Quel esprit ne bat la campagne ? Jordan Bardella contemplait déjà ses châteaux en Espagne. Le jeune président du Rassemblement national était quasiment candidat. La décision de la cour d’appel de Paris, rendue mardi 7 juillet, devait confirmer ce scénario et marquer le premier jour de sa campagne. Ses espoirs ont été douchés nets. Marine Le Pen a finalement écopé d’une peine amoindrie et, si elle se pourvoit en cassation, sera bien candidate à l’élection présidentielle. Adieu, veau, vache, cochon. De potentiel candidat à l’Elysée, Jordan Bardella redevient ce qu’il était à l’origine : l’hypothétique Premier ministre de Marine Le Pen.
Une requalification avec application immédiate. Ce mercredi, dans les rues de La Flèche, où le duo fait sa première apparition officielle, c’est bien Marine Le Pen qui mène la danse. Visage fermé, son numéro 2 déambule à ses côtés, relégué au rang d’accompagnateur et s’assure « ni soulagé ni déçu » : « Je suis extrêmement heureux que nous puissions rentrer en campagne avec Marine », lâche-t-il du bout des lèvres. Tout le monde semble très heureux en ce moment au RN. Lors d’un Conseil national organisé au siège du parti, les cadres ont été informés : la campagne est officiellement lancée et tout va pour le mieux. Jordan Bardella l’a répété : il se dit « heureux et ravi de pouvoir démarrer cette campagne ». Julien Sanchez, pour sa part, est « un directeur de campagne heureux ».
Une rétrogradation qui crée des déceptions
Si la situation le comble, la rétrogradation éclair de Jordan Bardella fait tout de même quelques déçus. A commencer par les macronistes, qui considéraient l’eurodéputé comme un adversaire moins redoutable que Marine Le Pen. Voilà des mois que Gérald Darmanin, ministre de la Justice, faisait courir la rumeur selon laquelle Marine Le Pen « s’en sortirait ». Dans les dîners, via ses conseillers, auprès des journalistes… Tentative, analysait-on chez Le Pen, de créer le réflexe inverse chez les magistrats. Raté.
Déception, aussi, dans les cercles de droite, qui se laissaient conter fleurette depuis quelque temps par les sphères bardellistes. L’hypothèse Bardella, dont on vantait la fibre plus libérale, avait été anticipée auprès d’elles grâce à des émissaires divers. Plusieurs de ses proches multipliaient les rencontres pour convaincre les milieux patronaux d’apporter leur soutien au président frontiste. Comme un soir de semaine au prestigieux Cercle de l’Union Interalliée. Le député UDR [NDLR : le parti d’Eric Ciotti, allié du RN] Charles Alloncle dîne avec des chefs d’entreprise. Les profils sont variés : associés de cabinets de conseil, managing partners, banquiers d’affaires… Des donateurs potentiels. La plupart ont déjà participé au financement de plusieurs campagnes à droite. Quelques-uns pour Laurent Wauquiez, d’autres pour Eric Ciotti, d’autres encore, plus à droite, pour Sarah Knafo à Paris. Mais jamais encore pour le Rassemblement national. Jamais pour un Le Pen. Sauf que Jordan Bardella, lui, ne porte pas le patronyme honni et ne les laisse pas indifférents.
Eric Ciotti et l’UDR en jachère
La perspective de sa candidature titille cette sociologie d’ordinaire hostile au parti d’extrême droite. « Avant, ils faisaient tout pour trouver une alternative, aujourd’hui, ils s’accordent pour dire qu’il faut aider Jordan Bardella, lui soumettre des idées, des contributions », commente Charles Alloncle. « Il y a un pari cynique, précise un cadre de la droite. Jordan Bardella est plus souple, plus malléable. Certains pensent qu’ils pourront en faire une marionnette. » Encore raté.
Déception, surtout, chez les alliés frontistes de l’UDR. Jusqu’alors, ils avaient le sourire. L’inclinaison de droite portée par Jordan Bardella faisait leur bonheur, plus que l’étatisme de Marine Le Pen. Il était même convenu que l’eurodéputé fasse participer ses alliés libéraux à la construction programmatique. « Ils seront associés à la réflexion, assurait-il en privé. On travaille beaucoup avec Eric Ciotti et je compte lui soumettre le programme. » Il se murmurait même que Jordan Bardella avait promis Matignon au maire de Nice. C’est que tout le monde traçait des plans sur la comète autour de cette hypothétique candidature.
Ses proches, en particulier. Son cercle de fidèles, bien sûr, ses conseillers, hommes de l’ombre et autres membres de son cabinet. Parmi eux, l’eurodéputé Pierre-Romain Thionnet, Victor Chabert, son attaché de presse, ses collaborateurs Donatien Véret et François Paradol, ou son conseiller Charles-Henri Gallois. Mais aussi ceux qui avaient déjà fait leur choix, comme l’ancien conseiller de Marine Le Pen en 2022, François Durvye, qui roulait ouvertement pour Jordan Bardella depuis quelque temps. « Eux ne vont pas tarder à se faire cornériser », savoure d’avance un mariniste.
Le RN reste une affaire de famille
Car la patronne n’a pas perdu de temps pour reprendre la main sur le dispositif. Quiconque allumait radio ou télévision ce mercredi l’aura rapidement compris. Sur France info et France Inter, Sébastien Chenu et Jean-Philippe Tanguy, les plus proches de leur patronne à l’Assemblée, sont envoyés pour assurer le SAV. Au micro de CNews, Marion Maréchal s’en donne à cœur joie pour défendre la candidature familiale, assurant même que sa tante devrait être candidate, y compris contrainte à porter un bracelet électronique.
Le premier déplacement de campagne ? A La Flèche, fief de Philippe Olivier et de sa femme Marie-Caroline Le Pen, sœur de la candidate. La direction de communication de la campagne, quant à elle, est réservée à Nolwenn Olivier, nièce de Marine Le Pen et ex-compagne de Jordan Bardella. Qu’on se le dise, une fois pour toutes : au Rassemblement national, la politique reste une affaire de famille. Jordan Bardella, pourtant numéro 2 officiel et président du parti, semble encore faire office de pièce rapportée.
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Author : Marylou Magal
Publish date : 2026-07-09 03:45:00
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