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    « Coup d’Etat » : quand dix romanciers imaginent un putsch en France

    IntelliNewsBy IntelliNewsnovembre 8, 2026Aucun commentaire7 Mins Read
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    Alors que la réalité semble en ce moment dépasser la fiction, le roman peut-il reprendre ses droits et nous éclairer sur notre époque ? Un projet éditorial aussi ambitieux qu’inédit tombe à pic : dans Coup d’Etat, un coffret réunissant dix livres indépendants, dix romanciers réputés (dont deux anciens prix Goncourt) racontent de dix manières différentes un même événement.

    L’action se situe en février 2027. Dans un climat social déjà tendu, le gouvernement du très macronien président Alexis Donnadieu rend payante l’admission aux urgences. Des manifestants qui se font appeler « les Siffleurs » se mobilisent. Lors d’une réunion place de la Nation, à Paris, une infirmière trouve la mort. Le directeur général de la police nationale, Bruno Forestier, va-t-il profiter du chaos général pour renverser le pouvoir ? Une vidéo compromettante exhumée par un journaliste du Monde met fin à son ascension. Le président en profite pour reprendre la main en activant l’article 16 de la Constitution et en nommant à Matignon Mélodie Garcia, la cheffe de l’Union patriotique nationale, le principal parti d’extrême droite.

    La bonne littérature au-dessus des partis

    Chaque écrivain apporte un point de vue : Maylis de Kerangal se met dans la peau de la plume de la Première ministre, Mathieu Larnaudie fait parler le journaliste du Monde, Jérôme Ferrari signe les Mémoires imaginaires de Forestier… Des pillages nocturnes au couvre-feu instauré par Forestier, on retrouve des images connues. La syndicaliste Marion Brunoy, qui rêve encore du Grand Soir, ressemble à Sophie Binet. Le milliardaire conservateur Ladislas Benoît et ses médias « bénédictins » ne sont pas sans rappeler Vincent Bolloré et CNews – d’autant que son présentateur vedette, Jean-Sylvain Dominici, a plus qu’un air de famille avec Pascal Praud. Clairement de gauche, Coup d’Etat agacera-t-il les lecteurs de droite ? La bonne littérature est au-dessus des partis, et on peut prendre plaisir à lire cet étonnant roman choral même quand on n’en partage pas la sensibilité idéologique.

    Pour parler de cette curiosité, on rencontre l’un des dix auteurs, Mathieu Larnaudie, par ailleurs éditeur du projet. Il nous en raconte la genèse : « En novembre 2018, avec mes copains de notre collectif Inculte, on avait été invités à Berlin pour un colloque. Le soir, on avait dîné avec Hélène Gaudy, Arno Bertina, Oliver Rohe et Mathias Enard – qui participent tous, aujourd’hui, à Coup d’Etat. On s’était dit que, pour nos vingt ans, on ferait quelque chose de nouveau. L’idée est venue d’un roman divisé en plusieurs romans. Que raconter ? Deux choses réunissent notre bande amicale : l’amour de la littérature et les discussions politiques à n’en plus finir. Inventer ensemble une politique-fiction nous a semblé naturel. Ça n’a pas été si simple d’élaborer un scénario plausible… On a d’abord pensé à un coup d’Etat militaire, mais ça avait un côté Tintin (L’Oreille cassée, Tintin et les Picaros). Au fil de nos réflexions, la police nous a paru plus présente et plus puissante dans le fonctionnement de la République. Pendant toutes ces années on a écrit en suivant nos intuitions, détruit des choses que contredisait l’actualité, recommencé plusieurs fois… »

    Comment conçoit-on un livre à plusieurs livres ? Y avait-il un corpus afin de fixer un cap ? « Le premier corpus, c’étaient nos livres, nous répond Mathieu Larnaudie. On se connaît très bien, on s’est tous lus les uns les autres, certains d’entre nous intègrent une dimension politique dans leur travail littéraire, on pouvait donc anticiper certains accents que donneraient nos camarades. A part ça, on a tous lu Technique du coup d’Etat de Malaparte, qui est revenu assez souvent dans nos discussions, ainsi que Nostromo de Conrad. Des films et des séries comme A la Maison-Blanche nous ont aussi beaucoup influencés. La littérature émeutière a un très beau patrimoine en France, des Misérables de Hugo à L’Insurgé de Vallès, que j’adore. Réactiver cette tradition n’était pas extérieure à notre intention, mais le souci premier était de parler de la modernité, en adaptant le prisme romanesque à la réalité contemporaine. »

    L’échec du macronisme

    Suite au 17 octobre, on a vu dans certains médias Laurent Obertone, auteur de la trilogie Guérilla (vendue à plus de 100 000 exemplaires en grand format). Cette littérature émeutière évoquée par Mathieu Larnaudie, jadis de gauche, n’a-t-elle pas été récupérée par la droite identitaire ? « Je connais mal ces livres dont vous parlez, et notre but n’était pas d’y répondre. Le centre de gravité de Coup d’Etat est à gauche, mais le roman n’est pas univoque et ne saurait être réduit à un message politique – la littérature-tract m’intéresse assez peu, et ce n’était vraiment pas le projet… Je relis régulièrement L’Education sentimentale, où Flaubert raconte la révolution de 1848 en se moquant des acteurs de tous bords. J’aime bien les personnages qui passent à côté de leur vie, et mon héros, ce poète raté devenu journaliste au Monde, a sans doute quelque chose de Frédéric Moreau. Mais même s’il y a des désillusions et des grincements de dents dans Coup d’Etat, on a en commun, mes amis co-auteurs et moi, d’être habités par une volonté de ne pas nous résigner, alors que tout nous y inclinerait. Nous sommes des héritiers de la gauche plurielle, qui était quand même une belle idée. Le geste d’écrire ce livre collectivement montre que le travail en communauté est possible, et que la littérature peut encore avoir un rôle de description politique. »

    Qu’on soit de gauche ou de droite, un constat s’impose (quasi) unanimement : l’échec du macronisme, qui n’en finit plus de se désintégrer. Il se trouve que, au printemps 2018, Mathieu Larnaudie avait publié Les Jeunes Gens, une galerie de portraits d’énarques issus de la promotion Senghor, celle de Macron, auquel on prêtait alors encore un avenir doré – c’était six mois avant le début des gilets jaunes. Avec près d’une décennie de recul, quel regard Mathieu Larnaudie porte-t-il sur ces technocrates prometteurs ? « Quand Macron est arrivé à l’Elysée, il s’est attaqué à l’ENA, alors qu’il en venait. Il voulait peut-être faire croire qu’il n’était pas de ce cénacle… Il avait veillé à ne pas s’entourer de gens de l’ENA, par opposition à François Hollande. Année après année, on a ensuite vu apparaître des anciens de sa promo : Sibyle Veil, Luis Vassy ou Amélie Oudéa-Castéra. Quelque chose m’interroge : dans le souvenir que je garde des uns et des autres, c’était une promotion très engagée. A part Boris Vallaud, il me semble que personne n’a aujourd’hui de hautes responsabilités politiques. J’ai deux interprétations. La première : le pays est dans une situation trop délicate – on a trop de coups à prendre, et il vaut mieux faire carrière dans les institutions, ou dans le privé, comme Sébastien Proto. La deuxième, et c’est la thèse de Mathias Vicherat : Macron a tué le game. L’un d’entre eux a accédé au pouvoir avec un résultat contrasté : il ne s’est pas rendu très populaire… Il a à la fois trop bien réussi et trop bien échoué. Cela ne donne pas envie de l’imiter. » Coup d’Etat est le tombeau romanesque du macronisme – en attendant de voir quelles péripéties politiques nous réserveront les prochains mois.

    Coup d’Etat, par Arno Bertina, Alexandre Civico, Julia Deck, Mathias Enard, Jérôme Ferrari, Hélène Gaudy, Maylis de Kerangal, Mathieu Larnaudie, Oliver Rohe et Joy Sorman. Le Cercle ouvert, un coffret de dix livres de 150 p. chacun, 46,90 €.



    Source link : https://www.lexpress.fr/culture/livre/coup-detat-quand-dix-romanciers-imaginent-un-putsch-en-france-DRM7E4BTU5DVJDKYQ6IOOFVVVI/

    Author : Louis-Henri de La Rochefoucauld

    Publish date : 2026-11-08 07:00:00

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