Le couperet est tombé. Selon la Cour des comptes européenne, qui a rendu ses conclusions ce jeudi 3 septembre, la capacité de l’Europe à se défendre en cas de guerre à horizon 2030 reste encore incertaine, et ce malgré une nette amélioration par rapport à ses capacités de défense d’avant l’invasion de l’Ukraine en 2022. Les principaux défis à relever sont le « manque de coordination » entre Etats et la « dépendance persistance aux Etats-Unis », explique au Guardian le responsable en charge du rapport Marek Opiola.
Difficulté à se coordonner
Concrètement, une trop grande fragmentation persiste aujourd’hui dans l’organisation de la défense européenne, souligne le rapport. Un exemple parlant est celui de la mobilité militaire : dans l’hypothèse où l’UE devrait déplacer des troupes et du matériel militaire d’un bout à l’autre de l’Europe, les infrastructures – ponts, voies ferrées et tunnels – doivent être modernisées pour supporter le poids et la largeur de ces équipements militaires.
Alors que différents fonds de l’UE, tels que le mécanisme pour l’interconnexion en Europe, le Fonds européen pour la compétitivité et les plans de partenariat nationaux, pourraient financer de tels investissements, « il existe un risque de mauvaise coordination et de chevauchement entre ces différentes sources de financement », a confié à la presse Kinga Wisniewska-Danek, haute fonctionnaire à la Cour et cheffe de cabinet du rapporteur.
Un autre exemple – qui n’est pas mentionné dans le rapport, mais que le Guardian rappelle – est révélateur de cette difficulté à se coordonner : la décision de la France et de l’Allemagne d’abandonner un projet de 100 milliards d’euros visant à construire un avion de chasse commun, le SCAF, en raison de l’incapacité des entreprises chefs de file à résoudre leurs différends concernant sa gouvernance.
« Dépenser plus, mais surtout dépenser mieux »
L’allocation des ressources constitue un autre défi : une meilleure préparation militaire n’implique « pas simplement de dépenser plus, il faut dépenser mieux », détaille Kinga Wisniewska-Danek, afin d’investir les ressources dans les domaines où les lacunes sont les plus critiques, en évitant les doublons. Et d’ajouter : « Il subsiste encore trop de processus rigides, allant du haut vers le bas. Il faut introduire plus de flexibilité dans les décisions ».
Le rapport déplore également le manque de transposition de certaines priorités européennes communément admises dans les priorités nationales de certains Etats membres. « C’est un problème persistant », assure Kinga Wisniewska-Danek. Il s’agit là en effet d’un défi colossal pour Bruxelles car la politique de défense reste une prérogative nationale, ce qui ne laisse à la Commission européenne qu’un rôle de soutien financier.
Enfin, un sous-investissement chronique, lié notamment à une dépendance aux Etats-Unis dans la défense, particulièrement mise en évidence sous Donald Trump, est également pointé du doigt dans le rapport. « La base industrielle et technologique de défense a été affectée par des années de sous-investissement et de coopération insuffisante entre les Etats membres », indique le rapport. Ce qui explique en partie « les difficultés opérationnelles, la faiblesse des stocks et les goulets d’étranglement de la production. »
Préférence européenne
Malgré ces problématiques, la Cour salue tout de même l’augmentation notable des dépenses de défense ces 5 dernières années. Entre 2020 et 2025, les États membres de l’UE ont augmenté leurs dépenses de défense de 79 %, en réponse à la menace russe et pour atteindre les objectifs de dépenses de l’Otan.
La Cour des Comptes européenne appelle également à favoriser les achats d’armes auprès de fournisseurs européens sur le long terme, mais en veillant à ce que ce principe ne s’applique pas au détriment « des besoins opérationnels » dans l’immédiat. Entre février 2022 et juin 2023, 78 % des acquisitions de défense des gouvernements de l’UE provenaient de sources hors de l’Union, dont 63 % pour les États-Unis, selon le Guardian. Le responsable de l’audit a déclaré que, parfois, « il peut être judicieux » d’acheter à l’extérieur « en cas de besoin urgent à court terme ». Mais a ajouté : « Même si vous achetez quelque chose que vous ne possédez pas en interne, vous devez toujours prévoir comment développer cette capacité essentielle à long terme au sein de l’Union européenne. »
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Publish date : 2026-09-04 10:11:00
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