Là où Washington visait 100 % d’interception, l’Iran s’est chargé de la décimale : « Nous avons abattu presque tous les missiles. Un seul est passé », a reconnu le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, après l’attaque iranienne du 17 juillet contre une base américaine en Jordanie. Selon le New York Times, ce projectile a frappé des logements préfabriqués, tuant trois soldats américains et blessant plus de cent personnes. Pendant cinq jours, l’Iran avait lancé des vagues de drones et de missiles contre trois bases du pays. En avril, Pete Hegseth assurait pourtant que le programme de missiles iranien était « fonctionnellement détruit » et ses capacités presque complètement inefficaces. Trois mois plus tard, les tirs avaient repris.
L’Iran ne cherche plus seulement à lancer davantage : Téhéran complique désormais le travail des défenses américaines. Certains missiles peuvent modifier brusquement leur trajectoire ; les attaques combinent drones et différents types de missiles ; les frappes arrivent en vagues contre plusieurs points. Selon des responsables américains, les forces iraniennes ont aussi observé la guerre en Ukraine, où la Russie associe missiles balistiques, missiles de croisière et drones pour compliquer leur interception.
1 500 Patriot plus tard
Le résultat se lit dans les stocks. Depuis le début du conflit, le Pentagone aurait utilisé plus de 1 500 intercepteurs Patriot et en disposerait de moins de 1 700. Les États-Unis n’en ont produit qu’environ 600 en 2025. Lors d’une seule journée d’attaque en Jordanie, les forces américaines en auraient tiré près de 50. À environ 4 millions de dollars l’unité, le « presque » de Marco Rubio représente aussi une addition salée.
Ce calcul, Téhéran avait déjà pu l’observer. Durant la guerre de douze jours de juin 2025, ses dirigeants avaient vu la vitesse à laquelle Israël et les États-Unis consommaient leurs intercepteurs face aux salves iraniennes. Depuis, l’Iran a repris ses tirs malgré les bombardements américains et israéliens contre ses installations souterraines. Plusieurs sites ont été dégagés et remis en service. Les Houthis au Yémen et des milices en Irak ont en parallèle multiplié les directions depuis lesquelles les forces américaines peuvent être visées.
L’adaptation ne concerne pas seulement les missiles. En avril, un F-15E américain a été abattu au-dessus du sud de l’Iran par un missile sol-air portable. D’après des responsables militaires américains, des drones iraniens avaient transmis la position GPS de l’appareil, sa vitesse et sa direction. L’équipage n’aurait reçu qu’une demi-seconde d’alerte. Après cet épisode, Washington avait annoncé une « pause » dans les combats, le temps d’ajuster ses propres méthodes.
La Jordanie, réputée plus sûre
Certaines troupes américaines avaient justement été déplacées vers la Jordanie pour réduire leur exposition. Des militaires stationnés au Koweït, à Bahreïn, au Qatar ou aux Émirats arabes unis avaient été transférés vers des bases jugées plus éloignées de l’Iran et moins vulnérables aux drones et missiles balistiques. Après les frappes de juillet, les commandants américains ont renforcé leurs défenses. Officiellement, le Pentagone nie toute pénurie. Son porte-parole Sean Parnell qualifie de « fausses » les affirmations sur un manque de munitions. Donald Trump assure que les États-Unis disposent de « bien plus de munitions que n’importe qui dans le monde ». Mais, selon le New York Times, le président a interrogé Pete Hegseth fin juillet sur la baisse des stocks. Début août, l’armée avait déjà consommé environ 65 % de ses Patriot entre février et juillet.
Cette contrainte commence aussi à peser sur les décisions politiques. Fin juillet, Donald Trump a renoncé à de nouveaux raids contre l’Iran après des appels de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et du Qatar en faveur de négociations. Mohammed ben Salmane lui aurait notamment fait valoir qu’une nouvelle campagne risquait d’entraîner des représailles contre les infrastructures énergétiques du Golfe. Téhéran a donc trouvé une manière très concrète de compliquer la supériorité américaine : obliger Washington à dépenser beaucoup pour arrêter presque tout.
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Publish date : 2026-08-12 16:04:00
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