La Russie a attendu huit jours pour répondre à Paris. Une fois lancée, elle n’a pas fait dans le sous-entendu : ce jeudi 6 août, Moscou a condamné la décision française d’expulser Xenia Fedorova, 45 ans, ancienne dirigeante de Russia Today France, devenue chroniqueuse dans plusieurs médias français, notamment sur CNews. Dans un arrêté du ministère de l’Intérieur pris le 29 juillet, Paris l’accuse de diffuser un « discours de désinformation et de déstabilisation » destiné à « manipuler l’opinion publique ».
La distinction au cœur du dossier est simple à formuler, beaucoup moins à établir : défendre les positions du Kremlin reste légal ; participer à une stratégie d’influence pilotée depuis Moscou ne relève plus du même registre. Pour Moscou, la France sanctionne une journaliste pour ses opinions : « Nous jugeons inacceptable la persécution des journalistes sous des accusations forgées de toutes pièces et nous la condamnons fermement », a déclaré Alexeï Fadeïev, porte-parole adjoint du ministère russe des Affaires étrangères.
« Un acte de représailles contre une journaliste insoumise »
Celui-ci reproche aux autorités françaises de ranger trop facilement sous l’étiquette de propagande russe les discours qui s’écartent de leur ligne : « L’expulsion de Xenia Fedorova, un acte de représailles contre une journaliste insoumise, n’est pas une surprise pour nous. Nous observons de longue date les actions des autorités françaises, qui attribuent de manière obsessionnelle chaque problème dans le pays à une ‘connexion russe' », a-t-il encore tancé.
C’est la présence de Xenia Fedorova dans le débat public, depuis plusieurs médias, qui avait progressivement attiré l’attention. Les autorités françaises lui reprochent d’avoir relayé sur l’Ukraine et l’Union européenne des récits correspondant aux positions de Moscou. Des eurodéputés centristes ont demandé des sanctions européennes contre elle. L’intéressée soutient au contraire qu’elle exerce son métier dans le respect de la loi. Canal+ et Lagardère, ses employeurs, ont également dénoncé une atteinte à la liberté d’expression.
Déjà persona non grata en Allemagne
Lundi 3 août, le tribunal administratif de Paris a rejeté son recours en urgence contre l’expulsion. Xenia Fedorova se trouvait déjà à l’étranger et a annoncé qu’elle ne rentrerait pas tant que la mesure resterait applicable. L’expulsion n’a donc, à ce stade, nécessité aucun passage à la frontière. La France n’est d’ailleurs pas la première à fermer son territoire à la journaliste. L’Allemagne l’a interdite d’entrée dès 2024 en raison d’activités d’ingérence qui lui étaient reprochées lorsqu’elle travaillait pour l’agence russe Ruptly.
Reste désormais la bataille juridique. Paris devra étayer l’idée d’une activité d’influence dépassant le commentaire politique ; Xenia Fedorova, dont les avoirs ont également été gelés, entend faire annuler les mesures. Moscou, pour sa part, a déjà choisi son angle : faire du cas de l’ancienne patronne de RT France un nouveau dossier français sur la liberté d’expression.
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Publish date : 2026-08-06 16:10:00
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