-ils une erreur passée ? Le monde serait-il enfin sur la bonne voie ? Pas si vite.
D’abord, il faut rappeler une évidence : « A chaque fois qu’un nouveau rapport du Giec se prépare, les scientifiques retravaillent leurs scénarios précédents », précise le physicien climatologue François-Marie Bréon. Le but n’est pas de « renverser » la science, mais d’en améliorer la précision. La prochaine mouture étant attendue pour 2028 ou 2029, ce travail de mise au point a logiquement commencé. « L’efficience des modèles a bien progressé ces dernières années », observe Christelle Castet, scientifique en chef chez Axa Climate. Mais tous les modèles comportent une part d’incertitude.
Pour une raison très simple : ils doivent intégrer un paramètre éminemment capricieux – nous. Dans son livre consacré à l’intelligence collective (A-t-on besoin d’un chef ?, Allary éditions) Mehdi Moussaïd, chercheur à l’institut Max-Planck de Berlin, résume la difficulté de manière limpide : « Au volant d’une voiture, on peut prédire une panne d’essence et décider de s’arrêter à la station-service. La prédiction était vraie. Mais l’action l’a rendue obsolète. C’est pour cela que les climatologues ne décrivent pas un futur figé, mais une gamme de scénarios conditionnels. Si les engagements climatiques les plus ambitieux sont respectés, le réchauffement peut être limité ; en revanche, sans effort sur les émissions de gaz à effet de serre, la hausse des températures pourrait dépasser 4 degrés ».
Des incertitudes liées à la physique
Selon des travaux publiés en avril sur le site de l’Union européenne des géosciences, les politiques de réduction des émissions de CO2 mises en œuvre ces dernières années – notamment le déploiement des EnR dans des pays encore très dépendants du charbon – ont effectivement contribué à atténuer le scénario le plus sombre. Mais pas dans des proportions permettant à l’humanité de se reposer sur ses lauriers. « Le scénario le plus favorable, celui à 1,5 °C, est jugé lui aussi peu crédible. Ce n’est pas franchement une bonne nouvelle », rappelle François-Marie Bréon.
Enfin, d’autres facteurs difficiles à intégrer – physiques, ceux-là – risquent encore de perturber les prochains scénarios des climatologues : le dérèglement des courants océaniques, l’assèchement possible de l’Amazonie, le rôle futur des nuages… « Actuellement, on pense plutôt qu’avec le réchauffement planétaire, il y aura moins de nuages bas ayant un effet refroidissant », note François-Marie Bréon. Si cet effet se confirmait, il pourrait accentuer la hausse des températures – sans certitude pour l’instant.
Au fond, l’avenir n’est pas écrit. Les prochains modèles pourraient donc repartir vers des scénarios plus noirs – surtout si les politiques climatiques venaient à fortement ralentir. Pourtant, ils restent extrêmement utiles. « La gamme de scénarios dont nous disposons constitue un outil précieux pour s’adapter et anticiper, estime Christelle Castet. Pour la filière nucléaire, par exemple, il peut être utile de savoir jusqu’où la montée des températures risque d’aller en cas de scénario défavorable ».
L’histoire retiendra que dès la fin des années 1970, le Japonais Syukuro Manabe, prix Nobel de physique en 2021, avait déjà élaboré un modèle capable de prédire avec une fiabilité remarquable l’ampleur du réchauffement jusqu’à aujourd’hui. L’humanité a sans doute trop tardé à utiliser ces connaissances. Mais l’apport de la science est indéniable. Si nous continuons à douter de ce qu’elle peut nous apporter, nous ne pourrons éviter, c’est certain, le scénario du pire.
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Author : Sébastien Julian
Publish date : 2026-05-08 10:00:00
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