À raison de 0,56 ºC supplémentaires par décennie depuis le milieu des années 1990, l’Europe a trouvé un domaine où elle ne manque vraiment pas de croissance. Le continent se situe désormais autour de 2,4 ºC au-dessus du niveau préindustriel, contre environ 1,4 ºC pour la planète entière. Les émissions de gaz à effet de serre restent la cause de fond. Mais elles n’expliquent pas, à elles seules, pourquoi l’Europe prend davantage de degrés que ses voisins.
Premier élément non négligeable : la géographie. Les terres se réchauffent plus vite que les océans, qui absorbent beaucoup plus de chaleur avant de changer de température. Surtout, une partie importante du territoire européen se trouve proche de l’Arctique, la région qui se réchauffe le plus rapidement sur Terre. Là-haut, la disparition de la glace de mer expose une surface océanique plus sombre, qui absorbe davantage d’énergie solaire. Moins de glace produit donc davantage de réchauffement, lequel accélère à son tour la fonte. L’Europe du Nord se retrouve donc aux premières loges de cette évolution.
Moins de neige donc plus de soleil absorbé
Le même mécanisme existe sur terre : la neige renvoie une partie du rayonnement solaire ; quand elle disparaît plus tôt ou couvre moins de surface, le sol sombre absorbe davantage de chaleur. En mars 2025, la couverture neigeuse européenne était inférieure d’environ 1,3 million de kilomètres carrés à la moyenne 1991-2020, soit une baisse de 31 %. À peu près la France, l’Italie, l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche réunies. Ce recul ne touche toutefois pas toutes les régions de la même manière. Le réchauffement récent est particulièrement rapide dans l’est et le sud-est de l’Europe ainsi que dans certaines zones alpines, où Copernicus observe des hausses de 0,5 ºC à 1 ºC par décennie sur les trente dernières années. À l’inverse, l’Europe occidentale et certaines zones subarctiques de Scandinavie progressent plus lentement, entre 0,2 °C et 0,5 °C.
Le troisième facteur tient au fait que l’Europe a considérablement réduit sa pollution atmosphérique depuis les années 1980. Le détail climatique est moins intuitif : les aérosols issus des activités humaines réfléchissaient une partie du rayonnement solaire directement ou en favorisant la formation de nuages. En les réduisant, l’Europe a aussi diminué cet effet refroidissant. L’air plus propre ne crée pas le réchauffement climatique : il révèle davantage celui provoqué par l’accumulation de CO2 à d’autres gaz à effet de serre.
Le courant passe moins bien
Reste enfin la circulation atmosphérique. Les chercheurs observent depuis plusieurs décennies davantage de configurations de haute pression capables de maintenir l’air chaud sur le continent et d’assécher les sols. Le jet-stream, ce courant de vents rapides qui influence directement la météo européenne, semble également changer. Des études montrent qu’il se divise plus souvent en deux branches au-dessus de l’Europe. Entre les deux, les vents peuvent faiblir et laisser s’installer durablement des conditions chaudes. Lors de la canicule de 2003, qui a fait jusqu’à 70 000 décès en Europe, cette configuration dite de « double jet » a persisté pendant 29 jours.
Le rôle exact du réchauffement climatique dans ces changements de circulation reste toutefois discuté. Les scientifiques constatent des évolutions statistiquement significatives sur plusieurs décennies, mais ne savent pas encore attribuer précisément le poids de chaque facteur. La proximité de l’Arctique semble compter davantage en automne et en hiver ; les modifications de circulation atmosphérique pèsent davantage en été ; la neige et la baisse de la pollution interviennent surtout pendant la saison froide. Ce qui ne fait plus débat, en revanche, c’est le résultat. Une Europe plus chaude connaît des canicules plus intenses, davantage de sécheresses et d’incendies, mais aussi des pluies extrêmes et des inondations renforcées par une atmosphère plus chaude. Le continent ne possède donc pas de cause secrète qui expliquerait son avance, mais il cumule plusieurs caractéristiques locales sur un réchauffement global. Une addition assez banale dans son principe, beaucoup moins dans ses conséquences.
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Publish date : 2026-08-13 10:22:00
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