C’est un baiser de la mort dont Marine Le Pen se serait bien passée. Le 16 juillet, par un tweet exalté dont il a le secret, le milliardaire américain Elon Musk a qualifié la candidate du Rassemblement national de « dernier espoir de la France » en vue de l’élection présidentielle de 2027. Le RN s’efforce de prendre ses distances avec la mouvance Maga, pour éviter de périlleux amalgames. Les marques d’attention de l’administration Trump à leur égard ne manquent pas. En avril 2025, Donald Trump et son vice-président J.D. Vance avaient publiquement apporté leur soutien à Marine Le Pen, jugeant que sa condamnation à une peine d’inéligibilité constituait une « chasse aux sorcières » pour entraver son accession à l’Elysée.
Au même titre que les ingérences russes, qui ont jusqu’à présent essentiellement ciblé Edouard Philippe, Gabriel Attal ou Raphaël Glucksmann, les tentatives de déstabilisation venues des Etats-Unis sont scrutées de près par l’exécutif. Après Viginum, l’agence de lutte contre les ingérences numériques étrangères, qui s’était ces derniers mois fendue de notes confidentielles pour suivre la mouvance Maga, le Quai d’Orsay s’est récemment saisi du phénomène. Mi-septembre, le ministère des Affaires étrangères a mis sur pied une discrète « task force » chargée de surveiller de plus près les ingérences américaines à même de déstabiliser la prochaine élection présidentielle française. Pour être à même d’y répondre officiellement, le cas échéant. Et de mieux appréhender leurs multiples formes.
« Donald Trump et J.D. Vance ont déjà délibérément affiché leur soutien à des partis nationalistes ou d’extrême droite en en Hongrie comme en Allemagne. A cela s’ajoute l’influence des sphères Maga en ligne, parfaitement indépendantes de l’administration Trump, qui viennent amplifier des faits divers survenus sur le continent européen, le plus souvent liés à l’immigration », détaille Gabriel Solans, chercheur en civilisation américaine à l’université Paris-Cité. « Le tout sans même évoquer le rôle d’Elon Musk et des algorithmes de son réseau social, X, qui donnent une caisse de résonance privilégiée aux contenus identitaires », poursuit-il.
Les diplomates sur le pont
« Les ingérences américaines ne se réduisent pas au champ informationnel : elles s’appuient aussi sur le droit et cherchent à contourner les normes », rappelle Maud Quessard, directrice de recherche à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (Irsem) et spécialiste des Etats-Unis : « Depuis plusieurs mois, l’administration Trump exerce ainsi à Bruxelles une pression ouverte, à coups de menaces tarifaires ou de refus de visas, pour faire plier les réglementations qui visent les grands acteurs du numérique. »
Sur le plan diplomatique, les Etats-Unis ont également mis à profit leurs ambassades européennes pour prêcher la bonne parole Maga. « Les ambassades américaines en Europe ont relayé de manière coordonnée un discours sur le déclin européen, la liberté d’expression menacée et le recul des valeurs chrétiennes, ce qui sort des usages diplomatiques », note Maud Quessard. L’an passé, le sulfureux conseiller de Donald Trump, Samuel Samson, a multiplié les déplacements sur le Vieux Continent pour venir témoigner en personne du soutien américain aux partis politiques d’extrême droite en Europe et tancer les dirigeants modérés – jusqu’à être accusé d’ingérence.
« America First »
Les Etats-Unis ne font pas mystère de leur volonté d’interférer dans la politique intérieure des pays européens. Cette dernière est inscrite noir sur blanc dans la dernière mouture de leur Stratégie de sécurité nationale, publiée en décembre 2025, et qui remet au goût du jour la doctrine « America First ». « Les Etats-Unis poussent ouvertement l’agenda inscrit dans cette stratégie, qui évoque un risque d »effacement civilisationnel’ de l’Europe », note Maud Quessard. La France est loin d’être le seul pays ciblé. « Donald Trump malmène actuellement le Royaume-Uni et tente d’ingérer dans la politique intérieure du pays, en soutenant l’unité irlandaise ou en laissant entendre que les Etats-Unis pourraient réévaluer leur position sur les îles Malouines, où la souveraineté britannique est contestée », relève Gabriel Solans. « Il s’agit d’éviter que ce scénario se reproduise en France. »
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Author : Elsa Trujillo
Publish date : 2026-09-27 06:45:00
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