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    Têtes brûlées ou têtes bien faites ? Ces jeunes qui investissent en Bourse sans complexe

    IntelliNewsBy IntelliNewsseptembre 28, 2026Aucun commentaire12 Mins Read
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    Les financiers l’appellent le « September effect ». C’est statistique, au mois de septembre, la Bourse s’embourbe. La tradition avait toutes les raisons de se vérifier en 2026 : la crise du détroit d’Ormuz a poussé les prix du pétrole largement au-dessus de 100 dollars et l’inflation persistante a conduit la Réserve fédérale américaine à serrer la vis monétaire. Sans surprise pour les vieux briscards des marchés. Hugo, jeune diplômé d’une école de commerce, spécialité finance, avait aussi anticipé le scénario et ajusté son portefeuille. Ce Parisien de 24 ans, à l’ »appétence maximale au risque », a commencé à investir ses économies il y a cinq ans, d’abord en actions. « J’étais en alternance, et comme j’habitais chez mes parents, je pouvais me permettre d’y consacrer la moitié de mon salaire, de l’ordre de 450 euros par mois ».

    Comme lui, une nouvelle génération s’est lancée ces dernières années à l’abordage de la Bourse, sans complexes. Un regain d’intérêt inespéré après une « période de disette » en France, comme la qualifie Benoît Grisoni, le patron de la banque en ligne BoursoBank, également directeur adjoint des activités de banque de détail en France de Société Générale : « La Bourse a été désertée par les particuliers pendant plus de dix ans, à partir de la crise financière de 2008. Les volumes ne faisaient que baisser ». Puis, fin 2019, la Française des Jeux a intégré la cote parisienne – énorme succès populaire. Surtout, la crise sanitaire de 2020 a éveillé des vocations. Des salaires maintenus dans la tempête, des économies accumulées faute de sorties et de voyages, du temps libre pour placer son épargne… La chute des cours de mars 2020 est rapidement vue comme l’occasion d’entrer sur le marché. Pari gagnant, car les indices se redressent très vite. « A l’époque, notre activité a triplé par rapport à celle de 2019. C’est une des rares crises où les particuliers ont gagné de l’argent car ils sont montés dans le bus au bon moment », observe Benoît Grisoni.

    Dans une étude parue fin 2023, l’OCDE a décortiqué cette frange de la population qui a fait ses premiers pas en Bourse lorsqu’on pouvait à peine mettre le nez dehors : 56 % avaient moins de 35 ans ; 22 % n’avaient pas 24 ans. Hommes ou femmes, près d’un néoinvestisseur sur deux a acheté un cryptoactif, Bitcoin ou autres. L’assurance-vie sans risque arrive en deuxième position des produits financiers détenus par ces nouveaux épargnants, devant les Plans d’épargne retraite et les actions cotées. Tobias, fait partie de cette cohorte, qui a mué son épargne en investissement durant le confinement. « Je vois des marchés qui font – 20%, – 30% en quelques jours. Je me dis alors que Nike, en chute libre parce que les magasins étaient fermés, reverra forcément son activité revenir à la normale. J’ai réalisé presque 30 % de plus-value en deux mois ! », sourit ce trentenaire passionné, aujourd’hui consultant.

    Investisseurs de plus en plus tôt

    Le bus continue de rouler à belle allure, les marchés financiers poursuivant, à quelques à-coups près, leur ascension régulière. Les passagers, de plus en plus nombreux, rajeunissent. « Le phénomène est très net parmi les détenteurs de comptes-titres et de Plans d’épargne actions (PEA) : un sur deux environ est âgé de moins de 30 ans aujourd’hui. Il y a cinq ans, c’était plutôt un sur cinq », note le directeur général de BoursoBank. Chez eToro, le directeur France Emmanuel Sackmann s’étonne de voir que les « clients sont nombreux à investir dès 20-22 ans. Pendant longtemps, l’investissement était réservé à ceux qui étaient installés dans la vie et détenaient déjà une certaine épargne. » Un constat corroboré par les données recueillies aux Etats-Unis par le courtier Charles Schwab & Co : la génération Z commence à placer son argent à 19 ans tandis que les millenials ont démarré en moyenne à 25 ans, et les boomers à 35 ans.

    Il faut dire qu’entre-temps, le numérique a bouleversé les pratiques. Des néocourtiers ont émergé, proposant des applis simples et ludiques. Pas de prise de RDV, pas d’horaire, pas d’appréhension face au conseiller bancaire en agence. Certains clients multiplient les plateformes, avec des comptes ouverts en quelques clics. Une pour faire du trading à court terme, une autre pour gérer un PEA plus sagement, une troisième pour les cryptos… Rolandas Juteika, responsable Wealth & Trading chez Revolut, se remémore sa propre expérience de jeune investisseur : « Il y a 15 ans, il fallait un ticket minimum de 1 000 dollars pour un fonds négocié en Bourse. On n’avait même pas accès aux actions américaines et les commissions étaient salées ! » Il est aujourd’hui possible de faire ses gammes très tôt, avec une mise modique. Etudiante de 19 ans dans un cursus qui mêle économie, informatique et maths, Mareva teste, à son rythme. Elle a placé 15 euros sur trois actions, via Revolut : TotalEnergies pour sa sensibilité aux prix du pétrole, Accor, moins volatile, et une américaine, Starbucks. « J’avais vu plusieurs vidéos sur Instagram. Maintenant je veux apprendre par moi-même, en vrai », explique-t-elle.

    Instagram, Youtube et Reddit pour s’informer

    Pour cette génération, les contenus en ligne sont une source d’information inépuisable et divertissante. Tobias trouve « Youtube plus fiable, avec des intervenants de très bon niveau. L’Américain Joseph Carlson a transformé ma façon d’investir ». Il n’est pas toujours besoin d’être issu de la « Gen Z » pour inspirer les néophytes. Paul, ingénieur de 23 ans, « a construit sa stratégie en regardant des vidéos d’un octogénaire, Charles Gave, sur Youtube, qui parlent d’économie et d’investissement ». Après avoir suivi le financier un certain temps, il s’est lancé il y a quelques mois en achetant des actions françaises. Matthias Baccino, ancien dirigeant devenu conseiller de la plateforme Trade Republic, s’étonne lui-même de ses 315 000 followers sur Instagram et des 60 000 abonnés de sa chaîne Youtube. « C’est délirant pour un banquier ! On trouve sur Instagram des contenus simples, pédagogiques, courts, qui donnent envie de creuser ensuite sur Youtube. Les forums de discussions de Reddit, eux, ont explosé. En 2020, le groupe ‘Vos finances’ attirait 20 000 geeks. Il en compte aujourd’hui plus de 400 000. Un nouveau groupe s’est créé pour les débutants, qui grossit à son tour extrêmement rapidement ». Selon l’étude de l’OCDE, 41 % des 18-24 ans s’informent sur les réseaux sociaux, 29 % en suivant des influenceurs et des « personnes célèbres fournissant des conseils sur l’investissement ». Ils en tirent une certaine confiance, les trois quarts estimant s’y connaître « assez bien » voire « très bien »… Fanfaronnade qui ne résiste pas nécessairement à l’épreuve d’un rapide test sur des notions de base. Parmi les nouveaux investisseurs interrogés par l’OCDE, tous âges confondus, un sur deux pensait, quelle que soit l’évolution du cours des cryptoactifs, pouvoir récupérer au moins sa mise initiale…

    Tout le monde n’a pas les moyens ou le réflexe de souscrire un abonnement à Bloomberg « pour avoir les news le plus rapidement possible », comme Hugo. Bien informé, celui-ci a ouvert un PEA pour bénéficier des avantages fiscaux qu’offre cette enveloppe au bout de cinq ans. Au-delà des actions, ses études lui ont ouvert d’autres horizons : futures, obligations… Des cryptos aussi, dans des déclinaisons plus ou moins grand public, et sur lesquelles il a pris, depuis, ses bénéfices. Mais aussi des ETF. Un support idéal pour miser quelques dizaines d’euros, ou plus, sur un panier de valeurs réunies dans un seul fonds répliquant fidèlement la variation des indices boursiers. Le CAC 40 pour jouer les grandes capitalisations françaises, le S&P500 pour suivre Wall Street, le Nasdaq pour parier sur la tech, le MSCI World pour ouvrir son portefeuille au monde entier. Ou bien des produits concentrés sur les semi-conducteurs, les mines d’or, la défense européenne ou l’immobilier américain. La palette est infinie et les frais modestes. Ces ETF drainent des montants exponentiels. Amundi, le plus gros gestionnaire d’actifs européen, peut en témoigner. « Début 2022, la collecte mensuelle tournait autour de 20 milliards d’euros. Quatre ans plus tard, elle est de l’ordre de 50 milliards », chiffre Benoit Sorel, directeur ETF et indiciel au niveau mondial. Les records tombent quasiment chaque mois.

    Les courtiers se sont adaptés, avec une offre de versements programmés, à partir de quelques euros par mois, pour investir régulièrement, sans s’inquiéter des caprices du marché. La formule a beaucoup de succès auprès des jeunes, preuve d’une certaine maturité. « Ils ne mettent pas tout leur argent dans les actifs les plus risqués. Les jeunes clients de Revolut investissent de l’ordre de 50 à 100 euros par mois dans des ETF, pour accumuler du patrimoine. Ce qui n’exclut pas, à côté, de faire du trading sur de plus petits montants », détaille Rolandas Juteika.

    Faire fructifier son argent et préparer sa retraite

    Alors, tête sur les épaules ou têtes brûlées ? On pourrait voir ici une nouvelle génération de boursicoteurs, avides d’argent facile et rapide. Les applis ont participé à cette « ludification ». On négocie des actions comme on achète et revend des baskets sur Vinted ou des cartes Pokemon sur Discord. L’OCDE relève que 88 % des 18-24 ans qui se sont mis à investir pendant la pandémie jouent à des jeux d’argent. La première motivation reste de faire fructifier ses avoirs, sans forcément prendre des risques inconsidérés. Nicola, 24 ans, futur ingénieur des Ponts, n’investit que dans des domaines qu’il maîtrise : Engie, Veolia, Vicat, Vinci… Philippe, chef d’entreprise de 31 ans, choisit minutieusement ses actions. « Je regarde les performances passées, mais aussi la philosophie de l’entreprise ». Après s’être fait peur en misant sur la crypto, très volatile, il a finalement pris ses bénéfices pour acheter son appartement. Tobias, lui, ne s’est pas risqué sur le Bitcoin et apparentés. « C’est le casino ! En revanche, je m’intéresse à l’or et à l’argent ». S’il avoue avoir « pris une gifle » sur le métal gris, il se félicite en revanche d’avoir fait un tour rue Vivienne avant l’été pour acquérir un peu d’or. Désabusés par la trajectoire des finances publiques, certains avouent même préparer d’ores et déjà leur retraite. « Les générations précédentes ont vécu dans un modèle social qui les protégeait, un modèle qui s’effrite aujourd’hui, incitant les plus jeunes à se prendre en main, quitte à avoir le sentiment de payer deux fois », analyse Benoît Grisoni.

    Aux Etats-Unis, la doctorante Zosia Cooper a creusé le sujet en sondant une soixantaine d’étudiants et jeunes diplômés de la côte ouest. « Ils sont préoccupés par le fait que le travail et la carrière ne suffisent plus à s’offrir un style de vie de classe moyenne. D’autres s’inquiètent de possibles licenciements dans leur secteur. D’autres encore veulent se ménager la possibilité de changer de voie professionnelle ou de prendre une retraite anticipée. » Avec la volatilité liée à la guerre en Iran, beaucoup se sont retirés des actions au profit de placements plus sûrs, comme les fonds monétaires et les obligations, constate-t-elle.

    Dans les statistiques d’Amundi, les effets de la crise du détroit d’Ormuz transparaissent aussi. La collecte sur les ETF a fortement ralenti au mois de mars. « C’est même étonnant, car la plupart des clients allouent des fonds au travers de programmes d’investissement systématiques, donc plus complexes à débrancher. Mais dès le mois suivant, de nouveaux records ont été battus, les investisseurs ont vu dans le repli des marchés une occasion de se positionner », décrit Benoît Sorel. Et si la baisse des marchés se prolongeait plusieurs mois durant, comme après la faillite de Lehman Brothers, comment réagiraient-ils ?

    1987, 2000, 2008… Les grandes tempêtes boursières du passé, celles que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître, ont fait plus d’un naufragé parmi les petits épargnants. Ces dernières années, quelques grains, éphémères, ont sévi. Mais les vents, soufflés par l’essor de l’intelligence artificielle, restent pour l’instant favorables. « Les jeunes sont clairement plus optimistes sur l’investissement que leurs aînés. C’est assez facile quand tout va toujours bien, note l’économiste Charlotte de Montpellier, chez ING. Malgré quelques soubresauts, comme lors du Liberation Day en 2025 et l’instauration des taxes douanières américaines, les marchés ne cessent de monter. Et quand ils baissent, c’est une opportunité d’achat ». Les jeunes n’ont pas la crainte d’entrer au ‘mauvais moment’, ou FOMO – Fear of missing out, un biais classique en investissement. Si l’on en croit les dernières données recueillies par eToro auprès de ses clients, cette nouvelle génération s’est approprié un dicton aux accents pourtant désuets : « Acheter au son du canon et vendre au son du clairon ». A 80 %, ils se disent prêts à se positionner en cas de correction des marchés. Parce que leur horizon d’investissement va bien au-delà d’un faux pas ponctuel. Les plus âgés, eux, apparaissent plus timorés.

    Se laisseront-ils gagner par l’enthousiasme de la jeunesse ? Les courtiers constatent d’ores et déjà un phénomène étonnant : « Depuis 18 mois environ, on voit arriver chez Trade Republic énormément de parents des 18-25 ans qui ont ouvert des comptes chez nous au début des années 2020. On s’en rend compte car ils ont le même numéro fiscal ! », raconte Matthias Baccino. Même constat chez Yomoni : « La croissance des ETF est tirée par les jeunes : leurs économies propres, mais aussi leurs recommandations car ils nous amènent leurs parents », constate Sébastien d’Ornano, le président de cette société de gestion en ligne. « Papa, t’as vu le Nasdaq ? », nouvelle version de « t’as pas 100 balles ? »



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/tetes-brulees-ou-tetes-bien-faites-ces-jeunes-qui-investissent-en-bourse-sans-complexe-M6PWUYECUZCQDCDA623ZANGQVY/

    Author : Muriel Breiman

    Publish date : 2026-09-28 04:30:00

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