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    Présidentielle 2027 : le double jeu de Jean-Luc Mélenchon avec ses anciens alliés

    IntelliNewsBy IntelliNewsaoût 6, 2026Aucun commentaire7 Mins Read
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    Clémentine Autain l’admet, ironique. Ses camarades d’antan n’ont pas encore « retrouvé » son numéro de téléphone. Dans les colonnes de Libération en juillet dernier, la députée de Seine-Saint-Denis avait pourtant tendu la main à Jean-Luc Mélenchon. « On ne fait pas de la politique avec des haines cuites et recuites », disait l’ex-insoumise. Depuis l’échec de la primaire unitaire, les mélenchonistes d’hier, malmenés ou purgés par le mouvement, ont bien compris qu’il allait être difficile de compter sur les socialistes pour accoucher d’une candidature fédératrice à gauche.

    « S’ils veulent revenir vers nous, les traîtres feront un tweet de soutien et puis c’est tout », balaye, peu miséricordieux, un stratège de LFI. Enfin… « On ne fait pas de la politique avec de la rancœur », a toutefois glissé Jean-Luc Mélenchon à l’un de ses députés. Une façon de répéter, comme il l’avait exprimé au moment du Nouveau Front populaire, en 2024, que viendra le moment de « jeter les rancunes à la rivière ». Mais Clémentine Autain connaît son ancienne maison. « Ce n’est pas en affirmant ‘ici est la force, vous avez compris ?’ ou en posant des ultimatums qu’il va emmener les partenaires dont il a besoin (…) S’il veut gagner, Jean-Luc Mélenchon a besoin d’alliés, pas de ralliés », prévient-elle dans l’entretien. Bref, la députée attend toujours son coup de fil.

    « Votre rôle est achevé à mes yeux »

    Mais l’accalmie a fini par gagner les réseaux sociaux, cet été. Ce haut lieu d’expression de la discorde à gauche, surinvesti par les mélenchonistes pour taper sur leurs anciens alliés, a cessé d’émettre. Même Paul Vannier, coordinateur de l’espace eÉlections et éluse de La France insoumise et sniper numérique du mouvement – au point d’être bloqué sur X par Marine Tondelier – n’a tweeté que deux fois depuis l’arrivée des beaux jours (pour critiquer le PS et Olivier Faure). Ainsi vit la stratégie à double face des insoumis : après des mois d’invectives, ils fichent la paix aux potentiels partenaires puisqu’ils leur tendent la main, lorsqu’ils semblent utiles à la conquête du pouvoir. N’en parlez pas à Lucie Castets, cette figure de l’unité à bâbord. L’ancienne candidate à la primature du Nouveau Front populaire a subi les foudres du patriarche insoumis, pour avoir participé aux côtés de Marine Tondelier à une initiative de janvier 2025 appelant à une candidature commune de la gauche en 2027, incluant LFI. « Votre rôle tel que nous l’avions convenu est achevé à mes yeux », lui a-t-il écrit à l’époque. Remettre en cause la candidature de Jean-Luc Mélenchon relève du crime de lèse-majesté.

    Au fond, combien de temps a perdu le patriarche depuis 2022, quand la gauche tout entière faisait campagne pour qu’il devienne Premier ministre ? « Tu pouvais rendre la Nupes désirable mais, tout ça, c’est fini. Tu pourrais être Mitterrand », lui lança son ancien poulain, le socialiste Jérôme Guedj, lors de dernier repas, maintes fois raconté à l’été 2023. Depuis, les chefs de partis à gauche s’interrogent sur la stratégie de l’insoumis. Pourquoi n’a-t-il pas cultivé son surplomb à l’égard des partis ? Pourquoi avoir cherché à fracturer moralement et politiquement la gauche ? Souhaite-t-il vraiment devenir président de la République ?

    « Mélenchon a compris très vite, dès fin 2022, qu’il ne pouvait pas être candidat naturel de l’espace NFP-Nupes. Comme il a décidé d’y retourner une quatrième fois, il ne pouvait pas laisser survivre un espace unitaire dont il n’était pas le porte-parole naturel, croit savoir l’ancienne insoumise Raquel Garrido. C’est ce qui a expliqué le surjeu de la division : donner un vernis de fond comme justification à sa candidature. » Devenir le pater familias de la gauche est l’ambition schizophrène de Jean-Luc Mélenchon. Une nécessité, aujourd’hui, pour espérer atteindre le second tour de l’élection présidentielle.

    Est-ce une façon de s’adresser à d’éventuels futurs alliés ? Les insoumis et Jean-Luc Mélenchon, pôle dominant à bâbord dans les sondages, s’échinent à conquérir le reste de la gauche sans même un sourire. « Sans boussole programmatique, l’union peut entraîner la disparition de la gauche de rupture, et de la gauche dans son ensemble, pour plusieurs décennies », confiait Clémence Guetté à L’Express, l’année dernière. Depuis quelques mois, la coprésidente de l’Institut La Boétie, think tank du mouvement, publie donc des notes critiques sur les programmes des partis de gauche. Leur ton professoral, et cette fâcheuse tendance à distribuer les bons et mauvais points, ont quelque peu étonné ces parlementaires en quête d’une main tendue mélenchoniste.

    « Les Ecologistes présentent un programme détaillé, avec 68 chapitres, à l’issue d’un processus de contributions citoyennes. La façon de faire insoumise fait des émules ! », écrit-elle sur son blog, se réjouissant tantôt de ces « mot(s) insoumis apparus dans leur prose » comme la bifurcation écologique, s’inquiétant, d’autres fois, de ces autres « étranges formulations » programmatiques « assez confuses. » Que les écolos se rassurent : la tête pensante du mouvement dresse tout de même un bilan “positif” de ce programme !

    Vassalisation

    Jean-Luc Mélenchon promeut aujourd’hui sa « Nouvelle alliance populaire » et souffle le chaud et le froid, il sait faire. Il souhaite attirer à lui les communistes, bien qu’il juge que leur logiciel s’est « effondré », et que leur seul but est « leur survie d’organisation ». Il vise surtout les Ecologistes, et redouble d’appels du pied, à travers la proposition de créer des « écorégions », une réforme territoriale impliquant la réorganisation des régions françaises autour des bassins-versants. L’idée n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd, puisqu’elle a séduit la présidente du groupe parlementaire Cyrielle Châtelain. Mais attention : l’offre dite « fédérative », qui inclut la présidentielle, les législatives et les élections régionales, a une date de péremption : « Notre train redémarre à nos Amfis [NDLR : l’université d’été de La France insoumise]. Après l’heure, ce ne sera plus l’heure », menace-t-il dans le média Reporterre.

    Qu’importe, en cas de bras d’honneur des Verts et du PCF, il sait que « des groupes ad hoc comme les ‘verts populaires’ ou ‘les communistes insoumis’ se déploieront ». Des opérations de déstabilisation internes encouragées, parfois pilotées, par les insoumis. Benjamin Lucas-Lundy, député Génération.s, approché par les insoumis avant les élections européennes de 2024, témoigne en petit comité : « Une fois que t’as topé, ils te considèrent vraiment comme des partenaires. Mais il faut résister, sinon ils te vassalisent ».

    La méthode est simple, Mélenchon connaît son karaté. Il tente de faire imploser les partis qu’il souhaite rallier à lui. Dans le fond, ces vieilles carcasses que son mouvement a déjà sauvées après l’élection présidentielle de 2022 par le biais de la Nupes, qui permit au PCF, au PS et aux Ecologistes de survivre au Parlement, l’intéressent peu. Les opposants internes de ces moutures sont traités avec égards. Stéphane Peu, le président du groupe communiste et ultramarin, l’homme qui « ne pense pas que ce soit une bonne idée pour le PCF de présenter un candidat » a été invité en grande pompe à l’institut La Boétie à la mi-2026.

    Cyrielle Châtelain, la patronne des députés écolos, est, elle, conviée aux prochaines universités d’été des insoumis puisqu’elle plaide – contrairement à la patronne Marine Tondelier – pour ouvrir les discussions avec Jean-Luc Mélenchon. Les relations avec leurs chefs de partis sont détestables. Fabien Roussel ne se souvient plus du dernier échange qu’il a entretenu avec Jean-Luc Mélenchon, même s’il se remémore que la députée insoumise Sophia Chikirou l’a comparé au célèbre collaborationniste Jacques Doriot, ancien communiste parti combattre sous uniforme nazi. La secrétaire nationale des Verts entretient aussi une atroce connexion avec le leader de LFI : leur dernier déjeuner en tête-à-tête date d’octobre 2024, l’insoumis lui aurait dit, ainsi que Marine Tondelier l’a rapporté à ses proches, qu’elle « bouffait comme un caddie du Pas-de-Calais » (sic).



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    Author : Mattias Corrasco

    Publish date : 2026-08-06 14:00:00

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