Une cour, un escalier, un corridor étroit et la ville se dérobe pour réapparaître ailleurs. Les traboules, ces artères secrètes qui percent les immeubles des pentes de la Croix-Rousse, ont inspiré le titre de la 18e Biennale d’art contemporain de Lyon : Passer d’un rêve à l’autre. Pendant trois mois, la manifestation, dont les directrices, Cécile Bourgeat et Isabelle Bertolotti, rappellent qu’elle compte parmi les cinq rendez-vous du genre les plus importants au monde, entend faire de ce manifeste une expérience artistique à l’échelle de la métropole.
Invités par la commissaire australienne Catherine Nichols, quelque 120 artistes venus des cinq continents sont réunis autour d’une réflexion sur les grands mouvements qui structurent notre époque : argent, marchandises, humains ou informations, tout s’échange, se déplace, s’accélère. Une réflexion nourrie notamment par Walter Benjamin et son Livre des passages. Que devient l’individu dans cette mécanique ? Et que peut produire l’art lorsqu’il décide de s’intéresser non plus aux seuls objets, mais aux systèmes qui les font naître et circuler ?
Fiona Clark, « Downtown shopping centre », Auckland, New Zealand 1975.
La réponse ne tient pas dans un bâtiment. Outre les institutions satellites, comme le musée des Confluences, la fondation Bullukian ou le Frac Rhône-Alpes, parties prenantes de la programmation, trois pôles forment le cœur du parcours : le macLYON, le musée des Tissus et les Grandes Locos.
Le premier explore l’existence et la mémoire ; le deuxième, les relations et les échanges ; le troisième, installé dans une ancienne infrastructure ferroviaire, s’intéresse aux univers industriels et aux bouleversements qu’ils engendrent. Les Grandes Locos sont à cet égard un choix particulièrement révélateur puisque dans cette immense architecture, l’exposition dialogue directement avec son environnement. Les œuvres y rencontrent une friche marquée par les trains, le travail ouvrier et les transformations locales, qui devient à elle seule un protagoniste du récit.
Archana Hande, « Weaving Light », 2009–2025.
La véritable trouvaille de la Biennale est peut-être son refus du confort muséal. Pourquoi enfermer l’art contemporain dans des espaces conçus pour lui ? Les artistes investissent ainsi des sites plus inattendus : des traboules dans le Vieux Lyon, le jardin du musée des Beaux-Arts, la station de métro Gare Part-Dieu, le parking LPA Saint Antoine ou encore les façades de la Cour des Loges, un joyau de la Renaissance reconverti en palace. Parmi les créateurs invités, le Grec Mikhail Karikis, l’Indienne Archana Hande, la Néo-Zélandaise Fiona Clark, les Français Laure Prouvost et Pol Tabouret, le Chinois Haonan He ou la Britannique Lucy Beech témoignent de cette diversité. Pas de grand style officiel, mais une constellation de pratiques qui interrogent notre rapport au temps, au territoire, aux autres et aux mutations des sociétés contemporaines. Dans chacun des trois sites principaux, la « Fête Permanente », imaginée dans l’esprit des « principes d’économie poétique » de l’artiste Fluxus Robert Filliou, installe un endroit collectif de création continue, fondé sur l’expérimentation, le jeu et la convivialité, où se mêlent conversations, performances, radio, vidéo et rencontres. »Ici, on peut s’asseoir, discuter, déplacer les meubles, écouter, regarder et participer », résume Catherine Nichols.
Cet automne, la Biennale espère attirer autant de visiteurs, voire davantage, que lors de sa précédente édition – ils étaient près de 300 000 en 2024 – en proposant non seulement des œuvres, mais aussi une autre façon de traverser Lyon. Et, peut-être, de s’y perdre.
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Author : Letizia Dannery
Publish date : 2026-09-26 08:30:00
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