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    Etats-Unis contre Chine, Israël, Europe : comment la démographie va bouleverser l’ordre mondial en 2050

    IntelliNewsBy IntelliNewsaoût 12, 2026Aucun commentaire11 Mins Read
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    La démographie va jouer un rôle clé dans les évolutions géopolitiques du XXIe siècle. A l’aide d’éminents spécialistes, L’Express explique comment le Moyen-Orient, l’Europe et même la course au leadership mondial entre les Etats-Unis et la Chine pourraient être bouleversés d’ici à 2050 par des dynamiques de fécondité ou d’immigration très différentes en fonction des sociétés.

    Etats-Unis – Chine : l’atout américain

    C’est le « match du siècle ». Qui des Etats-Unis ou de la Chine sera la première puissance mondiale en 2050 ? Une certitude : naissances et migrations seront au moins aussi importantes que l’intelligence artificielle. Selon les projections, la population des Etats-Unis (350 millions) continuera de croître légèrement. La Chine, elle, est en déclin démographique depuis 2022. Les projections anticipent un recul de 1,4 à moins de 1,3 milliard d’habitants en 2050. Selon les Nations unies, sa population pourrait s’effondrer à moins de 650 millions à la fin du siècle, soit une réduction de plus de la moitié.

    Il est tentant d’en attribuer la responsabilité à la déplorable politique de l’enfant unique instaurée après la mort de Mao. En réalité, la Chine a suivi les tendances de ses voisins asiatiques. Le taux de fécondité a même sombré après l’abandon officiel de cette politique en 2015, passant de 1,7 à 1. « La politique démographique chinoise oscille entre stupidité et folie depuis cinquante ans, tacle Nicholas Eberstadt, chercheur à l’American Enterprise Institute. Quand le régime a voulu faire l’inverse de sa politique de l’enfant unique, parfaitement inhumaine, il a pensé qu’il suffirait d’augmenter les quotas des naissances, gérant son peuple comme un troupeau. Mais le contraire s’est produit. La chute de la natalité depuis dix ans est un vote de défiance contre la dictature ». Depuis 2021, le Parti communiste chinois (PCC) défend un modèle de trois enfants. Xi Jinping promeut une politique nataliste conservatrice, excluant les femmes des hautes sphères du pouvoir et les renvoyant à leur statut de mère. En début d’année, le préservatif comme la pilule ont fait l’objet d’une taxe de 13%. Mais pour tous les experts interrogés, le régime échouera, même s’il peut s’appuyer sur un système totalitaire. « Il n’y a aucune raison de supposer que la dictature chinoise n’essaiera pas d’utiliser la force pour augmenter le taux de natalité, comme elle l’a fait pour le faire baisser. Elle dispose du système de crédit social pour tenter de pousser les gens à se marier et faire des enfants. Mais il est très difficile d’utiliser la contrainte pour augmenter les naissances », assure Nicholas Eberstadt.

    Donald Trump rencontre Xi Jinping en Chine, le 15 mai 2026.

    A l’inverse, les Etats-Unis ont aujourd’hui un taux de fécondité de 1,6. Surtout, contrairement à la Chine, ils savent attirer et intégrer des talents venus du monde entier. « Un nombre très important d’Européens, d’Asiatiques, d’Africains, parmi les plus ambitieux, souhaitent s’installer aux États-Unis. Un bon nombre de Chinois veulent venir. C’est un atout incroyable », observe le Canadien Dan Wang, auteur de La Chine a toute vitesse (traduit à la rentrée par les éditions Arpa), un essai salué comparant les modèles chinois et américain.

    Pour l’Amérique, tout dépendra donc de sa capacité à absorber de nouveaux venus, sans provoquer trop de tensions politiques en interne. « La seule chose qui empêchera les États-Unis de rétrécir, ce sera l’immigration. Il y a une forte polarisation sur le sujet. Nous passons d’un extrême à l’autre en fonction des présidents. Mais si les États-Unis restent ouverts à l’immigration, ils continueront à avoir une main-d’œuvre croissante, et moins vieillissante qu’ailleurs », décrypte Nicholas Eberstadt.

    Quand le Japon a entamé son déclin démographique, une dizaine d’années avant la Chine, son niveau de vie était deux fois supérieur. « En un sens, la grande Chine est déjà derrière nous, assure même Jesus Fernandez-Villaverde, professeur à l’université de Pennsylvanie. Prédisant qu’après 2050, le pays se retrouvera dans une situation « très délicate » du fait d’une population en déclin rapide, cet économiste espagnol fait un pronostic audacieux: « Le XXIe siècle ne sera pas le siècle de la Chine. »

    Israël, une exception

    Tous les pays riches dans le monde sont passés sous le seuil de renouvellement des générations, sauf un. Avec près de 3 enfants par femme, Israël est une anomalie démographique. La religiosité joue un rôle incontestable: les haredim, ou juives ultraorthodoxes, font plus de 6 enfants en moyenne. Mais les juifs se définissant comme séculiers ont un taux de fécondité de 1,9, bien supérieur aux laïcs dans le monde occidental. La natalité israélienne a même rebondi dans les années 1990, quand l’économie a connu un boom grâce notamment à la vague migratoire, hautement qualifiée, venue des anciens pays du bloc soviétique.

    Les démographes avancent plusieurs explications : structures familiales plus traditionalistes qu’en Europe, fort sens collectif du fait de la nature particulière de cet Etat comme des menaces constantes qui pèsent sur lui, technologies de pointe liées à la fertilité… Sergio Della Pergola, professeur émérite à l’université hébraïque de Jérusalem qui fait référence sur le sujet, souligne également l’optimisme de la population israélienne : « C’est un peu paradoxal pour un pays qui est en guerre, mais dans le dernier World Happiness Report, Israël se place à la huitième place. Je vois les jeunes qui continuent à danser, à être heureux. Cet optimisme est favorable au fait d’avoir des enfants. C’est un état psychologique qui n’est pas seulement lié à la foi religieuse, mais aussi à la jeunesse de la société israélienne ».

    Israël, aujourd’hui 10 millions d’habitants, devrait en 2050 dépasser les 15 millions. Selon le Bureau central des statistiques, d’ici à 2065, le taux de fécondité pourrait se réduire à 2,5 ou moins, mais sera toujours supérieur au seuil de renouvellement des générations.

    De nature nationaliste et religieux, le conflit israélo-palestinien est aussi démographique. David Ben Gourion, premier dirigeant d’Israël, considérait le nombre de citoyens juifs comme un enjeu essentiel pour la pérennité de l’État. Actuellement, si l’on considère Israël et les territoires palestiniens, il y a un nombre similaire de juifs et d’Arabes musulmans, environ 7,5 millions. Mais, contrairement à une idée reçue, la natalité des musulmans est en train de plonger sous celle des juifs. Les Arabes israéliens musulmans, plus de 2 millions, ont un taux de fécondité légèrement supérieur à 3, mais la baisse est spectaculaire depuis les années 1960 (près de 10 enfants par femme). Ces chiffres sont gonflés par les 300 000 Bédouins dans le désert du Néguev, qui ont un taux de fécondité au-dessus de 5. Les Arabes chrétiens et druzes sont eux déjà passés sous le seuil de renouvellement.

    S’il est impossible de faire des projections pour Gaza au vu de la situation humanitaire catastrophique, la Cisjordanie, elle, suit les mêmes tendances. « On y voit une baisse graduelle de la natalité comme chez les musulmans israéliens, avec un passage de 3 à 2,5 enfants », note Sergio Della Pergola. Israël a également une dynamique démographique bien plus forte que le reste du Moyen-Orient. Les taux de fécondité se situent à 2,2 au Liban, 2,3 en Égypte ou même 1,5 dans les Émirats arabes unis. L’ennemi principal, l’Iran, en est à 1,7 enfant par femme, preuve de la dichotomie entre un régime islamiste et une population perse sécularisée et éduquée. « L’Iran est précurseur dans le monde musulman. La réduction de la fécondité est quand même un index de modernisation, et d’une certaine indépendance des femmes. L’Iran a ainsi tout d’une grand illusion optique. D’un côté, il y a une société moderne avec des élites très capables. Ils ont développé la bombe nucléaire avec leurs ingénieurs. L’Iran a tout d’une société européenne, sauf que la société civile subit un régime des ayatollahs et des gardiens de la révolution » estime Sergio Della Pergola.

    Pour les démographes, l’écart grandissant entre Israël et les populations arabes est une donnée essentielle pour le futur de la région. « Si j’étais un dirigeant arabe, je ferais pression pour parvenir à un accord avec Israël dès que possible au sujet de Gaza », estime même Jesus Fernandez-Villaverde. Mais la société israélienne fait elle aussi face à des mutations et des décisions majeures. D’ici à 2050, Israël devrait être un État de plus en plus juif, mais aussi de plus en plus religieux. Près de la moitié des enfants qui ont entamé leur scolarité l’année dernière allaient dans des établissements ultraorthodoxes. « En ce moment, les haredim représentent autour de 14 % de la population. Vers 2050, on sera autour de 25 ou 30% », estime Sergio Della Pergola. Cela pose d’importantes questions pour la sécurité du pays : depuis 1948, les personnes qui consacrent leur vie à l’étude des textes religieux sont exemptées de service militaire. Mais les conséquences seront aussi économiques, alors que la majorité des hommes ultraorthodoxes ne travaillent pas. Les femmes de cette communauté ont certes un taux d’emploi plus élevé, mais avec des salaires modestes. Les choix politiques concernant la conscription ou l’éducation des haredim s’avèrent donc cruciaux pour l’avenir du pays. Les élections législatives du 27 octobre sont sans doute déjà décisives…

    La disparition de l’Europe de l’Est ?

    En France, le déclin des naissances devient, peu à peu, une préoccupation nationale. En Europe de l’Est, il s’agit déjà d’une inquiétude existentielle. Sur le plan démographique, ces pays traînent comme un boulet l’effondrement du bloc communiste et une difficile transition économique, qui ont provoqué une chute de la natalité dans les années 1990. En dépit d’un petit redressement dans les années 2000 et 2010, la tendance est à nouveau à la baisse. A quoi il faut rajouter une importante émigration vers l’Europe occidentale, notamment chez les jeunes. La Bulgarie a atteint son pic dès la fin des années 1980, passant depuis d’une population de 9 millions à moins de 7 millions. A la fin du siècle, elle pourrait avoir moins de 4 millions d’habitants. A la même date, le plus grand pays balte, la Lituanie, pourrait ne plus avoir qu’1,3 millions de citoyens, contre 2,8 millions actuellement.

    Icône des politiques natalistes chrétiennes, Viktor Orban n’y a rien changé. Si la Hongrie a vu son taux de fécondité remonter de 1,2 à 1,6 dans les années 2010, il est depuis retombé à 1,3, loin de l’objectif affiché par l’ancien Premier ministre hongrois, battu lors des législatives d’avril. « C’est un échec démographique total, tranche Tomas Sobotka, directeur adjoint de l’Institut de démographie de Vienne. Orban est arrivé au pouvoir au début d’une période de reprise économique. Le taux de fécondité aurait probablement augmenté même sans aucune intervention politique ». En dépit d’une politique dispendieuse à base d’exonérations d’impôts à vie pour les mères de plusieurs enfants ou de « crédits bébé », la Hongrie a connu une évolution similaire à la Tchéquie ou à la Slovénie. « Le deuxième échec, c’est l’émigration, car de nombreux jeunes Hongrois ont continué à quitter le pays, n’y voyant pas d’avenir », complète Tomas Sobotka. Ces dernières années, le nombre de décès a presque doublé par rapport au nombre de naissances.

    En 2050, les campagnes en Europe de l’Est seront également de plus en plus désertes. « Des villages se meurent. La région de Vidin, dans le nord-ouest de la Bulgarie, a par exemple vu sa population active fondre de moitié depuis les années 1980. Les personnes finiront ainsi par se concentrer dans les grandes villes », souligne le démographe britannique Paul Morland.

    Si l’émigration vers l’ouest a ralenti alors que les niveaux de vie ont augmenté, c’est l’immigration qui, comme ailleurs, sera le facteur décisif. « La question est de savoir combien d’expatriés commenceront à revenir en Bulgarie ou en Moldavie,mais aussi de combien de nouveaux migrants arriveront, comme des travailleurs issus de pays plus pauvres d’Asie », souligne Tomas Sobotka. Les guerres et crises à proximité de l’Europe pourraient provoquer de nouveaux flux migratoires. Environ un million d’Ukrainiens vit aujourd’hui en Pologne du fait de l’invasion russe. Ils ne sont pas comptabilisés dans les statistiques nationales, même si beaucoup d’entre eux ne repartiront sans doute pas. « En tout, environ sept millions d’Ukrainiens ont quitté le pays. Cette vague a profité, si je puis dire, à de nombreux pays d’Europe de l’Est, généralement des pays d’émigration », observe le chercheur viennois. Plusieurs spécialistes évoquent le scénario d’une crise majeure dans une Russie elle aussi en plein déclin, qui pourrait pousser des millions de Russes vers les pays européens voisins.

    La Pologne, qui a intégré le club des 20 premières économies mondiales, sera en tout cas freinée par un taux de fécondité tombé à 1. Les experts se montrent bien plus pessimistes pour d’autres pays de l’Est, moins riches et avec une corruption plus élevée, craignant que déclin démographique et instabilité politique ne s’alimentent…



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    Author : Thomas Mahler

    Publish date : 2026-08-12 15:00:00

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