Catégorie : L’Express

  • Ventes de livres : le Petit Prince, octogénaire toujours aussi vert


    Bien qu’il n’apparaisse pas dans notre palmarès hebdomadaire, le Petit Prince est le grand homme de la semaine. Le livre de Saint-Exupéry ayant été publié (posthume) le 6 avril 1946, son héros immortel a soufflé ses 80 bougies. Un anniversaire que la maison Gallimard a particulièrement soigné. Outre une édition spéciale en Folio, les inconditionnels de « Saint-Ex » peuvent acquérir deux livres de collection : un superbe fac-similé du manuscrit du Petit Prince, augmenté de pages retrouvées et présenté par Alban Cerisier ; une non moins belle version pop-up du conte illustrée par le duo MinaLima (Miraphora Mina et Eduardo Lima), notamment connu pour son travail sur Harry Potter. Le premier titre s’adresse aux bibliophiles et autres férus d’histoire littéraire, le second à leurs enfants et petits-enfants.

    Toutes versions confondues, Le Petit Prince s’est déjà vendu à 18 millions d’exemplaires en France depuis 1946. Plusieurs générations ont défilé, le personnage du Petit Prince demeure, et le pop-up inventif et ludique de MinaLima devrait lui permettre de toucher encore un nouveau public. Rappelons que Saint-Exupéry ne se réduit pas à ce seul livre. L’automne dernier, la réédition en grand format de Terre des hommes avec des dessins de Riad Sattouf a rencontré 100 000 lecteurs. N’en déplaise à ceux qui prennent de haut « Saint-Ex » et son œuvre, ils semblent encore loin d’être menacés par la ringardise et l’oubli.

    Qu’est-ce qui émerge de l’actualité éditoriale, outre ce jubilé ? Du côté des essais, Gisèle Pelicot est toujours en tête avec son témoignage-événement Et la joie de vivre (Flammarion), qui a dépassé les 160 000 exemplaires. Juste derrière elle, on trouve Leïla Slimani avec Assaut contre la frontière (Gallimard). Plus surprenant est le 4e : Karl Zéro avec Dans la peau d’Epstein (Télémaque). Qui peut avoir envie de se plonger là-dedans ?

    Du côté des romans, statuo quo également avec Guillaume Musso, qui passe la barre des 130 000 exemplaires grâce au Crime du paradis (Calmann-Lévy). Chez Hugo Publishing, La Révolte de la reine de Morgane Moncomble recule, mais Mariposa d’Azra Reed réussit un très bon lancement en se classant 2e.

    Autre sortie en fanfare, celle de Je suis drôle de David Foenkinos, paru chez Gallimard, déjà écoulé à 8 000 exemplaires en quelques jours. Nous reviendrons la semaine prochaine plus en détail sur la carrière de l’auteur des best-sellers La Délicatesse, Charlotte ou Vers la beauté.

    Notons aussi le bon démarrage de Jean-Christophe Rufin, 11e avec La Folie Sainte-Hélène (Calmann-Lévy), le nouveau tome de sa série Les Enigmes d’Aurel le consul. Notons enfin un démarrage prometteur. Aux portes de notre classement à la 21e place, Frédéric Beigbeder a vendu en moins d’une semaine 2 500 exemplaires de son recueil de nouvelles Ibiza a beaucoup changé (Albin Michel). L’auteur de 99 francs renouera-t-il avec le succès des Confessions d’un hétérosexuel légèrement dépassé ? Ce serait la preuve rassurante qu’une certaine idée de la légèreté n’a pas dit son dernier mot au pays de Sacha Guitry…



    Source link : https://www.lexpress.fr/culture/livre/ventes-de-livres-le-petit-prince-octogenaire-toujours-aussi-vert-PHACLO5MW5G3REOFGVNBKMZUAY/

    Author : Louis-Henri de La Rochefoucauld

    Publish date : 2026-04-10 15:44:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • Comment Kiev a ouvert un nouveau front en Méditerranée depuis la Libye

    Le 19 décembre 2025, les drones de Kiev ont frappé le pétrolier russe Qendil. Une opération revendiquée par les services de sécurité ukrainiens (SBU). Ce navire, qui bat pourtant pavillon d’Oman, fait partie de la « flotte fantôme » russe, chargée de transporter le pétrole et le gaz russes en contournant les sanctions occidentales adoptées après l’invasion de l’Ukraine.

    Une attaque qui n’a rien d’anecdotique. Certes, l’armée ukrainienne frappe régulièrement les navires moscovites – marchands comme militaires – en mer Baltique et en mer Noire. Mais lorsque le Qendil a été frappé, il naviguait en eaux internationales, entre Malte et la Grèce. Pour la première fois depuis le début de la guerre, Kiev a reconnu être à l’origine d’une frappe en Méditerranée.

    Une deuxième attaque – qui n’a pas été officiellement revendiquée par Kiev – a été menée le 3 mars dans la grande bleue. La frappe a endommagé le navire baptisé Arctic Metagaz, qui transportait 60 000 tonnes de gaz naturel liquéfié depuis la Russie. À la suite de cette attaque, le méthanier de 227 mètres a dérivé pendant deux semaines au large de la Sicile. Une opération fustigée par plusieurs membres de l’Union européenne, avec l’Italie en tête en tête du cortège. Des organisations écologistes dont le WWF, ont également dénoncé les graves conséquences environnementales que le naufrage pourrait provoquer.

    Un accord entre Tripoli et Kiev

    Le Kremlin accuse l’Ukraine d’avoir piloté le drone maritime qui a mené la frappe depuis la Libye. Un mois plus tard, RFI révèle que l’Ukraine dispose bien, et depuis novembre dernier, de bases de lancement de drones dans le pays, loin d’être étrangères aux rivalités ukraino-russes. La radio affirme que plus de 200 militaires ukrainiens sont répartis dans la région côtière du pays, sur trois sites entre Zaouia et Misrata.

    Dans cette dernière ville, les troupes de Kiev partagent la base de l’académie de l’air avec des forces turques, italiennes et du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (Africom). Un centre de renseignement britannique est également présent sur le site. Dans la ville de Zaouïa, à environ 50 kilomètres au nord de la capitale, une seconde base entièrement équipée pour le lancement de drones aériens et navals est utilisée par les Ukrainiens. Le troisième lieu est occupé par les équipes de Kiev, au cœur du siège de la 111e brigade de l’armée. Là-bas, sont organisées des réunions de coordination entre les éléments ukrainiens et l’armée libyenne.

    Ces sites ont été accordés à l’Ukraine par le gouvernement de Tripoli, à la suite d’une demande officielle de l’attaché militaire ukrainien à Alger, le général Andreï Bayouk. L’accord qui a été conclu en octobre dernier acte la présence de Kiev en Libye en échange de formations – à l’utilisation de drones, notamment – destinées aux troupes du pays hôte. Sur le long terme, l’accord prévoit également des ventes d’armes ainsi que des investissements ukrainiens dans le secteur pétrolier libyen.

    Détail qui a son importance, RFI souligne que le drone qui a touché le navire Arctic Metagaz était un Magura. Ce modèle est utilisé par la direction générale du renseignement du ministère de la Défense ukrainien (GRU). Quant au SBU, qui ne cache pas ses opérations méditerranéennes, il est réputé pour préférer le drone maritime Sea Baby. Aussi, les informations de la radio française indiqueraient que le GRU est également implanté en Libye.

    La Libye déjà au cœur de tension avec la Russie

    Depuis la deuxième guerre civile libyenne qui a pris fin en 2020, le pays est pris entre plusieurs forces politiques. Les Occidentaux soutiennent le Premier ministre Abdulhamid Dabaiba. Son gouvernement contrôle l’ouest du pays, dont la capitale Tripoli. Le reste de la Libye est aux mains des rebelles menés par le maréchal Khalifa Haftar, soutenu par la Russie. En octobre 2025, dans le cadre d’une déclaration officielle, Moscou a accusé le Premier ministre libyen de soutenir des « groupes ukrainiens » et de leur accorder « des facilités logistiques » avec un « soutien direct » des renseignements britanniques.

    Sollicitées par RFI, les autorités ukrainiennes ont gardé le silence. Même stratégie du côté du gouvernement Dabaiba, mis en cause par le parlement libyen basé à Benghazi, dans l’est du pays.

    Sur le plan officiel, rien n’indique que Volodymyr Zelensky se soit entretenu avec Abdulhamid Dabaiba. Mais une rencontre entre le président ukrainien et un pays qui a souffert des ingérences du Kremlin ne serait pas une première. En avril, il s’est rendu à Damas pour rencontrer le président syrien, Ahmed al-Shara. Alors qu’une guerre civile a ravagé la Syrie pendant de longues années, la Russie soutenait le dictateur Bachar al-Assad.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/comment-kiev-a-ouvert-un-nouveau-front-en-mediterranee-depuis-la-libye-HGCJRPMUXZEDRF7DOIFUQAXER4/

    Author : Asia Dayan

    Publish date : 2026-04-10 17:44:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • Comment Donald Trump a décidé de frapper l’Iran : les coulisses d’une décision historique

    Pendant plusieurs mois, Israël a fait pression sur les Etats-Unis pour que le pays accepte de mener une offensive majeure contre l’Iran. Le 11 février, Benyamin Netanyahou était reçu à la Maison-Blanche. Presque à l’improviste : le vice-président, J.D. Vance, n’a pas trouvé le temps de revenir d’Azerbaïdjan pour accueillir l’Israélien, raconte le New York Times

    Pour lancer les discussions, les responsables américains et israéliens se sont réunis dans la Cabinet Room, habituellement dédiée aux réunions ministérielles. Puis, en compagnie de leur Premier ministre, la délégation israélienne s’est engouffrée dans la Situation Room, rebaptisée salle de crise, en français. Ici, dans cette pièce où les écrans servent de murs et où les dirigeants étrangers sont rarement les bienvenus, s’est scellée l’histoire. Pendant une heure, le Premier ministre israélien, virtuellement entouré par le directeur du Mossad et divers responsables militaires, a déroulé sa présentation sur l’Iran.

    La victoire garantie

    Pour lui faire face, Donald Trump avait abandonné son traditionnel siège, à l’extrémité de la table acajou. Dans le reste des fauteuils américains étaient vissés Susie Wiles, la cheffe de cabinet de la Maison-Blanche, Marco Rubio, chapeauté ce jour de la double casquette de secrétaire d’État et de conseiller à la sécurité nationale, Jared Kushner, le gendre du président, et Steve Witkoff, l’envoyé spécial chargé des négociations avec Téhéran. La liste des invités – volontairement resserrée dans l’espoir d’éviter les fuites – incluait également le directeur de la CIA, le secrétaire à la Défense, et le chef d’Etat-major des armées. Nombre de ministres n’ont jamais été informés de la tenue de cette réunion. Réunion qui a pourtant marqué le début des semaines de débats qui ont agité les couloirs de la Maison-Blanche.

    Dans l’espoir de convaincre Washington de se joindre à son entreprise martiale, le leader Israélien a insisté sur le fait que l’Iran était prêt pour un changement de régime. Pour étayer son argumentaire, l’homme d’État, qui a pris le soin de souligner la menace existentielle que faisait peser le Guide suprême, Ali Khamenei, s’est muni d’une vidéo de présentation des dirigeants potentiels de Téhéran. Parmi les candidats, Reza Pahlavi, le fils exilé du dernier shah d’Iran. Depuis le début de la guerre, son nom n’a cessé de résonner.

    Puis, une garantie de la délégation israélienne : la victoire est certaine. Pour le justifier, ses membres ont listé trois conditions : la possibilité de détruire en quelques semaines l’arsenal balistique iranien, un régime tant affaibli qu’il en deviendrait incapable de bloquer le détroit d’Ormuz, et enfin, une faible probabilité de voir Téhéran frapper les intérêts américains dans les pays voisins. Depuis, l’exact inverse de chacun de ces scénarios s’est produit. Le groupe a également soulevé la possibilité d’une invasion kurde du pays et d’un renversement du régime islamique par la rue.

    Et les risques de cette opération ? A-t-on pu entendre du côté américain de la table. Ils existent, a répondu Benyamin Netanyahou, mais l’inaction est plus dangereuse que le contraire. Et le Premier ministre d’assurer que retarder la guerre contre Téhéran ne pourrait que lui permettre de produire davantage de missiles et de protéger son programme nucléaire.

    « Ce sont des conneries »

    Puis, Benyamin Netanyahou a remballé ses affaires. Sans attendre, les analystes de Washington se sont attelés à évaluer la viabilité de la présentation israélienne. Le lendemain, les Américains reprenaient place dans la salle de crise. En attendant Donald Trump, les experts se sont chargés de briefer l’entourage présidentiel. Tuer l’ayatollah et paralyser le programme militaire de l’Iran, d’accord. Mais quant au reste des propositions israéliennes, elles sont irréalisables, ont-ils tranché. « Grotesque », a récapitulé le directeur de la CIA lorsque le milliardaire a passé la porte. Et Marco Rubio d’interjeter : « en d’autres termes, ce sont des conneries ».

    Et si le doute régnait sur cette salle de crise, aucun convive ne s’est frotté à une tentative de dissuader le président, quant à lui persuadé que cette guerre serait aussi rapide que celle qu’il a conduite au Venezuela. Personne, à l’exception de J.D. Vance, tout juste revenu du tarmac. Dans sa posture de frondeur en chef, l’homme d’Etat a alerté sur l’ »énorme gaspillage de ressources » que représenterait cette guerre de régime. Une prise de position qu’avaient sûrement anticipée les proches du vice-président qui a construit sa carrière sur sa ligne isolationniste. Dans l’espoir de convaincre Donald Trump, son numéro deux a énuméré les dangers d’une telle opération. Déjà, le risque d’un embrasement régional alors que les Etats-Unis manquent de munitions. Ensuite, celui de diviser la coalition politique trumpiste à l’approche des élections de mi-mandat. D’autant plus périlleux que, lors de sa campagne, le président s’était engagé à résoudre les guerres plutôt que de les déclencher. Enfin, en plus des nombreuses problématiques stratégiques, le vice-président a alerté quant au risque de voir l’Iran s’emparer du détroit d’Ormuz.

    « Tout va bien se passer »

    Même constat du côté du général Dan Caine, qui précisa que, d’après « son expérience », les Israéliens « en font trop », c’est même une question de « procédure » pour eux. Mis à part cette indication, le chef d’état-major des armées a opté pour la prudence face à Donald Trump…. Au point de s’époumoner à répéter qu’il ne relevait pas de son rôle de dicter la marche à suivre au président. Précaution partagée par Susie Wiles qui renchérit : partager ses préoccupations sur une décision militaire ne fait pas partie de sa fiche de poste. Car à la différence de son premier mandat, le milliardaire n’est pas entouré d’une équipe qui craint son impulsivité, mais plutôt de fidèles admirateurs.

    Puis, ce fut au tour de Marco Rubio de s’exprimer. Lui non plus n’a pas tenté de dissuader le président, malgré un conseil : instaurer une pression maximale sur l’Iran vaut mieux que de lui déclarer la guerre.

    Dans l’intimité du bureau Ovale, l’animateur de télévision proche de l’extrême droite, Tucker Carlson, a quant à lui, essayé de faire part de ses inquiétudes au milliardaire, persuadé qu’une intervention en Iran détruirait son mandat. Quelques semaines avant le début de la guerre, Donald Trump l’a rassuré. « Je sais que ça t’inquiète, mais tout va bien se passer », lui a-t-il glissé au téléphone.

    « Ça me paraît bien »

    Le 26 février, l’équipe présidentielle s’est rassemblée une dernière fois dans la Situation room. Dans les jours qui ont précédé cette échéance, une délégation américaine a tenté de négocier avec le régime de Téhéran. Depuis Genève, Jared Kushner et Steve Witkoff ont briefé le président : un accord sur le nucléaire iranien est envisageable, à condition de patienter plusieurs mois.

    Sans cohésion stratégique, l’ultime réunion s’est jouée à l’instinct du milliardaire. Un instinct qui, pour de nombreux fidèles, a fait ses preuves par le passé. Ici encore, la réussite de la mission de capture de Nicolas Maduro a pesé dans la balance. Jusqu’à susciter l’enthousiasme de certains. « Nous allons devoir nous occuper des Iraniens tôt ou tard, alors autant le faire maintenant », a décrété le secrétaire de la Défense. Et de toute façon, il semble que la décision du président était prise depuis le début du mois. « Ça me paraît bien », avait-il lancé au leader israélien dès sa présentation du 11 février. Confronté à l’hermétisme de Donald Trump, son vice-président a fini par céder sur ses craintes : « tu sais bien que je trouve que c’est une mauvaise idée, mais si tu veux le faire, je te soutiendrai. » « Je pense que nous devons le faire », a tranché le président devant l’assemblée.

    Le lendemain, à bord de l’avion présidentiel, le signal a été lancé : « l’opération Epic Fury est approuvée. Aucune annulation. Bonne chance. »



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/comment-donald-trump-a-decide-de-frapper-liran-les-coulisses-dune-decision-historique-HPO3ZZHNKVBZHEQWB3CWCYSUQE/

    Author : Asia Dayan

    Publish date : 2026-04-10 15:55:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • « Donald Trump est en train de mettre fin à 80 ans d’alliance occidentale » : l’alerte de Robert Kaplan

    « L’Allemagne des années 1930 était fragmentée en Länder interconnectés. Une crise dans l’un pouvait rapidement se propager aux autres. Notre monde aujourd’hui est dans la même situation : nous sommes plus connectés que jamais à bien des égards, et pourtant les crises se succèdent. Un conflit au Moyen-Orient peut désormais provoquer une crise intérieure aux Etats-Unis, à un degré autrefois inimaginable. » C’est en ces termes aux accents presque prophétiques que Robert D. Kaplan nous décrivait, l’an passé, son dernier ouvrage Waste Land : A World in Permanent Crisis (non traduit). Il y établissait un parallèle entre le désordre géopolitique contemporain et le destin cataclysmique de la République de Weimar.

    Les répercussions de l’opération américaine lancée en Iran le 28 février ont largement dépassé les frontières de ce pays de quelque 91 millions d’habitants, se faisant sentir jusqu’aux Etats-Unis, où Donald Trump tente désespérément de trouver une porte de sortie. Le président américain risque ainsi de tomber dans un piège bien connu, prévient cet expert du Foreign Policy Research Institute : la malédiction des « guerres de taille intermédiaire », sans doute la configuration la plus périlleuse pour une puissance comme les Etats-Unis. L’auteur à succès, réputé autant pour la pertinence de ses analyses géopolitiques que pour son image de « prophète du chaos », en détaille les mécanismes dans un entretien accordé à L’Express. Il déplore également que Donald Trump, par ses déclarations et ses prises de position à l’égard de l’Otan, soit « en train de mettre fin à 80 ans d’alliance occidentale ».

    L’Express : Dans votre dernier ouvrage, Waste Land, vous expliquiez que nous vivons dans une sorte d’immense République de Weimar, un monde interconnecté, mais sans véritable gouvernance, où chaque pays est lié aux autres de manière si profonde qu’une crise en un seul endroit peut déclencher un effet domino aux conséquences presque universelles. La guerre en Iran s’inscrit-elle aujourd’hui dans ce tableau ?

    Robert Kaplan : Elle s’y inscrit pleinement. La guerre en Iran a eu des répercussions dans toutes les régions du monde et accentue les dynamiques à l’œuvre que j’analysais dans Waste Land. La fermeture du détroit d’Ormuz, par exemple, entraîne des conséquences majeures sur les prix du pétrole et sur le transport maritime à l’échelle mondiale. Par ailleurs, les combats affectent profondément l’ensemble du Moyen-Orient. Dans le même temps, ce sujet alimente une discussion commune à l’échelle globale. Le monde apparaît ainsi comme un système instable, « à la Weimar », passant d’une crise à une autre. Et la guerre en Iran est loin d’être terminée : le cessez-le-feu accepté par Donald Trump le 7 avril demeure extrêmement fragile, même si je reste toujours ouvert aux surprises.

    C’est-à-dire ?

    Le régime iranien a détruit sa monnaie, il y a très peu d’eau potable, très peu d’électricité, et le quotidien y est épouvantable. Si le régime du chah était resté en place, l’Iran serait aujourd’hui comparable à la Corée du Sud, avec l’une des économies les plus dynamiques au monde et une classe moyenne prospère.

    Ce n’est pas une prédiction, mais malgré toutes les erreurs de Trump, je reste convaincu que le régime pourrait devenir insoutenable à court et moyen terme, et que nous pourrions assister à une reprise des manifestations de masse. Mais elles n’auront pas lieu maintenant, parce que les propos scandaleux de Trump sur la destruction de la civilisation perse ont eu pour effet de rallier tout le pays derrière le régime. Cela ne durera probablement pas. Nous allons sans doute traverser une période avec davantage de combats puis la guerre prendra fin, la vie reprendra en Iran, et puis brusquement il pourrait y avoir une nouvelle vague de manifestations. Mais il faut faire preuve de patience à cet égard. Et le fait d’avoir justifié la guerre par la nécessité d’un changement de régime est clairement une erreur.

    Vous avez récemment publié un papier dans Foreign Affairs dans lequel vous expliquez qu’en Iran, Donald Trump « risque de tomber dans un piège bien connu : la malédiction des guerres de taille intermédiaire. » De quoi s’agit-il ?

    Tout d’abord, laissez-moi définir ce que j’entends par « guerres de taille intermédiaire ». C’est un type de guerre particulièrement fréquent chez les grandes puissances et les empires. Ce n’est pas une petite opération de sauvetage ou une guerre limitée, comme l’invasion du Panama en 1989, le renversement du régime sur l’île caribéenne de la Grenade en 1983. Toutes ces interventions étaient de faible ampleur, tout comme celles en Bosnie et au Kosovo. A l’autre extrême, vous avez les grandes guerres : la Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale. Les démocraties de masse gèrent très bien ces deux types de conflits, les petites guerres comme les grandes. Ce qu’elles ne parviennent pas à gérer, en revanche, ce sont ce que j’appelle les guerres de taille intermédiaire : le Vietnam, l’Irak, l’Afghanistan, etc. Ce sont des conflits suffisamment importants pour provoquer d’immenses bains de sang mais pas assez pour mobiliser l’ensemble du front intérieur, tout le pays.

    Ainsi, les empires ou les superpuissances se retrouvent à combattre avec une main attachée dans le dos : elles ne peuvent pas se donner à fond, et pourtant elles causent des destructions massives et subissent de vraies pertes. J’avais averti, il y a quelques semaines dans la revue Foreign Affairs, que Trump risquait de transformer la guerre en Iran, initialement limitée, en une guerre de taille intermédiaire. Et c’est en partie ce qui s’est produit au moment du cessez-le-feu intervenu cette semaine.

    « Entrer en guerre peut être facile ; en sortir est beaucoup plus difficile », avez-vous écrit. Donald Trump peut-il encore sortir de cette guerre par le haut ?

    Cela dépend. Comme je l’ai déjà dit, je ne pense pas que le régime des mollahs ait un avenir durable. A terme, il y aura un changement mais je ne suis pas certain que Trump en tirera le mérite, car cela pourrait ne se produire que dans un an, et à ce moment-là, on se demandera encore : quel était le but de cette guerre ? Parce que ce qui finira par provoquer un changement de régime, ce ne sera pas la guerre, mais les problèmes de fond : le manque de nourriture, d’électricité, d’eau, tous ces problèmes du quotidien qui finiront par mettre la population hors d’elle. Donc je ne suis pas sûr que Trump puisse sortir de ce conflit avec sa crédibilité intacte, compte tenu de ses déclarations et du fait qu’il n’a pas expliqué de manière cohérente cette guerre au peuple américain.

    Rappelons au passage que sa crédibilité était déjà très entamée avant même le début de la guerre. Et la forte hausse des prix du pétrole n’a pas seulement une dimension internationale, elle a aussi des conséquences sur la politique intérieure américaine. Cela va rendre plus difficile pour lui de bien s’en sortir lors des élections de mi-mandat en novembre prochain. Parce que ce qui préoccupe vraiment les classes populaires et les gens modestes, c’est le prix de l’essence pour leur voiture.

    Donald Trump a laissé entendre que les Etats-Unis pourraient envisager de quitter l’Otan face au manque de soutien militaire des Européens. Une Otan sans les Etats-Unis est-elle un scénario envisageable et viable ?

    Chaque fois que Trump évoque une sortie de l’Otan, il en dégrade l’importance même. Donc même sans quitter l’Otan, le simple fait d’en parler la fragilise. Pendant près de 80 ans, il a existé une véritable alliance occidentale, entre les Etats-Unis, l’Europe et le Japon, mais surtout entre les Etats-Unis et l’Europe. Et cette période, sous Donald Trump, est en train de prendre fin. Ce qui est intéressant dans cette guerre, c’est le faible degré d’implication de l’Europe. Et je ne parle pas seulement du fait que les dirigeants européens se sont opposé à la guerre. Je veux dire que dans les guerres précédentes où les Etats-Unis étaient engagés, ils positionnaient des armements, des avions de combat et d’autres matériels militaires dans des pays membres européens de l’Otan pour soutenir l’effort de guerre. Dans celle-ci, cela ne s’est pas produit. Il y a peut-être eu un peu de ce type de déploiement au Royaume-Uni, mais cela est resté très limité.

    L’Europe est restée largement à l’écart, et, pour la première fois, les Etats-Unis ont déployé une quantité importante d’armements en Israël, notamment sur des bases aériennes israéliennes. Si l’on regarde l’histoire, on voit à quel point c’est unique. Lors de la guerre du Golfe de 1990-1991, l’administration Bush père avait fait de grands efforts pour tenir Israël à l’écart de la guerre, suppliant les Israéliens de ne pas répondre aux attaques de missiles irakiens, de laisser les Etats-Unis gérer ça. Ils ne voulaient pas du tout qu’Israël soit engagé dans la coalition. C’est donc un revirement à 180 degrés complet. Et l’Europe a été affaiblie par cette guerre : même si celle-ci se solde par un échec, comme tout semble l’indiquer, l’alliance euroaméricaine a été encore davantage fragilisée par les modalités mêmes de sa logistique militaire.

    Qu’avez-vous pensé de la réaction des Européens qui, sur l’Iran, n’ont pas cédé aux exigences de Donald Trump qui les invitaient à ouvrir leur espace aérien et leurs bases ?

    Rappelez-vous que la réaction française et allemande à la guerre en Irak en 2003 avait elle aussi été négative. Et le seul pays européen à avoir participé était le Royaume-Uni. Mais, en même temps, ils ont conservé leur respect pour George W. Bush et ont coopéré avec lui de nombreuses façons. Et Bush n’a jamais parlé d’un affaiblissement de l’Otan, il y était très favorable. Donc le fait que la France et l’Allemagne n’aient pas participé à la guerre en Irak n’a eu qu’un effet limité sur l’alliance américano-européenne. Mais le contexte de la guerre en Iran est différent, parce que les Européens ont été très méfiants et très négatifs à l’égard de Trump avant même le début de cette opération. Donc le fait qu’ils se prononcent tous contre la guerre a un effet aggravant, un effet plus négatif que ce qui s’est passé en 2002-2003.

    « Le monde est plus sûr qu’avant le début de la guerre » en Iran a récemment déclaré le Secrétaire Général de l’Otan Mark Rutte sur CNN, ajoutant que cela était « grâce au leadership » de Donald Trump. Partagez-vous son analyse ?

    Ce qu’il avait probablement en tête, c’est que le potentiel balistique de l’Iran a été sérieusement affaibli, que sa marine a été pratiquement détruite, que les plus hauts responsables de son leadership ont été éliminés et qu’il fonctionne désormais avec des responsables de second rang. Et ces derniers ne sont jamais aussi efficaces que les premiers lorsqu’il s’agit de gérer des crises. Quant à l’idée que le monde serait plus sûr aujourd’hui, j’ai de sérieux doutes là-dessus. Parce que le Moyen-Orient est clairement moins stable qu’auparavant. Et il y avait eu une dégradation sérieuse du potentiel nucléaire et balistique iranien lors de la guerre de juin dernier. Il n’y avait donc aucune raison de déclencher ce nouveau conflit.

    L’intervention en Iran affaiblit-elle ou, au contraire, renforce-t-elle la Russie ? Les analyses divergent…

    Le contexte lui est favorable sur le court terme parce que cela a fait monter les prix du pétrole de façon spectaculaire et la Russie est un pays exportateur de pétrole. Mais cela l’affaiblit aussi, parce que cela montre à quel point l’Ukraine peut être un allié précieux, notamment grâce à son expertise dans la fabrication de drones et autres. Je pense toujours – comme je l’ai souligné dans mon livre Waste Land – que le régime russe est en sursis. Chaque mois supplémentaire de guerre en Ukraine affaiblit la capacité de la Russie à projeter sa puissance dans le Caucase, en Asie centrale, en Sibérie, en Extrême-Orient russe. L’empire russe s’affaiblit sous nos yeux. Il est fragilisé par ce conflit qui dure maintenant quatre ans, soit la même durée que la Première Guerre mondiale.

    Poutine est en train de perdre un allié en Iran, puisqu’il n’a pas été capable de le défendre. C’est un point crucial, et c’est aussi, indirectement, une conséquence de la guerre en Ukraine. Poutine est aujourd’hui moins préoccupé par l’Iran que par le fait de maintenir la Chine de son côté.

    Selon vous, quel regard la Chine porte-t-elle sur l’intervention chaotique de Donald Trump en Iran ? Cette situation peut-elle avoir des répercussions sur le dossier taïwanais ?

    Il y a plusieurs façons de voir les choses. Donald Trump est peut-être un piètre président, mais l’armée américaine a fait preuve de performances extraordinaires dans cette guerre. Quant à l’opération de sauvetage des pilotes américains, très peu d’armées dans le monde seraient capables de réaliser quelque chose de ce type. Et les Chinois sont de grands connaisseurs de la guerre. Ils ont étudié les guerres dans les Balkans. Ils ont étudié les deux précédentes guerres du Golfe. Ils regardent ce conflit en Iran et se disent probablement que l’armée américaine est vraiment redoutable et qu’elle possède une grande expérience des situations de guerre et des opérations, ce qu’eux, Chinois, n’ont pas. La dernière fois qu’ils ont combattu, c’était contre le Vietnam en 1979, et le résultat a été, disons, très mitigé.

    Cela pourrait donc rendre les Chinois plus hésitants à tenter de s’emparer de Taïwan. Mais en même temps, Pékin se réjouit de voir les Etats-Unis détourner leur attention vers le Moyen-Orient, y consacrer des ressources et y épuiser leurs munitions. Donc cela joue dans les deux sens. Mais laissez-moi ajouter que jusqu’à présent, il est très impressionnant de voir à quel point les marchés financiers mondiaux – et même les marchés pétroliers – ont réussi à intégrer cette guerre en Iran. Vous savez, compte tenu de l’ampleur des destructions, compte tenu de la fermeture du détroit d’Ormuz… Le marché boursier américain n’a reculé que d’environ 8 à 9 %, ce qui correspond à une correction normale. Et pourtant, s’il devait y avoir une guerre d’une telle ampleur dans le Pacifique, autour de Taïwan ou en mer de Chine méridionale, les effets sur les marchés financiers mondiaux seraient bien, bien plus importants.

    Au moins 300 personnes ont été tuées et plus de 1150 blessées au Liban ce 8 avril lors de frappes israéliennes massives. La plus grande offensive contre le Hezbollah et la plus meurtrière pour le Liban depuis le déclenchement de la guerre le 28 février. Quel est l’objectif de Benyamin Netanyahou ?

    Les Israéliens tentent véritablement de détruire le Hezbollah une fois pour toutes. Pas seulement de l’affaiblir, pas seulement de le mettre à mal, mais de le détruire au point que l’Etat libanais puisse se rétablir et qu’Israël n’ait plus ce problème. Mais une destruction totale me semble très difficile. En revanche, la combinaison d’un Iran à la fois affaibli et appauvri et d’un Hezbollah fortement dispersé pourrait aboutir non pas à sa destruction complète, mais à une réduction de ses capacités, le rendant plus gérable pour les Israéliens.

    Par ailleurs, les Israéliens pourraient occuper de manière durable le sud du Liban jusqu’au fleuve Litani. Ils l’ont déjà fait auparavant, en 1978 – on l’oublie souvent – lors de l’opération Litani, lorsqu’ils ont occupé le sud du Liban jusqu’à ce fleuve. Cela a duré un certain temps, et ils pourraient faire quelque chose de similaire aujourd’hui : ne pas revenir à la situation initiale, mais maintenir une présence dans le sud du Liban afin de rendre encore plus difficile pour le Hezbollah de lancer des attaques contre le nord d’Israël.



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/donald-trump-est-en-train-de-mettre-fin-a-80-ans-dalliance-occidentale-lalerte-de-robert-kaplan-SUGDWTF4CFGXNIWUHIKWFGQPYA/

    Author : Laurent Berbon

    Publish date : 2026-04-10 14:00:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • Stephen Holmes : « Donald Trump passait pour un fou, avec le cessez-le-feu il passe pour un faible »

    Il promettait d’ »anéantir toute une civilisation ». Mais le 7 avril, à deux heures de l’expiration de son ultimatum, Donald Trump a finalement accepté un cessez-le-feu de deux semaines avec Téhéran. Depuis, le président américain – qui vante une « victoire totale absolue » et un « grand jour pour la paix mondiale » – cherche autant une voie de sortie qu’il tente d’imposer le récit d’un succès militaire et diplomatique retentissant.

    Stephen Holmes, lui, ne souscrit pas un instant à cette lecture des événements. Pour ce politologue et professeur de droit à la New York University, aucune issue positive ne peut émerger de cette trêve. « Les dégâts causés par Donald Trump sont irréversibles », explique à L’Express celui qui, ces dernières semaines, n’a cessé de répéter dans la presse américaine que la stratégie trumpienne de destruction du régime iranien est aussi irréaliste que dangereuse. Entretien.

    L’Express : Selon vous, la stratégie de Donald Trump depuis le début de la guerre au Moyen-Orient repose sur une perception erronée de la nature du régime iranien. Quelle est-elle ?

    Stephen Holmes : Donald Trump pense que la survie et la continuité du régime iranien dépendent de la survie de son leader. Mais en réalité, il projette sur l’Iran un mode de gouvernementalité qu’il tente lui-même d’appliquer aux Etats-Unis, et qu’illustre à merveille son mépris à l’égard des institutions de la démocratie libérale. Il gouverne seul, de manière informelle, et ne se conforme absolument pas aux prérogatives normales de la présidence : il ne croit pas en la Constitution américaine, ne lève pas l’impôt par la voie législative, et ne gouverne pas à travers le Congrès. C’est cette grille de lecture qui guide sa compréhension du régime iranien. Or, c’est un contresens fondamental, car contrairement à ce que l’on pourrait penser, la dictature des mollahs n’est pas un système politique personnaliste. Il existe des instances collégiales, des procédures, et surtout des mécanismes de remplacement des dirigeants pour assurer la survie du régime.

    Contrairement à la Russie de Vladimir Poutine, qui n’a établi aucune règle pour régler la question de la succession, le régime iranien a pensé la question de la continuité de l’Etat. Bien sûr, je ne nie pas que la situation, depuis la mort de l’ayatollah Khamenei, soit chaotique : le pays est sous les bombes, les dirigeants sont obligés de se cacher, et quiconque est nommé ayatollah devient immédiatement une cible. De fait, il n’est pas simple d’identifier qui est réellement au pouvoir. Il est probable qu’il s’exerce de manière informelle entre différents membres des Gardiens de la Révolution. Cela étant, le point essentiel reste que le système a évolué pour survivre à la décapitation de sa hiérarchie. Les Iraniens l’ont très bien compris. Pas Donald Trump.

    Selon vous, le risque est de créer une situation pire encore, avec des menaces plus diffuses et incontrôlables ?

    Absolument, car le processus consistant à éliminer systématiquement tous les responsables pour faire s’effondrer l’Etat iranien peut s’avérer autodestructeur : on ne peut pas négocier la réouverture du détroit d’Ormuz s’il n’y a personne en face qui détienne l’autorité. Or, si vous assassinez l’ensemble de la direction et que vous pensez que cela facilitera la négociation d’un accord, vous vous trompez lourdement, parce que vous avez besoin d’un interlocuteur disposant d’un pouvoir suffisant pour que ses décisions – par exemple la signature d’un traité de paix, ou des engagements sur le nucléaire – soient respectées.

    Le risque, si l’Iran venait à sombrer dans l’anarchie totale, c’est que des groupes autonomes commencent à agir de leur propre initiative, par exemple en coulant des navires dans le détroit sans en avoir reçu l’ordre, ou en utilisant des missiles sol-air. Il faut donc que quelqu’un en Iran occupe le centre de décision et d’autorité pour pouvoir empêcher ces attaques sauvages contre le trafic maritime.

    Après avoir menacé qu’une « civilisation entière mourrait », Donald Trump a accepté un cessez-le-feu. Comment interprétez-vous cette volte-face ?

    Trump est connu pour ses coups de bluff. Mais ici, il y a autre chose : il est dans une impasse, et aucune issue favorable ne s’offre à lui. Le fait d’avoir affirmé qu’il pourrait détruire en quatre heures une civilisation vieille de 3 000 ans l’a fait passer pour un fou. Comme si parler de génocide était un simple jeu pour lui. Il est à la tête d’une puissance qui possède un arsenal nucléaire considérable, mais avec le cessez-le-feu, il passe dorénavant pour quelqu’un de faible.

    Heureusement, il est entouré de conseillers et il sait que s’il avait détruit l’ensemble des infrastructures iraniennes, le prix du pétrole aurait encore grimpé. Donc, naturellement, il tente de calmer les choses. Il prétend que des négociations sont en cours, mais je ne vois pas quel terrain d’entente pourrait exister entre Trump et la direction iranienne aujourd’hui.

    Pire, le vrai problème auquel nous faisons face aujourd’hui est celui de la vulnérabilité du détroit d’Ormuz. Il suffirait qu’un pétrolier coule dans la partie orientale du passage, très peu profonde, pour contaminer les eaux. De là, ce pétrole serait aspiré par les usines de dessalement, et il faudrait une décennie pour les dépolluer. Cela poserait de véritables soucis pour les pays arabes du Golfe, qui disposent seulement de trois jours de réserves en eau. Qui, aujourd’hui, déplacerait son entreprise à Dubaï ou à Abou Dhabi dans un tel contexte ? Donald Trump a créé une situation irréversible, dans laquelle le conflit entre Téhéran et Riyad, qui couvait depuis longtemps, a pris une dimension nouvelle.

    Vous ne croyez donc pas à ce cessez-le-feu ?

    Trump et les Iraniens sont incapables de tenir leurs engagements. Toute sa vie, le président américain a systématiquement brisé toutes ses promesses. D’ailleurs, il n’agit jamais comme un diplomate, sinon il ne dirait pas des choses du genre « Ouvrez le putain de détroit espèce de tarés, ou vous vivrez en enfer ». Quelqu’un qui parle comme cela peut très bien conclure un accord avec vous, se montrer charmant, puis vous planter un couteau dans le dos le lendemain. Il est donc illusoire de croire qu’un cessez-le-feu entre ces deux protagonistes pourrait déboucher sur quelque chose de stable et positif, car la confiance est brisée des deux côtés.

    On revient toujours au même problème : les Etats-Unis de Trump tendent de plus en plus à fonctionner comme un régime personnaliste. La vision de Donald Trump repose sur une conception du pouvoir comme expression de la volonté d’un seul homme. S’il admire et comprend très bien Vladimir Poutine, il serait en revanche incapable de vous expliquer le système électoral allemand ou le régime semi-présidentiel français. Tout ce qui relève du cadre institutionnel dépasse son entendement. Ce qu’il comprend, c’est « je suis le patron, vous faites ce que je dis ». Seulement, les démocraties libérales ne fonctionnent pas ainsi.

    Quelle stratégie les Etats-Unis devraient-ils adopter en Iran, selon vous ?

    Tant que Donald Trump est dans les parages, je peine à imaginer un scénario optimiste. La dure réalité, c’est que nous n’aurions jamais dû nous lancer dans cette campagne. Les dégâts causés par Trump sont irréversibles. Il va falloir des années et des années pour récupérer la confiance de nos alliés. Les pays arabes du Golfe ont passé des décennies à créer un climat d’investissement sûr. On pouvait y installer des entreprises, des musées, des écoles. Il a suffi qu’un seul drone traverse la fenêtre d’un hôtel de luxe pour que tout s’effondre. Trump a tout détruit.

    Un autre problème, peut-être l’un des plus importants, c’est que nous savons que l’Iran dispose de quantités importantes d’uranium hautement enrichi. Une partie serait ensevelie dans le site visé par les frappes américaines l’an dernier, mais l’ensemble de ces stocks n’est pas localisé avec certitude. Ici, on touche aux limites et aux contradictions du but de guerre israélo-américain d’effondrement de l’Etat iranien, parce que c’est précisément l’Etat qui contrôle ces matières et ces armes. Rappelez-vous de l’exemple libyen : après la chute du régime de Kadhafi, des dizaines de milliers de missiles sol-air avaient disparu dans des circuits clandestins. Un scénario comparable en Iran ferait peser des risques considérables. Des scientifiques du nucléaire pourraient vendre leurs compétences à des acteurs non étatiques. De l’uranium hautement enrichi pourrait se retrouver sur le marché clandestin. Si un Etat peut être dissuadé par la menace de représailles, ce n’est pas le cas d’un groupe terroriste.

    Quand Donald Trump parlait de « détruire une civilisation », il entendait en fait « provoquer l’effondrement de l’Etat iranien ». Mais un tel scénario aurait des conséquences désastreuses. L’Iran se retrouverait dans une situation comparable à celle de l’Afghanistan. C’est-à-dire un pays livré au chaos, au pouvoir fragmenté entre des groupes terroristes pouvant mettre la main sur des armes de plus en plus destructrices.

    Vous estimez que ce n’est pas l’Iran qui a un problème de succession, mais les Etats-Unis. Pourquoi cela ?

    Ne vous méprenez pas, il ne s’agit pas de cautionner le régime iranien en place mais de pointer ce qui, selon moi, représente une rupture sans précédent dans l’histoire américaine, à savoir le remplacement du gouvernement institutionnel construit par les Pères fondateurs par le pouvoir personnel et hyperpersonnifié de Donald Trump. En deux siècles et demi d’existence, jamais l’arbitraire d’un seul homme n’a bénéficié d’autant de pouvoir aux Etats-Unis. Dans son esprit, il est le seul à gouverner, et il n’y a que sa propre conscience qui peut limiter son pouvoir. D’une certaine manière, Donald Trump imite Vladimir Poutine : il est un individu solitaire qui fait tout pour concentrer un maximum de prérogatives entre ses mains. C’est selon moi une clé de lecture primordiale si l’on veut comprendre l’échec de Trump en Iran, car cette conception du pouvoir explique pourquoi il croit à l’idée selon laquelle éliminer les dirigeants iraniens suffirait à abattre le régime, et guide sa stratégie diplomatique et militaire.



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/stephen-holmes-donald-trump-passait-pour-un-fou-avec-le-cessez-le-feu-il-passe-pour-un-faible-BZXHDV7OBVAX5MUGA6ACANO3VY/

    Author : Baptiste Gauthey

    Publish date : 2026-04-10 10:15:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • Cessez‑le‑feu en Iran : Américains et Iraniens face à face pour tenter d’éviter l’embrasement

    Le monde a les yeux rivés sur Islamabad. Deux jours après la mise en place d’un cessez-le-feu de deux semaines bien fragile, la capitale du Pakistan accueille, à partir de ce vendredi 10 avril, des représentants américains et iraniens dans l’espoir de trouver une issue au conflit déclenché par les attaques américaines et israéliennes le 28 février. Le résultat des négociations est hautement imprévisible tant les déclarations des deux parties au cours des derniers jours laissent entrevoir des agendas fort éloignés. Donald Trump a en effet évoqué une liste en dix points soumis par l’Iran qui serait « une base de négociation viable ». Problème, l’Iran a de son côté partagé une liste qui contient bien dix points mais inclut des propositions inacceptables pour Washington, telles que des réparations pour les dommages de guerre, la levée de toutes les sanctions, la reconnaissance de son contrôle sur le détroit d’Ormuz ou encore son droit à enrichir l’uranium. Un hiatus qui a conduit la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, à préciser que Donald Trump parlait pour sa part d’un autre plan en dix points…

    La question du Liban illustre les divergences entre les parties. Le pays a en effet été la cible mercredi de bombardement massifs de la part d’Israël, qui ont provoqué la mort de plus de 300 personnes et conduit le président iranien Massoud Pezeshkian à déclarer jeudi que « les négociations [étaient] dénuées de sens ». A la différence de Téhéran, Washington et Tel-Aviv estiment en effet que l’accord de cessez-le-feu n’inclut pas le Liban, où Tsahal traque le Hezbollah, allié de la république islamique. Le vice-président américain J.D. Vance a parlé de son côté d’un « malentendu légitime » et déclaré que les Israéliens devraient « peut-être faire preuve d’un peu plus de retenue » dans leurs frappes.

    Le détroit d’Ormuz est autre point crucial. Sa fermeture par le régime iranien, anticipé par les observateurs mais qui a visiblement pris de court les autorités américaines, a provoqué une crise énergétique mondiale. Le cessez-le-feu visait à assurer sa réouverture mais seule une poignée de vaisseaux sont passés depuis, tandis que des centaines d’autres restent bloqués. L’Iran aurait refermé le passage à la suite des bombardements israéliens sur le Liban. Téhéran souhaite en outre instaurer un droit de passage du détroit, une demande qui n’a pas choqué Donald Trump. « C’est une belle chose », a-t-il d’abord déclaré à la chaîne ABC, avant de rétropédaler sur sa plateforme Truth Social : « Ils ont intérêt à ne pas le faire. »

    Le rôle clé du Pakistan

    Si le contenu des discussions reste donc incertain, et leur issue encore davantage, l’identité des négociateurs est connue. Côté américain, J.D. Vance est attendu, de même que Steve Witkoff et Jared Kushner, les émissaires habituels du président Trump, soit son partenaire de golf et son gendre, qu’il envoie sur tous les fronts avec des résultats mitigés. Côté iranien, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi et le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf devraient être présents, ce dernier étant un partisan d’une ligne dure et l’un des rares historiques du régime à n’avoir pas été éliminé par les frappes américano-israéliennes. Des délégations de pays du Golfe, notamment du Qatar et de l’Arabie saoudite, devraient également participer à des discussions en marge du sommet.

    Islamabad a joué un rôle prépondérant dans l’organisation de ces discussions, après avoir œuvré en coulisses au cours des semaines passées pour obtenir le cessez-le-feu, et jusqu’à récemment. Selon le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Saeed Khatibzadeh, le Pakistan est intervenu pour empêcher l’Iran de riposter aux récentes frappes contre le Liban. Les rues de la capitale ont été vidées, un congé a été donné aux habitants, et les occupants de l’hôtel de luxe Serena ont été invités à plier bagage, laissant supposer que l’endroit pourrait accueillir les représentants des deux pays.

    Dans un élan d’autostisfaction dont il est coutumier, Donald Trump a déclaré à NBC qu’il était « très optimiste » quant à la conclusion d’un accord de paix, affirmant que les dirigeants iraniens semblaient ouverts à la paix lors de discussions en privé. « Ils sont beaucoup plus raisonnables. Ils acceptent tout ce qu’ils doivent accepter. N’oubliez pas qu’ils ont été vaincus. Ils n’ont plus d’armée. » Les autorités iraniennes disent l’exact contraire, et présentent à la population le cessez-le-feu et les négociations comme une preuve de la résistance du pays et de sa victoire sur les Etats-Unis et Israël. Les vraies discussions doivent débuter samedi matin et pourraient n’être que le premier round d’un cycle de négociations.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/cessezlefeu-en-iran-americains-et-iraniens-face-a-face-pour-tenter-deviter-lembrasement-NI33KSL6SJBF3DDQQREEQ4DKPM/

    Author :

    Publish date : 2026-04-10 08:19:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • EN DIRECT. Le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran fragilisé avant les négociations

    Le cessez-le-feu conclu entre les Etats-Unis et l’Iran semble de plus en plus fragile ce vendredi 10 avril, alors que Donald Trump a accusé Téhéran de ne pas respecter ses promesses concernant le détroit d’Ormuz et qu’Israël continue de mener des bombardements au Liban.

    Des délégations américaine et iranienne doivent se rencontrer au Pakistan, qui sert de médiateur entre Washington et Téhéran, pour des négociations dans le cadre de la trêve de deux semaines annoncée mercredi.

    Les infos à retenir

    ⇒ Donald Trump met en garde l’Iran contre tout péage dans le détroit d’Ormuz

    ⇒ Israël ouvre la porte à des négociations avec le Liban

    ⇒ Les républicains bloquent une tentative de limiter les pouvoirs de Donald Trump

    08h00

    Les républicains bloquent une tentative de limiter les pouvoirs de Donald Trump

    Aux Etats-Unis, les républicains de la Chambre des représentants ont bloqué hier une initiative des démocrates visant à mettre fin aux attaques américaines contre l’Iran, alors que le parti de Donald Trump continue d’empêcher les efforts visant à limiter les pouvoirs de guerre du président républicain.

    Le représentant Chris Smith, un républicain du New Jersey, a présidé une session abrégée de la Chambre des représentants, y mettant fin avant qu’un groupe de démocrates ne puisse tenter de faire adopter à l’unanimité la résolution qui aurait demandé la fin de l’opération militaire américaine. Bien que l’action de jeudi était en grande partie symbolique, les principaux élus démocrates du Congrès américain ont promis de forcer à nouveau des votes sur les pouvoirs de guerre à leur retour de vacances la semaine prochaine.

    Ces derniers mois, les démocrates du Congrès ont tenté, sans succès à plusieurs reprises, d’adopter des résolutions sur les pouvoirs de guerre afin d’obliger Trump à obtenir l’autorisation des législateurs avant de lancer des opérations militaires, tant au Venezuela qu’en Iran.

    06h50

    Donald Trump remet la pression sur l’Iran

    Le président américain Donald Trump a estimé jeudi soir que l’Iran ne remplissait « pas du tout son rôle » en ce qui concerne la circulation du pétrole dans le détroit d’Ormuz. « Ce n’est pas l’accord que nous avons ! », a-t-il écrit sur son réseau Truth Social.

    Le président américain a évoqué des « d’informations selon lesquelles l’Iran fait payer des frais aux pétroliers traversant le détroit d’Ormuz ». » Ils ont intérêt à ne pas le faire, et si c’est le cas, ils feraient mieux d’arrêter maintenant ! », a ajouté Donald Trump.

    06h40

    Israël ouvre la porte à des négociations avec le Liban

    Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a déclaré jeudi soir être favorable à des négociations directes avec Beyrouth, une annonce effectuée après qu’Israël a procédé mercredi à de puissants bombardements à travers le Liban, d’une ampleur sans précédent depuis le début de la guerre, menaçant le fragile cessez-le-feu tout juste scellé par les Etats-Unis et l’Iran.

    Un haut représentant libanais a dit à Reuters que Beyrouth avait passé la journée écoulée à pousser en faveur d’un cessez-le-feu temporaire afin de permettre la tenue de discussions élargies avec Israël, décrivant la démarche comme s’inscrivant « sur une voie séparée mais sur le même modèle » que la trêve entre les Etats-Unis et l’Iran chapeautée par le Pakistan. Aucune date ni lieu n’ont pour l’heure été déterminés pour ces pourparlers, a ajouté ce haut représentant, soulignant également que Beyrouth voulait que Washington serve à la fois de médiateur et de garant d’un quelconque accord avec Israël.

    06h30

    La ville de Haïfa ciblée par le Hezbollah

    L’armée israélienne a déclaré que le Hezbollah avait lancé un missile vers Israël, ce qui a déclenché les sirènes d’alerte, notamment à Tel Aviv. Le Hezbollah dit avoir visé tard jeudi des infrastructures de « l’armée israélienne » dans la ville d’Haïfa, dans le nord d’Israël.

    06h20

    Bienvenue dans ce direct

    Bonjour et bienvenue dans ce live. Nous continuons à suivre ce vendredi 10 avril la situation au Moyen-Orient, où le cessez-le-feu de deux semaines entre les Etats-Unis et l’Iran annoncé par Donald Trump est entré dans sa troisième journée.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/en-direct-guerre-en-iran-le-cessez-le-feu-entre-les-etats-unis-et-teheran-fragilise-avant-les-VUCJTXOOI5CDDDIXEQPQW4MYGA/

    Author :

    Publish date : 2026-04-10 06:00:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • Manuel Fernandez Ordoñez : « Non, les Espagnols n’ont pas l’électricité la moins chère d’Europe »

    L’Espagne serait-elle l’exemple à suivre ? Ces dernières semaines, beaucoup d’articles ont évoqué le cas du pays ibérique, l’un de ceux – avec la France – ayant le mieux réussi à contenir la hausse des prix de l’électricité en Europe. Le Premier ministre socialiste espagnol, Pedro Sanchez, a lui-même érigé les énergies renouvelables (EnR) en rempart contre les effets de la crise engendrée par le conflit au Moyen-Orient. Une affirmation véridique, bien que très simplifiée. Car le système électrique reste dépendant du gaz… Mais aussi du nucléaire.

    Les tensions d’approvisionnement ont relancé le débat sur l’atome au sud des Pyrénées. Les propriétaires des centrales encore en activité ont demandé leur prolongation. Longtemps opposé à l’idée, le gouvernement semble désormais adopter une position plus ouverte. « Sans l’énergie nucléaire, le système espagnol serait plus instable, plus cher, plus dépendant et plus émissif en gaz à effet de serre », tranche Manuel Fernandez Ordoñez, directeur du développement commercial pour la gestion des déchets radioactifs et le démantèlement chez Tecnatom. « Il n’existe, à mes yeux, aucun argument rationnel pour ne pas poursuivre l’exploitation des centrales », ajoute le docteur en physique nucléaire.

    L’Express : L’Espagne est-elle réellement mieux protégée de la crise grâce aux énergies renouvelables, comme l’a affirmé Pedro Sanchez ?

    Manuel Fernandez Ordoñez : Effectivement, nous sommes davantage protégés que d’autres pays, par exemple l’Italie, car notre marché de gros de l’électricité a une moindre exposition au gaz. Celui-ci reste essentiel quand la production renouvelable est faible et la consommation forte, par exemple au moment du dîner. Mais très modeste aux heures centrales de la journée, lorsque l’excès de production solaire fait tomber les prix du marché de gros à zéro, voire négatifs.

    Voilà le constat. Or, le gouvernement a orchestré ces dernières semaines une campagne de marketing qui sème la confusion. Elle fait croire aux Espagnols que les prix du marché de gros sont les mêmes que ceux de l’électricité pour les particuliers. Des cartes ont ainsi été diffusées à des moments précis où les prix de gros en Espagne étaient très bas ou nuls, contrairement à ce qui se passait dans d’autres pays. En réalité, quand on regarde les dernières données officielles disponibles – celles d’Eurostat sur le premier semestre 2025 —, les prix pour les ménages espagnols se situent dans la moyenne de l’UE. Nous n’avons pas l’électricité la moins chère d’Europe !

    La situation est donc plus complexe. D’autant que les conséquences limitées de la crise s’expliquent aussi par des raisons conjoncturelles, notamment de bonnes conditions météorologiques qui ont favorisé l’hydraulique…

    En effet, cette année, nous disposons de volumes d’eau très importants, ce qui contribue à contenir les prix. Mais il y faut rester vigilant : l’hydraulique détermine le prix sur le marché de gros durant la majeure partie du temps, mais il s’aligne souvent sur celui du gaz. Autrement dit : une forte disponibilité en eau ne garantit pas toujours des prix bas.

    Si la crise se prolonge, ce bouclier protecteur peut-il se fissurer ?

    Nous subirions bien sûr les prix élevés des combustibles fossiles. Comme l’Espagne n’utilise presque plus de charbon pour produire de l’électricité, il s’agirait essentiellement du gaz. Du moins sur la péninsule. A Ceuta, Melilla ou dans les îles Canaries, le fioul et de diesel sont encore très utilisés pour produire de l’électricité. Ils subiraient donc davantage la situation, même si ce coût est ensuite mutualisé entre tous les citoyens. Le problème se verrait surtout lors des pics de consommation du matin et du soir. Le reste du temps, nous restons plutôt bien protégés. D’autant qu’à partir de maintenant et jusqu’à septembre ou octobre, la production solaire sera énorme.

    Vu le contexte, les énergéticiens Iberdrola et Endesa demandent la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires encore en activité. Est-ce nécessaire ?

    Les centrales nucléaires espagnoles représentent environ 20 % de l’électricité produite. Elles sont, pour de nombreuses raisons, absolument indispensables au système. Si nous supprimions la puissance pilotable nucléaire dont nous disposons, surtout aux heures où la production renouvelable est faible, les prix seraient encore plus élevés. Car il faudrait remplacer ces 7 gigawatts par du gaz. Nous augmenterions donc notre dépendance extérieure en important davantage de combustibles fossiles. Ce qui nous conduirait également à payer beaucoup plus pour les émissions de CO2 sur le marché européen du carbone. Et surtout, nous courions le risque de rendre le système électrique moins robuste et résilient. Supprimer un élément qui aide à stabiliser le réseau serait une erreur.

    Il est donc indispensable de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires. En ce moment, un calendrier est sur la table. La centrale d’Almaraz serait la première à fermer : le réacteur 1 l’an prochain et le réacteur 2 en 2028. Les propriétaires ont demandé une prolongation jusqu’en 2030 et 2031.

    Quelle est la réaction du gouvernement, qui s’était engagé pour une sortie du nucléaire ?

    Dans le cas d’Almaraz, il attend l’évaluation préalable du Conseil de sûreté nucléaire. Si elle est négative, il faudra alors fermer la centrale. Si elle est positive, ce que l’on espère, le gouvernement devra prendre une décision. Il a toujours été très critique et réticent à prolonger la durée de vie des centrales. Mais ces dernières semaines, Pedro Sanchez a adopté une position plus ouverte à leur maintien, à condition que cela n’entraîne pas de surcoût pour les citoyens ou pour le système électrique. Ce qui est le cas, puisque le nucléaire contribue même à faire baisser les prix de l’électricité. A mes yeux, il n’existe aucun argument rationnel pour ne pas poursuivre l’exploitation.

    Des députés européens, qui ont récemment visité la centrale d’Almaraz, poussent aussi dans ce sens…

    En Europe, beaucoup sont surpris par certains aspects de la politique énergétique menée en Espagne. Car cette hostilité envers l’atome pourrait nous conduire à commettre la même très grande erreur que l’Allemagne. Aujourd’hui, plus personne, ou presque, ne doute que la réduction de la part du nucléaire était un véritable échec. Ursula von der Leyen l’a elle-même reconnue. Si nous avions renforcé la chaîne de valeur du nucléaire en Europe, nous aurions moins de dépendances envers des pays tiers peu fiables comme la Russie, et moins de problèmes de compétitivité dans notre industrie. Il suffit de voir dans quel état se trouve ce secteur en Allemagne…

    Miser uniquement sur les renouvelables n’est donc pas possible ?

    Un système 100 % renouvelable est physiquement irréalisable. Chaque jour, l’opérateur Red Eléctrica doit retirer du système des milliers de gigawattheures de renouvelables pour faire entrer du gaz et d’autres sources assurant la stabilité du réseau, en tension et en fréquence. A l’heure actuelle, les seules technologies synchrones capables de le faire de manière massive sont le gaz, l’hydraulique et le nucléaire. Nous ne pouvons donc pas nous en passer.

    Dans une interview datant de 2023, vous disiez : « Je ne dormirais pas tranquille si nous n’avions pas l’énergie nucléaire ». Vous le pensez toujours autant ?

    Absolument. Sans l’énergie nucléaire, le système espagnol serait plus instable, plus cher, plus dépendant et plus émissif en gaz à effet de serre.

    L’Espagne a connu, il y a un an, l’un des plus importants black-out des dernières décennies en Europe. Quelles leçons ont été tirées ?

    La première, c’est que nous continuons d’exploiter un réseau électrique du XXe siècle avec des technologies du XXIe siècle. Le système de production a été conçu et fondé pour un petit nombre de très grandes centrales. Or, nous sommes passés à des dizaines de milliers de petites unités. Un véritable défi. L’exploitation d’un tel système, peu robuste et instable, est beaucoup plus complexe. Nous l’avons appris à nos dépens, et certains procédés ont été modifiés. Mais cela reste insuffisant.

    La seconde, c’est que les centrales renouvelables – surtout solaires – doivent contribuer à la stabilité du réseau. Il faut qu’elles participent aussi à la régulation de la tension et de la fréquence.

    Troisième leçon, nous ne pouvons pas exploiter un système sans puissance pilotable. D’autant qu’il existe, en Espagne, une grande asymétrie entre le nord et le sud. Entre les endroits où l’énergie est produite et ceux où elle est consommée. Il faut donc transporter cette électricité. Et nous avons constaté que les investissements nécessaires n’ont pas été réalisés sur le réseau électrique.

    Quels changements faudrait-il apporter pour adapter le réseau au XXIe siècle ?

    D’abord, il faut l’opérer avec des critères de sécurité clairs, et bien veiller à ce qu’ils soient respectés. Ensuite, adapter certaines procédures d’exploitation. Enfin, augmenter la demande d’électricité. Les objectifs du gouvernement se sont révélés totalement erronés. Selon ces plans, nous devrions avoir cinq millions de voitures électriques en 2030 ; nous n’en aurons même pas la moitié. L’Etat prévoyait 12 gigawatts d’électrolyseurs pour produire de l’hydrogène vert ; nous n’en aurons même pas deux. Les discours officiels tablaient sur beaucoup plus d’interconnexions avec la France ; elles ne se feront pas. Enfin, le gouvernement affirmait que nous aurions d’énormes capacités de stockage ; cela ne se fera pas non plus. Par conséquent, la demande a augmenté bien plus lentement qu’estimé.

    En revanche, les investisseurs ont investi en se basant sur ces prévisions initiales. Résultat : nous voyons beaucoup de production et très peu de demande. Cela crée de nombreux problèmes. La très forte pénétration des renouvelables fait chuter les prix à la mi-journée. Nous ne sommes qu’au début du mois d’avril et nous avons déjà battu le record de prix négatifs. En conséquence, les revenus s’effondrent. Le solaire commence à rencontrer des problèmes financiers dramatiques. Qui investirait de manière rationnelle dans un secteur où les gains sont nuls ? Personne.



    Source link : https://www.lexpress.fr/environnement/manuel-fernandez-ordonez-non-les-espagnols-nont-pas-lelectricite-la-moins-chere-deurope-4W57ZO24SJB45H6RALRSDUTWSM/

    Author : Baptiste Langlois

    Publish date : 2026-04-10 03:45:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • Remonté contre l’Otan, Donald Trump envisage de sanctionner les pays qui l’ont déçu

    Ce mercredi 8 avril, Donald Trump a reçu à Washington le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, sur fond de guerre en Iran. Une entrevue « très franche », selon l’homme politique néerlandais. Mais pas de quoi convaincre le locataire de la Maison-Blanche de cesser ses critiques à l’égard de l’alliance Atlantique. Dans les heures qui ont suivi la réunion, le milliardaire écrivait sur son réseau Truth Social : « L’Otan n’était pas là quand nous avions besoin d’eux, et ils ne seront pas là si nous avons de nouveau besoin d’eux ».

    Washington projetterait même de sanctionner plusieurs membres de l’organisation. La raison ? Donald Trump juge que certains des alliés ne se sont pas montrés assez utiles aux Etats-Unis et à Israël pendant la guerre contre l’Iran. Selon une information du Wall Street Journal, le président américain envisagerait ainsi de retirer ses troupes stationnées dans les pays qui lui ont « tourné le dos » pour les rediriger vers les Etats dont le président est satisfait de la coopération.

    Une « tache sur l’Otan qui ne disparaîtra jamais »

    Pour l’heure, aucune indication n’a été fournie sur les pays qui pourraient voir les soldats américains plier bagage. Mais depuis le début de la guerre, plusieurs Etats, principalement à l’ouest du continent, se sont directement attiré les foudres du président.

    L’Espagne a interdit l’accès à son espace aérien aux avions destinés aux opérations militaires en Iran. L’Italie a également brièvement refusé aux États-Unis d’utiliser une base aérienne en Sicile. De l’autre côté des Alpes, la France n’a autorisé les Etats-Unis à emprunter une base au sud du pays qu’après avoir obtenu la garantie que les avions impliqués dans les frappes sur Téhéran n’y atterriraient pas. Quant à l’Allemagne, pays européen qui accueille le plus de bases américaines, la Maison-Blanche lui reproche d’avoir critiqué la guerre. Face à ces accusations, des cadres politiques européens ont rétorqué que Donald Trump ne les avait pas consultés avant de déclencher la guerre, nuisant à leurs capacités d’organiser une réponse militaire coordonnée dans les premiers jours du conflit. Qu’importe, lundi, le président se disait « très déçu » et assurait que cet épisode avait laissé une « tache sur l’Otan qui ne disparaîtra jamais ».

    Les fidèles récompensés ?

    Au contraire, parmi les pays qui pourraient bénéficier de ce repositionnement se trouvent la Pologne, la Roumanie, la Lituanie et la Grèce, selon les informations du Wall Street Journal. Ces pays comptent parmi ceux de l’Alliance qui investissent le plus dans leur défense, conformément aux exigences de Washington. Ils font également partie des premiers à s’être montrés favorables à une coalition internationale chargée de surveiller le détroit d’Ormuz. Toutefois, le déplacement des troupes américaines vers ces pays n’est pas sans risque. Leur proximité géographique avec la frontière russe pourrait en effet irriter le Kremlin.

    Environ 84 000 soldats américains sont postés sur le Vieux Continent. Si leurs bases militaires – qui remplissent principalement des missions de l’Otan – sont essentielles aux opérations militaires des Etats-Unis à travers le monde, elles constituent aussi un atout économique pour les pays hôtes, grâce aux investissements américains qu’elles génèrent. Leur présence est particulièrement appréciée en Europe de l’Est où elles servent aussi de levier de dissuasion contre la Russie. Aucune base ni soldat ne sont installés sur le territoire français.

    Un départ de l’Otan désamorcé

    Et l’ambition présidentielle de sanctionner les Européens séduit. Selon le Wall Street Journal, ce plan a reçu le soutien de hauts responsables de l’administration ces dernières semaines. Toutefois, le quotidien américain précise que l’idée « n’en est qu’à ses balbutiements », et qu’elle figure parmi d’autres options envisagées.

    Une telle réprimande demeure moins sévère que les premières intentions de Washington. Pendant plusieurs mois et jusqu’aux heures qui ont précédé sa rencontre avec le chef de l’Otan, Donald Trump a menacé de claquer la porte de l’alliance – décision que le président américain ne pourrait prendre sans l’accord du Congrès. « C’est quelque chose dont Donald Trump discute [NDLR : un retrait de l’Otan], et je pense qu’il en discutera tout à l’heure avec le secrétaire général », déclarait encore la porte-parole de la Maison-Blanche juste avant l’entretien avec Mark Rutte. Et Karoline Leavitt de citer directement le président américain, selon qui les pays de l’Otan « ont été mis à l’épreuve, et ils ont échoué ».

    Puis Mark Rutte s’est chargé du mea-culpa. L’homme, réputé pour sa capacité à désamorcer les tensions avec les Etats-Unis, était déjà parvenu à dissuader le locataire de la Maison-Blanche d’envahir le Groenland. Dans une interview accordée à CNN, celui que le milliardaire qualifie de « type formidable, génial », reconnaît que « grâce au leadership du président Trump », le monde est plus sûr aujourd’hui qu’avant le début de la guerre, car « il est très, très important de dégrader [les] capacités » militaires de l’Iran. Et les 27 ont-ils failli ? « Quelques-uns, oui, mais une large majorité de pays européens, et c’est ce dont nous avons discuté aujourd’hui, ont fait ce qu’ils avaient promis ». Reste à savoir si Donald Trump finira par voir les choses de cette manière.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/amerique/remonte-contre-lotan-donald-trump-envisage-de-sanctionner-les-pays-qui-lont-decu-LVPBOQLMHJCS3JEIU3FMKVARWY/

    Author : Asia Dayan

    Publish date : 2026-04-09 13:30:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • La Russie nargue le Royaume-Uni en escortant deux pétroliers de sa flotte fantôme dans la Manche

    Cela ressemble à un bras d’honneur russe. Un mois après l’autorisation donnée par le Premier ministre britannique Keir Starmer aux forces spéciales de capturer les pétroliers de la flotte fantôme russe, le message a bien été reçu par Vladimir Poutine : mercredi matin, aux alentours de 9 heures, la frégate Amiral Grigorovich a escorté deux navires suspectés de faire partie de la flotte fantôme et visés par des sanctions britanniques, l’Universal battant pavillon russe et l’Enigma, sous pavillon camerounais, pour traverser la Manche, selon une information du Telegraph. Selon le média britannique, l’Universal aurait quitté le port russe de Vystosk, près de la frontière finlandaise, afin de livrer du pétrole russe et financer l’effort de guerre du Kremlin. De son côté, l’Enigma, parti de Primorsk, au nord de Saint-Pétersbourg, se dirigerait vers la Turquie.

    Interrogé sur le sujet, le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, a défendu cette décision. « Au cours des derniers mois, nous avons été témoins de plusieurs incidents de piratage dans les eaux internationales, a-t-il affirmé aux journalistes. Ces incidents de piratage ont, entre autres, nui aux intérêts économiques de la Fédération de Russie. » La flotte fantôme russe est une armada de plusieurs centaines de vieux pétroliers, utilisés par le Kremlin pour contourner les sanctions internationales.

    Une Navy en difficulté

    Le mois dernier, Keir Starmer avait affirmé que le Royaume-Uni frapperait « encore plus fort » un bateau de la flotte fantôme s’il naviguait dans les eaux britanniques. « Poutine se frotte les mains à la guerre au Moyen-Orient parce qu’il pense que la hausse des prix du pétrole lui permettra de se remplir les poches », avait lancé le chef du gouvernement, souhaitant affamer « la machine de guerre de Poutine des sales profits qui financent sa campagne barbare en Ukraine ».

    Pourtant, la Navy n’a pas intercepté ces deux pétroliers. D’ailleurs, aucun navire russe n’a été intercepté par le Royaume-Uni depuis les déclarations de Keir Starmer. Alors que la France a intercepté plusieurs pétroliers en Méditerranée, comme le Deyna le 20 mars dernier, plusieurs dizaines ont traversé la Manche ces dernières semaines sans être inquiétés. Toujours selon le Telegraph, deux autres pétroliers sous sanctions, le Desert Kite et le Kousai, ont été aperçus en train de traverser la Manche dans le sens inverse, mercredi.

    Face à ces difficultés, l’état de la Royal Navy vaut au Royaume-Uni de nombreuses critiques. Fin mars, Donald Trump qualifiait les deux porte-avions britanniques de jouets, après que Keir Starmer ait refusé dans un premier temps de les envoyer au Moyen-Orient. Le Premier ministre britannique avait finalement envoyé un seul destroyer dans la région, le HMS Dragon, après que la base de l’armée de l’air britannique à Chypre eut été touchée par un drone iranien. Le bâtiment a mis trois semaines à arriver en Méditerranée et a déjà été obligé de retourner au port à cause d’un souci d’approvisionnement en eau.

    Mission sous-marins

    Selon le Telegraph, l’industrie militaire britannique est bloquée alors que le plan d’investissement en matière de défense n’a toujours pas été publié. Selon The Independent, le retard serait lié à un différend au sujet du financement entre le ministère de la Défense et le Trésor. Sans plan, les entreprises de défense ne peuvent pas se projeter dans les projets et donc développer les capacités de l’armée britannique.

    En parallèle des révélations du Telegraph, la Grande-Bretagne a annoncé avoir déployé des navires militaires pour lutter contre les attaques contre les cibles et les pipelines des câbles sous-marins russes. Selon le ministre de la Défense britannique John Healey, ils auraient passé plus d’un mois dans les eaux territoriales du pays en début d’année. Une opération menée en collaboration avec la Norvège, qui a envoyé des avions de patrouille maritime P-8 et une frégate.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/la-russie-nargue-le-royaume-uni-en-escortant-deux-petroliers-de-sa-flotte-fantome-dans-la-manche-F7U5JI2JSFAIJLU3EOXVGYO74I/

    Author :

    Publish date : 2026-04-09 14:01:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • L’idylle de Jordan Bardella fait réagir Bruno Retailleau, Gabriel Zucman réapparaît en Belgique

    Ça y est, les élections municipales sont passées, elles étaient le dernier scrutin au suffrage universel direct avant le grand rendez-vous de la présidentielle. Autant dire que la vie politique entre dans une nouvelle phase, ô combien palpitante…

    Les bons comptes de David Lisnard

    S’éloigner de LR peut rapporter gros… David Lisnard a vu les adhésions de son mouvement, Nouvelle énergie, passer de 12 000 à 15 000 après l’annonce de son départ du parti dirigé par Bruno Retailleau. Le maire de Cannes prépare désormais sa candidature à l’élection présidentielle et réunira bientôt les élus qui le soutiennent – dont le nouveau maire de Limoges, Guillaume Guérin.

    Le bon mot pour Guillaume Kasbarian

    En parlant d’allergiques des normes et de la puissance publique… Le député Renaissance Guillaume Kasbarian, libéral devant l’Eternel, fan du président argentin Javier Milei, suscite parfois quelques moqueries sur son appartenance au parti présidentiel. Il y a peu, une figure de LR s’en est donné à cœur joie en s’adressant à lui : « Guillaume, qu’est-ce que tu fous chez Renaissance franchement ? Ne passe même pas par chez nous, va directement chez Lisnard ! » Ce à quoi l’ancien ministre de la Fonction publique a rétorqué que la loyauté était plus forte que tout ! Plus forte que la liberté ?

    Elisabeth Borne et Eric Lombard : vive le mercato !

    L’ancienne Première ministre Elisabeth Borne et l’ancien ministre de l’Economie Eric Lombard vont-ils rejoindre le MoDem ? C’est en tout cas ce à quoi œuvre le vice-président du parti, Jean-Noël Barrot. Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères juge la période propice pour que la formation centriste s’ouvre en même temps qu’elle s’affirme sur le plan des idées.

    Gabriel Zucman au royaume

    Vous l’aviez oublié ? Gabriel Zucman réapparaît… en Belgique ! L’économiste star, qui tout l’automne a bousculé le paysage politique français avec sa taxe phare, est désormais au chevet de Paul Magnette, le patron des socialistes belges. Le député fédéral a déposé une proposition de loi visant à créer une taxe Zucman en Belgique. Le Parlement du royaume recevra l’universitaire le 12 mai prochain.

    François Ruffin et la « love revolution »

    Il y a deux semaines, la députée socialiste Ayda Hadizadeh et François Ruffin ont eu une longue discussion sur la protection de l’enfance. La première a convaincu le second qu’avant de parler de politique publique, il fallait mettre l’accent sur l’Amour, avec un grand A. « Il faut faire la love revolution ! », lui a-t-elle glissé, pour plaisanter. L’élue franco-iranienne était ravie que le candidat à l’élection présidentielle lui envoie, quelques jours plus tard, son discours devant le Parlement des jeunes, au Cese, qu’il a commencé en citant cette phrase de l’Evangile : « C’est sur l’Amour que nous serons jugés. » Un Ruffin en campagne a besoin d’être aimé des socialistes…

    Jordan Bardella trop bling-bling pour son électorat ?

    La Une de Paris Match sur « l’idylle que personne n’attendait » entre Jordan Bardella et Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles a fait sourire Bruno Retailleau, qui pense que cela peut coûter cher au président du RN. « Ça ne colle pas avec l’électorat de gauche du RN », relève-t-il en privé. Ce même électorat que Marine Le Pen a patiemment ramené au FN puis RN depuis qu’elle a pris les rênes du parti, en 2011. Tout ça pour ça ?

    Quand Thierry Mariani agace Jordan Bardella

    Thierry Mariani a des qualités. L’ancien ministre de Nicolas Sarkozy n’est pas, en revanche, un partisan de l’autocritique. Le candidat RN à la mairie de Paris a fait preuve, assez ostensiblement, d’un désintérêt manifeste pour sa propre campagne, à l’occasion des dernières élections municipales. Son score a été à la hauteur de son engagement : 1,61 % des suffrages. Au siège, on a grincé des dents. D’autant plus lorsque le bruit a couru que l’ancien ministre sarkozyste reprochait au parti de « ne pas l’avoir soutenu ». « Il va finir par m’expliquer que c’est de ma faute ?! » s’est étouffé Jordan Bardella. Heureusement pour lui, Thierry Mariani était déjà loin de Paris.

    Jérôme Guedj le comédien

    Acteur de la prochaine présidentielle et comédien sur les planches de la maison du barreau de Paris. Jérôme Guedj tiendra un « petit rôle » dans la pièce Le Professeur, jouée la semaine prochaine, du 15 au 18 avril. Mise en scène par sa compagne Emilie Frèche, l’œuvre retrace les onze derniers jours de Samuel Paty, assassiné par un terroriste. Le député socialiste incarnera un collègue du professeur d’histoire « pas très solidaire », lorsque ce dernier fut menacé.



    Source link : https://www.lexpress.fr/politique/lidylle-de-jordan-bardella-fait-reagir-bruno-retailleau-gabriel-zucman-reapparait-en-belgique-FVLRIXQARBC2FICBQL6V267Z2I/

    Author :

    Publish date : 2026-04-09 14:18:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • François Villeroy de Galhau : « Il faut retrouver notre souveraineté budgétaire »

    Lors du Forum de Paris pour la Défense et la Stratégie, qui s’est tenu fin mars et dont L’Express était partenaire, François Villeroy de Galhau est revenu sur les vertus de l’euro et des banques centrales dans un monde instable.

    L’Express : La Bulgarie est devenue le 1er janvier dernier le 21e membre de la zone euro. Quelle place tient la monnaie unique dans cette souveraineté européenne dont on parle beaucoup aujourd’hui ?

    François Villeroy de Galhau : Une place éminente ! L’euro protège, pour une bonne part, les entreprises et les ménages des chocs extérieurs. Imaginons une minute le monde tel qu’il est aujourd’hui, sans l’euro mais avec les droits de douane américains, la guerre en Ukraine, maintenant le conflit et ses conséquences pétrolières au Moyen-Orient. Que se passerait-il ? Historiquement, en pareil cas, le mark avait tendance à s’apprécier et le franc à dévaluer. Ce qui signifiait des crises monétaires, et plus d’inflation, moins de pouvoir d’achat et des taux d’intérêt plus élevés pour nos concitoyens. Les chocs extérieurs se transféraient à notre économie de manière brutale. Grâce à l’euro, ils sont désormais amortis.

    La monnaie unique a un autre intérêt potentiel. Le système monétaire international est dominé par le dollar. Mais ce que nous voyons depuis 18 mois, c’est une volonté plus forte de diversification de la part des investisseurs internationaux. L’euro est la deuxième monnaie du monde dans les réserves de change, autour de 20 %, contre 60 % environ pour le dollar. Ce rôle externe ne figurait pas, curieusement, dans les objectifs du traité de Maastricht. Plus d’investisseurs qui financent des projets ou des entreprises en euro, ce serait une bonne chose pour notre souveraineté.

    Nous vivons dans un monde où la géopolitique a pris le dessus. Les banques centrales doivent-elles revoir leur logiciel ?

    Notre mandat, fixé par le traité, est clair : garantir la stabilité des prix, soit 2 % d’inflation en moyenne par an, et la stabilité financière, c’est-à-dire éviter les crises et surveiller les banques. Le fait d’assurer ces deux ancres a encore plus de valeur dans les tempêtes géopolitiques actuelles. La Banque centrale européenne (BCE) et la Banque de France ne suppriment pas l’incertitude mais elles la réduisent. Dire que laisser filer l’inflation se traduirait par plus d’emplois, c’est une idée fausse dans la durée : moins de confiance, c’est toujours moins de croissance.

    Mais évidemment, nous n’ignorons pas le monde incertain qui nous entoure. Ces derniers mois, le conseil des gouverneurs de la BCE auquel je participe a organisé deux séminaires avec des spécialistes de géopolitique et de défense : c’est une première ! Par ailleurs, nous travaillons désormais sur des scénarios macroéconomiques, et non plus des prévisions uniques. Nous en avons présenté trois en mars concernant les effets de la guerre en Iran sur la croissance et l’inflation en France cette année. Nous renforçons notre agilité face aux désordres du monde.

    Comment financer notre effort de défense alors que les caisses de l’Etat sont vides ?

    Il y a une force dont nous ne sommes pas assez conscients, c’est que notre épargne privée est très importante. Les ménages en Europe épargnent beaucoup, à hauteur de 15 à 16 % de leur revenu, et même 18 % en France, contre 10 % seulement aux Etats-Unis. Une part peut s’investir dans l’industrie de défense : c’est une question à laquelle les acteurs privés de la finance doivent répondre.

    Par ailleurs, il faut bien évidemment une bonne part de financement public. Malheureusement, nous, Français, avons laissé nos dépenses de fonctionnement ou certaines dépenses sociales augmenter davantage que nos recettes. La différence entre les deux creuse le déficit, et la somme des déficits crée la dette. Nous sommes arrivés au bout de ce système. Si l’on veut reconquérir notre souveraineté économique et militaire, il faut retrouver notre souveraineté budgétaire. Nos dépenses publiques sont supérieures de 9 points de PIB à celles de l’Allemagne ou du reste de l’Europe. C’est 280 milliards d’euros d’écart chaque année : il y a sans conteste un levier pour améliorer l’efficacité de ces dernières.



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/politique-economique/francois-villeroy-de-galhau-il-faut-retrouver-notre-souverainete-budgetaire-O2SM4YO7HVBAHOXNR3DPUEVZBE/

    Author : Eric Chol

    Publish date : 2026-04-09 16:00:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • « Etes-vous sûr de ne pas pouvoir dire non ? » : les conseils de la coach de dirigeants Muriel Wilkins

    « Je ne peux pas faire d’erreur. » « Si je peux y arriver, les autres aussi. » « Je ne peux pas dire non. » L’open space est peuplé d’individus eux-mêmes habités par des certitudes qui peuvent se révéler contre-productives dans leur travail, leur management et leur carrière professionnelle. « Bien que nous en soyons rarement conscients au quotidien, les croyances influencent tout ce que nous faisons. Elles peuvent sembler permanentes et immuables, mais la science nous assure qu’elles ne le sont pas », affirme l’Américaine Muriel Wilkins dans le récent Leadership Unblocked (HBR Press, 2025). Un livre qui examine l’impact de nos croyances sur nos comportements et la manière dont elles nous enferment dans des schémas inefficaces.

    Son auteure sait de quoi elle parle : depuis plus de vingt ans, elle accompagne des cadres supérieurs et des dirigeants d’entreprise. À la tête de Paravis Partners, un cabinet de coaching, et animatrice de « Coaching Real Leaders », le podcast de la Harvard Business Review, Muriel Wilkins revient dans un entretien à L’Express sur l’importance de bien distinguer productivité saine et productivité toxique. Mais aussi perfectionnisme adaptatif et perfectionnisme inadapté. Ainsi que sur ces blocages qui empêchent parfois de décrocher la promotion tant espérée. Enfin, parce qu’en matière de coaching, il est important de distinguer les professionnels des imposteurs, Muriel Wilkins explique comment s’assurer de faire appel à la bonne personne. A vos notes !

    L’Express : En quoi nos croyances influencent-elles notre vie professionnelle ?

    Muriel Wilkins : La première étape consiste à comprendre ce qu’est une croyance. On pourrait tout aussi bien parler de pensée, de supposition ou d’interprétation. Car en réalité, une croyance, c’est l’interprétation que nous faisons de ce qui se joue ici et maintenant. Une grande partie du problème tient d’ailleurs au fait de ne pas en avoir pleinement conscience, ni de mesurer à quel point elles influencent notre travail.

    Ce qui crée souvent un déclic chez mes clients, c’est lorsque les actions qu’ils entreprennent, même lorsqu’ils tentent de les modifier, ne produisent pas d’effets durables. Les résultats attendus ne sont toujours pas au rendez-vous et leur expérience du travail ne correspond pas à ce qu’ils souhaitent. C’est là que s’ouvre une brèche : chaque fois que vous ressentez une dissonance entre ce que vous aimeriez voir se produire, donc l’intention, et ce qui se produit réellement, le résultat, l’impact réel. Cet impact peut être externe – résultats commerciaux, qualité des interactions avec l’équipe, feedbacks reçus – ou interne – la manière dont on vit une situation, qu’il s’agisse d’une conversation difficile ou du travail au quotidien. Ainsi, chaque fois qu’il y a une dissonance, cela soulève la question suivante : devrais-je faire quelque chose différemment ? Mais il faut aussi interroger le regard que l’on porte sur ses propres actions : « comment est-ce que je perçois ce que je fais ? », et se demander si cette perception elle-même ne mérite pas d’évoluer.

    A partir des 300 dirigeants que vous avez accompagnés, vous avez identifié sept schémas mentaux récurrents et bloquants. Parmi eux, la conviction qu’ »il faut être impliqué dans tout ».

    En tant que coach, il y a une chose que je ne peux pas faire et que personne ne peut faire : vous dire ce que vous croyez. Après tout, personne n’aime ne se voir imposer ses propres croyances. En revanche, il est possible de faire preuve de curiosité face aux pensées qui nous traversent. Toutes les croyances s’ancrent dans trois grands besoins fondamentaux identifiés par le psychologue Abraham Maslow et que nous avons tous : la sécurité (se sentir protégé), l’appartenance (se sentir connecté aux autres) et l’estime (se sentir digne de valeur).

    Ainsi, derrière la croyance « je dois être impliqué », les ressorts peuvent varier selon les individus. Pour certains, cela renvoie à un besoin de sécurité : s’ils ne sont pas impliqués, ils ont le sentiment de perdre le contrôle. Ils vont donc chercher à tout maîtriser pour éviter que les choses ne dérapent. Chez d’autres, cela renvoie au sentiment de légitimité : c’est le cas des personnes promues qui continuent à s’investir dans leurs anciennes missions, car c’est là que résidait leur valeur. En réalité, elles n’ont pas encore trouvé comment répondre à ce même besoin dans leurs nouvelles fonctions.

    En quoi ce type de comportement, centré sur le contrôle, nuit-il à l’organisation et aux équipes ?

    Lorsqu’on adopte une posture proche de celle d’un « parent hélicoptère », cela crée une culture d’impuissance acquise, où les collaborateurs en arrivent à se dire : « À quoi bon, il ou elle va le faire de toute façon. » Et en tant que manager, vous finissez par être frustré, parce que vous vous dites : « Pourquoi ne prennent-ils pas d’initiatives ? ». Mais il est difficile pour une personne de s’approprier une tâche quand la personne au-dessus d’elle reprend systématiquement la main ! Cela limite donc directement le développement des compétences, à l’échelle de l’équipe comme de l’organisation.

    D’autre part, ce fonctionnement empêche de prendre de la hauteur. Lorsqu’on reste plongé dans les détails, il devient difficile d’adopter une vision plus stratégique. On reste en quelque sorte bloqué à un niveau opérationnel. Or, beaucoup de dirigeants sont justement accompagnés pour apprendre à changer d’échelle : gérer des situations plus complexes, piloter à la fois horizontalement et verticalement. Mais si l’on reste impliqué dans tout, de manière très étroite, ce changement d’échelle devient impossible. Cela finit par freiner non seulement la personne, mais aussi l’organisation, qui ne peut pas pleinement bénéficier de son leadership.

    A quel moment le déclic du changement peut-il avoir lieu ?

    Il existe un point de bascule. Certaines personnes sont très performantes, ont une capacité exceptionnelle à produire et à gérer une grande charge de travail en peu de temps, jusqu’à ce que les exigences dépassent leur propre capacité. C’est là que le système se grippe. Le besoin d’être impliqué partout ne devient problématique qu’à partir du moment où cette limite est atteinte. Et souvent, pour ce genre de personnes, cela peut prendre du temps avant que le problème n’apparaisse clairement.

    Vous distinguez la productivité saine de celle qui est toxique. Certains individus, pris dans une logique d’action permanente, en viennent à penser : « Ma valeur dépend de ma productivité », selon vous. Or, être trop efficace peut, paradoxalement, finir par nous rendre moins efficaces.

    La productivité toxique entre vraiment en jeu lorsque, dans l’effort de produire, cela se fait au détriment du bien-être des autres ou de soi-même. Reste à définir ce que recouvre ce bien-être, car il varie d’une personne à l’autre. Là où cela se complique, c’est lorsqu’on travaille en équipe. Par exemple, un manager capable d’absorber une charge de travail très élevée peut ne pas en souffrir personnellement, mais cela ne signifie pas que son équipe dispose de la même capacité. En imposant ce rythme à tous, il crée un déséquilibre. Alors pourquoi leur imposer les mêmes attentes ? Cela crée aussi un sentiment de manque de priorités : on finit par diluer ses efforts, ce qui devient contre-productif.

    Vous mettez en garde contre la tentation d’universaliser son propre modèle de réussite, cette croyance selon laquelle « si je peux le faire, alors tu peux le faire ».

    Cette croyance selon laquelle « si je peux le faire, alors tu peux le faire » est souvent mobilisée avec une intention positive, presque motivante. Mais cette idée repose sur une hypothèse implicite : que l’autre dispose des mêmes expériences, des mêmes capacités, des mêmes compétences. Or, ce n’est jamais le cas. Nous sommes tous différents. Et si cela n’est pas en soi problématique, cela le devient dès lors qu’il s’agit de conduire un changement, notamment au sein d’une organisation.

    C’est d’ailleurs là que de nombreuses transformations échouent. Lorsqu’un leader est déjà convaincu des bénéfices d’un changement, quand d’autres en sont encore au stade du doute ou du déni, il peut être tenté d’aborder la situation depuis sa propre perception, plutôt que depuis celle des autres. Cela peut avoir pour conséquence de ralentir la transformation.

    Comment en sortir ?

    Il s’agit d’être capable d’adopter le point de vue de l’autre, de voir la situation depuis sa perspective. Passer de la posture « si je peux le faire, alors toi aussi tu peux le faire » à « aide-moi à comprendre comment toi tu fonctionnes, pour que je puisse ensuite t’accompagner dans le changement ». Partir de l’endroit où se trouve l’autre, et non de celui où l’on se situe soi-même.

    Autre croyance limitante : « Je ne peux pas faire d’erreur ». C’est-à-dire lorsque l’erreur vient menacer notre valeur personnelle.

    Le perfectionnisme sain, si l’on veut l’appeler ainsi, consiste à se fixer des standards élevés tout en visant des objectifs réalistes et atteignables. Le perfectionnisme inadapté, lui, repose sur des standards irréalistes ou des objectifs qui changent en permanence. On a tous déjà été confrontés à ce type de situation : on vous dit « voilà ce qu’il faut faire », et puis la minute suivante, ça part dans la direction opposée. Dans ce cas, on renforce souvent un récit ancien, profondément ancré : rien n’est jamais assez bien et donc, soi non plus. Le perfectionniste se met alors à poursuivre un objectif impossible : se sentir enfin « assez bien ». Mais au fond, son moteur reste toujours le même : la conviction que rien ne l’est jamais.

    Dans un contexte interne hypercompétitif, comment éviter la spirale du perfectionnisme inadapté ?

    C’est avant tout une question de priorisation. J’ai passé récemment deux jours avec une équipe de soins intensifs dans un hôpital. Dans leur cas, il est évident qu’il existe des domaines où l’erreur n’est pas acceptable, puisqu’il s’agit littéralement de vie ou de mort. Cependant, le fait d’être constamment formés à cette exigence les amène parfois à appliquer ce même niveau de rigueur à toutes les tâches, même celles qui ne le nécessitent pas. Et cela peut, en réalité, ralentir le fonctionnement global de l’organisation.

    Il s’agit donc de faire la distinction entre des situations où une approche quasi irréprochable est indispensable – tout en acceptant que le risque zéro n’existe pas – et où l’on fera tout pour minimiser les erreurs et d’autres où une logique différente est plus efficace, comme celle du « 80-20 ». En résumé : savoir reconnaître quand un résultat est « suffisamment bon » et éviter de tomber dans une recherche excessive de perfection.

    Ma recommandation : plus le risque est élevé, plus il est nécessaire de se concentrer sur le fait de bien faire les choses. À l’inverse, lorsque le risque est faible, il devient important de savoir avancer sans chercher la perfection.

    Ce qui nous conduit à l’obstacle suivant : « apprendre à dire non ». Comment s’y prendre sans que cela nuise à notre carrière ?

    Les croyances doivent être utilisées comme des hypothèses. Si vous repensez à la manière dont on faisait de la science plus jeune, on nous apprenait à tester une hypothèse, puis à en tester une autre. Ainsi, si vous avez le sentiment de ne pas pouvoir dire non – et je dis bien le sentiment – il s’agit d’abord de le questionner. Est-ce réellement le cas ?

    Et se souvenir que l’alternative à « non » n’est pas toujours « oui ». Cela peut être « pas maintenant », « oui, mais différemment », ou encore une forme de renégociation : « Voilà ce que je peux faire, et dans quelles conditions. » Donc, si j’accompagnais quelqu’un qui a le sentiment de ne jamais pouvoir dire non, je l’inviterais à analyser cette croyance : sur quoi repose-t-elle ? Existe-t-il des preuves concrètes ? Et sinon, comment la tester ? Par exemple, en allant voir son manager avec des éléments précis, expliquer les contraintes, et ouvrir la discussion. Il s’agit de proposer différentes options au manager, avec lesquelles il peut travailler, afin qu’il puisse réagir. Car ce qui frustre souvent les managers, c’est lorsqu’ils entendent un simple : « je ne peux pas ».

    Face à des managers autoritaires, certains peuvent craindre d’être pénalisés, voire mis à l’écart pour avoir simplement questionné une décision. Comment faire ?

    En effet, derrière le fait de dire non, il y a souvent la peur d’être mis à distance, de ne plus être inclus. Lorsque cette crainte est forte, il ne s’agit pas de s’opposer frontalement d’emblée, mais d’avancer progressivement. Commencez par tester, dans des situations à faible enjeu. Par exemple, décliner une réunion peu stratégique en expliquant simplement : « J’ai déjà un sujet en cours, je ne pourrai pas être présent cette fois-ci. » L’objectif est d’observer la réaction, de prendre la mesure de ce qui est possible.

    Lorsqu’il s’agit d’un sujet plus important, la difficulté n’est pas tant de dire non que la peur de ne pas savoir gérer la réaction de l’autre. C’est pourquoi il est important d’entrer dans la conversation en étant préparé aux différentes réactions possibles, et en tenant compte de la personne que vous avez en face de vous. Qui est ce manager ? Comment formuler les choses pour que cela résonne avec lui, pour qu’il comprenne que vous cherchez à faire du mieux possible et à contribuer à sa réussite ? Car, au fond, aider son manager à réussir, c’est aussi apprendre à ne pas tout accepter. Vous voyez la nuance ? Il ne s’agit pas ici de défendre uniquement ses propres intérêts, mais d’inscrire la discussion dans une logique de contribution. Et cela change un peu la dynamique. Vous lui donnez du contexte afin qu’il puisse ensuite agir en conséquence. C’est cela, une communication efficace. Vous assumez votre part, ce qui est sous votre contrôle. Bien sûr, rien n’est garanti. Mais une chose est certaine : continuer à fonctionner de la même manière produit les mêmes résultats. Si l’on veut que les choses évoluent, il faut accepter d’essayer autre chose.

    Pour le manager qui souhaite accéder à davantage de responsabilités, savoir dire non devient important. C’est en quelque sorte un acte de leadership : à mesure que l’on se rapproche du sommet, le « oui » systématique se transforme en piège, expliquez-vous.

    Lorsque l’on débute sa carrière, dire oui à un maximum d’opportunités a du sens : il s’agit de construire son parcours, d’accumuler de l’expérience, de saisir les occasions.

    Mais à mesure que les responsabilités augmentent – ce qui est le cas lorsqu’on évolue vers des fonctions de leadership – la complexité s’accroît. Et c’est précisément là que le rôle du leader change : on attend de lui qu’il apporte de la clarté, donne une direction, incarne une vision. Or, cela devient très difficile si l’on ne sait pas prioriser, c’est-à-dire choisir où concentrer son temps, son énergie et sa capacité d’action.

    On ne peut pas conclure cet entretien sans vous entendre sur le coaching.Dans cet univers, il y a du bon comme du moins bon. Comment être sûr de s’adresser à la bonne personne ?

    La première chose est d’avoir une idée claire de ce que vous attendez du coaching et de la direction dans laquelle vous souhaitez être accompagné. C’est comme pour un athlète. Est-ce que je vous coache en tennis, en basket, en natation ou en football américain ? Ça ne peut pas être les quatre à la fois. Un bon coach vous aidera justement à préciser vos objectifs et à définir ce que vous cherchez à atteindre.

    Deuxièmement, il faut regarder la compatibilité, à deux niveaux. D’abord, avec votre situation. Le coach n’a pas besoin d’avoir vécu exactement la même chose que vous, mais il doit être capable de comprendre votre environnement. Personnellement, la raison pour laquelle je me suis tournée vers le coaching de dirigeants, c’est que je ne trouvais pas le bon coach pour moi, c’est-à-dire quelqu’un ayant une forte compréhension du monde des affaires, capable de parler mon langage professionnel, en plus de tout l’aspect développement du leadership. Donc, s’assurer que vous avez un coach capable de comprendre et de vous accompagner dans le contexte qui est le vôtre est important. Cela implique aussi de regarder leur expérience, leur parcours.

    Enfin, il y a la dimension relationnelle : le courant passe-t-il ? Pouvez-vous établir rapidement une relation de confiance, vous sentir à l’aise pour échanger ? Parce que vous ne voulez pas perdre trois mois, tout en déboursant de l’argent, avec quelqu’un avec qui vous ne vous sentez pas à l’aise.



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/emploi/management/etes-vous-sur-de-ne-pas-pouvoir-dire-non-les-conseils-de-la-coach-de-dirigeants-muriel-wilkins-T4Q564RRJFEEJFU3EQIH6UEAVY/

    Author : Laurent Berbon

    Publish date : 2026-04-09 15:00:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • « En envoyant J.D. Vance négocier, Donald Trump envoie un signal à l’Iran » : l’analyse de David Khalfa

    Donald Trump a finalement suspendu sa « puissance destructrice ». Dans une volte-face spectaculaire, le président américain a annoncé le 8 avril un cessez-le-feu de deux semaines avec Téhéran à condition, a-t-il précisé, que le détroit d’Ormuz soit rouvert immédiatement et en toute sécurité. Alors que des pourparlers doivent s’ouvrir ce samedi au Pakistan, les Etats-Unis – dont la délégation sera menée par le vice-président J.D. Vance – affirment vouloir travailler main dans la main avec l’Iran pour discuter d’un allègement des droits de douane et des sanctions qui frappent Téhéran. En attendant les conclusions de cette négociation qui s’annonce très compliquée du fait de positions extrêmement éloignées, plusieurs attaques ont encore été enregistrées dans plusieurs pays du Golfe au premier jour de ce cessez-le-feu.

    Après quarante jours de conflit, l’heure est au bilan. Si l’avantage militaire de la coalition américano-israélienne ne souffre d’aucune contestation, l’issue politique semble nettement moins à leur avantage avec un renforcement des Gardiens de la révolution. Selon David Khalfa, codirecteur de l’Observatoire du Moyen-Orient à la Fondation Jean-Jaurès, les inquiétudes sur le détroit d’Ormuz (« le talon d’Achille de la coalition israélo-américaine ») et l’enrichissement d’uranium restent entières. Pour le régime, « l’enjeu central » reste « la levée des sanctions », précise le cofondateur de l’Atlanic Middle East Forum. Entretien.

    L’Express : Les deux belligérants proclament une victoire. Qui a gagné cette guerre ?

    David Khalfa : Dans un conflit asymétrique, il n’est pas surprenant que les deux belligérants revendiquent la victoire. L’évaluation de cette guerre dépend en réalité du terrain d’analyse retenu. Si l’on s’en tient à des objectifs militaires concrets — réduction des capacités balistiques et affaiblissement du programme nucléaire —, ceux-ci ont été atteints en grande partie par la coalition israélo-américaine, même si le résultat n’est pas total et que l’ampleur exacte des destructions reste à évaluer. Les frappes ne se sont pas limitées aux stocks ou aux lanceurs : elles ont ciblé des infrastructures, des unités de production et la base industrielle de défense iranienne. La reconstruction de cet appareil prendra du temps, d’autant que la chaîne logistique a été fortement endommagée.

    Dans le même temps, l’Iran a maintenu une capacité de frappe, certes avec un volume inférieur à celui du début du conflit. Il ne s’agissait plus de frappes de saturation, mais d’attaques suffisamment régulières pour perturber la vie de millions d’Israéliens et de populations arabes au Proche-Orient, tout en endommageant certaines infrastructures énergétiques. Il y a donc un gain tactique pour les Américains, mais sur le plan stratégique, il est encore trop tôt pour dire si cela constitue un vrai succès.

    Et sur le plan politique ?

    Elle apparaît beaucoup moins tranchée. Les objectifs ont évolué au fil du conflit, en partie en raison de la communication erratique de Donald Trump. Ce que l’on peut néanmoins affirmer, c’est que le régime, bien qu’affaibli, demeure en place. Il est désormais dirigé par des figures des Gardiens de la révolution particulièrement dures, notamment des vétérans de la guerre Iran-Irak. Ce qui me paraît particulièrement révélateur, c’est que ce soit Mohammad Bagher Ghalibaf, le président du Parlement et ex-Gardien de la révolution qui va représenter le régime iranien lors des négociations au Pakistan, et non Abbas Araghchi, le ministre des Affaires étrangères.

    Le régime conserve donc des capacités réelles, bien que réduites, de représailles contre Israël et les pays du Golfe, mais aussi de coercition envers sa propre population avec les miliciens bassidjis. La République islamique semble s’orienter vers une forme de dictature militaro-idéologique dominée par les pasdarans.

    Quelle stratégie de communication la République islamique a-t-elle mise en place pour mener en parallèle cette bataille de l’opinion ?

    On observe en Occident une tendance à se montrer extrêmement critique à l’égard de la coalition israélo-américaine. Mais cette critique conduit parfois à reprendre trop facilement le narratif du régime iranien et à surestimer sa capacité à infliger des coups réels à l’adversaire. Dans les faits, lorsque l’on examine les résultats militaires – près de 15 000 cibles ont été visées -, les destructions de matériel adverse imputables à l’Iran restent marginales : le taux d’interception et de neutralisation du côté iranien est extrêmement faible, de l’ordre de 0,01 %.

    Par ailleurs, certaines opérations ont démontré que les forces américaines étaient capables d’agir au sol pendant plusieurs heures, simultanément en plusieurs points, en profondeur sur le territoire iranien. Cela confirme l’ampleur de la supériorité opérationnelle américaine. En réalité, la stratégie du « faible contre le fort » adoptée par le régime iranien s’est révélée bien plus efficace sur le plan cognitif et informationnel. Le régime a habilement mis en avant les coups portés à ses adversaires. Les déclarations excessives de Trump, notamment ses formules apocalyptiques sur une prétendue « fin de la civilisation iranienne », ont involontairement servi les intérêts de ses adversaires. Elles ont renforcé le discours du régime qui cherche à faire croire qu’il ne s’agit pas d’une guerre contre lui, mais d’une guerre contre l’Iran en tant qu’entité historique et civilisationnelle.

    Washington et Tel-Aviv peuvent-ils accepter le plan en dix points proposé par l’Iran qui comprend par exemple le droit à l’enrichissement d’uranium ?

    Je ne pense pas qu’un front commun puisse réellement émerger, dans la mesure où Israël refuse toute reconnaissance à l’Iran d’un droit à enrichir l’uranium. Cependant, il convient d’élargir l’analyse, car l’enjeu dépasse désormais Israël. Il s’agit en réalité d’une position israélo-arabe, les pays du Golfe ayant été en première ligne et subi des frappes plus massives qu’Israël lui-même. Aujourd’hui, sur l’encadrement du programme balistique iranien, sur la maîtrise du programme nucléaire, ainsi que sur la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, on observe un alignement relativement net entre Israël et plusieurs Etats arabes.

    Ce qui inquiète aujourd’hui les Israéliens, c’est que Trump accepte un accord jugé trop favorable aux Iraniens, notamment sur le dossier nucléaire. Il n’est pas exclu que le président américain finisse par reconnaître un droit iranien à l’enrichissement, tout en imposant un encadrement strict de ce droit et de sa mise en œuvre. Un tel compromis ne serait envisageable que si l’Iran acceptait de transférer ses stocks d’uranium hautement enrichi – notamment les quelque 400 kilos existants – ainsi que le reste de l’uranium enrichi à 20 %. Les Etats-Unis pourraient donc faire preuve de flexibilité en reconnaissant ce droit, qui constitue un enjeu majeur pour le régime, à la fois symbolique et lié à la fierté nationale. En contrepartie, Washington exigerait des concessions substantielles, notamment sur le transfert des stocks et sur l’interdiction d’enrichissement au-delà d’un seuil strictement civil, probablement fixé autour de 3,5 %.

    Faut-il s’attendre à un accord « à la vénézuélienne », avec des livraisons de pétrole iranien vers les États-Unis ?

    Je ne l’exclus pas non plus, mais je vois une différence majeure avec le scénario vénézuélien : l’enjeu central, ici, reste la levée des sanctions. Les Iraniens cherchent à l’obtenir soit par une déclaration formelle, soit par une reconnaissance implicite du contrôle qu’ils entendent exercer sur le détroit d’Ormuz, notamment à travers l’instauration d’un péage pour chaque navire marchand. Un accord à la vénézuélienne serait, selon moi, extrêmement difficile à faire accepter, car cela nécessiterait un compromis avec les pays du Golfe, qui seraient directement concernés. Or le niveau actuel de défiance rend ce type d’arrangement très difficilement envisageable.

    A ce stade, l’Iran n’acceptera de ne rouvrir le détroit d’Ormuz que s’il le contrôle. L’Occident peut-il le tolérer longtemps ?

    Dans cette guerre, l’atout principal du régime a été la dimension économique, avec l’instrumentalisation du détroit d’Ormuz, qui constituait le talon d’Achille de la coalition israélo-américaine. Téhéran a utilisé ce levier avec habileté pour accroître les coûts politico-économiques supportés par Washington. Mais les principaux concernés sont avant tout les pays du Golfe. Pour eux, cette perspective est inacceptable : elle touche à la fois à leur honneur et à la souveraineté. Ils refusent catégoriquement que le détroit d’Ormuz devienne un instrument de pression économique aux mains du régime iranien.

    On peut donc supposer que les pressions exercées sur Washington sont très fortes afin que Trump ne cède pas aux exigences iraniennes concernant un éventuel contrôle conjoint du détroit. Le compromis minimal envisageable serait la mise en place d’un mécanisme multilatéral permettant un contrôle partagé entre Iraniens, Etats arabes et Américains. Une telle solution n’est pas totalement impossible, mais elle paraît difficile à mettre en œuvre dans le délai très court des quinze jours restants pour parvenir à un accord. Cette question risque donc de rester un point de blocage majeur pour les pays arabes comme pour les Etats-Unis, d’autant qu’elle comporte une dimension économique aux conséquences politiques directes.

    La population a-t-elle les moyens de retourner dans la rue ?

    A moyen terme, une reprise de la contestation intérieure n’est pas à exclure, car les difficultés économiques pourraient accentuer la fragmentation et la décomposition du régime. La question centrale est donc sa capacité à répondre aux besoins fondamentaux de la population iranienne, ce qu’il peinait déjà à faire avant la guerre, et qu’il aura encore plus de mal à assurer désormais. Dans le même temps, ce régime a démontré qu’il pouvait aller très loin pour se maintenir, y compris au prix de pertes humaines considérables. Il est probable que la répression soit plus féroce que jamais.

    Cependant, à plus long terme, le risque d’effondrement économique pourrait provoquer une rupture. Si la situation se dégrade au point de rendre la vie quotidienne insoutenable, des millions d’Iraniens pourraient être poussés à manifester. Ces dernières heures, certaines informations indiquent d’ailleurs qu’Araghchi et surtout Pezeshkian (le président iranien) se seraient opposés à une poursuite de la guerre, précisément par crainte d’un effondrement économique. Leur inquiétude était que cette dynamique mette directement en péril la survie du régime : en cas de crise majeure, le « mur de la peur » pourrait tomber et une révolte deviendrait inévitable. Les tensions sur l’accès à l’eau, les coupures d’électricité et les pénuries étaient déjà importantes avant la guerre. Elles risquent désormais de s’aggraver encore, renforçant mécaniquement les risques de déstabilisation sociale.

    Le 8 avril, Israël a procédé à une nouvelle opération de très grande ampleur au Liban contre le Hezbollah, faisant 203 morts et 1 000 blessés, selon le ministère de la Santé. Pourquoi le Liban a-t-il été exclu du cessez-le-feu ?

    A la base, le régime iranien souhaitait un couplage stratégique, c’est-à-dire que le Hezbollah soit inclus dans le cessez-le-feu. Or ce n’est pas le cas, ce qui constitue une concession importante de la part de Téhéran. La question demeure de savoir si, au-delà des quinze jours, Israël pourra continuer à appliquer sa stratégie face au Hezbollah. Rien n’est certain. Ce qui est déjà établi, en revanche, c’est le niveau élevé de coordination tactique observé entre le régime iranien et le Hezbollah : pour la première fois, des tirs conjoints ont été constatés, révélant une coopération opérationnelle étroite. Il est apparu que le Hezbollah avait reconstruit une partie de ses capacités de frappe en profondeur, avec une présence renforcée de combattants, notamment de forces spéciales, au sud du fleuve Litani. Ce processus de reconstitution a été accéléré par le soutien direct de l’Iran.

    Les frappes israéliennes ayant visé des positions iraniennes sur le sol libanais ont également mis en lumière l’existence d’une coordination très structurée sur le terrain, avec des éléments suggérant un centre de commandement conjoint. Cela constitue un enjeu majeur pour Israël, car la perspective d’une infiltration ou d’une offensive terrestre du Hezbollah au nord du pays reste crédible. Une partie de la population israélienne n’a d’ailleurs pas regagné ses foyers, considérant que la menace demeure. Dans la zone tampon au sud du Liban, Israël a consolidé sa position et progressé de plusieurs kilomètres. Il existe donc une volonté israélienne claire d’affaiblir durablement le Hezbollah.

    Quelle est la solution avec le Hezbollah ?

    Il n’existe pas de solution strictement militaire au désarmement complet du Hezbollah. La rhétorique israélienne affirmant que la situation ne se réglera que par la force montre ses limites. Désarmer réellement le Hezbollah supposerait de frapper ses bastions historiques, notamment à Beyrouth, ce qui aurait un coût politique, économique et militaire qui semble difficilement envisageable. L’armée israélienne est déjà mobilisée sur plusieurs fronts depuis plusieurs années et montre des signes d’épuisement. Une escalade majeure pourrait provoquer une lassitude accrue dans l’opinion et fragiliser la cohésion de l’appareil militaire. En parallèle, l’Etat libanais reste structurellement incapable d’imposer une solution, et l’armée libanaise elle-même hésite à prendre le risque d’une confrontation frontale qui pourrait la diviser.

    Dans ces conditions, le scénario le plus probable est celui d’un conflit gelé : une présence israélienne limitée mais durable dans le sud du Liban, accompagnée d’opérations régulières, de frappes quasi quotidiennes et d’une guerre de basse intensité visant à contenir la capacité de nuisance du Hezbollah, sans véritable issue politique à court terme.

    Les pays du Golfe, frappés par les représailles, risquent-ils de perturber l’équation des négociations ?

    Ils avaient jusque-là adopté une posture de neutralité, mais ils ne pourront probablement plus maintenir cette position. La parenthèse de normalisation irano-arabe semble refermée. Ces Etats exerceront eux aussi des pressions sur Washington pour éviter de se retrouver à nouveau exposés aux frappes iraniennes, ce qui risque de compliquer davantage les négociations.

    Quand Donald Trump s’autocongratule pour sa victoire « totale », J.D. Vance, qui va mener la délégation américaine à Islamabad, affirme que l’accord est « fragile ». Etes-vous confiant sur l’issue des négociations ?

    Trump est avant tout un habitué de l’autocélébration, et sa communication s’inscrit dans cette logique. Le prendre pour un simple provocateur irrationnel serait une erreur : même s’il peut parfois sembler excessif, il applique surtout une stratégie de communication multipublics, destinée à plusieurs audiences simultanément. Lorsqu’il parle de « triomphe », il s’adresse d’abord à sa base électorale.

    La désignation de J.D. Vance pour négocier l’accord est, à cet égard, révélatrice. Il s’agit de la figure la plus sceptique vis-à-vis de l’offensive militaire, la plus proche d’une ligne néo-isolationniste. Cela indique une volonté réelle, côté américain, d’aboutir à un cessez-le-feu durable, avec une certaine flexibilité. Aux yeux des Iraniens, Vance apparaît comme un interlocuteur plus crédible, précisément parce qu’il n’a pas incarné la ligne des faucons et qu’il avait exprimé des réserves sur la poursuite de la guerre. Il s’agit d’un signal stratégique envoyé par Trump.

    Cela étant, lorsque l’on examine les dix points avancés par l’Iran, on retrouve des exigences maximalistes, certes caractéristiques d’un processus de négociation, mais qui restent proches des revendications formulées avant la guerre. On se retrouve ainsi, en partie, dans une situation de retour au point de départ, ce qui explique la prudence de Vance : les positions restent très éloignées. Malgré tout, les deux camps ont un intérêt objectif à prolonger l’accalmie. Le régime iranien est aujourd’hui plus affaibli qu’avant la guerre. De son côté, Trump sait qu’un enlisement, combiné à une crise énergétique mondiale, pourrait être politiquement très coûteux à l’approche des élections de mi-mandat. Cet intérêt commun plaide en faveur d’un accord. Cela dit, après quarante jours de guerre, le niveau de défiance est désormais encore plus élevé qu’avant.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/en-envoyant-jd-vance-negocier-donald-trump-envoie-un-signal-a-liran-lanalyse-de-david-khalfa-7ZBANR6XMNB3JGTAXM6TW4HCBM/

    Author : Charles Carrasco

    Publish date : 2026-04-09 10:45:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • Gaza : le Hamas désarmé à la fin de la semaine ? L’exigence du Conseil de la paix de Donald Trump

    En quelques semaines, l’Iran a éclipsé Gaza de l’actualité. Pourtant, un ultimatum de Donald Trump pourrait changer le cours du conflit. Alors que les États-Unis s’embourbent en Iran, le président américain tente également de préserver le cessez-le-feu dans l’enclave palestinienne, en exigeant la démilitarisation du Hamas. Selon plusieurs sources diplomatiques interrogées par Le Monde et le New York Times, le Conseil de la paix, l’organisme international créé par le dirigeant des Etats-Unis pour concurrencer l’ONU, a exigé un désarmement du groupe terroriste d’ici la fin de la semaine, au pouvoir à Gaza depuis 2007. L’instance exige également le partage des cartes du réseau de tunnels souterrains de l’enclave.

    La proposition a été présentée le mois dernier par le représentant du Conseil de la paix à Gaza, le Bulgare Nickolay Mladenov. En échange de la démilitarisation du Hamas, l’armée israélienne devra se retirer d’une partie au moins du territoire palestinien et lever ses blocages sur l’entrée de l’aide humanitaire vitale. Selon un document interne du Conseil de la paix, les militants du Hamas bénéficieront d’une amnistie et des logements temporaires mobiles seront livrés.

    « Manière grossière »

    À l’instar des négociations de Donald Trump avec l’Iran, aucune réussite n’est garantie à Gaza. Car pour le moment, le Hamas refuse catégoriquement d’accepter les exigences américaines et israéliennes. « Traiter le dossier des armes de cette manière grossière est un effort scandaleux de la part de l’occupation pour continuer à tuer et à exterminer au détriment de notre peuple », a déclaré dans une déclaration télévisée Abou Obeida, le porte-parole de l’aile militaire du Hamas, pour qui le désarmement reviendrait à une capitulation.

    Face au potentiel échec des négociations, les adversaires du Hamas ont durci le ton ces derniers jours. Alors que le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou promet depuis plusieurs mois de désarmer le Hamas par la force s’il refuse de poser les armes, Nickolay Mladenov a préféré les aphorismes sur X. « Celui qui ne traversera pas la rivière se noiera dans la mer », a posté le diplomate, promettant de graves conséquences si le Hamas refuse.

    Préalable à la reconstruction

    Alors que les négociations sur Gaza se déroulent au Caire depuis le 31 mars, sous la houlette de pays médiateurs comme l’Égypte, le Qatar et la Turquie, le Hamas n’est pas le seul acteur sous pression. Le groupe armé a dénoncé le non-respect par Israël du cessez-le-feu signé en octobre, un obstacle à tout désarmement d’après lui. Selon les autorités gazaouies, l’armée israélienne a tué 715 Palestiniens depuis la signature de l’accord et le nombre de camions humanitaires autorisés dans l’enclave est bien en deçà de ce qui avait été négocié. Le Conseil de la paix a confirmé au Hamas qu’il exigerait qu’Israël respecte ses engagements, alors qu’il faisait déjà pression sur Tel-Aviv pour que l’Etat hébreu autorise au moins 600 camions lundi, selon deux responsables de l’organisation.

    Selon le projet conçu par le Conseil de la paix, prévu en cinq phases sur une période de huit mois, le désarmement du Hamas est le préalable nécessaire à toute reconstruction. Selon Le Monde, lors des dernières réunions au Caire, les négociateurs du Hamas se sont montrés engagés « de manière positive » et attentifs « à la mise en œuvre complète du plan de paix ». Mais les positions du mouvement islamiste ne sont pas forcément les mêmes que celles de son bras armé.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/gaza-le-hamas-desarme-a-la-fin-de-la-semaine-lexigence-du-conseil-de-la-paix-de-donald-trump-ODKWJGA6K5CODJRRH36WOO3VGI/

    Author :

    Publish date : 2026-04-09 10:05:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • Dominique de Villepin : le pouvoir des mots, le risque du bla-bla

    Dominique de Villepin sourit, Dominique de Villepin s’excuse. Nous sommes le 27 mars, dans l’amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne à Paris, et il vient, c’est lui qui le dit, d’ »infliger un pensum d’une telle longueur » à son auditoire : un texte lu pendant 1 heure et 14 minutes, de quoi effectivement assommer un public jeune pour l’essentiel, qui a néanmoins ovationné le nom de Rosa Parks – quand ceux d’Olympe de Gouges ou de Lucie Aubrac furent accueillis en silence – et applaudi l’attaque en règle contre Nicolas Sarkozy, accusé d’avoir « introduit le virus de la division ». Le « moment français », puisque tel est le nom de l’intervention, prononcée en présence du rappeur et acteur français Fianso, est-ce un discours, est-ce une dissertation, est-ce un ovni ?

    « La politique, c’est parler », disait en son temps Philippe Séguin. Peut-on partir à l’assaut de l’Elysée avec pour seuls alliés les mots ? La puissance du verbe suffit-elle à gagner le plus rude des combats électoraux, alors même que la politique est démonétisée et que la quête de l’efficacité est sacralisée ? Quand il songe aux autres, Dominique de Villepin constate souvent que « le bavardage politique tue la politique » et que « l’aptitude au silence s’est cassée en 2007 ».

    Lui qui entend « renier la communication » a le verbe haut, la maîtrise de la langue parfaite, la richesse du vocabulaire naturelle. Ce n’est pas tous les jours qu’un (quasi) candidat évoque « la France, ce pétrichor qui monte des champs, des chemins, des jardins » (le Larousse précise qu’il s’agit de « l’odeur suave caractéristique qui se dégage de la terre lorsque la pluie tombe ») ; qu’un aspirant à l’Elysée cite – accrochez les wagons – La Fontaine, Nerval (deux fois), Saint-Exupéry, Cendrars, Grossman, Kant, Giacometti, Celan, Arendt, Péguy, Césaire, Michelet, Bloch. Parmi les « grands hommes d’Etat et grands politiques », voici Richelieu, Clemenceau, de Gaulle, Blum, Jaurès, Mendès France, Mitterrand, Chirac, parmi les références voici Le nœud gordien et L’étrange défaite.

    « Aujourd’hui je suis venu vous parler de la France. Parce que personne n’en parle plus vraiment. Le mot France lui-même s’est comme effacé du vocabulaire. (…) Tout sonne creux en politique. » Au commencement étaient les mots, à l’arrivée aussi. Ainsi s’avance Dominique de Villepin – dont les chiffres sont pour le moment moins beaux que les mots : au premier tour de la présidentielle, en fonction des participants, il est crédité de 2,5 % à 6 % des suffrages dans le sondage Elabe réalisé du 25 au 27 mars pour La Tribune.

    L’ancien Premier ministre situe la rupture dans l’action publique en 2007, lorsque son meilleur ennemi, Nicolas Sarkozy, accède à la plus haute fonction et que débute « la banalisation de la parole présidentielle ». A ce chef de l’Etat il reproche d’avoir « touché à l’Etat de droit » et « introduit le venin d’une identité nationale définie contre l’immigration », à François Hollande d’avoir « affaibli la puissance publique », à Emmanuel Macron d’avoir signé « l’échec de la ruse en politique, l’échec du dogmatisme économique, l’échec de la gesticulation en politique étrangère ». Quelques propositions surgissent, il ne lésine pas sur les conseils, un des territoires autour du président, un autre de souveraineté permanent, un troisième de sécurité européen. Mais l’heure n’est plus à la verticalité, pourquoi ne pas organiser un référendum d’initiative citoyen et installer une convention citoyenne permanente ?

    Dominique de Villepin parle. Deux jours après la Sorbonne, il est au grand jury RTL-Le Figaro–M6 ; sur la 5 le 1er avril, sur LCI le 2 avril, sur BFM le 5 avril. Sur les réseaux sociaux, il commente quelques chefs-d’œuvre, les Feuillets d’Hypnos de René Char, les Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov, L’Automne du patriarche de Gabriel García Márquez, L’Iliade et l’Odyssée d’Homère ce mercredi, et agrémente parfois ses interventions d’illustrations, Chagall un jour (de Pâques), Hilma af Klint un autre.

    Les mots sont commodes et généreux, qui autorisent toutes les largesses, tous les oublis. Le jour de la mort de Lionel Jospin, il publie un texte très élogieux pour saluer « un homme d’Etat, un homme de rigueur et de conviction, homme de lettres, d’esprit et de principes ». L’ancien chef de gouvernement socialiste doit immédiatement se retourner dans sa tombe, lui qui, dans un documentaire de 2009 (Lionel raconte Jospin, par Patrick Rotman) ciblait nommément le secrétaire général de l’Elysée de l’époque, soupçonné d’avoir « systématiquement organisé une série d’offensives contre moi en cherchant à me mettre en cause, parfois à m’affaiblir, à me salir ».

    Et que l’on ne s’aventure pas à demander à Dominique de Villepin ce qu’il ferait, « pas seulement en termes de bla-bla », lance un soir Darius Rochebin sur LCI. « Je vous rappelle avec beaucoup de civilité que la diplomatie ce n’est pas du bla-bla, répond-il. Le général de Gaulle à Phnom Penh, ce n’est pas du bla-bla, la France en Irak en 2003, ce n’est pas du bla-bla. »

    Sur quoi appuyer ce flot de paroles ? S’il se réfère parfois à la baisse des déficits publics qu’il estime avoir réussie lorsqu’il était à Matignon entre 2005 et 2007, c’est surtout son fameux discours à l’ONU qui parle pour lui. En petit comité, son lointain successeur au Quai d’Orsay, Jean-Noël Barrot, souligne pourtant « la maldonne de 2003 » : « Cela n’a pas empêché la guerre en Irak, c’est l’illustration de la distorsion entre les mots et l’action. » Et c’est maintenant le cœur de la problématique Villepin : comment dépasser le verbe.



    Source link : https://www.lexpress.fr/politique/dominique-de-villepin-le-pouvoir-des-mots-le-risque-du-bla-bla-5NCW42IQOZDCRF2BVUE7Y3VRFA/

    Author : Eric Mandonnet

    Publish date : 2026-04-09 06:00:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • EN DIRECT. Moyen-Orient : l’armée américaine restera déployée jusqu’à la conclusion d’un « vrai » accord, dit Donald Trump

    Au lendemain de son entrée en vigueur, le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran apparaît déjà fragilisé ce jeudi 9 avril. Téhéran a prévenu de possibles représailles aux vastes bombardements meurtriers effectués mercredi par Israël à travers le Liban, où au moins 182 personnes ont été tuées dans la journée selon un bilan provisoire du ministère libanais de la Santé. Le détroit d’Ormuz est un autre point de friction : la marine des Gardiens de la Révolution iraniens a annoncé ce jeudi que les navires souhaitant le traverser devraient emprunter deux routes alternatives, proches des côtes iraniennes, en raison de la possibilité de « mines » navales sur l’itinéraire habituel. De son côté, Donald Trump a prévenu que les forces américaines resteraient au Moyen-Orient jusqu’à la conclusion d’un « vrai » accord.

    Les infos à retenir

    ⇒ L’armée américaine restera déployée jusqu’à la conclusion d’un « vrai » accord, dit Donald Trump

    ⇒ Le Hezbollah tire des roquettes en direction d’Israël

    ⇒ L’Iran impose deux routes alternatives pour traverser le détroit d’Ormuz

    07h03

    Une journée de deuil national au Liban

    Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a décrété une journée de deuil national ce jeudi après les frappes israéliennes massives d’hier. Celles-ci ont fait au moins 182 personnes d’après le ministère libanais de la Santé, la défense civile libanaise évoquant de son côté 254 morts.

    Hier, dans un entretien avec ses homologues iranien, Massoud Pezeshkian, et américain, Donald Trump, le président français Emmanuel Macron a de nouveau appelé à ce que le Liban soit inclus dans la trêve. « C’est une condition nécessaire pour que ce cessez-le-feu soit crédible et durable », a-t-il écrit sur X.

    Je me suis entretenu aujourd’hui avec le Président iranien Massoud Pezeshkian, ainsi qu’avec le Président américain Donald Trump.

    À tous deux, j’ai indiqué que leur décision d’accepter un cessez-le-feu était la meilleure possible.

    J’ai exprimé mon espoir…

    — Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) April 8, 2026

    06h40

    L’armée américaine restera déployée jusqu’à la conclusion d’un « vrai » accord, dit Donald Trump

    Donald Trump a prévenu ce jeudi matin que tous les bâtiments de guerre, avions et soldats américains allaient rester en place en Iran et dans la région jusqu’à ce qu’un « vrai » accord soit conclu avec Téhéran et mis en oeuvre. Si cela venait à ne pas être le cas, a-t-il ajouté sur son réseau Truth Social, il y aura alors à nouveau des bombardements, « plus grands et plus puissants » que jamais. Le président américain a dit toutefois penser que cela était « très hautement improbable ».

    « Pas d’armes nucléaires, et un détroit d’Ormuz qui sera ouvert et sûr », a-t-il écrit également. Pour l’heure, a aussi dit Donald Trump, l’armée américaine « recharge et se repose », prête pour « sa prochaine conquête ».

    06h33

    Le Hezbollah tire des roquettes en direction d’Israël

    Le Hezbollah a annoncé dans la nuit avoir tiré des roquettes en direction du nord d’Israël en réponse aux « violations du cessez-le-feu » par l’armée israélienne mercredi. Le mouvement soutenu par l’Iran avait annoncé hier avoir cessé les hostilités, mais avait prévenu qu’il les reprendrait si l’Etat hébreu poursuivait ses frappes au Liban.

    06h24

    Détroit d’Ormuz : l’Iran impose deux routes alternatives, en raison de possibles « mines » sur l’itinéraire habituel

    Les Gardiens de la révolution iraniens ont publié une carte montrant deux routes de navigation alternatives dans le détroit d’Ormuz, proches des côtes iraniennes, en raison de la présence possible de « mines«  navales sur l’itinéraire habituel, plus au large.

    « De manière à être protégés de possibles collisions avec des mines, en coordination avec la marine des Gardiens de la Révolution […], jusqu’à nouvel ordre, [les navires] devront prendre des routes alternatives pour le trafic dans le détroit d’Ormuz », ont indiqué les médias iraniens, citant un communiqué militaire accompagné d’un plan maritime montrant les itinéraires au sud et nord de l’île de Larak.

    06h20

    Bienvenue dans ce direct

    Bonjour et bienvenue dans ce direct. Nous continuons à suivre ce jeudi 9 avril la situation au Moyen-Orient, où le cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran annoncé par Donald Trump est entré dans sa deuxième journée.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/en-direct-moyen-orient-larmee-americaine-restera-deployee-jusqua-la-conclusion-dun-vrai-accord-dit-JJAYKKEH2ZDLDKSNDWVTZRT4CY/

    Author :

    Publish date : 2026-04-09 05:12:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • Collège de Paris, ce rapport qui étrille le Digital College et son fondateur : cartes Pokémon, palaces et billets d’avion


    Boule à zéro, barbe soigneusement taillée, muscles saillants, sourire charmeur… Ridouan Abagri a longtemps incarné la réussite. Celle qu’un enfant des quartiers est allé chercher avec courage. La valeur travail et le culot accrochés au revers de ses costumes siglés. La plateforme YouTube regorge de ses vidéos dans lesquelles le fondateur du Digital College, l’une des plus grandes écoles supérieures de formation aux métiers du numérique créée en 2013 et appartenant au groupe Collège de Paris, dispense ses conseils d’entrepreneur autodidacte. Sur les plateaux de télévision et lors des conférences organisées par Bpifrance – actionnaire du Collège de Paris -, on voit le jeune homme raconter son parcours et dévoiler sa méthode baptisée sobrement « Road to one million ». Son mantra : comment passer d’un euro en poche à une entreprise valorisée 1 million d’euros en l’espace de trois ans. Forcément alléchant.

    Ces derniers temps, Ridouan Abagri se fait plus discret sur les réseaux sociaux. Comme nous l’avons révélé dans un précédent article, une enquête menée conjointement par l’Inspection générale des Finances (IGF), l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et celle de l’éducation et de la recherche (IGESR) sur les pratiques du groupe Collège de Paris a abouti à la rédaction d’un rapport, conformément à l’article 40 du Code de procédure pénale, remis au procureur de la République du tribunal judiciaire de Paris en début d’année.

    Ce rapport, que L’Express a pu consulter et qui porte exclusivement sur le Digital College, soupçonne l’existence d’un vaste système d’abus de bien social, de détournement de fonds publics, de fausses factures et de blanchiment. Le tout financé par de l’argent public, et notamment celui de l’apprentissage qui, pour la seule année 2024, a représenté près de 83 % des ressources de l’école.

    Cartes Pokémon et factures falsifiées

    Tout commence en avril 2025 lorsqu’un article de Mediapart révèle les pratiques troublantes du fondateur du Digital College. Dans la foulée, la direction du groupe actionnaire décide de mandater le cabinet Oderis pour passer au peigne fin le train de vie de l’entrepreneur. Le résultat de l’audit est édifiant et les sommes en jeu bien supérieures à ce que Mediapart a révélé. Les dépenses considérées comme douteuses se monteraient au total entre 2021 et 2024 à 3,3 millions d’euros. Mieux que « Road to one million ».

    Digital College

    Au cœur du scandale, des cartes Pokémon dont Ridouan Abagri est l’un des plus gros collectionneurs en France. Il aurait acheté sur les fonds de l’école pour près de 2,2 millions d’euros de cartes et objets divers en l’espace de quatre ans. Par des intermédiaires basés notamment aux Emirats arabes unis, et au moyen de factures falsifiées.

    Selon les auditeurs, le « self made man » mène grand train pendant toutes ces années aux frais de l’école. Mariage célébré en grande pompe dans un château avec feu d’artifice et groupe de gospel réglé rubis sur ongle par le Digital College pour 38 000 euros. Billets d’avion, nuits d’hôtel dans des palaces – le Plaza Athénée et le Four Seasons à Paris -, vacances au cinq étoiles Lux Grand Baie à l’île Maurice, abonnement à une conciergerie de luxe… Généreux, Ridouan Abagri n’oublie pas les siens et notamment son ancienne épouse pour laquelle des factures pour des activités de « gestion de projets » ou des « modules de e-learning » ont été réglées, sans que les limiers retrouvent trace de telles prestations. Contacté par L’Express, Ridouan Abagri n’a pas souhaité répondre à nos questions.

    Le Collège de Paris était informé

    Il y a plus étonnant encore. Les investigations menées par les enquêteurs de l’IGF, de l’Igas et de l’IGESR démontrent que la direction du Collège de Paris a été informée des dépenses litigieuses du jeune entrepreneur dès décembre 2024… Soit quatre mois avant la parution de l’article de Mediapart. Le 31 juillet 2025, les deux parties ont finalement signé « un protocole transactionnel dont les conditions paraissent particulièrement favorables à M. Abagri », précise le rapport.

    Concernant les dépenses personnelles de l’ancien dirigeant, l’accord stipule le remboursement par ce dernier d’une somme forfaitaire de 100 000 euros seulement. A régler au plus tard lors de la cession de tout ou partie des titres qu’il détenait dans le capital social du Digital College. Les sommes engagées par l’école auprès de l’ancienne épouse de ce dernier ne sont en revanche pas mentionnées dans ce règlement à l’amiable. Quant aux cartes Pokémon, elles devront être revendues par l’intermédiaire d’une société elle-même liée à… Ridouan Abagri.

    Pourquoi le Collège de Paris a-t-il fait le choix de régler cette affaire en interne et de ne pas porter plainte ? Peut-être pour ne pas éveiller les soupçons de la justice sur diverses pratiques en cours dans d’autres écoles du groupe comme Ascencia Business School ou Keyce Academy. Le rapport pose ainsi la question de la complicité du Collège de Paris « dans la commission des infractions susceptibles d’être imputées à M. Abagri ».

    La nouvelle direction, aux manettes depuis septembre 2025, n’a pas souhaité répondre à nos questions, Vincent Rouaix, le directeur général se déclarant entièrement « concentré sur les défis en cours pour assurer la pérennité du groupe ». L’entreprise a en effet été placée il y a quelques semaines en procédure de redressement judiciaire et les administrateurs ont jusqu’au 10 avril pour trouver d’éventuels repreneurs. D’après nos informations, une poignée d’investisseurs seraient intéressés par certaines écoles du groupe.

    En attendant, l’inquiétude monte au sein des différents campus. Alors que les étudiants s’interrogent sur le sort qui leur sera réservé à la rentrée, de nombreux professeurs et intervenants, que L’Express a pu contacter, font état de prestations impayées. Leurs multiples relances étant restées sans réponse jusqu’ici, certains désespèrent de récupérer les sommes – parfois substantielles – dues par Digital College. Une réunion organisée par la direction s’est tenue le 7 avril pour faire le point sur la situation. Et mettre enfin un terme à cette politique du silence ?



    Source link : https://www.lexpress.fr/campus/college-de-paris-ce-rapport-qui-etrille-le-digital-college-et-son-fondateur-cartes-pokemon-palaces-IQ3WYWC6RVH5BEW3IZQWWE3ZYU/

    Author : Amandine Hirou, Béatrice Mathieu

    Publish date : 2026-04-08 16:00:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • Cessez-le-feu en Iran : quand les prix à la pompe pourraient-ils baisser ?

    L’annonce a fait dégringoler les cours mondiaux. Alors que Donald Trump a annoncé mardi des pourparlers en vue d’un cessez-le-feu en Iran, les cours des hydrocarbures, du West Texas Intermediate (WTI) comme du Brent, ont plongé de près de 15 %, Téhéran s’engageant à rouvrir le détroit d’Ormuz pendant cette trêve. En quelques jours à peine, le blocage de ce point stratégique avait provoqué une forte hausse du prix du baril de pétrole et une ruée des automobilistes dans les stations-service, au point que le prix moyen du gazole a atteint 2,188 euros le litre la semaine dernière en France, un niveau record depuis 1985.

    Les effets à la baisse pourraient se manifester rapidement, étant donné l’ampleur du recul enregistré ce mercredi, selon les acteurs de la distribution et de l’industrie pétrolière. « Les marchés pétroliers ont réagi très vite » à cette annonce, avec une diminution du prix du pétrole brut « d’environ quinze dollars » qui pourrait se répercuter dans les stations-service dans un délai de « un à deux jours », estime Olivier Gantois, président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip), interrogé sur France Info. Ce dernier mentionne une diminution comprise entre « 5 et 10 centimes » par litre. Sur TF1, le PDG de la Coopérative U Dominique Schelcher va également dans ce sens. « Il y aura des baisses de prix dans les stations dans les prochains jours », mais « il faut voir maintenant comment le marché va se stabiliser », a-t-il expliqué.

    Une baisse rapide

    Les distributeurs déterminent en effet quotidiennement les prix des carburants qu’ils commercialisent, ce qui leur permet de les ajuster en continu. « Ce qui compte pour nous, ce sont les produits raffinés, comme le gazole et le sans-plomb. Les effets devraient se faire sentir dans les prochains jours. Tout le monde jouera le jeu […] car la situation actuelle n’est pas acceptable », affirme toujours le dirigeant de la Coopérative U.

    De son côté, le syndicat professionnel Mobilians, qui représente 5 800 stations-service traditionnelles (hors grandes surfaces), anticipe également une baisse rapide des prix. « Si la tendance à la baisse se confirme, alors oui, les prix diminueront rapidement, car ils sont actuellement très élevés, voire excessifs. Chacun a intérêt à répercuter cette baisse dès que possible, c’est-à-dire une fois les stocks de carburant achetés à prix élevé écoulés, afin d’attirer de nouveau les clients », précise son président, Francis Pousse.

    Des doutes

    Auprès de 20 minutes, Michel Fayad, spécialiste de la géopolitique et des marchés des hydrocarbures, tempère néanmoins : « Le prix ne diminue jamais aussi rapidement qu’il monte ! » Pour le spécialiste, « c’est en ce moment que le prix du baril acheté à un prix élevé est en train d’être raffiné et d’être transporté dans les stations-service », et « pour observer une véritable baisse des prix, il faut à peu près un mois entre le moment où le pétrole est acheté et le moment où il se retrouve à la pompe. »

    Autre aspect à prendre en compte : le respect du cessez-le-feu. « Il y aura forcément un petit effet » à la pompe dans les jours qui viennent, « mais pour un plus grand effet, il faudrait que le cessez-le-feu tienne et que le prix du baril diminue sur le long terme », poursuit-il. Car si l’accord de cessez-le-feu ne concerne que les Etats-Unis, Israël et l’Iran, Michel Fayad rappelle que « les Houthis du Yémen, par exemple, ont la capacité de faire flamber le prix du baril puisqu’ils peuvent frapper certaines infrastructures et l’entièreté de la production pétrolière saoudienne ». « Il y a plein de destructions d’installations qui produisent du pétrole, des carburants. […] Combien de temps va-t-il falloir pour réparer ces installations, et que les chaînes d’approvisionnement se remettent dans un ordre normal ? Ça, je n’ai pas la réponse », s’interroge de son côté Dominique Schelcher.

    Le gouvernement français, lui, « veillera » à ce que les prix de l’essence baissent « aussi vite qu’ils sont montés », a promis le Premier ministre Sébastien Lecornu dans un message sur X. « Les ministres et les services de l’État réuniront toute la filière, des raffineurs aux distributeurs, à Bercy. Un plan de contrôle sera déclenché. Personne en France ne doit profiter de cette crise, ni hier, ni demain », a-t-il écrit.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/cessez-le-feu-en-iran-quand-les-prix-a-la-pompe-pourraient-ils-baisser-ZGD2G5UKYFAADGPV5FRQWTP7NI/

    Author :

    Publish date : 2026-04-08 17:10:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • « Notre écart de richesse avec les Etats-Unis est comparable aux années 1960 » : l’alerte de l’économiste Antonin Bergeaud

    Il est l’une des stars montantes de l’économie. Disciple du prix Nobel Philippe Aghion, prix du meilleur jeune économiste en 2025 et professeur à HEC, Antonin Bergeaud est un spécialiste de productivité et d’innovation. Dans La Prospérité retrouvée (Odile Jacob), il montre à quel point la stagnation de la productivité en France et en Europe est indéniable, et particulièrement préoccupante par rapport aux Etats-Unis et à la Chine, contredisant ainsi son confrère Gabriel Zucman. Sans croissance, impossible de financer notre modèle social et les valeurs de solidarité et de durabilité auxquelles nous tenons en Europe. Mais Antonin Bergeaud avance aussi des pistes pour que l’Europe puisse rattraper son retard, sans y perdre son âme.

    L’Express : A quel point la France et l’Europe ont-elles décroché par rapport aux Etats-Unis en matière de croissance ?

    Antonin Bergeaud : La France et l’Europe partagent la même situation. Le premier graphique du rapport Draghi montre l’évolution du PIB par habitant. A la sortie de la Seconde Guerre mondiale, nous en étions à la moitié du niveau américain. Ensuite, avec les Trente Glorieuses, il y a eu une rapide convergence, l’Europe ayant rattrapé son retard jusque dans les années 1980-1990. Mais aujourd’hui, nous nous retrouvons à nouveau avec un écart similaire à celui que nous avions connu dans les années 1960, avec un PIB par habitant qui se situe à environ 65% du niveau américain.

    Des économistes, comme Gabriel Zucman, ont contesté la pertinence de ces mesures et la réalité d’un décrochage par rapport aux Etats-Unis…

    C’est un débat important que celui de savoir si le niveau de vie en Europe est supérieur ou inférieur à celui des Etats-Unis. Mais outre le PIB par habitant, nous disposons de nombreux indicateurs pour comparer l’Europe et les Etats-Unis. On peut regarder les licornes, les brevets, les dépenses de recherche et développement, le nombre d’entreprises parmi les 1000 premières au monde en termes de cotation… Or, beaucoup de ces indicateurs vont dans le même sens. Le constat est clair et préoccupant car il interroge notre capacité à maintenir notre niveau de vie : si cette trajectoire divergente entre l’Europe et les Etats-Unis se prolonge, il nous sera de plus en plus difficile de la corriger. Si notre croissance ne redémarre pas, nous ne pourrons plus financer les dépenses pour la transition énergétique, celles pour mitiger le changement démographique et le vieillissement de la population, et bien sûr notre sécurité sociale et les transferts servant à réduire les inégalités. Tout ça coûte beaucoup.

    Jusque dans les années 2000, l’Europe générait assez de croissance. Pendant les Trente Glorieuses, nous sommes mêmes arrivés à réduire notre temps de travail tout en nous enrichissant. Entre 1950 et 1980, la consommation par habitant a été multipliée par trois, tandis que la durée annuelle du travail par personne diminuait d’environ 400 heures. Mais aujourd’hui, nous sommes confrontés à un choix : soit renoncer à certaines valeurs auxquelles nous tenons, tout en acceptant d’être durablement plus pauvres que les Etats-Unis, ou alors essayer de relancer la croissance.

    Quels sont les leviers possibles pour renouer avec la croissance ?

    L’option la plus simple d’un point de vue économique, c’est de travailler plus. Si on décale l’âge de départ à la retraite, cela augmentera automatiquement la croissance. C’est aussi une solution de court terme et qui est coûteuse politiquement et socialement. L’autre option, c’est d’augmenter la productivité, c’est-à-dire la valeur économique produite avec une heure de travail. Pour cela, il y a aujourd’hui deux modèles : les Etats-Unis et la Chine. Il faut regarder ce qui fonctionne ou non aux Etats-Unis, qui ont 3% de croissance cette année. On peut par exemple s’inspirer de leur politique industrielle proactive.

    On pénalise beaucoup trop l’échec en Europe.

    La difficulté, c’est que l’Europe est un continent fragmenté, constitué de nombreux pays petits ou moyens, qui individuellement ne peuvent plus assurer une politique industrielle d’une ampleur suffisante pour produire des effets. Par rapport aux années 1960, nos États sont bien plus endettés. Surtout, les technologies qui créent de la valeur – IA, numérique, biotechs…- nécessitent un marché très grand. Avant, un constructeur automobile pouvait se reposer sur son marché national, car la technologie se diffusait vite. Même si vous étiez un temps dépassé, vous pouviez rattraper votre retard en quelques années. Mais désormais, la concurrence se joue surtout sur les quantités de données. On ne peut pas simplement copier les géants numériques. On aura par exemple du mal à rattraper Google, sauf à accumuler des données, ce qui est possible au niveau européen, pas national. Mais l’Europe n’est pas un continent unique avec des objectifs communs. Nous ne disposons pas des institutions capables de gérer ça de manière efficace, car nous restons attachés à l’échelon national. On veut être certain que ce qui se fait au niveau européen ait des retombées locales.

    Politiquement, il y a aujourd’hui une forte nostalgie pour les Trente Glorieuses. Mais pourquoi un retour en arrière aux politiques industrielles de cette époque est-il illusoire ?

    L’empreinte environnementale de la croissance des Trente Glorieuses serait insoutenable aujourd’hui, en matière de pétrole et de ressources carbonées. En plus, pour des raisons géopolitiques, l’offre de pétrole s’ajustait parfaitement à la croissance jusqu’aux chocs pétroliers des années 1970.

    Mais même la politique industrielle de l’époque, avec un État faisant de la commande publique massive, n’est plus possible. Airbus a connu le succès parce que les compagnies nationales européennes ont commandé de nombreux avions. Or, on a arrêté ce modèle dans les années 1980. Pour faciliter la construction européenne, les États nationaux ont été empêchés d’intervenir directement dans leur économie, nous liant ainsi les mains dans le dos. Ce qui fait que les États n’ont pas investi massivement dans le début des technologies numériques. Aujourd’hui, il y a à nouveau de grands programmes d’investissement, mais cela reste souvent au niveau national, ce qui est trop modeste par rapport à ce qu’il faudrait faire.

    Nous pouvons selon vous agir pour limiter la fuite du capital humain et des talents, ce qui reste un point fort de l’Europe…

    De nombreux chercheurs et entrepreneurs européens partent à l’étranger. 7% des start-up européennes s’installent chaque année aux Etats-Unis, et ce sont plutôt les meilleurs qui font cela. Or, quand on investit à travers des politiques publiques pour combler le retard, une partie de ces entreprises vont prendre cet argent afin de quitter l’Europe.

    Quand on interroge les entrepreneurs sur les raisons sur les causes de leur exil, ils mettent en avant un manque de financement et de capitaux nécessaires pour prendre des risques. Il faut des dizaines ou des centaines de millions d’euros pour des entreprises pas encore profitables, basées sur une idée ou un pari. L’une des raisons de ce manque de capitaux, c’est que la rentabilité des entreprises européennes est inférieure à celle des entreprises américaines, du fait de coûts de fonctionnements supplémentaires. Il y a des régulations plus strictes, à l’image du RGPD ou de l’AI Act. On pénalise aussi beaucoup trop l’échec en Europe. C’est aussi le cas en matière environnementale ou pour la flexibilité du marché du travail. En Europe, si vous prenez le risque de recruter 10000 personnes et que vous devez ensuite en licencier, vous savez qu’il faudra payer bien plus cher qu’aux Etats-Unis.

    La solution, ce n’est surtout pas d’imiter aveuglément les Etats-Unis et d’arrêter les régulations environnementales ou celles pour l’emploi. Mais nous devons avoir conscience que ces valeurs, auxquelles nous tenons, ont un coût. L’une des difficultés en Europe, qui alimente le pessimisme ambiant, c’est que nous refusons de décider. Dans les discours officiels, ceux d’Emmanuel Macron comme de la Commission, on affiche l’ambition d’être dans la course à l’IA, mais on ne se donne pas les moyens ni économiques, ni institutionnels. On veut tout en même temps. Or, tant que nous ne ferons pas de vrais choix, cela ne réglera pas la question de la dette, qui nous expose à des chocs négatifs, comme celui actuel du pétrole…

    Faut-il changer le rapport au risque des Européens ?

    Les études montrent que les Européens sont plus averses au risque que les Américains. Chez nous, les nouvelles technologies se diffusent bien plus lentement dans les entreprises. Aux Etats-Unis, il y a déjà des voitures autonomes avec Uber. Cela fonctionne bien. En Europe, elles ne sont toujours pas autorisées, ou alors extrêmement contrôlées.

    Cette aversion au risque est-elle culturelle ? Ou est-ce parce que nous avons des institutions trop rigides qui pénalisent lourdement l’échec ? C’est un peu le paradoxe de l’œuf et de la poule. Dans tous les cas, notre rapport au risque ralentit la diffusion des nouvelles technologies. Pour l’IA, cela peut être une bonne chose de ne pas suivre la course effrénée aux investissements pour les data centers, tout en réfléchissant à comment protéger les personnes. Mais dans ce cas, il ne faut pas s’attendre à 3% de croissance comme aux Etats-Unis.

    Et comment faire face à la fuite des capitaux ?

    L’Europe a beaucoup d’épargne. Le taux d’épargne privée dépasse les 25%, un niveau très élevé au regard des standards internationaux. Mais cette épargne est moins placée dans les investissements et les actions. Il s’agit plutôt de livrets, de dépôts bancaires ou d’assurances-vie, qui servent d’ailleurs à financer la dette. En revanche, cela n’aide pas assez à financer l’économie d’innovation. Là encore, l’aversion au risque nous pénalise. Mais il y a aussi un manque de culture financière. Cela change un peu avec des jeunes qui investissent dans les cryptomonnaies. Mais beaucoup de Français ne savent toujours pas la différence entre une action et une obligation, ou d’autres produits bancaires plus complexes. En Allemagne et aux Pays-Bas, ou l’épargne est abondante, les investisseurs achètent plus des ETF [Exchange-Traded Funds, ou fonds indiciels cotés NDLR ], présentés comme plus sûrs, mais qui bénéficient essentiellement aux entreprises américaines.

    Dans tous les cas, l’Europe a de l’argent, mais les entreprises expliquent ne pas disposer d’assez de financements. Une piste, c’est l’Union des marchés de capitaux. Mais cela ne réglera pas le problème de l’aversion au risque, ni celui de la rentabilité des entreprises européennes. Nous pourrions commencer par proposer des produits financiers plus transparents, plus clairs, rendant l’investissement beaucoup plus concret pour dépasser ce blocage culturel.

    Préconisez-vous d’autres remèdes ?

    Il n’y a pas de solution miracle. Le problème, c’est que si nous voulons vraiment changer de modèle économique, il nous faut un débat sur la pertinence des traités européens, et des limites qu’ils font peser sur une politique industrielle européenne. Nous pourrions par exemple nous inspirer des agences fédérales américaines. Mais cela nécessite un débat démocratique, aujourd’hui très compliqué vu l’état de l’euroscepticisme dans les différents pays.

    De manière plus globale, l’Europe doit prendre conscience qu’elle reste un continent puissant, peuplé, avec des succès d’innovation, des bons chercheurs demandés aux Etats-Unis… Nous sommes encore pertinents dans notre capacité à innover. En revanche, il faut réfléchir à ce que sera le futur de la technologie pour un Européen. Au sujet de l’IA, on parle beaucoup d’énergie nécessaire aux data centers, mais aussi de risques pour la vie privée. Or, en Europe, nous avons anticipé tout ça. Des start-up européennes proposent des modèles d’IA plus frugaux. Quand la facture énergétique explosera aux Etats-Unis et que les vols de données privées seront un problème récurrent, peut-être que le consommateur américain se retournera vers des solutions européennes. C’est en tout cas un pari stratégique intéressant, plutôt que de suivre les Américains et les Chinois dans leur course à l’IA.

    Restez-vous optimiste ?

    Je suis poussé au pessimisme en voyant qu’il y a encore des débats en France sur la réalité de ce décrochage économique. Le rapport Draghi n’a rien inventé, mais a regroupé un nombre important de diagnostics montrant ce qui ne va pas. Aujourd’hui, il a un relatif consensus parmi les économistes européens là-dessus.

    En France, les perspectives de croissance, notamment celle de la productivité, ne sont pas suffisantes pour soutenir notre modèle social et compenser le vieillissement. Nous sommes donc obligés de continuer à nous endetter ou de couper dans notre budget. A court terme, la situation n’est guère joyeuse. Mais à long terme, nous avons tout pour réussir.

    La Prospérité retrouvée, par Antonin Bergeaud. Odile Jacob, 237 p., 18,99 €.



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/notre-ecart-de-richesse-avec-les-etats-unis-est-comparable-aux-annees-1960-lalerte-de-leconomiste-CIQBH6LNLVEFHDHG34EKMQXYOA/

    Author : Thomas Mahler

    Publish date : 2026-04-08 18:00:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • Pourquoi de plus en plus de personnes quittent le marché du travail aux Etats-Unis

    Les chiffres du mois mars sont clairs : aux Etats-Unis, le chômage recule et l’emploi progresse. Mais ce rebond du marché du travail s’accompagne d’une autre tendance : les Américains sont de moins en moins nombreux à travailler ou à chercher un emploi, relève le Wall Street journal. En mars 2026, la part de la population en âge de travailler qui est soit en emploi, soit à la recherche d’un emploi (NDLR : le taux de participation à la population active, pour les économistes) a reculé à 61,9 %. Du jamais vu depuis 1977, hors période de pandémie.

    Cet indicateur est important car il permet de mesurer une partie du potentiel de croissance économique. En bref, l’économie progresse soit parce que davantage de personnes travaillent, soit parce que chaque travailleur produit davantage. Aussi, « un taux de participation à la population active plus faible signifie une croissance économique à long terme plus lente », résume l’économiste Gus Faucher dans les colonnes du média américain.

    Population vieillissante et baisse de l’immigration

    Depuis les années 2000, cet indicateur diminue progressivement. Le vieillissement de la population en serait le principal responsable. La génération des baby-boomers a commencé à atteindre l’âge de la retraite au début du siècle, ce qui pèse durablement sur le taux d’activité. Ensuite, les départs à la retraite anticipés parmi les travailleurs de 55 ans et plus. La pandémie a poussé nombre d’entre eux à quitter le marché du travail avant 65 ans, et cette tendance semble se poursuivre. Certains ont pu choisir de se retirer de l’emploi en raison des difficultés à retrouver un poste après l’avoir perdu, des bouleversements liés à l’essor de l’intelligence artificielle, ou encore grâce au capital accumulé dans leur logement ou leur épargne-retraite.

    Dans cette tranche d’âge, le taux de participation à la population active est ainsi passé de 40,2 % en janvier 2020 à 37,2 % en mars 2026, soit son niveau le plus bas depuis plus de vingt ans.

    Un autre facteur a participé à faire baisser cet indice : le durcissement de la politique migratoire de Donald Trump. La baisse de l’immigration et l’augmentation des expulsions ont affecté des groupes de personnes jeunes, souvent venus aux Etats-Unis pour travailler, contribuant ainsi au vieillissement de la population active. Une telle situation risque d’avoir des conséquences sur l’économie américaine, qui pourrait se confronter à des pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs.

    Quelques signaux encourageants

    Mais tous les compteurs ne sont pas au rouge. Depuis plusieurs années la productivité a connu une croissance supérieure à la moyenne. Une bonne nouvelle selon Greg Daco : « cela a en grande partie compensé le ralentissement de la croissance de la population active », détaille l’économiste en chef de EY-Parthenon, cabinet de conseil spécialiste en « stratégie transformatrice et transactions ». Il nuance néanmoins ce constat : la question des gains de productivité dans les années à venir reste ouverte.

    Autre signal encourageant : le taux de participation des 25-54 ans se maintient près de ses plus hauts niveaux depuis plusieurs décennies. Selon les économistes cités par le Wall Street Journal, cela suggère que la baisse globale de la participation tient davantage au vieillissement de la population et à la politique migratoire qu’à un découragement généralisé face au marché du travail.



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/emploi/pourquoi-de-plus-en-plus-de-personnes-quittent-le-marche-du-travail-aux-etats-unis-4AKEUOXSBVDU7HUN7TGAVQF6YQ/

    Author : Asia Dayan

    Publish date : 2026-04-08 18:31:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • Immigration, retraites, finances publiques : le projet de Michel Barnier pour 2027

    Il fut un temps où la droite, pour préparer son projet et renouveler son logiciel, organisait ses états généraux, rien de moins. C’était au début des années 1990, autour des jeunes Alain Madelin et Nicolas Sarkozy. Cette fois, l’échéance présidentielle avance à grands pas, chaque parti se range derrière son champion voire ses champions – on compte à ce jour plus de candidats déclarés, putatifs ou cachés que de propositions détonantes. Or l’ennemi rôde, qui menace d’écarter du second tour tout représentant de la droite et du centre. Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon affichent leur puissance tandis que les partis de gouvernement affichent surtout leurs divisions.

    « Je sens monter depuis les municipales un appel à l’unité, que j’avais anticipé ; je recommande aux candidats de l’entendre, il vient de la France silencieuse » : Michel Barnier sort du bois avec une idée, amener les uns et les autres à réfléchir ensemble au projet pour 2027. Depuis l’automne un tour de France l’amène à visiter instituts de recherche, entreprises, fermes, etc. Après avoir étudié les propositions des uns et des autres, il publie « un document qui a vocation à vivre », explique-t-il à L’Express. Avec ses préalables, généraux ou précis : « la France européenne » dans laquelle les partis nationalistes ne peuvent pas se reconnaître ; un référendum sur l’immigration, consécutif à une révision de la Constitution, afin de miser sur « l’intelligence nationale », mais qui risque de froisser à Renaissance ou au Modem. Avec son exigence : « Le prochain président devra avoir conceptualisé l’esprit de coalition » puisqu’il n’y aura plus de parti dominant. « Pompidou en 1969 avait conclu avec une partie des centristes un accord de gouvernement préalable au premier tour de la présidentielle », rappelle-t-il. Avec, aussi, un risque : celui de ne pouvoir constituer que le plus petit dénominateur commun quand certains veulent du « massif », d’autres du clinquant, les troisièmes du libéral, les quatrièmes du régalien. Lui conteste, « les Français sauront si quelqu’un fait du slogan ou du sérieux ». On devine de quel côté il se situe…

    Le député de Paris qu’il est devenu ne part pas d’une feuille blanche. Au premier semestre 2024, il avait une intuition: comme il désespérait de ce que la droite était en train de devenir, toute à ses dérives, il pourrait œuvrer à la construction, ou la reconstruction, d’un centre droit fidèle à ses valeurs et à son histoire. Une fois à Matignon, il fit un rêve : construire la France de 2030. Il avait imaginé de lancer son grand débat à lui. Censuré, il quitta ses fonctions de Premier ministre avec la conviction d’avoir fait progresser l’esprit commun au sein d’un socle qui fut la cause de bien des tracas. Souvent il avait réclamé aux partis qui le soutenaient des mesures. Il avait constaté, surtout, l’étendue des désaccords.

    « Je suis prêt »

    Aujourd’hui, il remet l’ouvrage sur le métier. « On ne pourra pas être dans l’imprécision comme Emmanuel Macron en 2017 sur l’énergie par exemple », prévient-il. La compétition actuelle pousse à la surenchère. Déjà il s’inquiète d’entendre Gabriel Attal évoquer la légalisation d’une GPA éthique ou Bruno Retailleau vanter « l’Europe des nations ». Michel Barnier finalisera le projet d’ici l’automne. Il a déjà évoqué la piste d’un conclave pour sélectionner le candidat : « Si on a avancé sur le fond, on trouvera plus facilement une solution. » Quand on le soupçonne de vouloir ramasser la mise à la fin – « Je suis prêt », a-t-il confié à certains interlocuteurs – il rétorque qu’il ne cherchera pas à être « un problème ». La dernière fois, il s’était aventuré dans une primaire, espérant rassembler derrière lui une équipe : « Ce fut chacun dans son couloir et tous dans le mur ! » En 2027, le ravin guette, est-il encore temps de l’éviter ?

    Bâtir ensemble, extraits

    Restaurer l’autorité républicaine

    Tous les acteurs (forces de l’ordre, magistrats) doivent bénéficier des moyens adaptés à l’ampleur des défis, pour rétablir un principe élémentaire de refus de l’impunité. Reprendre la maîtrise des flux migratoires est un impératif pour notre cohésion nationale. Pour être acceptée par les Français et pour qu’elle soit une chance pour les personnes qui nous rejoignent et pour notre pays, l’intégration n’est pas optionnelle. Elle est obligatoire. Cela signifie un accueil moins nombreux, maîtrisé et choisi, comme le permet désormais le nouveau règlement européen « retour ». Afin de faire évoluer notre droit pour définir des quotas d’accueil votés par le Parlement à échéance régulière, des conditions rigoureuses à l’acquisition des droits sociaux et au regroupement familial et un respect de notre souveraineté quant aux contrôles aux frontières et aux obligations de quitter le territoire français, notre Constitution doit évoluer. Les Français seront consultés par référendum.

    Restaurer nos finances publiques.

    Une loi organique interdira progressivement sur trois ans tout déficit courant de la sécurité sociale et tout déficit de fonctionnement de l’Etat.

    En matière de retraites, la démographie suppose des évolutions fortes. Sans renoncer à des choix individuels, un système universel à point géré par les partenaires sociaux, assurant convergence des régimes particuliers publics et privés, sera mis en place. Il laissera plus de latitude à chacun de choisir son âge de départ en le reculant pour préserver sa pension ou en le maintenant au prix d’une réduction de pension. Ce régime par répartition sera accompagné par un régime collectif de capitalisation, propriété de tous les Français, qui permettra de disposer à terme d’un fonds souverain de plus de 1 000 milliards d’euros, financé par un prélèvement sur la consommation, une TVA souveraine, à même de financer notre économie et en particulier nos entreprises et notre industrie. Des régimes individuels de capitalisation seront encouragés en complément.

    Restaurer nos finances publiques passe aussi par une diminution des autres dépenses sociales, notamment avec la mise en place d’une allocation sociale unique et la responsabilisation de tous les acteurs en matière de santé.

    Afin de procéder aux économies et à la nécessaire réforme de l’Etat :

    un travail vigoureux sur la réduction du train de vie au niveau de l’Etat et des institutions européennes sera engagé. Dans notre pays, nous réduirons le nombre d’agences et d’opérateurs ;une programmation pluriannuelle sur cinq ans donnant de la visibilité aux gestionnaires sera mise en place ;un fonds de modernisation et d’investissement, en particulier pour le numérique, l’intelligence artificielle et le service aux usagers, sera instauré;une revue systémique de la qualité des services publics prenant appui sur les avis des Français sera créée.

    Mettre fin à l’impuissance publique

    Une réarticulation des échelons de collectivités territoriales sera poursuivie :

    donner à la région les moyens d’être une collectivité apte à piloter l’ensemble des politiques publiques dans les domaines du développement économique et de la cohésion sociale, en coordonnant les départements qui conserveraient des services de proximité mais en cessant d’être des collectivités de plein exercice, avec la mise en place du conseiller territorial.réarticuler communes et intercommunalités en maintenant les communes et les maires dans leurs pouvoirs de décision mais en transférant les fonctions d’intendance et de fonctionnement courant aux intercommunalités.

    Libérer notre économie

    Une grande remise à plat des dispositifs d’aides et des crédits d’impôts sera effectuée à rendement constant en contrepartie d’une suppression des impôts de production et d’un retour au taux d’impôt sur les sociétés à 25 %. L’appareil de normes sera transformé pour une part importante en simple guide de références sans avoir de portée prescriptive ou avec une logique de norme subsidiaire (s’appliquant en l’absence de norme négociée entre les acteurs). Une Commission de juristes, de chefs d’entreprises et de personnalités sera chargée sur dix-huit mois de cet important travail de réécriture de notre droit.

    Investir sur l’avenir en faisant de notre jeunesse notre priorité

    Un grand mouvement d’autonomie des établissements scolaires et de pacte pluriannuel permettant d’améliorer les taux d’encadrement sera conduit en profitant de la baisse démographique. Nous nous fixons comme objectif d’augmenter de 50 % par an le nombre d’ingénieurs formés, avec un effort particulier en direction des femmes.

    Faire progresser l’influence de la France en Europe et dans le monde

    La bonne articulation entre souveraineté nationale et indispensable solidarité européenne passe par la réaffirmation du pilotage politique du projet européen par les gouvernements, la Commission étant chargée de la mise en œuvre des politiques agréées collectivement et validées démocratiquement. Cela passe par la mise en place d’un Conseil de sécurité européen et de défense.

    Associer les Français à notre prospérité

    Des mesures d’accroissement de la participation et de l’intéressement des Français à la réussite de notre appareil de production seront prises pour que chaque entreprise, à partir d’une certaine taille, soit détenue à au moins 5 % par ses salariés. Elles permettront à la fois de muscler les fonds propres des entreprises détenus par les Français et d’aligner les intérêts des travailleurs et de l’appareil productif.

    Assurer notre défense et notre souveraineté

    Nous porterons progressivement l’effort de défense à 3 % de la richesse nationale. Outre le modèle d’armée, ce sont également notre modèle industriel et notre action diplomatique qui doivent être adaptés. Un nouveau Livre Blanc actera les décisions prises. De même, nous devons assurer notre souveraineté technologique. C’est particulièrement crucial en matière de cloud de quantique et d’intelligence artificielle, où nous devons contribuer à construire des champions européens. Enfin, il faut mettre en œuvre et faire monter en puissance le nouveau service national volontaire.

    Maintenir notre cohésion sociale

    Une allocation sociale unique sera mise en place, pour limiter ce qu’il est possible de recevoir par les allocations sociales par rapport au travail. Dans le même temps, une refondation de notre protection maladie articulée autour d’un maillage effectif du territoire garantissant un meilleur accès aux soins pour tous les Français. 80 % des pathologies cardiovasculaires sont évitables : il faut un développement massif de la prévention et une responsabilisation accrue des professionnels, des patients et des mutuelles dans l’efficacité des dépenses de santé. L’engagement de chacun en matière de prévention sera encouragé et incité, avec un niveau différencié de prise en charge selon le suivi du parcours de dépistage et de prévention.

    Prendre résolument le chemin de la croissance écologique

    C’est ce que nous appelons l’écologie gagnante. Pour atténuer notre empreinte carbone, nous devons marcher sur nos deux jambes : d’abord poursuivre nos efforts nationaux, en particulier dans les trois secteurs clés : le transport avec l’électrification du parc automobile, le logement avec un plan pour les énergies renouvelables thermiques, et l’industrie avec une véritable préférence européenne dans nos achats. Mais il faut aussi s’attaquer à l’autre moitié du chemin, en décarbonant nos importations. Cela nécessite une réciprocité totale vis-à-vis de nos partenaires commerciaux et un contrôle strict à nos frontières.



    Source link : https://www.lexpress.fr/politique/immigration-retraites-finances-publiques-le-projet-de-michel-barnier-pour-2027-LDPCL4C3MJHSPOXPK3FLOH4ZLQ/

    Author : Eric Mandonnet

    Publish date : 2026-04-08 16:15:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • Aux Etats-Unis, la santé mentale de Donald Trump inquiète même les Maga

    Donald Trump est-il devenu complètement « fou », comme le clame un élu démocrate ? Voilà la rumeur qui commence à gagner le Congrès américain. Même au sein des rangs républicains, les sorties de route à répétition du président interrogent. Et si, finalement, ce que nombre d’observateurs assimilaient à de l’hyperbole stratégique était en réalité un symptôme de démence ? Le 5 avril, frustré par le blocage iranien du détroit d’Ormuz, le locataire de la Maison-Blanche éructait sur son réseau Truth social : « Ouvrez le putain de détroit, bande de bâtards cinglés, ou vous allez vivre en enfer ».

    Deux jours plus tard, dans l’espoir d’obtenir un cessez-le-feu avec Téhéran, il franchissait le cap du langage génocidaire. « Une civilisation entière mourra ce soir », a-t-il osé lancer. Le dirigeant des Etats-Unis a fait peser la menace de frapper les centrales électriques et d’autres infrastructures civiles iraniennes si un accord n’était pas conclu avant mercredi, 2 heures du matin, heure de Paris. Plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer ces menaces qui, si elles étaient mises à exécution, s’apparenteraient à des crimes de guerres. D’autant plus que certains craignaient que le milliardaire ne dégaine l’arme nucléaire – la Maison-Blanche a nié avoir une telle intention.

    Puis, 90 minutes avant la fin du compte à rebours, le président a repoussé son ultimatum de deux semaines.

    « Les facultés mentales du président sont en train de s’effondrer »

    Mais les propos du milliardaire, toujours plus orduriers et violents, font craindre aux démocrates qu’il n’est plus en mesure de diriger le pays. « Le président des Etats-Unis est un fou », s’alarmait ce mardi sur X le représentant démocrate du Massachusetts, Jim McGovern.

    The President of the United States is a madman.

    — Rep. Jim McGovern (@RepMcGovern) April 7, 2026

    De quoi relancer les débats sur la possibilité d’une destitution, notamment par la voie du 25e amendement. Cette disposition de la Constitution américaine permet de déclarer un président inapte à l’exercice de ses fonctions.

    Sans grande surprise, des dizaines d’élus démocrates ont appelé à invoquer ce texte. Parmi eux, le candidat pressenti à la Maison-Blanche et gouverneur de l’Illinois, J.B. Pritzker. « Ce n’est pas de la politique étrangère, c’est un homme dérangé et fou qui menace d’anéantir tout un pays. Il est grand temps. Le 25e amendement doit être invoqué », a-t-il plaidé sur X ce mardi. Le même jour, son collègue de Rhode Island, Jack Reed, s’alarmait : « il semble avoir perdu le contrôle ». Même son de cloche du côté de la députée de New York, Alexandria Ocasio-Cortez : « les facultés mentales du président sont en train de s’effondrer ».

    Selon les informations du média américain Axios, certains membres du parti envisageraient d’envoyer une lettre au membre du gouvernement pour les exhorter à invoquer le 25e amendement.

    « C’est maléfique et c’est de la folie »

    Ces angoisses sur l’équilibre psychologique du président sont partagées par les Maga repentis et les influenceurs d’extrême droite, y compris au sein des troupes républicaines. Aussi, les appels à invoquer le 25e amendement se démultiplient. Dans les heures précédant la date butoir de l’ultimatum fixé à l’Iran, la droite américaine a, elle aussi, verbalisé ses inquiétudes. Jusqu’où Donald Trump est-il prêt à aller ?

    Sur le plateau de son émission, le complotiste et ancien proche du président, Alex Jones, interrogeait son invité : « comment est-ce qu’on lui colle le 25e amendement aux fesses ? ». La très célèbre influenceuse Candace Owens plaide aussi pour que le 25e amendement soit invoqué.

    Quant à l’ancienne élue républicaine, Marjorie Taylor Greene, elle réclamait ce mardi sur X le « 25E AMENDEMENT !!! » Et la femme politique qui a claqué la porte de Maga, d’ajouter : « Pas une seule bombe n’a été larguée sur l’Amérique. Nous ne pouvons pas anéantir toute une civilisation. C’est maléfique et c’est de la folie. »

    25TH AMENDMENT!!!
    Not a single bomb has dropped on America. We cannot kill an entire civilization.
    This is evil and madness. pic.twitter.com/2mdogDRZN4

    — Former Congresswoman Marjorie Taylor Greene🇺🇸 (@FmrRepMTG) April 7, 2026

    « Les républicains restent des acolytes zombies »

    De tels débats n’ont rien d’inédit. En 2021, le recours au 25e amendement avait été sérieusement envisagé après l’invasion du Capitole de janvier, y compris au sein de l’administration Trump. Pour déclencher la procédure, l’accord du vice-président et de la majorité des ministres est nécessaire. Pour l’heure, rien n’indique qu’un seul membre du gouvernement l’envisage.

    Une autre procédure permettrait de renverser Donald Trump : l’impeachment, équivalent d’un vote de destitution en français. Un cadre démocrate de la Chambre des représentants a confirmé à Axios qu’il existe des « rumeurs » sur la possibilité d’un vote de censure. Mais qu’importe la méthode, les chances d’aboutissement de ces procédures sont quasi-nulles sans le soutien du reste du congrès. Et les démocrates ne se font pas de faux espoirs : « les républicains restent des acolytes zombies », a cinglé l’élu du Connecticut, Jim Himes.

    Donald Trump, plus amusé qu’inquiet

    Une chose demeure certaine, Donald Trump n’est pas étranger aux inquiétudes qui pèsent sur sa santé mentale. Lundi 6 avril, à l’occasion d’une conférence de presse, un journaliste l’interrogeait sur les spéculations autour de son équilibre psychologique : « Quelle est votre réponse aux critiques qui disent que c’est votre santé mentale qui devrait être, peut-être, examinée, alors que la guerre continue ? ». Pas de quoi faire flancher le président, qui a fanfaronné : « Je n’ai pas entendu ça, mais si c’est le cas, il va falloir qu’il y ait plus de personnes comme moi, parce que notre pays était abusé en matière de commerce, sur tout, depuis de nombreuses années, jusqu’à ce que j’arrive ».

    Au contraire, le président s’amuse de ces spéculations. Le 26 mars, des journalistes l’interrogeaient sur l’éventualité d’une opération militaire pour récupérer le stock d’uranium iranien hautement enrichi. Devant un parterre de caméras, Donald Trump répondait : « Je ne peux pas dire ce que nous allons faire, parce que si je le faisais, je ne resterais pas assis ici très longtemps. Ils feraient probablement – comment ça s’appelle déjà, le 25e amendement ? ». Verbatim rythmé par les rires de son entourage. Car malgré les cris d’alarme de certains anciens fidèles, le milliardaire n’a pas perdu tous ses soutiens. « C’est pathétique. Les démocrates parlaient de destituer le président Trump avant-même qu’il ne prête serment », a ainsi déclaré un porte-parole de la Maison-Blanche, Davis Ingle, auprès d’Axios. Et ses menaces de détruire un pays entier ? Des « négociations à la Trump », voilà tout, assure l’élu Don Bacon.





    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/amerique/aux-etats-unis-la-sante-mentale-de-donald-trump-inquiete-meme-les-maga-JZVTLOR4SJHZ3EEZPVL7QO44CQ/

    Author : Asia Dayan

    Publish date : 2026-04-08 13:55:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • Le Liban, grand oublié du cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran

    Israël accepte la trêve de deux semaines décidée par Donald Trump avec l’Iran, mais pose sa ligne rouge : le Liban n’en fera pas partie. Dans un communiqué, l’État hébreu a précisé ce mercredi 8 avril que le cessez-le-feu ne s’appliquerait donc pas au front libanais. Son objectif reste inchangé : poursuivre ses opérations contre le Hezbollah, le puissant mouvement paramilitaire chiite, allié de Téhéran.

    Sur le terrain, rien n’a changé. Dans la nuit de mardi à mercredi, alors même que le cessez-le-feu avec l’Iran se dessinait, une frappe sur Saïda, dans le sud du Liban, faisait huit morts et 22 blessés. Ce mercredi toujours, l’armée israélienne a en outre renouvelé son appel à évacuer sept quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, selon L’Orient-Le Jour.

    Face à une trêve qui laisse le Liban sous les bombes, la France et l’Espagne, entre autres, ont haussé le ton. Emmanuel Macron a indiqué mercredi, en ouverture d’un Conseil de défense avec ses conseillers et plusieurs membres du gouvernement, qu’il se félicitait du cessez-le-feu conclu entre l’Iran et les États-Unis, tout en soulignant que la situation au Liban restait « critique » et en appelant à inclure le pays dans l’accord.

    Même fermeté du côté de Madrid : le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a jugé « inacceptable » qu’Israël poursuive les combats au Liban malgré la trêve conclue entre les États-Unis et l’Iran. Quelques jours auparavant, l’Espagne avait promis neuf millions d’euros d’aide humanitaire au Liban. Pour le Premier ministre, Pedro Sanchez, les cessez-le-feu constituent toujours une « bonne nouvelle », mais « le gouvernement espagnol n’applaudira pas ceux qui ont mis le feu au monde uniquement parce qu’ils sont revenus avec un seau d’eau ».

    Le Hezbollah menace de reprendre les hostilités

    Le président du Liban, Joseph Aoun, a pour sa part assuré dans un communiqué que Beyrouth poursuivrait ses efforts pour que le Liban « soit inclus dans la paix régionale, de façon stable et durable ».

    Sur la chaîne locale Al-Jadeed, le député du Hezbollah Ibrahim Moussaoui a lui affirmé que le cessez-le-feu conclu entre les États-Unis et Téhéran incluait bien le Liban dans sa version officielle, affirmant que « l’Iran a insisté sur ce point ». Et il a lancé un avertissement sans ambiguïté : si Israël ne respecte pas la trêve, « alors personne ne la respectera », promettant une riposte venue « de la région et de l’Iran ». Une prise de position alors que le parti-milice a, de son côté, suspendu ses attaques depuis l’annonce de la pause de deux semaines, malgré la poursuite des frappes israéliennes sur le Liban-Sud, souligne L’Orient-Le Jour.

    Depuis le 2 mars – date à laquelle le Hezbollah a tiré plusieurs projectiles depuis le sud du Liban vers le nord d’Israël, en représailles à l’assassinat du Guide suprême iranien, Ali Khamenei – les frappes israéliennes ont fait 1 530 morts au Liban, selon le ministère libanais de la Santé. Par ailleurs, plus d’un million de personnes — soit près d’un quart de la population libanaise — ont été contraintes de fuir leur foyer. La situation humanitaire est telle que même les convois d’aide peinent à circuler sous les bombardements : le 7 avril, un convoi organisé par le Vatican a ainsi été contraint de rebrousser chemin près de Debel, un village dans le sud du Liban, faute de garanties de sécurité sur la route.

    Dans le New York Times, Nada Bakri, journaliste franco-américaine, écrit : « Aujourd’hui encore, après toutes ces années, le Liban est pris en étau entre un parti qui prétend le défendre – le Hezbollah – et une guerre dont le pays doit subir les conséquences. Ma maison est toujours debout. Mais comme une grande partie du pays, elle ne tient qu’au bon vouloir des armées qui l’encerclent. » Pour les Libanais, la paix reste pour l’instant une promesse lointaine.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/le-liban-grand-oublie-du-cessez-le-feu-entre-les-etats-unis-et-liran-LQID3EY2BJDU7ARDMURUF755YI/

    Author : Audrey Parmentier

    Publish date : 2026-04-08 11:15:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

  • Guerre en Iran : un cessez-le-feu aux airs de « victoire à la Pyrrhus » pour Donald Trump

    « Trump trouve une porte de sortie avec l’Iran. Mais les causes de la guerre restent irrésolues », titre le New York Times. Le président américain Donald Trump a accepté, mardi 7 avril, un cessez-le-feu de deux semaines avec l’Iran, moins de deux heures avant l’ultimatum qu’il avait fixé à Téhéran pour la réouverture du détroit d’Ormuz, sous peine d’attaques dévastatrices contre ses infrastructures civiles. Un revirement spectaculaire comparé à son avertissement alarmant lancé plus tôt dans la journée, lorsqu’il avait déclaré qu’ »une civilisation entière mourra ce soir » si ses exigences n’étaient pas satisfaites. « Une fois de plus ce n’était là que pur mais stérile jus de crâne, du moment qu’il n’est pas donné à tout le monde d’être devin » s’agace L’Orient-Le Jour.

    Et après ? « L’intimidation à court terme du président Trump a peut-être fonctionné, mais les divergences fondamentales avec l’Iran sont aussi vives qu’en février », relève le New York Times. Même manque d’entrain du côté du Wall Street Journal : « Il reste encore un long chemin à parcourir avant que Washington et Téhéran ne parviennent à un accord solide et durable. »

    De son côté, CNN salue une décision susceptible de « sauver de nombreuses vies », tout en s’interrogeant sur la cohérence de la stratégie de Donald Trump. Parmi les « effets secondaires » de ces quarante jours de guerre, relève le média américain, figure aussi la difficulté croissante à évaluer la crédibilité des déclarations — non seulement celles des dirigeants iraniens, mais aussi, parfois, celles du président des États-Unis lui-même. Aux États-Unis, certains analystes pointent d’ailleurs la propension du locataire de la Maison-Blanche à reculer après des menaces particulièrement agressives, au point de résumer sa méthode par une formule devenue virale : « Trump Always Chickens Out » (« Trump se dégonfle toujours »), abrégée en « TACO ».

    « Un revirement dont le républicain est coutumier »

    D’ailleurs, le journal belge Le Soir évoque « un revirement dont le républicain est coutumier », estimant que « ce nouvel élan interventionniste » ouvre une « séquence délicate pour l’exécutif ». Dans The Guardian, un article s’intéresse davantage aux répercussions des propos belliqueux du dirigeant américain, puis de son rétropédalage. On y lit que Chuck Schumer, chef de la minorité du Sénat des États-Unis, dénonce les « fanfaronnades ridicules » du président, tandis que les républicains présentent cette décision comme une manœuvre tactique astucieuse.

    La Repubblica tente de répondre à la question centrale : qui a vraiment gagné ? Le cessez-le-feu annoncé est-il « une confirmation de l’efficacité des méthodes de négociation abruptes de l’auteur de ‘L’Art de la négociation’, ou une retraite humiliante dictée par le fait que la guerre ne se déroulait pas comme prévu ? ». Pour le journal italien, cet épisode a surtout eu pour effet de consacrer l’Iran comme interlocuteur incontournable dans la définition de l’après-crise, tout en érigeant les ayatollahs en « maîtres » d’une large part du marché mondial de l’énergie.

    Le Liban, « impuissant otage de deux implacables mécanismes »

    En Espagne, la journaliste d’El Pais préfère ironiser sur la « victoire à la Pyrrhus » de Donald Trump, qui paye un prix « très élevé pour cette guerre » : « Le principal succès de Washington est d’avoir rouvert un passage maritime qui était encore ouvert avant le début de son offensive ; ce faisant, les États-Unis se sont mis à dos leurs alliés, ont terni leur image internationale, ont épuisé leurs stocks de munitions et se sont attiré l’hostilité de l’opinion publique iranienne. »

    Enfin, ce cessez-le-feu exclut le Liban, trop souvent relégué au second plan dans les conflits du Proche-Orient. « Jusqu’à nouvel ordre, le Liban reste l’impuissant otage de deux implacables mécanismes qui s’affrontent sur son sol à grands frais de dommages collatéraux », observe L’Orient-Le Jour. Une chose est sûre : le petit pays paie toujours pour les guerres des autres.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/amerique/guerre-en-iran-un-cessez-le-feu-aux-airs-de-victoire-a-la-pyrrhus-pour-donald-trump-W53TRXWZIBBTDJSCHYSF5AYBUQ/

    Author : Audrey Parmentier

    Publish date : 2026-04-08 08:55:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.