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    Attentat de Trappes : la délicate détection des « loups solitaires » d’ultradroite

    IntelliNewsBy IntelliNewsnovembre 3, 2026Aucun commentaire9 Mins Read
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    Il est aux alentours de 11h20, ce mardi 20 octobre, lorsque les policiers municipaux de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) viennent séparer deux automobilistes sur le parking d’une station-service. Sur place, ils trouvent un certain Kévin T., 39 ans, aux prises avec Ahmed*, qui a souhaité préserver son anonymat auprès des médias. Ce dernier vient d’être agressé par le trentenaire, qui a refusé de bouger son véhicule pour lui permettre d’accéder à la pompe. Comme il l’indique dans une plainte déposée le soir même, Ahmed aurait été soudainement gazé par une bombe lacrymogène, puis roué de coups par son agresseur, qui l’aurait copieusement insulté en lui promettant « de le tuer ». « On va se débarrasser de vous, on en a marre de vous », entend-il également, probablement en référence à sa couleur de peau, comme il le racontera plus tard à TF1.

    Tandis que la victime est transportée à l’hôpital, Kévin T. est, lui, entendu sous le régime de l’audition libre. Aucun élément de son dossier n’éveille alors les soupçons : l’homme est inconnu de la DGSI et du renseignement territorial (RT), n’est pas fiché S, n’est connu des services de police que pour des faits liés aux stupéfiants, de la conduite en état d’ivresse ou du vol à l’étalage. Il n’est pas considéré comme dangereux, et ressort libre.

    Trois jours plus tard, Kévin T. va ouvrir le feu sur des passants spécifiquement visés car « musulmans ou africains, nord-africains », et parce qu’ils vivent dans un territoire que le Francilien considère comme un « repaire d’islamistes », comme le rapporte le Parquet national antiterroriste (PNAT). Pengo Bossio Wangi, 26 ans, meurt sur le coup, et sept autres personnes sont blessées. Depuis, Kévin T. a été mis en examen et placé en détention provisoire pour assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante liée au caractère raciste de ces actes. Le Pnat a également insisté sur la « très grande préparation de son action criminelle ».

    Comme d’autres avant lui, Kévin T. correspond en réalité à un profil qui inquiète depuis de nombreuses années les services de renseignements : celui d’un militant « isolé » d’ultradroite, le plus souvent radicalisé sur les réseaux sociaux, capable d’agir de manière individuelle et passé sous les radars des enquêteurs. En 2019, les auteurs de la commission d’enquête sur la lutte contre les groupuscules d’extrême droite alertaient déjà sur ce danger. En plus des « groupes aux effectifs très réduits de type survivalistes » susceptibles de perpétrer des actions violentes sur le territoire, les députés s’inquiètent également de la figure « de celui qu’on nomme loup solitaire » – tout en nuançant ce terme, « la capacité d’un individu seul à passer à l’acte résidant dans les contacts qu’il a entretenus précédemment avec des groupes ».

    Nicolas Lerner, alors directeur de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), appelle notamment la commission à porter attention à une « tendance récente », qu’il identifie comme étant « sans doute le point de préoccupation le plus fort au cours des six ou douze derniers mois », à savoir « l’apparition d’une frange « néo-populiste » à potentialité ou tendance violente », dont les militants ont « pour caractéristique de ne pas être connus des services de renseignement ». Laurent Nunez, à l’époque secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur, précise à la commission que « les services de renseignement n’écartent pas la possibilité qu’un individu de la mouvance ultra puisse passer à l’action de manière un peu isolée sur le modèle d’Anders Breivik », ce terroriste d’extrême droite à l’origine d’un attentat sur l’île norvégienne d’Utoya, qui avait fait 77 morts en 2011.

    Une menace « plus individuelle »

    À la création du Pnat en 2019, cette menace terroriste est prise très au sérieux. Une « douzaine de dossiers visant une cinquantaine de personnes radicalisées à l’ultradroite » sont immédiatement pris en charge par les magistrats spécialisés, selon une source judiciaire interrogée par L’Express. La plupart appartiennent alors à des groupuscules plus ou moins organisés, mais l’exemple d’Anders Breivik ou celui de Brenton Tarrant, auteur de l’attentat de Christchurch en Nouvelle-Zélande, « hante » les magistrats. « De bien plus petits groupes, voire des individus isolés, radicalisés et nourris sur Internet, par définition plus difficiles à détecter, pouvaient désormais agir de manière individuelle, y compris en France”, précise cette source.

    En six ans, cette menace protéiforme n’a fait que s’intensifier. Le Pnat confirme à L’Express que le passage à l’acte de groupuscules extrémistes structurés, politisés et organisés, mélangeant projets d’attaques racistes et volonté de renverser les institutions, n’est « plus la norme ». Une menace « plus individuelle » et basée sur de multiples idéologies – néonazies, suprémacistes blancs, incels, accélérationnistes, complotistes, survivalistes – est montée en puissance.

    Les réseaux sociaux, augmentés par les potentialités de l’intelligence artificielle, jouent par ailleurs « un rôle déterminant dans la radicalisation violente, enfermant un jeune public, souvent en proie à des difficultés personnelles ou sociales, dans des algorithmes de violences débridées », ajoute le Pnat, qui s’inquiète du « très net rajeunissement » de la menace liée à l’ultradroite radicale violente (UDRV). Cette dernière serait désormais portée par « des individus mineurs ou jeunes majeurs, souvent isolés, pouvant présenter des troubles de la personnalité et de plus en plus fascinés par les tueries de masse ».

    Depuis 2012, 32 procédures concernant la mouvance d’ultradroite ont été ouvertes au Pnat, dont dix depuis 2025. Surtout, deux attentats ont été commis en un peu plus d’un an sur le territoire : à Trappes, donc, et à Puget-sur-Argens, le 31 mai 2025. Hichem Miraoui, coiffeur tunisien de 46 ans, était alors abattu de cinq balles tirées par son voisin Christophe Belgembe. L’homme publiait régulièrement des propos racistes et xénophobes sur les réseaux sociaux, mais était, là encore, inconnu des services de police et des renseignements.

    25 à 30 % de cas « psy »

    « Repérer des loups solitaires comme ceux-là, c’est du domaine de la boule de cristal. Ce sont des cas absolument imprévisibles », commente un membre du renseignement territorial. Ce service, chef de file de la lutte contre l’extrémisme violent, travaille selon lui « largement » sur la mouvance d’ultradroite et les différentes galaxies qui la composent. Les lieux de ralliement de ces groupuscules – bars, clubs de sport ou de tirs, groupes de motards – sont particulièrement scrutés, tout comme leurs échanges sur Internet, leurs références culturelles ou historiques, les groupes créés sur les réseaux sociaux… Et toutes les personnes qui chercheraient à s’en approcher. « On suit aussi les brebis égarées qui cherchent à se raccrocher à ces groupes, et qui peuvent en être rejetées car leur profil n’est pas considéré comme assez solide, y compris psychologiquement », précise l’agent. Dans certains cas, ces personnalités aux motivations inquiétantes peuvent même faire l’objet de signalement par les militants d’ultradroite eux-mêmes, ou par des sources humaines proches des services.

    Les profils « psy » ont depuis longtemps été identifiés comme une menace spécifique par les enquêteurs spécialisés. « Une des grandes difficultés du Pnat à sa création résidait dans les interpellations de radicalisés perturbés : des personnes qui adhéraient à une idéologie mais présentaient d’un autre côté de réels troubles mentaux, et étaient donc considérées comme particulièrement instables”, confirme une source judiciaire. Dans une interview accordée au journaliste Jean-Christophe Notin pour son livre Dans le secret des services (Ed. Tallandier, parution le 5 novembre 2026), le directeur national des renseignements territoriaux (DNRT) Bertrand Chamoulaud estime entre « 25 et 30 % » le nombre de cas psychiatriques ou psychologiques lourds dans le portefeuille des personnes suivies pour radicalisation violente – toutes idéologies confondues -, « la plupart du temps aggravés par la précarité ou la consommation d’alcool et de stupéfiants ».

    Un profil qui aurait pu correspondre en partie à celui de Kévin T., dont la garde à vue a dû être interrompue à la suite de propos incohérents et d’actes auto-agressifs. Les examens réalisés par la suite par un psychiatre n’ont finalement révélés « ni symptômes de décompensation aiguë », ni « signes directs ou indirects en faveur d’une activité hallucinatoire ou délirante ». Des traces de cocaïne et de cannabis ont néanmoins été retrouvées dans son organisme.

    « Hyper-vigilance » sur les réseaux sociaux

    À la suite d’attentats comme celui de Trappes, la DNRT surveille également de près les réactions de certains militants sur Internet, qui pourraient faire l’apologie de tels actes ou s’organiser pour les répliquer. « Nous avons une hyper-vigilance sur le sujet, car nous savons qu’une déclaration sur les réseaux sociaux peut être suivie d’effets », poursuit l’agent du renseignement territorial. Deux jours avant de poignarder à mort Aboubakar Cissé dans une mosquée du Gard, en avril 2025, son meurtrier présumé Olivier H. avait ainsi été signalé par deux internautes sur la plateforme Pharos pour des déclarations sans ambiguïté précisant sa volonté de s’en prendre physiquement à des individus. Il n’avait néanmoins pas été arrêté – il ne faisait, lui non plus, l’objet d’aucun suivi particulier par les services de renseignement. En juin 2025, une première expertise a conclu à un trouble psychiatrique schizophrène chronique et à une abolition de son discernement.

    Pour tenter de mieux détecter ces « loups solitaires », et surtout la menace liée à leur potentiel passage à l’acte, certains acteurs du médico-social (Aide sociale à l’enfance, enseignants, psychiatres) sont invités à participer aux groupes d’évaluation départementaux (GED) créés en 2014 et pilotés par les préfets pour lutter contre la radicalisation violente. Réunis tous les 15 jours aux côtés des services de renseignement, des enquêteurs de la police judiciaire ou des procureurs, leur rôle et de passer en revue un certain nombre de dossiers sensibles.

    Gilles Clavreul, préfet des Landes, indique par exemple qu’un tiers des « 12 à 20 dossiers étudiés » en GED dans son département sont affiliés à l’ultradroite et particulièrement surveillés. Ces derniers correspondent à des profils « très jeunes, entre 14 et 17 ans, fascinés par l’ultraviolence et pour lesquels le passage à l’acte peut sembler excitant, pour des motifs sexistes ou racistes ». En cas de doutes, ces profils peuvent faire l’objet d’un suivi plus poussé par la DGSI, qui indiquait dans un rapport datant de juin dernier avoir déjoué « une vingtaine de projets terroristes d’inspiration ultra » au cours des dix dernières années.



    Source link : https://www.lexpress.fr/societe/justice/attentat-de-trappes-la-delicate-detection-des-loups-solitaires-dultradroite-Z3L3EMW7GJEYXOR3KKK46UCHGA/

    Author : Céline Delbecque

    Publish date : 2026-11-03 16:00:00

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