Nigel Farage, chef de file du mouvement pro-Brexit du Royaume-Uni, a-t-il utilisé de l’argent de l’Union européenne pour financer sa campagne visant à la quitter ? C’est en tout cas ce qu’affirme le Financial Times ce samedi 20 juin, en s’appuyant sur des documents financiers liés à son ancien groupe au Parlement européen, Europe of Freedom and Direct Democracy (EFDD). D’après ces derniers, environ 1,8 million d’euros issus de fonds européens ont été utilisés pour financer la tournée « Say No to EU » ainsi que d’autres dépenses liées à la campagne référendaire de 2015-2016. Ces fonds proviennent du budget du Parlement européen, lui-même alimenté par les contributions des États membres et donc par les contribuables européens.
En droit britannique, les dons politiques sont strictement encadrés et doivent être déclarés à la Commission électorale. Mais selon Gavin Millar KC, avocat spécialisé en droit électoral, « il existe une liste légale de donateurs autorisés, et elle n’inclut pas le groupe du Parlement européen ». « On ne peut pas avoir de l’argent étranger qui entre dans notre politique intérieure, que ce soit pour des élections ou des campagnes référendaires », explique-t-il au quotidien britannique, précisant que « cela soulève des questions sur l’origine de ces fonds, sur la manière dont ils ont été versés et sur le caractère légal de ces opérations », et qu’il « appartient à la Commission électorale d’enquêter ».
De nombreuses réunions de campagne
Le groupe EFDD ayant disparu en 2019, les modalités exactes de circulation de ses fonds au Royaume-Uni restent floues, notamment quant à la possibilité de l’usage d’intermédiaires, ce qui pourrait avoir des conséquences juridiques. Des interrogations subsistent également concernant la conformité de ces dépenses avec le droit européen. Si les groupes parlementaires peuvent financer des activités liées à « une campagne de référendum sur un sujet européen », ils ne peuvent en revanche pas financer des campagnes électorales nationales ni soutenir des partis politiques. Cela signifierait que l’EFDD n’avait pas le droit de soutenir les activités nationales de l’UK Independence Party (UKIP) de Nigel Farage.
Pourtant, les documents consultés mentionnent de nombreuses réunions de campagne, des affiches présentant les immigrés comme une menace, ainsi que des tracts accusant l’Union européenne de détruire la vie rurale britannique. Plusieurs de ces supports arboraient le logo de l’UKIP, et des figures du parti participaient aux événements. Une partie des dépenses pourrait avoir été engagée pendant la période officielle de campagne référendaire, commencée le 15 avril 2016. Durant cette phase, seules les entités inscrites au référendum pouvaient dépenser plus de 10 000 livres, ce qui n’était pas le cas de l’EFDD. Si la majorité des dépenses sont antérieures, environ 42 000 euros auraient pu être utilisés pendant cette période réglementée, notamment 12 000 euros pour le site saynotueu.com et 28 000 euros pour la location d’une remorque jusqu’à la fin de 2016.
Des précédents
Interrogé à ce sujet, un porte-parole de Farage a rejeté toute accusation, affirmant que ces soupçons sont « totalement infondés et sans mérite ». « Dix ans après le vote historique pour quitter l’UE, le Financial Times continue de vouloir rejouer les batailles du passé », soutient-il. Par le passé, Farage a déjà reconnu avoir utilisé des fonds européens pour financer sa sécurité lors d’événements, expliquant que cela était nécessaire en raison de menaces. Les documents mentionnent environ 218 000 euros de dépenses de sécurité, un montant supérieur aux estimations précédentes.
Plusieurs élus de l’UKIP ont également déjà été sanctionnés pour avoir utilisé des fonds européens à des fins nationales, avec des remboursements totalisant environ 771 000 livres, Farage lui-même ayant remboursé 39 500 livres. Le Parlement européen a aussi constaté que l’Alliance for Direct Democracy, parti européen associé à l’UKIP, avait enfreint les règles en utilisant environ 500 000 euros pour des sondages liés au Brexit et aux élections britanniques de 2015. La Commission électorale britannique avait toutefois conclu que l’UKIP n’avait pas reçu de dons illégaux lors des périodes concernées.
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Publish date : 2026-06-21 10:55:00
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