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    Attentat de Trappes : « Il y a une sous-déclaration des faits anti-musulmans »

    IntelliNewsBy IntelliNewsoctobre 31, 2026Aucun commentaire8 Mins Read
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    Il dit « ne rien regretter ». Une semaine après avoir tiré en rafale sur des passants à Trappes et La Verrière, dans les Yvelines, Kevin T. a, selon le Parquet national antiterroriste (Pnat), reconnu avoir « spécifiquement ciblé des personnes de type musulman ou africain, nord-africain », dans un lieu qu’il considérait comme un « repaire d’islamistes ». Vendredi 23 octobre, aux alentours de 10 heures du matin, ce trentenaire a ouvert le feu pendant quinze longues minutes, en pleine rue, tuant sur le coup Pengo Bossio Wangi, un jeune homme de 26 ans, et blessant sept autres personnes, dont une petite fille de 11 ans.

    Tandis qu’il était placé en garde à vue, des enquêteurs ont retrouvé à son domicile des autocollants faisant la promotion du Rassemblement national. Jeudi 29 octobre, le parquet de Nanterre a par ailleurs confirmé une information de Mediapart selon laquelle le tireur avait également été arrêté trois jours plus tôt à Levallois-Perret, pour avoir agressé un homme noir sur le parking d’une station-service. Placé en détention provisoire, il conteste « toute intention terroriste » mais considère, comme l’indique le Pnat, son action comme « légitime ».

    Alors que les actes antimusulmans ont augmenté de 88 % entre 2024 et 2025 selon le ministère de l’Intérieur, et que trois personnes ont été tuées depuis 2025 pour des motifs islamophobes, l’Association de défense contre les discriminations et les actes antimusulmans (Addam) appelle à une « condamnation plus ferme de toutes les formes de racisme » et déplore « une haine antimusulmane latente » dans le pays. Son président, Bassirou Camara, également secrétaire général de la Fédération des musulmans du Tarn, répond aux questions de L’Express.

    L’Express : A l’issue de sa garde à vue, Kévin T. a admis avoir « spécifiquement ciblé des personnes de type musulman ou africain, nord-africain », dans une ville qu’il considère comme un « repaire d’islamistes ». Comment réagissez-vous à ces déclarations ?

    Bassirou Camara : Ce n’est malheureusement pas une surprise. Avant même les précisions du procureur antiterroriste, nous étions déjà convaincus du caractère antimusulman de cette attaque, au vu notamment de la proximité de l’attentat avec les lieux de culte musulmans des principales villes concernées. La pharmacie touchée à La Verrière est par ailleurs placée juste à côté d’une librairie musulmane. Le soir même, Emmanuel Macron a évoqué « un attentat terroriste raciste », et nous sommes parfaitement d’accord avec le terme de « tournant » qu’il a employé pour décrire cet acte, planifié en raison de la couleur de peau ou de la religion supposée des personnes visées.

    Mais là encore, ce n’est pas une surprise : nous alertons depuis de longues années sur la banalisation des discours de haine antimusulmans dans l’espace public, dans la bouche de certaines personnalités politiques et dans certains médias, qui pour une partie d’entre eux en ont même fait un pilier de leur ligne éditoriale. Le fait que le caractère antimusulman de l’attaque ne soit pas retenu dès le premier jour nous a d’ailleurs particulièrement étonné et interrogé, cela donnant l’impression d’une hésitation à nommer les faits, et donc d’une minimisation de ces derniers.

    Craignez-vous d’autres attaques envers la communauté musulmane à la suite de cet attentat ?

    C’est déjà le cas. A Modève, dans l’Hérault, les fidèles ont rapporté en début de semaine que leur mosquée avait été taguée avec des inscriptions menaçantes comme « Islam dehors », et « La valise ou le cercueil », tandis qu’un oiseau mort était retrouvé devant la porte. Dans le contexte actuel, ces actes ne peuvent pas être considérés comme de simples provocations. Ce n’est d’ailleurs pas inédit : il y a quelques mois, des tags racistes étaient découverts sur le chantier d’une mosquée à Coignières, dans les Yvelines, juste à côté de la ville de Trappes.

    Dès les premières heures qui ont suivi l’attentat, vendredi 23, nous avons demandé des mesures de vigilance particulières aux abords des lieux de culte dans les villes concernées par l’attaque, et appelé à une prise de conscience beaucoup plus large au niveau national. Les premiers éléments de l’enquête ne permettaient pas d’établir une éventuelle complicité, mais cette possibilité n’était pas non plus écartée. Nous craigniions de voir apparaître d’autres attaques sur le territoire… Et dans les heures qui ont suivi, nous avons d’ailleurs été informés du fait que plusieurs personnes ont fait l’apologie en ligne de cet attentat, se félicitant notamment de la tuerie. Je tiens à préciser que chaque signalement est remonté aux services concernés au ministère de l’Intérieur, avec lequel nous travaillons.

    Quelles sont les conséquences de telles attaques sur la vie quotidienne de la communauté musulmane en France ?

    Je ne peux malheureusement pas vous dire que les musulmans vivent comme avant. Depuis vendredi dernier, je suis en contact régulier avec les responsables du Conseil des institutions musulmanes des Yvelines (CIMY), et le climat qui règne est celui de la peur. Des personnes qui avaient l’habitude de se promener au square ou de se balader dans la rue se posent la question de sortir. Les musulmans qui se rendent à la prière le font avec la boule au ventre, et sont obligés de regarder derrière leur épaule. Il y a une inquiétude légitime, mais nous ne pouvons pas non plus céder aux discours haineux, et nous priver d’exercer ce droit fondamental qu’est notre liberté de culte.

    Nous avons bien conscience que nous ne sommes pas à l’abri que des personnes passées sous les radars des services de renseignement passent à l’acte. Sur une prière du vendredi, une mosquée peut recevoir jusqu’à 1 500 personnes contre une centaine le reste de la semaine : nous nous organisons donc pour que les fidèles ne se regroupent pas devant les lieux de culte, ne prient pas à l’extérieur pour ne pas être pris à parti… J’ai également personnellement pris attache avec le cabinet du ministre de l’Intérieur hier pour faire remonter des demandes de renfort de patrouilles de police devant les lieux de culte. Ces demandes ont été entendues, et il m’a été indiqué que les préfets étaient pleinement mobilisés sur le sujet. Nous verrons ce qu’il en est concrètement sur le terrain.

    Selon le ministère de l’Intérieur, les actes antimusulmans ont augmenté de 88 % en 2025, avec 326 faits recensés. Deux personnes ont été tuées la même année au motif de leur religion supposée : Aboubakar Cissé dans le Gard le 25 avril, alors qu’il priait dans une mosquée de La Grand-Combe, et Hichem Miraoui un mois plus tard, devant son salon de coiffure dans le Var. Comment expliquer, selon vous, une telle montée de violence ?

    Je tiens d’abord à préciser que ces chiffres, même s’ils sont impressionnants, ne sont pas encore révélateurs des attaques quotidiennes à l’encontre de la communauté musulmane. C’est un chiffre « socle », mais nous savons qu’il y a une sous-déclaration des faits anti-musulmans : c’est d’ailleurs pourquoi nous avons lancé à l’Addam une plateforme spécifique pour inciter les personnes victimes à déclarer les actes qu’elles ont subi, et que l’association a notamment pour but de les accompagner dans le dépôt d’une plainte et le suivi de leurs dossiers.

    Concernant les raisons de cette violence, tout cela n’est que le fruit d’une banalisation des propos discriminants et racistes dans l’espace public, avec des discours de haine de tous types qui visent en particulier les musulmans. Des personnes multicondamnées pour des déclarations racistes, antisémites, islamophobe ou homophobes sont encore invitées régulièrement sur les plateaux de télévision, tandis que certaines personnalités politiques n’ont plus aucun scrupule à stigmatiser les musulmans, les personnes issues de l’immigration, ou parfois même des villes entières ou des territoires spécifiques. Là où certains pays, comme la Belgique, ont mis en place un « cordon sanitaire » pour éviter de voir une telle parole raciste se développer dans l’espace médiatique, certains médias français leur proposent à l’inverse une caisse de résonance, et je le regrette. Il faut prendre conscience que les mots ont un impact, et qu’ils peuvent armer iédologiquement des personnes qui en déduisent que sur le territoire de la République, il est possible de trier les Français en fonction de leur origine ou leur appartenance réelle ou supposée à une religion.

    Il existe aujourd’hui un climat malsain et une haine antimusulmans latente dans notre pays, qu’il faut nommer. Nous avons en effet connu deux meurtres dûs à cette haine en quelques mois [avant la mort de Pengo Bossio Wangi, NDLR] : Aboubakar Cissé a été poignardé de plusieurs coups de couteau dans un lieu de culte, et il a presque fallu se battre pour faire reconnaitre le caractère antimusulman de cet acte. Le fait de ne pas nommer les choses de manière appropriée a pourtant deux effets néfastes : cela donne le sentiment aux Français de confession musulmane qu’il existe un traitement différencié lorsque leur religion est attaquée, et aux personnes qui tiennent des propos haineux qu’ils ne seront jamais punis, ou en tout cas pas avec la même sévérité. Nous appelons à une condamnation plus ferme de toutes les formes de racisme. L’Etat, les médias et les citoyens doivent se montrer intransigeants sur le sujet. Les attaques meurtrières que nous connaissons sont inédites, il faut réagir en conséquence.



    Source link : https://www.lexpress.fr/societe/attentat-de-trappes-il-y-a-une-sous-declaration-des-faits-anti-musulmans-57CN7JEJK5G73EASVK55DV4MGQ/

    Author : Céline Delbecque

    Publish date : 2026-10-31 15:00:00

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