Un an c’est long. Voilà une année que les membres du Rassemblement national vivaient en apnée. Forcés d’attendre une décision judiciaire qui devait déterminer qui de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella porterait les couleurs de l’extrême droite à l’élection présidentielle. Forcés de louvoyer face aux questions dérangeantes, de feindre que tout allait pour le mieux lorsque des divergences de ligne commençaient à poindre, de faire en sorte que les équipes des deux candidats putatifs s’écharpent le moins possible aux yeux de tous. Le temps de l’attente, heureusement, est terminé. Marine Le Pen, condamnée par la cour d’appel (elle se pourvoit en cassation) mais en capacité de se présenter, est officiellement candidate. La parenthèse Bardella est terminée, il est temps de tourner la page.
Avant la traditionnelle pause estivale qui devrait durer plus d’un mois, les cercles rapprochés de la candidate et du président du RN se sont réunis, pour deux jours, au nouveau siège du parti dans le XVIe arrondissement parisien. Parmi eux, les conseillers de Jordan Bardella Charles-Henri Gallois et François Durvye, les proches de Marine Le Pen Renaud Labaye et Jean-Philippe Tanguy, ou encore son directeur de cabinet chargé de coordonner le programme Ambroise de Rancourt. L’objectif : éplucher les différents livrets thématiques – une vingtaine au total – concoctés par les équipes chargées de phosphorer sur la ligne que portera le parti en 2027, et commencer les « arbitrages ». Comprendre : choisir, parmi les propositions plus ou moins libérales, plus ou moins européistes, plus ou moins populistes, l’option qui convient le mieux à Marine Le Pen. Le programme définitif, lui, ne sera pas connu avant plusieurs semaines. Les premières mesures seront dévoilées à l’automne, a minima. Mais d’ici là , il s’agit de circonscrire, enfin, la vision que la quadruple candidate à la présidentielle souhaitera porter, et quelle place elle accordera à la ligne Bardella, qui avait déjà , loin de sa patronne, esquissé quelques plans sur la comète et autres mesures émancipatrices, encouragé par les cercles patronaux.
« L’idée ce n’est pas de choisir la ligne de Marine ou celle de Jordan »
« L’idée ce n’est pas de choisir la ligne de Marine ou celle de Jordan, désamorce un participant. Nous avons des livrets, travaillés par des professionnels qui ne sont pas toujours leurs proches, et il faut arbitrer. » Et d’ajouter : « Bien sûr, c’est Marine qui a le dernier mot, mais l’ambiance était bonne, tout le monde avait son mot à dire, et beaucoup de choses ont été retenues de part et d’autre. » Pour le reste, rendez-vous à la rentrée. Marine Le Pen, elle, a déjà pris ses quartiers d’été et ses troupes ont pour consigne de ne pas la déranger. Julien Sanchez, eurodéputé et directeur de campagne de Marine Le Pen, reste chargé de l’organisation des détails techniques liés à la préparation de la campagne, et Ambroise de Rancourt continue d’encadrer pendant la pause estivale les participants à la construction du programme. Jordan Bardella, lui, reste encore un peu à Paris pour s’occuper de derniers détails liés au parti. Cet été, il devrait se consacrer à l’écriture d’un troisième livre, toujours édité chez Fayard, maison de Vincent Bolloré. Prévu à l’origine pour un futur candidat à la présidentielle, l’ouvrage était censé présenter la vision de la France et les mesures emblématiques qu’aurait dû porter Jordan Bardella. Après sa rétrogradation express, il sera finalement réduit à la vision d’un potentiel premier ministre.
Un bouleversement qui interfère aussi sur d’autres ambitions. Chacun, désormais, s’interroge sur le potentiel rôle qui lui sera confié. « Je sais au moins que j’aurai une place dans la campagne, mais je ne sais pas encore laquelle », commente un proche du président du parti. Un autre a un peu moins le sourire ces temps-ci. Le maire de Nice, Éric Ciotti, s’était plutôt accommodé de l’hypothèse Bardella candidat. Le trentenaire et l’ancien président des Républicains s’entendent bien, et partagent quelques accointances sur leur vision de l’économie. Ciotti avait été assuré d’être associé à une potentielle campagne de Jordan Bardella, et même quasiment certain de pouvoir peser sur l’orientation du programme. La certitude vacille un peu aujourd’hui. L’allié frontiste a tout de même assuré, du bout des lèvres, qu’il était prêt à « participer loyalement » à la campagne de Marine Le Pen.
« Au moins, Marine, on la connaît, on sait comment elle pense »
Auprès de ses collègues députés, Ciotti désamorce : « Au moins, Marine, on la connaît, on sait comment elle pense, comment elle fonctionne. Ça fait deux ans qu’on travaille avec elle à l’Assemblée, pour nous, cette campagne sera une continuité », a-t-il assuré à un élu UDR (le parti d’Éric Ciotti, allié au RN). Ni lui ni un représentant du mouvement satellite n’ont toutefois été associés au séminaire qui s’est tenu ces derniers jours, et les rentrées respectives du RN et de l’UDR se feront séparément. Le premier week-end de septembre, à Nice, pour ces derniers, et les 12 et 13 septembre au Touquet pour le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella. D’ici là , les élus ciottistes espèrent savoir à quelle sauce ils seront mangés pour les mois de campagne à venir… et si l’idée originelle d’arrimer l’appareil allié au RN est toujours d’actualité. « Début septembre, on devrait être fixés sur les équipes de campagne, les incarnations UDR si certaines sont retenues et si certaines mesures que nous avons défendues sont finalement retenues, précise un député. C’est au RN de trancher, on verra bien… » Après un an d’attente, deux mois, ce n’est finalement pas si long.
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Author : Marylou Magal
Publish date : 2026-07-23 14:00:00
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