Une publicité pour un « casting international » promet à des hommes africains de participer à un nouveau film. L’image, générée par intelligence artificielle, montre des hommes en uniforme militaire, avec la mention « tournage en 2025 ; candidatez dès maintenant ». Publiée sur une page Facebook basée en Allemagne, l’annonce ressemble à une offre d’emploi pour un long métrage. Elle cache pourtant une autre réalité : l’armée russe et la guerre en Ukraine.
Une autre publicité, sponsorisée par un compte baptisé « IRC Russian Bear », va plus loin. Elle montre un soldat africain en uniforme kaki, un drapeau russe volant derrière lui. À la clé : 15 000 dollars à la signature d’un contrat et 3 000 dollars de salaire mensuel. « Une chance de changer de vie », promet l’annonce.
Des publicités comme celles-ci, il y en a désormais des centaines qui circulent sur les réseaux sociaux et les sites destinés aux utilisateurs en Afrique. Une enquête menée par le réseau africain de journalistes et chercheurs en investigation numérique Code for Africa, et dont les résultats ont été partagés avec Politico, a ainsi mis au jour une vaste infrastructure numérique destinée à attirer des recrues africaines vers l’armée russe pour les faire combattre en Ukraine. « Les chercheurs ont identifié 89 sites Internet, sept comptes sur les réseaux sociaux et 39 comptes ou canaux de messagerie liés à ces opérations. De nouvelles ressources apparaissent régulièrement », détaille Politico.
De l’offre d’emploi au front
Les sites étudiés par Code for Africa prennent l’apparence d’agences de recrutement ordinaires. Ils proposent des emplois dans le bâtiment ou la sécurité, des postes dans des usines ou des rôles dans des productions cinématographiques. Les salaires annoncés sont suffisamment élevés pour attirer de jeunes hommes précaires.
Dans l’une des offres identifiées, IRC Russian Bear promet par exemple 15 000 dollars à la signature et 3 000 dollars par mois. D’autres montants sont annoncés en cas de blessure ou de décès. Des montants qui peuvent représenter plusieurs années de revenus dans les pays où ces jeunes sont recrutés. Certains sites vont jusqu’à afficher les logos de médias occidentaux, dont celui de la BBC, pour donner une fausse crédibilité à ces offres. L’enquête de Code for Africa montre que plusieurs marques opèrent dans cet écosystème, parmi lesquelles Military Staff Agency, Work in Russia, IRC Russian Bear et Work Crew Agency. Les chercheurs soulignent qu’il ne s’agit pas nécessairement d’une structure unique : certaines semblent adopter des méthodes similaires tout en fonctionnant séparément.
Technologies occidentales
Derrière cette opération liée à la Russie se trouve une infrastructure largement construite avec des outils occidentaux. La principale marque de recrutement identifiée par les chercheurs était hébergée sur un serveur situé à Amsterdam. Plusieurs sites ont été conçus avec des outils d’intelligence artificielle développés par des entreprises américaines et suédoises. Les formulaires remplis par les candidats utilisaient quant à eux le logiciel d’une entreprise autrichienne pour collecter leurs données, avant que celles-ci ne soient transmises en Russie.
Les réseaux sociaux jouent également un rôle central. Selon Code for Africa, les recruteurs ont utilisé les outils publicitaires et de suivi de Meta et Google pour atteindre des candidats potentiels et mesurer leurs campagnes. Meta affirme avoir supprimé plus de 300 campagnes publicitaires liées à ces opérations. Google, de son côté, conteste certains éléments de l’enquête concernant l’ampleur de l’utilisation de ses technologies publicitaires et indique examiner les conclusions du rapport.
Le recrutement africain de combattants étrangers n’est toutefois pas un phénomène nouveau. Plusieurs enquêtes menées depuis 2024 ont déjà documenté des cas d’Africains attirés en Russie par des promesses d’emplois civils avant de se retrouver confrontés à des contrats militaires.
Près de 2 000 Africains recrutés
Pour Will Brown, chercheur principal au Conseil européen des relations étrangères (ECFR), interrogé par Politico : « Au début, nous pensions que ce système de propagande servait uniquement à influencer l’opinion publique. Mais il est maintenant clair qu’il est aussi utilisé pour envoyer de jeunes hommes désespérés au front. »
L’ECFR a par ailleurs identifié des campagnes visant des femmes africaines, à qui sont proposés des emplois en Russie dans les usines produisant des drones et des armements. L’ampleur exacte du phénomène reste difficile à établir. Il n’existe pas de chiffre indépendant permettant de déterminer précisément combien de ressortissants étrangers ont été recrutés par la Russie depuis le début de la guerre.
Les autorités ukrainiennes pensent toutefois qu’entre 1 700 et 1 800 personnes originaires de 36 pays africains ont été recrutées pour combattre aux côtés de la Russie. Moscou conteste de son côté les accusations, affirmant que toutes les personnes recrutées l’ont été de leur plein gré.
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Author : Kenza Soares El Sayed
Publish date : 2026-09-28 14:28:00
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