Face à une administration américaine soufflant le chaud et le froid vis-à -vis de ses alliés et à un géant chinois de plus en plus coercitif sur le plan commercial, de nombreuses puissances moyennes semblent de plus en plus déterminées à faire bande à part, refusant de choisir entre ces deux mastodontes. En témoignent les mots du Premier ministre canadien Mark Carney qui, lors d’une allocution au Forum économique mondial, a appelé à la création d’une alliance de puissances intermédiaires capable d’incarner une troisième voie.
Une ambition aussi compréhensible qu’irréaliste, selon Michael Beckley, professeur associé de sciences politiques à l’Université Tufts et directeur du programme Asie au sein du Foreign Policy Research Institute qui, dans les colonnes de Foreign Affairs, expliquait récemment pourquoi, à mesure que la rivalité entre Pékin et Washington s’intensifie, ne pas choisir entre l’une ou l’autre n’est plus une option pour ces puissances intermédiaires, dans lesquelles il classe des pays comme l’Inde, le Brésil, l’Indonésie, l’Arabie saoudite, la Turquie, l’Australie, le Canada, le Japon, la Corée du Sud et les grands États européens.
Auprès de L’Express, le spécialiste pointe les difficultés rencontrées par les puissances moyennes pour bâtir des coalitions efficaces. Au point de qualifier les Brics de « bloc de mécontents », et de remettre en question l’Europe en tant que véritable pôle géopolitique. Entretien.
L’Express : Selon vous, les puissances moyennes se trompent si elles pensent pouvoir éviter de choisir entre les Etats-Unis et la Chine. De nombreux pays semblent pourtant de plus en plus disposés à suivre leur propre voie, à commencer par le Canada…
Michael Beckley : Cette ambition est compréhensible, mais irréaliste. Certes, beaucoup de ces puissances intermédiaires – des pays situés en dessous des Etats-Unis et de la Chine en termes de puissance globale, mais suffisamment grands ou stratégiquement importants pour influencer les résultats dans certaines régions ou certains secteurs – disposent d’atouts qui pourraient laisser penser qu’ils peuvent s’affranchir de la domination américaine ou chinoise. Taïwan domine la fabrication des puces avancées. Les Pays-Bas sont indispensables pour les machines de lithographie avancée. La Corée du Sud est en tête pour les puces mémoire. Le Chili est un géant du cuivre et du lithium. Singapour est un hub maritime mondial. La Turquie contrôle les détroits entre la mer Noire et la Méditerranée.
Mais contrôler un nœud critique n’est pas la même chose que contrôler le système. Un pays qui contrôle un nœud peut perturber un système. Mais celui qui contrôle de nombreux nœuds à travers de multiples systèmes peut décider qui y a accès, à quelles conditions et à quel prix. C’est la différence entre un levier de niche et une puissance structurelle.
Comment cela ?
Les Etats-Unis disposent d’une puissance structurelle. Le dollar domine la finance mondiale. Le marché de consommation américain est plus vaste que ceux des pays que je viens de mentionner réunis. Les entreprises américaines fournissent environ la moitié du capital-risque mondial et génèrent plus de la moitié des revenus mondiaux dans les hautes technologies. Les Etats-Unis sont également le premier producteur mondial de pétrole et de gaz, le seul pays capable de mener de grandes guerres loin de son territoire, et le fournisseur de sécurité d’environ 70 pays.
Ainsi, une puissance intermédiaire peut posséder une ressource, un port, une technologie ou une usine cruciale. Mais si elle a encore besoin des dollars américains, de clients, d’énergie, de logiciels, de services cloud, de renseignement ou de protection, elle doit toujours traiter avec Washington.
Mais cela signifie-t-il nécessairement devoir « choisir » entre les Etats-Unis et la Chine ?
De plus en plus, oui. À mesure que la rivalité entre Washington et Pékin s’intensifie, la marge de manœuvre se réduit. Les grandes puissances exigent de plus en plus que les Etats fassent des choix concernant les technologies, les chaînes d’approvisionnement, les sanctions, les investissements, le partage du renseignement, l’accès militaire et les contrôles à l’exportation.
Pendant longtemps, de nombreux pays ont pu acheter leur sécurité aux Etats-Unis, commercer largement avec la Chine et bénéficier d’un accès aux deux systèmes. C’était l’âge d’or du « hedging » (stratégie consistant à éviter de s’aligner totalement sur une grande puissance afin de préserver des marges de manœuvre politiques, économiques et sécuritaires : NDLR). Mais le « hedging » fonctionne surtout lorsque les menaces sont lointaines et que les grandes puissances tolèrent l’ambiguïté. Cela devient beaucoup plus difficile lorsque la rivalité se durcit et que les deux camps commencent à poser la même question : êtes-vous avec nous ou contre nous ? Le défi pour les puissances intermédiaires n’est donc plus d’éviter de choisir. Il est de choisir un système plus vaste sans devenir un pion.
Comment expliquer alors que certaines puissances intermédiaires croient encore à la possibilité d’une troisième voie ? Ignorent-elles l’équilibre des puissances que vous décrivez ?
Je ne dirais pas qu’elles l’ignorent. Beaucoup d’entre elles réagissent à une frustration réelle. Les Etats-Unis sont devenus plus unilatéraux, plus transactionnels et parfois plus prédateurs. La Chine est devenue plus coercitive. La Russie utilise ouvertement la force militaire. Il est donc naturel que des pays veuillent davantage d’autonomie.
Le problème est que ce désir d’autonomie est souvent pris à tort pour une preuve que le monde devient multipolaire. Au cours des 80 dernières années, et surtout après la guerre froide, les conditions ont été exceptionnellement favorables aux puissances intermédiaires. Les Etats-Unis ont assuré la sécurité de nombreux alliés, maintenu leur marché ouvert, protégé les routes maritimes et soutenu une économie mondiale dans laquelle les pays pouvaient croître sans défendre pleinement leurs propres frontières, chaînes d’approvisionnement ou parts de marché.
L’Europe n’est pas encore un véritable pôle géopolitique
Ce monde disparaît. Les Etats-Unis exigent davantage de leurs alliés et utilisent de manière plus agressive les droits de douane, les sanctions et les contrôles à l’exportation. La Chine utilise des subventions, des surplus d’exportation, le financement d’infrastructures et la coercition économique pour attirer d’autres pays dans une dépendance. La Russie a montré que la conquête territoriale n’a pas disparu.
Dans le même temps, l’environnement de croissance mondiale a changé. La période 1990–2008 était exceptionnelle. Elle était portée par la mondialisation, le boom chinois et la diffusion des technologies industrielles dans le monde en développement. Aujourd’hui, la croissance a ralenti. Le rythme de croissance des puissances intermédiaires est aujourd’hui d’environ un quart à un tiers inférieur qu’à celui qu’elles connaissaient pendant ce boom. Beaucoup ne rattrapent plus les Etats-Unis. La croissance de la productivité est faible. Et environ les trois quarts des puissances intermédiaires font désormais face à une fécondité inférieure au seuil de remplacement, à des populations actives qui stagnent ou diminuent, et à des populations âgées qui devraient, en moyenne, doubler en une génération.
Ainsi, les conditions anciennes qui permettaient aux puissances intermédiaires de prospérer s’affaiblissent. Elles ne gagnent pas en visibilité parce qu’elles sont plus puissantes, mais parce qu’elles sont davantage exposées.
On pourrait penser que les puissances intermédiaires pourraient collectivement compenser leur dépendance aux superpuissances précisément en créant des alliances…
Ce n’est pas si simple. Les coalitions de puissances intermédiaires font face à un arbitrage fondamental. Si elles sont petites, elles peuvent agir rapidement mais manquent de poids. Si elles deviennent grandes, elles gagnent en poids mais accumulent aussi des veto, des rivalités et des passagers clandestins.
Les coalitions efficaces ont généralement besoin d’un pilier : un Etat suffisamment puissant et disposé à diriger, à absorber les coûts, à rassurer les membres inquiets et à sanctionner les défections. La Grande-Bretagne a joué ce rôle contre Napoléon. Elle a de nouveau joué ce rôle aux côtés de l’Union soviétique face à Hitler, jusqu’à l’entrée en guerre des Etats-Unis. Aujourd’hui, aucune puissance intermédiaire ne peut réellement assumer ce rôle.
C’est pourquoi de nombreuses coalitions de puissances intermédiaires paraissent plus impressionnantes sur le papier qu’en pratique. Elles peuvent publier des déclarations, tenir des sommets et coordonner sur des sujets étroits. Mais elles ne peuvent pas facilement créer un pôle géopolitique durable.
Pas même l’Europe ?
L’Europe est un succès extraordinaire. L’intégration européenne a contribué à transformer un continent qui avait produit à plusieurs reprises des guerres catastrophiques en l’une des régions les plus pacifiques et prospères de l’histoire. Je ne minimise pas cet accomplissement.
Mais l’Europe illustre aussi le problème. L’Union européenne est la coalition de puissances intermédiaires la plus avancée au monde, mais elle est le produit de l’hégémonie américaine, non une alternative à celle-ci. La protection américaine a rendu possible l’intégration européenne en supprimant les anciens dilemmes de sécurité du continent. Or, cette même protection a aussi permis à l’Europe de sous-investir dans la puissance militaire.
L’Europe est devenue une superpuissance sociale. Elle a dépensé moins de 2 % de son PIB pour la défense pendant des décennies, tout en consacrant environ 25 % à la protection sociale. C’est un choix politique légitime, et à bien des égards admirable. Mais avec le retour de la compétition militaire et de la coercition économique, la dépendance de l’Europe est devenue une vulnérabilité. Elle s’appuie encore fortement des Etats-Unis pour le renseignement, le ciblage, le ravitaillement, la logistique, la défense aérienne, les munitions et les capacités de frappe à longue distance. Elle est aussi devenue dépendante de puissances extérieures pour l’énergie et la technologie.
Tout cela a conduit à un déclin relatif. En 2008, l’économie de l’UE était plus importante que celle des Etats-Unis et produisait environ 25 % du PIB mondial. En 2024, elle était environ un tiers plus petite que l’économie américaine, et sa part du PIB mondial était tombée à environ 17 %. Ainsi, l’Europe peut et doit faire davantage. Mais elle n’est pas encore un véritable pôle géopolitique.
Et les Brics ?
Les Brics sont encore moins cohérents. Ils sont souvent présentés comme un contrepoids à la domination occidentale, mais en réalité ils ressemblent davantage à un bloc de mécontents. Leurs membres partagent un ressentiment à l’égard de la puissance occidentale, mais pas une stratégie ni une menace commune.
L’Inde craint la Chine. L’Iran est en conflit avec les Etats du Golfe. Beaucoup de membres veulent accéder aux financements chinois mais pas à sa domination. Plusieurs cherchent à se prémunir contre l’Occident tout en conservant l’accès aux marchés, aux financements et aux technologies occidentales. Lorsque les Etats-Unis et Israël ont attaqué l’Iran, les Brics n’ont même pas réussi à s’accorder sur une déclaration commune. Cela en dit long sur leurs limites.
Interrogé par L’Express, le professeur Steven Altman de la NYU Stern School of Business expliquait récemment comment une alliance concrète entre l’Europe et le bloc transpacifique pourrait remodeler le commerce mondial et constituer un scénario cauchemar pour Donald Trump et la Chine. Qu’en pensez-vous ?
Il existe de solides arguments en faveur de ce type de coordination, en particulier sur le commerce. L’Europe, le Japon, le Canada, l’Australie, la Corée du Sud et les membres du système commercial transpacifique pourraient gagner en pouvoir de négociation en coordonnant les normes, l’accès aux marchés, le filtrage des investissements, la résilience des chaînes d’approvisionnement et les réponses à la coercition économique. Cela pourrait rendre plus difficile pour Washington ou Pékin de les diviser un par un. Dans ce sens limité, oui, cela pourrait constituer un problème sérieux pour des Etats-Unis plus unilatéraux et pour la Chine.
Mais il faut être clair sur ce qu’une telle coalition peut et ne peut pas faire. Une coalition commerciale n’est pas la même chose qu’un pôle géopolitique. Elle peut négocier sur les droits de douane, les règles et les normes. Elle ne peut pas, à elle seule, remplacer le parapluie sécuritaire américain, le système financier fondé sur le dollar, les capacités de renseignement américaines, les plateformes américaines de cloud et d’IA, ni la puissance militaire nécessaire pour dissuader la Russie ou la Chine.
Il existe aussi un problème d’échelle. En pratique, ce type de coalition consisterait surtout à regrouper les économies de second rang après les Etats-Unis et la Chine. Dans mon article pour Foreign Affairs, j’ai examiné une version encore plus ambitieuse de cette idée : combiner les pays classés du troisième au dixième rang selon les principaux indicateurs de puissance. Même ce bloc hypothétique n’égalerait pas les Etats-Unis. Il aurait un PIB plus faible, un marché de consommation environ un quart plus petit, des dépenses militaires d’environ deux tiers et des revenus high-tech inférieurs de plus de moitié. Et l’échelle n’est pas le seul problème.
Comment cela ?
Un bloc transrégional ferait aussi face à de profondes divisions politiques et géopolitiques. Les puissances européennes et asiatiques ne font pas face aux mêmes menaces. Certaines s’inquiètent surtout de la Russie ; d’autres de la Chine ; d’autres encore dépendent fortement des marchés ou des intrants industriels chinois. Les diplomates américains ont longtemps eu du mal à aligner les alliés européens et asiatiques. Il est difficile de voir pourquoi cette coordination deviendrait soudain plus facile sans l’ancrage des Etats-Unis.
Je ne suis donc pas opposé à la coordination entre puissances intermédiaires. Au contraire : ces pays devraient davantage coordonner leurs actions. Mais ils doivent voir cette coordination comme un moyen de négocier plus efficacement sur des sujets spécifiques, et non comme un moyen d’échapper entièrement à la hiérarchie. La coordination commerciale peut constituer un levier, mais elle ne crée pas une troisième superpuissance ni ne donne à ces puissances intermédiaires un siège permanent à la table des grandes puissances au-delà du commerce.
Au-delà de la capacité des puissances intermédiaires à former des alliances, certaines d’entre elles – comme l’Inde – n’ont-elles pas encore les moyens de ne pas choisir ?
L’Inde dispose probablement de plus de marge de manœuvre que toute autre puissance intermédiaire. Elle possède la plus grande population mondiale, un vaste marché intérieur, une position stratégique, une armée régionale forte et une longue tradition de non-alignement. Elle ne se comportera pas comme un petit allié des Etats-Unis.
Mais l’Inde est encore loin de l’autosuffisance économique, et encore plus du statut de grande puissance. Son potentiel démographique est immense, mais la démographie n’est pas un destin. L’Inde souffre d’une grave pénurie de main-d’œuvre qualifiée, d’une éducation de base faible et d’une importante fuite des cerveaux. Une grande partie de sa population active reste dans le secteur informel, ce qui limite la productivité et la collecte fiscale. Sa base industrielle est limitée, ses infrastructures sont en retard, et son secteur des services, bien qu’impressionnant dans certains domaines comme l’informatique, est beaucoup trop étroit pour absorber sa vaste main-d’œuvre.
Ainsi, l’Inde compte, mais elle n’est pas autonome au sens d’une véritable grande puissance. Elle dépend encore fortement des marchés étrangers, des capitaux, de l’énergie, des technologies avancées et de l’accès aux chaînes d’approvisionnement mondiales. Les Etats-Unis ont déjà montré que l’Inde pouvait être sanctionnée pour son « hedging » : lorsqu’elle a continué à acheter du pétrole russe malgré les avertissements américains, Washington lui a imposé des droits de douane de 50 %.
Entre la Chine et les Etats-Unis, quel serait, selon vous, le meilleur choix pour ces puissances intermédiaires ?
C’est un choix entre des options imparfaites. Les Etats-Unis sont un partenaire de plus en plus difficile. Ils malmènent leurs alliés avec des droits de douane, des sanctions, des contrôles à l’exportation, des exigences d’accès militaire et des changements de politique brusques. Mais comparés à la Chine, ils offrent encore beaucoup plus, notamment la protection de la seule armée capable de mener de grandes guerres loin de son territoire. Ils offrent l’accès aux marchés de capitaux les plus profonds au monde, à la plus grande base de consommateurs et aux principaux pôles d’innovation, mais aussi l’accès à un large groupe d’alliés riches et capables.
Tout aussi important, la puissance américaine passe encore par des institutions démocratiques que des acteurs extérieurs peuvent parfois influencer. Les alliés peuvent faire pression sur le Congrès, mobiliser des entreprises, influencer les débats médiatiques et se coordonner avec d’autres partenaires des Etats-Unis. Ils ne gagnent pas toujours, mais ils peuvent jouer.
La Chine offre un accord plus limité. Pékin peut construire des routes, financer des ports, acheter des matières premières et fournir des biens bon marché et des pièces industrielles. Pour certains pays, c’est utile. Mais la Chine n’offre pas un véritable parapluie sécuritaire, ni une monnaie de réserve, ni des canaux politiques ouverts permettant aux partenaires plus faibles de négocier. Sa puissance tend à fonctionner par enclavement : elle finance le port, fournit les entreprises de construction, construit le réseau, transforme les minerais, inonde le marché d’exportations et réduit progressivement sa propre dépendance tout en augmentant la vôtre. Ainsi, pour la plupart des puissances intermédiaires, les Etats-Unis restent le meilleur choix relatif, même s’il devient plus difficile de traiter avec eux.
Ne sous-estimez-vous pas le risque de vassalisation pour les Etats de taille moyenne qui choisiraient un « patron » ?
Je ne pense pas qu’il y ait un risque sérieux qu’un pays comme la France devienne un vassal. Un vassal n’a pas de réelle autonomie et se contente d’obéir. La Biélorussie sous la Russie est le type de cas auquel je pense. Ce n’est pas cela que signifie l’alignement.
L’alignement signifie choisir un système plus vaste tout en négociant une influence en son sein. Les puissances intermédiaires ne peuvent généralement pas échapper totalement à la dépendance. Elles ont besoin de protection, de marchés, de capitaux, de technologies, de renseignement et de soutien diplomatique. Mais elles peuvent rendre cette dépendance réciproque en apportant à une grande puissance quelque chose dont elle a besoin : bases militaires, ports, renseignement, minerais critiques, chantiers navals, production industrielle avancée, production de défense, infrastructures énergétiques ou légitimité politique.
L’objectif n’est donc pas de prétendre être totalement indépendant. Il est de transformer les atouts propres d’un pays en levier. Une puissance intermédiaire qui apporte quelque chose d’essentiel est plus susceptible d’être consultée, armée, financée et défendue.
A quels pays pensez-vous ?
Le Japon en est l’exemple le plus clair. Tokyo ne cherche pas à remplacer la puissance américaine en Asie. Il cherche à devenir indispensable à cette puissance. Le Japon fournit des bases, des technologies, des capacités industrielles, de la réparation navale, de la production de missiles et une légitimité régionale. En retour, il obtient l’accès à la seule puissance capable d’équilibrer la Chine, ainsi qu’aux marchés et technologies américains, et une voix plus forte dans l’usage de la puissance américaine.
La Finlande et la Suède ont fait un calcul similaire en rejoignant l’Otan. Elles n’ont pas cessé de se défendre. Elles ont rendu leur défense plus efficace en l’intégrant à un système plus large soutenu par la puissance américaine. L’Australie, la Pologne et les Philippines font quelque chose de similaire : renforcer leur puissance nationale tout en devenant des partenaires plus précieux dans un réseau dirigé par les Etats-Unis.
Le danger n’est donc pas l’alignement, mais la dépendance passive. Les puissances intermédiaires ne doivent pas simplement demander une protection, mais apporter quelque chose d’essentiel à la coalition et l’utiliser pour négocier une influence de l’intérieur.
Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/entre-la-chine-et-les-etats-unis-la-france-va-devoir-choisir-lanalyse-choc-de-michael-beckley-YKNBNJIMJVHINIUKZ4NKVVW4WM/
Author : Alix L’Hospital
Publish date : 2026-06-07 14:55:00
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