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    « Un pactole contre un pacte » : comment l’Allemagne a fait sauter l’ultime verrou avant son unification

    IntelliNewsBy IntelliNewsseptembre 29, 2026Aucun commentaire7 Mins Read
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    Tout est allé très vite. Presque sans préavis : au fin fond du Caucase, où il le recevait, Mikhaïl Gorbatchev a dit oui à Helmut Kohl. Oui à l’unification de l’Allemagne, à son appartenance à l’Otan. Et, du coup, oui à la trame encore incertaine de l’Europe de demain, dont le dessin doit se substituer à celui tracé naguère à Yalta. Etouffant, partout, de moiteur, ce lundi 16 juillet s’inscrit déjà comme une date majeure dans l’histoire contemporaine du continent. Et aussi comme la journée des surprises. Un seul exemple l’illustre : James Baker, secrétaire d’Etat américain, qui se rendait à Paris pour participer à la conférence dite « 4 + 2 », apprendra la nouvelle à l’escale de Shannon, en Irlande, grâce aux journalistes de sa suite. De son propre aveu, il ne s’y attendait pas avant plusieurs semaines…

    Allemands et Soviétiques aiment les symboles. Aussi, avant d’annoncer leur accord, les deux hommes sont-ils apparus, ensemble, sur la passerelle d’une gigantesque moissonneuse-batteuse dominant la houle pacifique des blés mûrs. C’était dans la campagne de Mineralnye Vody, près de Privolnoye, village natal de Gorbatchev, un site que l’armée allemande occupa d’août 1942 à janvier 1943. Encore un symbole.

    C’est dans ce décor riche de promesses et lourd de souvenirs qu’en deux jours aura été conclu le second pacte germano-soviétique — informel, celui-là — sur lequel s’entendent le pieux rhénan Kohl, jusqu’à présent trop souvent qualifié de « balourd », et le déconcertant Gorbatchev, que ses rivaux, il y a peu de temps, décrivaient comme un apparatchik « au sourire éclatant et aux dents d’acier ». Ils ont presque le même âge : 60 et 59 ans. Et, comme on dit, ils font, l’un et l’autre, une bonne affaire.

    Pour le chancelier, il s’agit, au-delà même de l’unification de sa nation, d’ancrer solidement l’Union soviétique à l’Europe, afin de garantir la paix à l’Est, comme la réconciliation franco-allemande l’avait, jadis, scellée à l’Ouest. Ce faisant, il s’offre une stature d’homme d’Etat et peut, sans crainte, miser sur sa victoire aux élections panallemandes, le 2 décembre prochain.

    De son côté, Gorbatchev, fraîchement réinstallé à la tête de l’URSS et de son Parti communiste, se voit assuré de l’appui occidental. Et, tout d’abord, de celui de l’Allemagne, « notre principal partenaire économique », reconnaîtra-t-il.

    C’est dans l’examen des avantages réciproques que se révèlent les enjeux et le prix de l’entente : un pactole contre un pacte. Car le nouvel Etat allemand sera, demain, la deuxième puissance industrielle du monde. Avec un PNB égal à celui de la France et de la Grande-Bretagne réunies. Avec une population représentant le quart de celle des 12 de la CEE. Bref, le concours de l’Allemagne devient indispensable pour soutenir les efforts de restructuration (« perestroïka ») de l’URSS après soixante-dix ans de communisme.

    Lourde, l’addition? Peut-être. Mais la réussite du « plan » de Kohl exigeait qu’il en passât par là afin de faire sauter l’ultime verrou empêchant encore l’unification de l’Allemagne. Son projet, le chancelier l’aura mis sur les rails il y a tout juste huit mois, au lendemain de la chute du mur de Berlin. En en confiant le pilotage à l’un de ses plus proches collaborateurs, Horst Teltschik avec la consigne de ne pas se soucier des critiques émises à Paris ou à Londres, mais de tenir loyalement informés tous les Occidentaux. « Qu’on ne vienne pas dire que nous avons été de mauvais alliés », affirme Teltschik, qui souligne la « correction » des démarches suivies par Bonn. Que ce soit auprès des 12 de la CEE, des 16 de l’Otan des 35 de la CSCE ou des 7 du groupe des pays les plus riches, les Allemands ont toujours exprimé sans fard leur désir de recréer une grande nation.

    Les marchandages entre l’Allemagne et l’URSS auront demandé cinq mois de tractations, depuis le premier contact établi, le 10 février, lors de la visite à Moscou du ministre ouest-allemand des Affaires étrangères, Hans-Dietrich Genscher. Le dossier militaire restera longtemps le plus difficile à régler. En fait, il sera « bouclé » au dernier moment, lors du tête-à-tête caucasien entre les deux hommes d’Etat, Résultat : une réduction des forces armées allemandes de plus de 41 % des effectifs de la Bundeswehr (RFA), ce qui la ramènera de 490 000 à 288 000 hommes. L’ensemble de la future armée allemande, Volksarmee (RDA) comprise ne devant pas ensuite dépasser 370 000 hommes. (A ce niveau, et pour apaiser d’éventuelles craintes de Paris, ces troupes demeureront sensiblement égales en nombre à celles de la France. Ce détail, qui ne figure pas dans l’accord du 16 juillet, est tout particulièrement souligné par les conseillers de Kohl.)

    Bien évidemment, Bonn renonce à s’équiper d’armements chimiques et bactériologiques, comme à prétendre au nucléaire. En échange, Moscou s’engage à retirer, « d’ici à trois ou quatre ans, les 370 000 soldats de l’Armée rouge stationnés en RDA, tandis que l’Allemagne unifiée reste libre de con son appartenance à l’Otan.

    Le prix de ces concessions est connu : 5 milliards de deutsche Mark en crédits bancaires. Et de nombreuses rallonges. A celle nécessaire au paiement des soldes des troupes soviétiques en RDA, soit 1,25 milliard de marks pour la seule année 1990, il faut ajouter un surprenant chapitre, dont le total s’élève à 500 millions — l’équivalent des comptes personnels détenus par les officiers et les troupiers de Moscou. Bas de laine acquis, semble-t-il, grâce à de louches trafics de revente de carburant ou de pièces détachées. Du marché noir en quelque sorte. Qu’importe ! le ministre des Finances de Bonn, Theo Waigel, accepte de s’en faire complice. Avec, quand même, des limites : le change s’établira à la moitié de celui qui était réclamé par Gorbatchev.

    Et ce n’est pas tout. Certes, l’Allemagne veut bien payer. Mais pas seule. Dès maintenant, elle s’affirme promoteur d’une aide collective qui devra être offerte à l’URSS. Et qui atteindrait 15 milliards de dollars. Encore faut-il que les Américains consentent à cet effort financier également souhaité par François Mitterrand. Kohl entend les convaincre. Comme il a déjà convaincu les Occidentaux à plusieurs reprises (sommet de la CEE à Dublin, sommet de l’Otan à Londres, enfin sommet des « riches »à Houston) d’applaudir publiquement les réformes de Gorbatchev. De les favoriser même : c’est le sens de la décision prise début juillet, à Londres, de s’engager vers une définition plus politique que militaire de l’Otan, en diminuant sa capacité nucléaire. Kohl l’explique d’une manière simple : il faut aider l’Union soviétique à passer d’une industrie de guerre à une économie de consommation.

    Mis de la sorte en perspective, on voit mieux le tenace cheminement du projet de Helmut Kohl. Il introduit une nouvelle donne. A la conférence de Paris, la Pologne a rapidement obtenu que sa frontière avec l’Allemagne soit officiellement garantie par la Constitution du futur Etat allemand.

    Combats d’arrière-garde au fond. Car l’accord Kohl-Gorbatchev dépasse toutes les négociations en cours. Et semble avoir été prévu avec le sérieux et la rigueur « germaniques ». Si bien que, dans les premiers moments de la rencontre du Caucase, Gorbatchev aura pu lancer en plaisantant : « Il ne nous reste que quelques noisettes coriaces à briser. Mais, n’est-ce pas, nous avons tous deux d’excellentes dents ! »

    En effet. Et de grands appétits, aussi, ne serait-ce que pour leur légende. Gorbatchev revendique apparemment celle d’un nouveau Pierre le Grand, rénovateur de la Russie. Et Kohl se voit déjà comme un nouveau Bismarck, premier unificateur de l’Allemagne moderne. Avec tout juste une crainte : que la puissance et l’influence retrouvées par son pays ne suscitent des inquiétudes. C’est pourquoi, le 16 juillet, il a tenu à déclarer : « Le traité Bonn-Moscou ne sera dirigé contre personne. » Car, depuis l’été de 1939, l’idée même d’un pacte germano-soviétique ne cesse d’effrayer.



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    Publish date : 2026-09-29 06:00:00

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