Attention à la gueule de bois ! Passé l’euphorie de la soirée électorale des midterms, la victoire des démocrates pourrait vite, s’ils n’y prennent gare, préparer leur défaite en 2028. En un sens, la très large victoire du parti de l’Âne (l’animal symbole du parti fondé au XIXe siècle) est peut-être le pire résultat qu’il pouvait espérer. En remportant une écrasante et double victoire, au Sénat et à la Chambre des représentants, le camp progressiste court le risque de se méprendre sur le sens du message envoyé par les électeurs.
Certes, le succès est spectaculaire. Non seulement les démocrates n’avaient pas remporté les deux chambres du Congrès depuis 2006. Mais, de plus, certaines de leurs victoires, dans les plusieurs bastions républicains du Deep South (le Sud profond) sont stupéfiantes : au Texas, en Caroline du Sud, au Mississippi et, plus au nord, au Kansas, qui n’avait pas envoyé de sénateur démocrate au Capitole depuis 1932.
Les électeurs ont dit non à la corruption
Hélas pour le parti de Joe Biden et Kamala Harris, le résultat des midterms ne peut être interprété comme un message d’adhésion au programme démocrate – d’ailleurs inexistant, à ce stade – mais avant tout comme un vote sanction adressé à la Maison-Blanche. En votant lors des midterms, les Américains ont surtout dit non à la corruption, devenue l’un des principaux sujets de préoccupation du grand public et symbolisé par le Boeing 747 offert par le Qatar à Donald Trump. Ils ont aussi rejeté l’idée que, grâce à un vote favorable de la Cour suprême, le président se place au-dessus des lois et se comporte comme un roi – d’où le mouvement « No Kings », né en 2025.
Enfin, ils n’ont pas apprécié que Donald Trump donne carte blanche à la police de l’immigration, ICE, pour chasser les illégaux et pas davantage qu’il tripatouille certaines circonscriptions électorales en les redécoupant afin d’affaiblir les Afro-américains (14 % du corps électoral) dont le droit de vote a été conquis de haute lutte en 1965 par le Voting Rights Act.
L’urgence ? Se focaliser sur les vrais sujets
Pour les démocrates, le gros du travail reste à faire. Paradoxalement, c’est maintenant, alors que le vote a déjà eu lieu, qu’ils doivent gagner la confiance des électeurs. Comment ? La réponse a été donnée, voilà deux jours, par l’influent Rahm Emanuel lors d’une interview télévisée. Mieux vaudrait que la direction du Parti démocrate écoute l’ancien chef de cabinet de Barack Obama – qui fut naguère élu représentant de l’Illinois au Congrès de Washington, puis maire de Chicago avant de devenir, enfin, ambassadeur au Japon, jusqu’à l’année dernière – car cet analyste avisé est l’un des cerveaux derrière la vague démocrate qui submergea le Congrès de 2006 et qui prépara le triomphe du premier président afro-américain de l’histoire deux ans plus tard.
Selon lui, il est urgent de se focaliser sur les vrais sujets structurants auxquels l’écrasante majorité des Américains est sensible. Autrement dit : pas l’assouplissement des règles d’immigration ni la question de la participation des transgenres au sport féminin et encore moins le lancement d’une éventuelle procédure d’impeachment contre Trump (déjà tentée deux fois par le passé, sans succès). Du point de vue tactique, même la question climatique n’est pas prioritaire.
Ce qu’il prône tient en trois points. Premièrement : les élus démocrates doivent, dès leur entrée en fonction fin janvier, concevoir une grande loi sur l’éthique en politique, concernant les représentants des trois pouvoirs – législatif, exécutif, judiciaire. Aucun parlementaire, ministre ou juge désigné par le président, et encore moins le président lui-même, ne doit être autorisé à réaliser des opérations boursières (ceci afin d’empêcher les délits d’initié), ni à faire des paris sur les marchés prédictifs. Par ailleurs, le nombre de leurs mandats devra être limité dans le temps. Enfin, aucun membre ou collaborateur du gouvernement ne doit pouvoir toucher de l’argent ou recevoir de cadeau en provenance d’un pays étranger (par exemple le Qatar, les Emirats arabes unis ou l’Arabie saoudite, chers à la famille Trump et prodigues en cadeaux de toute sorte, y compris des aéronefs) jusqu’à deux ans après la cessation des fonctions officielles.
Deuxième proposition de Rahm Emanuel : augmenter le salaire minimum à 20 dollars de l’heure d’ici à 2030 afin d’améliorer le pouvoir d’achat – autre priorité des électeurs. Enfin, troisième idée : il faut annuler, ou réduire nettement, les droits de douane mis en place par Donald Trump qui, selon lui, nuisent à l’économie et impactent négativement le niveau de vie des Américains. Et il veut agir vite. « Tout cela doit être voté et mis en place dans les trois premiers mois, soit avant la fin avril », précise ce proche de Barack Obama.
Certes, Donald Trump pourra toujours mettre son veto pour stopper ces lois – et, par ailleurs, gouverner à coups de décrets. Mais alors, au moins, ces initiatives législatives pourraient-elles servir de début de programme au candidat démocrate pour la présidentielle 2028. Et répondre ainsi à l’immense frustration qui s’exprime vis-à-vis de la classe politique à travers l’Amérique, à droite mais aussi – que les démocrates ne s’y trompent pas – à gauche.
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Author : Axel Gyldén
Publish date : 2026-11-06 15:00:00
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