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  • L’essor inquiétant des IA comme arbitres de l’information, par Gérald Bronner

    Dans un livre paru en 2013, La démocratie des crédules (PUF), j’avais eu l’occasion de souligner combien le biais de confirmation – la tendance à rechercher, interpréter et retenir prioritairement les informations qui vont dans le sens de nos croyances préalables – avait été amplifié par l’apparition d’Internet. Cet invariant de l’esprit humain – repéré déjà en son temps par Francis Bacon et mis en exergue expérimental en 1960 par le psychologue Peter Wason – se trouve être complété par son symétrique en quelque sorte, qui est de nature à fracturer un peu plus l’espace commun nécessaire à nos démocraties.

    C’est ce que montre, en partie, une étude récente signée par Thomas Renault, Mohsen Mosleh et David G. Rand qui se situe au croisement des sciences sociales computationnelles et de l’analyse des comportements informationnels. Elle convoque la façon dont les IA sont questionnées sur le réseau X. On a beaucoup insisté sur les capacités génératives des grands modèles de langage : rédiger, résumer, traduire, coder. Mais une autre fonction est en train de s’imposer, politiquement plus sensible : celle d’outil de vérification de l’information. Les LLM (grands modèles de langage) deviennent de plus en plus des arbitres auxquels les usagers demandent de trancher le vrai du faux dans le flux des réseaux sociaux.

    Les auteurs analysent 1 671 841 demandes de vérification en anglais adressées sur X à Grok et à Perplexity (deux IA consultables sur ce réseau) entre février et septembre 2025. Premier constat : cet usage n’est plus marginal. Ces demandes représentent 7,6 % de l’ensemble des interactions avec ces deux bots et concernent surtout la politique, l’économie et l’actualité. Longtemps, la vérification des faits a été le domaine des journalistes spécialisés ou des sites de fact-checking. Désormais, des utilisateurs ordinaires s’adressent directement à un LLM pour lui demander : est-ce vrai ? La validation de l’information se déplace ainsi vers des interfaces conversationnelles intégrées aux plateformes mêmes où circulent les contenus litigieux. Nous ne sommes probablement qu’au début du processus mais celui-ci est déjà tangible.

    Logiques partisanes

    L’étude montre aussi que ces usages sont immédiatement pris dans des logiques partisanes. Les utilisateurs qui sollicitent Grok sont souvent républicains ; ceux qui sollicitent Perplexity, en revanche, sont plus souvent démocrates. Ces outils de vérification s’encapsulent donc dans l’univers des préférences politiques : on ne choisit plus seulement ses sources d’information, on choisit aussi son instance de vérification. Il faut remarquer, malgré tout, que les demandes de vérification portent plus souvent sur des publications issues de comptes républicains, y compris lorsque les demandeurs sont eux-mêmes républicains. Ceci tempère l’impression que l’on pourrait avoir de l’existence d’un biais d’infirmation, c’est-à-dire la volonté de convoquer des instances de contradiction lorsque les faits ne conviennent pas à nos attentes partisanes. La raison en est que les contenus républicains sont objectivement plus faux en moyenne que les autres comme la recherche l’a plusieurs fois montré. Le biais partisan n’éteint donc pas tout à fait la lumière de la lucidité.

    Cependant, il reste que ces arbitres artificiels ne sont pas infaillibles. Grok et Perplexity ne convergent qu’un peu plus d’une fois sur deux lorsqu’ils évaluent les mêmes contenus. Dans ces conditions, une certaine latitude interprétative est laissée aux usagers selon leur préférence. C’est ce que montre aussi, dans le même papier, une expérience menée par les auteurs auprès de 1 592 Américains. Les vérifications d’informations produites par IA sont plus ou moins admises selon l’identité du modèle. Lorsque celui-ci est révélé aux utilisateurs, en condition de laboratoire, leurs réactions se polarisent selon leur appartenance partisane : on se méfie plus ou moins de l’outil selon sa sensibilité politique.

    Les IA deviennent des outils ordinaires de vérification des faits et vont peu à peu organiser notre rapport au réel. Une question que pose la recherche contemporaine et à laquelle seul le futur pourra répondre demeure : que devient l’espace public lorsque chacun choisit non seulement ses informations, mais aussi son vérificateur ?

    Gérald Bronner est sociologue et professeur à Sorbonne Université.



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/lessor-inquietant-des-ia-comme-arbitres-de-linformation-par-gerald-bronner-TTHQ2V2WTNDURCYDSZHEKEB2NA/

    Author : Gérald Bronner

    Publish date : 2026-04-08 06:30:00

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  • EN DIRECT. Guerre en Iran : Donald Trump annonce un cessez-le-feu, Téhéran va rouvrir le détroit d’Ormuz

    Donald Trump a déclaré cette nuit avoir accepté de suspendre la « puissance destructrice » qu’il entendait déployer contre l’Iran, annonçant un cessez-le-feu de deux semaines avec Téhéran à condition, a-t-il précisé, que le détroit d’Ormuz soit rouvert immédiatement en toute sécurité. Le président américain a effectué ces commentaires via son réseau Truth Social moins de deux heures avant l’expiration de l’ultimatum (ce mercredi 02h00 heure française) fixé à Téhéran pour conclure un accord, après avoir menacé plus tôt dans la journée d’ordonner la « destruction complète » du pays en cas de refus.

    Téhéran a fait savoir qu’il cessera ses attaques si les attaques contre l’Iran sont effectivement suspendues. La navigation dans le détroit d’Ormuz sera possible en toute sécurité pendant deux semaines en coordination avec l’armée iranienne, a dit le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, dans un communiqué.

    Israël soutient la décision de Donald Trump de suspendre les bombardements contre l’Iran pendant deux semaines, ont dit les services du Premier ministre Benyamin Netanyahou. Ce cessez-le-feu ne s’applique toutefois pas au Liban, ont-ils ajouté, contredisant une annonce du Pakistan.

    Les infos à retenir

    ⇒ Donald Trump annonce un cessez-le-feu de deux semaines avec l’Iran

    ⇒ L’Iran accepte de rouvrir le détroit d’Ormuz si les attaques israélo-américaines cessent

    ⇒ Le cessez-le-feu ne concerne pas le Liban, dit Israël

    06h06

    La Résistance islamique irakienne suspend ses opérations

    La Résistance islamique irakienne, qui regroupe des factions armées alignées sur l’Iran, déclare dans un communiqué qu’elle va suspendre ses opérations en Irak et dans la région pour une durée de deux semaines.

    06h04

    Le cessez-le-feu ne concerne pas le Liban, dit Israël

    Israël soutient les efforts des Etats-Unis destinés à garantir que l’Iran ne représente plus une menace nucléaire, balistique ou « terroriste », ont déclaré ce mercredi les services de Benyamin Netanyahou. Washington a fait savoir à l’Etat hébreu qu’il était engagé à atteindre leurs objectifs communs lors des négociations à venir avec Téhéran, est-il ajouté dans un communiqué.

    Israël soutient la trêve de deux semaines décidée par Donald Trump à condition que les détroits bloqués dans la région soient rouverts et que les attaques cessent, ont également indiqué les services du Premier ministre israélien. Ceux-ci précisent que ce cessez-le-feu de deux semaines ne s’applique pas au Liban, contrairement à ce qu’avait indiqué plus tôt le Pakistan, qui avait déclaré que le cessez-le-feu s’appliquerait « partout » dans la région, citant notamment le Liban.

    05h59

    L’Iran accepte de rouvrir le détroit d’Ormuz si les attaques israélo-américaines cessent

    Le ministre iranien des affaires étrangères, Abbas Araghchi, a annoncé que l’Iran acceptait de suspendre ses « opérations défensives » si les attaques contre le pays cessaient bel et bien. « Pendant une période de deux semaines, un passage sécurisé du détroit d’Ormuz sera possible en coordination avec les forces armées iraniennes et compte tenu des limitations techniques », a-t-il ajouté, quelques instants après que les Etats-Unis et l’Iran ont accepté de négocier pendant deux semaines une issue pacifique à la guerre au Moyen-Orient.

    Le Conseil suprême iranien de sécurité a par ailleurs prévenu que ses « doigts sont sur la gâchette ». Si « l’ennemi fait la moindre faute, nous répondrons avec force », a-t-il dit.

    05h55

    Donald Trump annonce un cessez-le-feu de deux semaines avec l’Iran

    Indiquant sur son réseau Truth Social s’être entretenu avec le Premier ministre pakistanais, Donald Trump a écrit cette nuit sur son réseau Truth Social répondre favorablement à la proposition d’Islamabad de reporter la « puissance destructrice » qui devait être envoyée cette nuit contre l’Iran.

    Le président américain a dit accepter de suspendre les bombardements et les attaques pour une durée de deux semaines, à condition que Téhéran rouvre immédiatement la liberté de circulation dans le détroit d’Ormuz. Il s’agit d’un cessez-le-feu dans les deux sens, a-t-il précisé. Donald Trump a justifié sa décision en déclarant que les Etats-Unis avaient déjà « rempli et dépassé » tous leurs objectifs militaires.

    Un accord de paix sur le long terme avec l’Iran est encore loin, a-t-il dit également, tout en ajoutant qu’une proposition en 10 points transmise par Téhéran était selon lui une « base de travail » pour négocier.

    05h50

    Bienvenue dans ce direct

    Bonjour et bienvenue dans ce direct. Nous continuons à suivre ce mercredi 8 avril la guerre au Moyen-Orient, qui en est désormais à son 40e jour.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/en-direct-guerre-en-iran-donald-trump-annonce-un-cessez-le-feu-teheran-va-rouvrir-le-detroit-dormuz-KKL46W4DMJFITKJDIJQLXRJMRM/

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    Publish date : 2026-04-08 04:07:00

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  • La croisade de Léon XIV contre Donald Trump, Vladimir Poutine et les Gafam


    Il n’a pas encore reçu le Prix Nobel, mais Donald Trump est d’ores et déjà assuré d’aller au Paradis. « Votre âme est en sécurité et vous passerez l’Éternité en présence de Dieu », lui a promis le prédicateur Franklin Graham, ébahi par son « leadership historique », dans une lettre enflammée que le président Maga a publié sur son réseau Truth Social, le 29 mars. Trois semaines plus tôt, composant une improbable image pieuse, le leader républicain, qui venait de lancer son offensive contre l’Iran, se faisait filmer dans le bureau Ovale entouré de pasteurs évangéliques priant pour lui donner « la force » de diriger la nation et pour la « protection » des troupes américaines. Quant à son ministre de la Défense, Pete Hegseth, il demandait à Dieu, lors d’un service de prière organisé au Pentagone, de doter l’armée américaine d’une « violence d’action écrasante contre ceux qui ne méritent aucune pitié ».

    Sans surprise, le représentant sur terre du Christ n’a guère apprécié cette interprétation très libre de l’Évangile. « Jésus, Roi de la Paix, n’écoute pas les prières de ceux qui font la guerre, mais les rejette », a réagi le pape Léon XIV durant la messe des Rameaux, citant les paroles de Dieu transmises au prophète Isaïe : « Même si vous faites beaucoup de prières, je n’écouterai pas : vos mains sont pleines de sang ».

    Tous deux sont Américains, mais c’est là leur seul point commun. Guerre en Iran, Ukraine, migrants aux Etats-Unis, hyperpuissance des géants de la Silicon Valley, course effrénée à la richesse… L’ex-promoteur immobilier new-yorkais et l’homme de foi né à Chicago sont en désaccord sur à peu près tout. L’un, à la tête de la première puissance mondiale, ne croit qu’aux rapports de force et, dans ses « négociations de paix », semble se soucier davantage de business que de justice. L’autre dirige le plus petit État du monde, mais veille sur une communauté de 1,4 milliard de catholiques. Prêchant l’humilité et la tempérance, il appelle au respect du droit international.

    Mais contrairement aux grands dirigeants de la planète qui redoutent ses représailles économiques ou militaires, Léon XIV ne craint pas le courroux présidentiel. Même s’il ne s’oppose jamais à lui de façon frontale, le pape ne rate pas une occasion de tacler le locataire de la Maison-Blanche. Comme il s’en prend, sans les nommer, aux fossoyeurs du multilatéralisme hérité de la Seconde Guerre mondiale et aux prédateurs qui violent la souveraineté de leurs voisins, Poutine en tête, foulent. « Une diplomatie qui promeut le dialogue et recherche le consensus de tous est remplacée par une diplomatie de la force […] La guerre est revenue à la mode et une ferveur guerrière se répand », déplore-t-il dans son discours aux ambassadeurs, en début d’année.

    Léon XIV dans une situation délicate

    Nouveau pape, nouveau style. Indéniablement, la voix du Saint-Père américain porte moins que celle de son prédécesseur. Contrairement à François, Léon XIV évite les phrases chocs. Alors que le pape argentin assénait à Trump, en référence à sa politique anti-immigration à la frontière mexicaine, qu’une « personne qui veut construire des murs et non des ponts n’est pas chrétienne », lui s’abstient de le braquer et d’ajouter du chaos au chaos.

    Au verbe violent et erratique d’un Trump, Léon XIV oppose le temps long et la cohérence. Lorsque le républicain convie le Vatican en janvier dernier à rejoindre son controversé « Conseil de la paix », (censé remplacer les Nations unies), le pape laisse son secrétaire d’Etat (sorte de Premier ministre), le cardinal Pietro Parolin, décliner l’invitation près d’un mois plus tard, arguant que « c’est avant tout l’ONU qui doit gérer [les] situations de crise ». Léon ne monte pas non plus en première ligne lorsque la police israélienne interdit aux plus hautes autorités catholiques de célébrer la messe des Rameaux dans la basilique du Saint-Sépulcre, à Jérusalem. Là encore, il confie au cardinal Parolin et à son ministre des Affaires étrangères, Mgr Paul R. Gallagher, la gestion de cet incident « regrettable ».

    Alors que François était un pape militant, protestataire et à l’approche humanitaire, Léon, juriste de formation, fonde toujours ses déclarations sur le droit, ce qui l’amène à des positions plus nuancées. « Il reconnaît que la décision de limiter l’immigration relève de la souveraineté des Etats, mais leur rappelle aussi que les migrants ont des droits qu’ils doivent respecter », précise François Mabille, directeur de l’Observatoire géopolitique du religieux à l’Iris et auteur de Le Vatican, la papauté face à un monde en crise (éditions Eyrolles). Le 267e pape, qui possède également un passeport péruvien, ne s’est d’ailleurs pas privé de dénoncer le « traitement inhumain » réservé aux immigrés aux Etats-Unis. « Léon XIV est le premier pape américain, mais il n’est pas ‘100 % Yankee’, insiste Iacopo Scaramuzzi, spécialiste du Vatican au journal La Stampa. Très sévère, avant son élection, à l’égard de Donald Trump, il se retrouve aujourd’hui dans une position délicate : comment critiquer une politique qu’il juge contraire à l’Évangile sans que cela n’altère l’influence vaticane aux États-Unis ? »

    Pour l’instant, la « méthode Léon XIV » n’a pas obtenu de résultats tangibles. En début d’année, Léon avait bien essayé d’empêcher l’opération militaire de Washington contre le Venezuela. Son secrétaire d’Etat a en effet tenté de négocier l’exil du président Nicolas Maduro en Russie, comme l’a révélé le Washington Post. En vain. « Cet exemple illustre la diplomatie triangulaire Vatican-Moscou-Washington menée par le cardinal Parolin, note Iacopo Scaramuzzi. Malgré l’échec de cette tentative, elle prouve que le Vatican reste le seul acteur capable de parler à toutes les grandes puissances. »

    « Guerre juste »

    Sur le dossier ukrainien, le pape n’a pas non plus réussi à s’imposer comme un médiateur dans la guerre, ce qui ne l’empêche pas d’avoir un avis tranché sur le sujet. « L’Europe doit faire partie des garanties de sécurité, déclare-t-il en décembre dernier. Malheureusement, tout le monde ne le comprend pas ainsi. » Une pique adressée au locataire de la Maison-Blanche, mais aussi à son homologue russe Vladimir Poutine, qui a dû s’apercevoir que ce pape était moins conciliant que son prédécesseur. Soucieux de ne pas prendre parti, François avait, en réalité, repris des arguments du Kremlin, appelant même les Ukrainiens, en mars 2024, à « hisser le drapeau blanc »… S’il n’a pas officiellement condamné l’agression russe, le nouveau pape n’en a pas moins évoqué une « Ukraine martyrisée », à la suite d’un « acte de force pour violer les frontières ». Et il a reçu trois fois Volodymyr Zelensky depuis le début de son pontificat.

    « Léon XIV a mis fin à la méthode personnelle et parfois imprévisible de François. Il redonne ses lettres de noblesse à la diplomatie vaticane traditionnelle, préférant les structures établies aux initiatives isolées », résume une source vaticane. « Les sorties médiatiques de François étaient spectaculaires, mais témoignaient aussi d’une certaine impuissance. Toute la question est de savoir si Léon va invisibiliser le Vatican ou s’il va lui redonner au contraire une certaine efficacité », se demande Mikaël Corre, auteur de Géopolitique d’un conclave (éditions Bayard récits).

    Plutôt que de mener seul ses combats, le Souverain pontife laisse ses évêques monter au front. Notamment aux Etats-Unis, où il a nommé comme nonce apostolique Mgr Gabriele Caccia, ancien représentant du Saint-Siège auprès des Nations unies, un homme rompu aux rapports de force internationaux. Un signal supplémentaire de fermeté face à la politique étrangère de Donald Trump.

    Avant cela, plusieurs hommes d’Église américains avaient déjà sermonné le 47e président. Lorsqu’il menaçait de s’emparer du Groenland, en début d’année, Mgr Timothy Broglio, archevêque et aumônier en chef des armées américaines, avait estimé qu’il serait « moralement acceptable » pour un soldat de « désobéir » à un ordre d’attaquer ce territoire allié. Après l’opération contre le Venezuela, trois cardinaux, Blase Cupich (Chicago), Robert McElroy (Washington) et Joseph Tobin (Newark), avaient, dans une déclaration commune, proclamé que « l’action militaire doit être considérée uniquement comme un dernier recours dans des situations extrêmes, et non comme un instrument ordinaire de la politique nationale ». Le cardinal McElroy avait ensuite enfoncé le clou, martelant que l’offensive des Etats-Unis contre l’Iran ne réunissait pas les critères d’une « guerre juste ».

    Le Vatican dispose d’une force de frappe diplomatique réelle.

    Après cette année de « rodage diplomatique », le pape durcira-t-il le ton ? « Son pontificat entre dans sa phase active, estime le vaticaniste Massimo Faggioli. Si ses premiers déplacements (Turquie, Liban, Monaco) relevaient d’engagements pris par son prédécesseur, l’année 2026 marque le véritable coup d’envoi de sa stratégie internationale. » Première décision symbolique, Léon XIV ne se rendra pas aux Etats-Unis en juillet prochain pour le 250e anniversaire de l’indépendance du pays, malgré l’insistance de la Maison-Blanche. Le Souverain pontife, qui « espère » que Trump « cherche une porte de sortie » à la guerre au Moyen-Orient, a visiblement à cœur de ne pas apparaître comme un « pape américain » ou complaisant à l’égard de Washington.

    C’est d’ailleurs sur un continent où les Etats-Unis sont moins dominants qu’il va lancer son pontificat géopolitique. Le fait que sa tournée africaine, du 13 au 23 avril, démarre par l’Algérie (avant le Cameroun, l’Angola et la Guinée équatoriale) n’a rien d’anodin. Léon se rendra sur la tombe de son père spirituel, saint Augustin (354-430), qui fut évêque d’Hippone – l’actuelle Annaba, où il est enterré. Une façon pour Léon de placer son pontificat sous le patronage de l’un des plus grands théologiens du christianisme. A l’instar de l’auteur de la Cité de Dieu, Léon XIV refuse les visions manichéennes du monde. Il donne la primauté au dialogue et revendique la coexistence de la foi et de la raison face au retour des empires. Tout comme Augustin avait dû penser le christianisme face à l’effondrement de l’Empire romain, Léon XIV réfléchit à la place de l’Église face aux révolutions géopolitiques, mais aussi technologiques.

    Ciblant les géants du numérique américains (Gafam), il s’inquiète du risque que font peser sur l’Humanité leurs algorithmes et l’IA font peser sur l’humanité s’ils échappent à toute réglementation. « Comment pouvons-nous garantir que le développement de l’intelligence artificielle serve véritablement le bien commun et ne soit pas uniquement utilisé pour concentrer de la richesse la richesse et le pouvoir entre les mains de quelques-uns ? », interroge-t-il. Et d’ajouter : « L’être humain n’est pas appelé à être uniquement un consommateur passif de contenus produits par une technologie artificielle. Notre dignité réside dans la capacité à réfléchir, à choisir librement, à aimer inconditionnellement, à entrer dans des relations authentiques avec les autres. »

    Des positions qui exaspèrent l’un des gourous les plus contestés de la Silicon Valley. Fondateur du groupe Palantir Technologies, spécialisé dans l’IA et dont les systèmes sont utilisés pour traquer les migrants et combattre en Iran, le sulfureux Peter Thiel est venu à la mi-mars en Italie pour « évangéliser » les Romains sur les risques d’une législation trop stricte. Pour ce fervent soutien du président Maga, qui rêve d’immortalité sur terre, freiner le progrès et lui imposer des contraintes morales revient, ni plus ni moins, à préparer l’avènement de l’Antéchrist et la dévitalisation du monde. Entre un Trump persuadé que ses coups d’éclat lui vaudront le Paradis et un Thiel techno-mystique, Léon XIV rappelle, lui, que ni la force ni la science ne sauveront l’humanité. Ce qui, d’une certaine manière, est presque rassurant.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/la-croisade-de-leon-xiv-contre-donald-trump-vladimir-poutine-et-les-gafam-CLFMCPB3ZVBF3HXUGQH5MPKC4I/

    Author : Charles Haquet, Cyrille Pluyette, Manon Guibon

    Publish date : 2026-04-07 16:00:00

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  • « Le projet des islamistes a échoué de façon magistrale » : comment l’Iran s’est sécularisé

    C’est une passionnante histoire intellectuelle de l’Iran depuis plus d’un siècle. Dans Lumières et anti-Lumières en Iran (PUF), Stéphanie Roza, chargée de recherches en philosophie politique (CNRS/Sorbonne Université) et Amirpasha Tavakkoli, docteur en sciences politiques et enseignant à Science Po Reims, montrent comment ce pays a souvent été un laboratoire politique. Précurseur en matière de révolution constitutionnaliste dans le monde musulman au début du XXe siècle, l’Iran l’a aussi été dans l’alliance entre islamistes réactionnaires et gauche marxiste, qui a abouti à la chute du chah et à l’avènement d’une dictature théocratique en 1979. Mais pour Stéphanie Roza et Amirpasha Tavakkoli, « les Iraniens sont complètement revenus de cette illusion », avec une société grandement sécularisée, des mosquées vides et une population qui n’a selon eux pas d’animosité particulière contre Israël, à l’inverse de ses dirigeants. Entretien.

    L’Express : Dans l’histoire de l’Iran, on voit à quel point les interventions étrangères ont souvent alimenté le nationalisme. L’invasion de l’Irak en 1980 a par exemple servi au tout nouveau régime islamiste. De la même façon, la guerre initiée par les Etats-Unis et Israël ne va-t-elle pas renforcer ce régime, avec un « effet drapeau » ?

    Stéphanie Roza : Depuis le début du XXe siècle, l’identité nationale iranienne s’est effectivement construite à travers une prise de distance par rapport aux visées impérialistes britanniques ou russes. Lors de la révolution de 1979, les Iraniens ont cru trouver dans l’islam chiite un mouvement de retour à soi centré sur la religion, une voie vers l’indépendance et une réponse à ce questionnement sur l’identité nationale. C’était une forme de modernité anti-occidentale. Mais les Iraniens sont complètement revenus de cette illusion, puisque la révolution islamiste a débouché sur une dictature atroce dont plus personne ne veut.

    La société iranienne est aujourd’hui grandement sécularisée, les mosquées sont vides. Les gens délaissent la dimension chiite de l’identité nationale. Il y a même un retour à des traditions préislamiques, comme le zoroastrisme. Par ailleurs, Il y a eu une rupture majeure en janvier, quand le régime a massacré des dizaines de milliers d’opposants désarmés dans les rues. C’est la pire répression dans le pays depuis la révolution de 1979. En ce moment, l’exécution de caciques du régime est saluée par des cris de joie à Téhéran, alors même que la répression bat son plein et que les bombes tombent. Le régime a sombré dans la paranoïa, les opposants étant accusés d’être des agents américains ou israéliens.

    Amirpasha Tavakkoli : L’ingérence étrangère a été extrêmement problématique dans l’histoire iranienne depuis le XIXe siècle. Mais la situation actuelle est effectivement très différente. Le régime multiplie les appels à venir manifester et à montrer son opposition à cette guerre, mais au final, peu de personnes y participent. Le régime s’est comporté de façon tellement atroce qu’il y a un ras-le-bol général, même chez les gens qui condamnent cette guerre. Et aujourd’hui, l’iranité n’a plus rien à voir avec l’identité figée voulue par le régime islamique.

    Votre livre souligne qu’il n’y avait aucun fatalisme dans l’histoire iranienne. Au début du XXe siècle, le pays était pionnier, avec la Turquie, en matière de révolution constitutionnelle dans le monde musulman…

    A.T. Ce qui s’est passé au début du XXe siècle en Iran est quelque chose d’exceptionnel. En 1906, l’Iran a été pionnière en matière de révolution constitutionnelle, avec une adhésion à l’universalisme et un ardent désir de penser l’Etat sous un prisme moderne et rationnel. Malgré son échec, cette révolution constitutionnelle reste un moment décisif dans l’histoire iranienne par la nouveauté de ses revendications politiques, inspirée des valeurs des Lumières et de la Révolution française.

    Après son arrivée au pouvoir en 1926, Reza Chah, fondateur de la dynastie des Pahlavi, a voulu moderniser le pays et limiter le rôle du clergé, en s’inspirant des réformes menées au même moment par Mustafa Kemal en Turquie. Mais sur le plan politique, il a aussi restauré un pouvoir impérial.

    Vous montrez à quel point l’islamisme, souvent associé à une sorte de malédiction des pays musulmans, est en réalité un objet politique neuf du XXe siècle, à la fois réactionnaire et révolutionnaire…

    S.R. L’islamisme n’est pas un retour pur et simple au passé. Il est par certains aspects un projet neuf. Il s’agit d’apporter une réponse à la modernité qui arrive alors dans le monde arabo-musulman, d’abord via les armées impérialistes occidentales, puis à travers les constitutions modernes, les premiers codes civils et la fin du califat islamique décidée par Mustafa Kemal en Turquie dans les années 1920. Mais ce double caractère conservateur et révolutionnaire n’est pas propre à l’islamisme, on le retrouve dans tous les courants réactionnaires dans le monde depuis l’avènement de la modernité politique au XVIIIe siècle avec les Lumières et la Révolution française. L’islamisme a bien sûr des caractéristiques propres liées à l’islam et à la nature des sociétés musulmanes. Mais il appartient par de nombreux aspects au camp réactionnaire, avec ses cousins européens. Sayyid Qutb, l’intellectuel organique des Frères musulmans, s’est inspiré de certains auteurs réactionnaires occidentaux. D’un point de vue organisationnel, les Frères musulmans, créés en 1928, sont un mouvement fascisant avec un culte du chef, une structure pyramidale, une volonté de refaçonner la société, des organisations pour la jeunesse… Leur fondateur, Hassan Al-Banna, est un admirateur de Mussolini et Hitler. Enfin, l’antisémitisme islamiste n’est pas seulement un héritage de l’antijudaïsme traditionnel dans le monde musulman. Il reprend des aspects de l’antisémitisme européen, alors que des classiques de la littérature antisémite, à commencer par Les Protocoles des Sages de Sion, arrivent dans le monde musulman dans les années 1920, par le biais de chrétiens arabes qui les traduisent.

    Les Frères musulmans sont un mouvement sunnite. Comment se fait la transition vers l’islamisme chiite en Iran ?

    S.R. Le premier groupe islamiste chiite, les Fedayins de l’islam, est né au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Son leader, Navvab Safavi, rencontre Sayyid Qutb au début des années 1950 dans une conférence contre Israël. Ils se rendent compte de leur convergence de vues parfaite. A tel point que les Fedayins de l’islam se renomment « Les Frères musulmans » en persan. Safavi fréquente Khomeini, et est le mentor d’Ali Khamenei, qui sera le traducteur de Qutb en persan. Il y a donc un bouillon de culture et une convergence entre islamisme sunnite et chiite.

    Mais l’islamisme chiite a aussi ses spécificités. D’une part, le chiisme est une minorité de l’islam qui s’est toujours vécue comme persécutée, puisque son acte de naissance, c’est la bataille de Kerbala en 680, quand le deuxième calife omeyyade a fait assassiner Hussein, petit-fils de Mahomet que les chiites considèrent comme un des représentants directs d’Allah sur Terre. Il y a donc une mentalité de forteresse assiégée très forte chez eux. Par ailleurs, le chiisme se distingue par son messianisme : les chiites considèrent que le douzième imam est « caché » et qu’il va revenir à la fin des temps. Il y a donc une eschatologie chiite, sur laquelle Khomeini a habilement joué. Il ne s’est jamais directement présenté comme le douzième imam, mais il a laissé planer l’ambiguïté au moment de la révolution iranienne.

    A.T. L’islamisme arrive aussi en Iran dans un contexte particulier, avec notamment le coup d’Etat contre le gouvernement de Mossadegh dans les années 1950, alors que celui-ci voulait en tant que Premier ministre bloquer la mainmise du clergé et réformer la Constitution iranienne. Après cet échec, des intellectuels iraniens ont cherché une voie propre avec l’idée d’un retour à soi. Il fallait trouver des références locales, issues de la culture nationale, pour pouvoir faire renaître quelque chose de nouveau et s’émanciper des influences occidentales. Ces intellectuels « nativistes » n’étaient pas tous particulièrement religieux, mais ce mouvement a fini par profiter aux islamistes.

    Ali Shariati a ainsi le chiisme comme une religion émancipatrice et progressiste.

    Le terme « islamo-gauchisme » a suscité beaucoup de débats en France. Mais dans les années 1970, en Iran, il y avait un courant se revendiquant de « l’islamo-marxisme ». En quoi l’Iran a-t-elle été un laboratoire dans ce rapprochement étonnant entre gauche et islamistes conservateurs ?

    S.R. L’un des facteurs expliquant ce rapprochement en Iran, c’est la faiblesse structurelle des organisations de gauche qui n’ont jamais été des partis de masse, du fait de la répression du chah. Sous Mohammad Reza Pahlavi, le Parti communiste a été violemment réprimé, alors que le clergé a bénéficié d’un traitement plus clément. Les militants sont assassinés ou doivent partir en exil. D’autre part, le Parti communiste iranien est inféodé à Moscou. Or, à la fin des années 1970, la bureaucratie soviétique voit plutôt d’un bon œil la victoire de Khomeiny, car il représente un pouvoir anti-américain.

    Mais il a aussi eu en Iran l’essor d’un phénomène islamo-marxiste qui aura, mutatis mutandis, une destinée internationale par la suite. Comme l’expliquait Amirpasha, les intellectuels « nativistes », après l’échec de l’épisode Mossadegh, se sont détournés de la modernité occidentale, associée à leurs yeux à l’impérialisme. Ils ont donc cherché dans l’islam chiite les racines d’une identité iranienne désaliénée de l’influence occidentale. L’auteur le plus important de ce courant, c’est Ali Shariati, théoricien d’un « chiisme rouge ». Shariati avait conscience qu’une partie des clercs étaient des conservateurs. Mais selon lui, il y a dans le Coran et les propos d’Ali tout ce qu’il faut pour construire une société socialiste. Shariati a ainsi présenté le chiisme comme une religion émancipatrice et progressiste. Une partie de ses idées ont ensuite essaimé dans la gauche iranienne, et notamment chez les Moudjahidines du peuple, une organisation révolutionnaire.

    A.T. Il y avait à cette époque-là également une grande fracture entre l’Iran urbain et rural. Dans les villes, les populations éduquées étaient sensibles aux idées émancipatrices. Mais l’opposition religieuse était beaucoup plus forte dans les campagnes. Aux yeux de la gauche, l’alliance avec Khomeini était donc vue comme une tactique pour toucher ces masses rurales et renverser le chah, leur ennemi commun. Khomeini a su s’adresser à la religiosité qui régnait alors dans la société iranienne. A son retour dans le pays en 1979, plusieurs millions de personnes sont venues pour l’accompagner depuis l’aéroport. Mais quand la gauche s’est rendu compte de son erreur stratégique, il était déjà trop tard. Et la guerre contre l’Irak, déclenchée en 1980, n’a fait que renforcer le régime islamiste.

    On peine à comprendre aujourd’hui comment des intellectuels occidentaux, comme Michel Foucault, ont pu s’enthousiasmer pour Khomeini, alors qu’il était un antisémite farouche, animé comme vous le dites par une « pensée médiévale »…

    S.R. En 1979, l’année même de la révolution iranienne, paraissait en France un livre composé des citations traduites de certains des ouvrages de Khomeini. On pouvait y lire, noir sur blanc, ses projets en matière de théocratie, de guerre sainte, mais aussi ses recommandations sur le mariage temporaire (tout à fait normalisé), la sodomie (« Si l’homme sodomise le fils, le frère ou le père de sa femme après son mariage, ce mariage reste valide »), ou l’adultère (avec la tante, la cousine, la fille de sa femme, par exemple). Certes, l’engouement d’une partie de la gauche et des journalistes pour Khomeini a précédé la publication de ce « petit livre vert ». Mais l’ayatollah avait déjà fait campagne dans les années 1960 contre le droit de vote des femmes. Il avait déjà tenu de nombreux propos antisémites. Et puis, il avait clairement annoncé son ambition d’instaurer un pouvoir théocratique.

    Selon vous, ce que le chah n’avait pas réussi à imposer de force, le régime islamiste l’a fait : moderniser et séculariser la société iranienne. Aujourd’hui, le taux de fécondité y est inférieur à un 1,6 enfant par femme, alors qu’il était encore supérieur à 6 au moment de la révolution islamique en 1979…

    S.R. Il y a une résistance extraordinaire de la société iranienne à la propagande et au totalitarisme des mollahs. L’Iran n’est pas exactement un régime totalitaire comme l’étaient l’Italie ou l’Allemagne dans les années 1930, mais il y a un encadrement idéologique de la population, une surveillance policière omniprésente et des grandes messes où tout le monde est censé crier « mort à Israël » ou « mort aux Etats-Unis ». Malgré tout cela, ce projet a échoué de façon magistrale. Les mosquées sont vides, les Iraniens n’ont aucune animosité envers les juifs et ne sont pas obsédés par l’idée de détruire l’Etat d’Israël. Ils ne sont pas perméables à la propagande négationniste du régime qui est développé depuis la fin des années 1990. Les Iraniens se sont occidentalisés malgré le régime, dans un renversement paradoxal. Par apport à 1979, les Iraniens sont aujourd’hui, pourrait-on dire de façon un peu provocatrice, presque des Occidentaux comme les autres…

    A.T. C’est une sécularisation par le bas, alors que la République islamique a recherché par tous les moyens à endoctriner la population. Cela a échoué dans presque tous les domaines. Que ce soit sur l’antisémitisme, la répression des femmes ou celle des minorités ethniques et sexuelles. La société iranienne a rejeté une offre politique qui ne fait plus sens à ses yeux. L’administration du chah pensait moderniser la société à travers des lois. La République islamique, c’est l’inverse. Un projet idéologique réactionnaire a abouti à créer une société qui s’est émancipée, et qui fait preuve d’une très grande résistance, même durant cette guerre.

    S.R. Internet et les réseaux ont aussi joué un rôle important ces vingt-cinq dernières années. On critique souvent la technologie numérique, à juste titre parfois. Mais elle permet aussi de communiquer avec l’extérieur, de recevoir des informations d’ailleurs. La diaspora iranienne a produit des chaînes de télé ou de radio depuis l’étranger, qui ont eu une vraie influence idéologique. Le mouvement Femme, vie, liberté est également parti d’appels à aller manifester sur les réseaux sociaux.

    Lumières et anti-lumières en Iran, par Stéphanie Roza et Amirphasa Tavakkoli. PUF, 297 p, 23 €.



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/le-projet-des-islamistes-a-echoue-de-facon-magistrale-comment-liran-sest-secularise-U7Y7CXJYXBCDXPOACT7LVKR6VQ/

    Author : Thomas Mahler

    Publish date : 2026-04-07 18:00:00

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  • Immigration : comment l’administration Trump poursuit les expulsions, en dépit de la contestation

    C’était en janvier 2026, des manifestations monstres défilaient dans les rues de Minneapolis. Les raisons de la colère : la mort, quelques jours plus tôt de deux citoyens américains s’opposant à la police de l’immigration américaine, l’ICE, et la contestation des arrestations massives opérées par les agents fédéraux. Pour calmer la colère, l’administration Trump avait promis de changer d’approche : moins d’expulsions et des incarcérations plus ciblées.

    Pourtant, des enquêtes menées par les médias américains montrent qu’en dépit des annonces, les agents fédéraux de l’immigration poursuivent de façon soutenue la traque de personnes immigrées sans casier judiciaire. D’autre part, confronté à des critiques croissantes sur sa politique d’expulsions, Stephen Miller, le conseiller américain à la sécurité intérieure, tente de trouver d’autres mesures rendant plus difficile le quotidien des personnes en situation irrégulière.

    7 000 expulsions par semaine

    Selon les données de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), la police américaine de l’immigration et des douanes, le nombre d’arrestations a légèrement baissé. « Environ 7 000 par semaine » au cours du mois de février, dans la foulée des manifestations anti-ICE, « contre 9 000 » au début du mois de janvier, précise le Washington Post.

    Parmi les personnes arrêtées, 42 % avaient un casier judiciaire vierge. Pourtant, Tom Homam, conseiller spécial à l’immigration de la Maison-Blanche, avait déclaré que « toutes les opérations seraient désormais ciblées » et donneraient la priorité « aux étrangers criminels, aux menaces à la sécurité publique et nationale ». Ce dernier a succédé à Gregory Bovino, commandant de l’ICE en charge des opérations de Minneapolis.

    « Profond malaise »

    Et pour cause, la mort de Renée Good et Alex Pretti, les 7 et 24 janvier 2026, tués par des agents fédéraux, a marqué un point d’inflexion auprès de l’opinion publique américaine. Les sondages indiquaient qu’une majorité de la population estimait que l’administration était allée trop loin dans sa politique anti-immigration.

    D’autres témoignages de personnes ciblées par l’ICE, abreuvant les médias américains, continuent de susciter la polémique y compris chez les électeurs favorables à plus de fermeté sur l’immigration. C’est le cas de l’histoire d’Annie Ramos, une étudiante en biochimie de 22 ans, mariée à un sergent américain de l’armée de terre – corps particulièrement respecté aux Etats-Unis – récemment arrêtée. « L’affaire Ramos souligne pourquoi tant d’Américains favorables à l’expulsion des personnes en situation irrégulière restent profondément mal à l’aise face à la politique de l’administration », pointe un éditorial du Washington Post.

    Une épine dans le pied pour Stephen Miller, qui s’était fixé comme objectif au printemps dernier 3 000 arrestations par jour. Un chiffre jamais atteint : au plus fort, les agents fédéraux ont arrêté dans une même journée 1 900 personnes, en juin 2025. « Les chiffres les plus récents indiquent que l’ICE arrête 933 personnes par jour », poursuit le Washington Post. Sarah Saldaña, qui a dirigé l’ICE sous la présidence de Barack Obama, a néanmoins déclaré au quotidien que les expulsions pourraient à nouveau s’accélérer, une fois l’indignation publique retombée.

    Une répression par d’autres moyens

    Malgré la baisse du nombre d’arrestations quotidiennes, les chiffres les plus récents restent trois fois supérieurs à ceux de 2024, dernière année de l’administration Biden. Au total, depuis janvier 2025, l’ICE a arrêté 273 000 immigrés, avec ou sans casier judiciaire.

    Une politique qui reflète le fond de la pensée de Stephen Miller, qui assimile toute personne présente de façon irrégulière sur le territoire à un criminel. A ce sujet, le New York Times rappelle la posture qu’il avait adoptée lors de sa prise de poste. « M. Miller a été catégorique : les agents ne doivent pas se limiter aux criminels dangereux. Ils doivent interpeller toute personne présentant le moindre soupçon raisonnable et arrêter sans mandat toute personne en situation irrégulière. Son message était clair : il faut repousser les limites ».

    Dans l’impasse, ce partisan d’une sécurité intérieure plus régalienne revoit sa stratégie. « Il milite pour de nouvelles mesures visant à durcir davantage les conditions de vie des immigrants sans papiers ou légaux, en rendant plus difficile l’accès au logement social ou à d’autres aides », analyse le New York Times. « Il finalise également un règlement visant à bloquer la délivrance de cartes vertes [NDLR : équivalents des permis de séjour], aux immigrants susceptibles d’avoir besoin d’aides sociales », indiquent des sources proches de l’administration.

    Voie fédérale

    Stephen Miller collaborerait également avec des élus de plusieurs Etats républicains pour faire adopter des lois anti-immigration au niveau local. Au Tennessee, les Républicains ont ainsi avancé un texte obligeant les fonctionnaires des hôpitaux ou des écoles à signaler les personnes immigrées bénéficiant de services sociaux, sous peine de sanctions. Une législation similaire a été introduite en Oklahoma.

    Le mois dernier, le conseiller de la Maison-Blanche avait également encouragé les élus texans à voter la suppression du financement public de l’école pour les enfants sans papiers – mesure inconstitutionnelle. Lors d’un récent échange avec les services d’immigration, il aurait également demandé des informations sur la manière dont les personnes sans-papiers utilisent leur carte de crédit, probablement pour réfléchir à des mesures visant à limiter leur capacité à ouvrir et utiliser un compte bancaire.

    En cherchant à multiplier les expulsions, l’administration Trump avait sans le vouloir « ravivé un débat clivant sur la définition de l’identité américaine », analyse le New York Times. Confrontée à une levée de boucliers, elle tente désormais de contourner les obstacles.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/amerique/immigration-comment-ladministration-trump-poursuit-les-expulsions-en-depit-de-la-contestation-WROIJEFSMNAGJGMXXOQ46VPSCM/

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    Publish date : 2026-04-07 18:18:00

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  • Guerre en Iran : plus d’un mois après sa nomination, l’état du Guide suprême toujours incertain

    Mojtaba Khamenei, le nouveau Guide suprême de l’Iran qui a succédé à son père, Ali Khamenei, serait incapable de diriger le pays. Selon une information du Times, il serait dans la capitale religieuse du pays, Qom, où il recevrait un traitement pour un problème de santé « grave » qui le place « dans l’incapacité de participer à toute prise de décision du régime ».

    Téhéran a confirmé que le fils Khamenei avait été blessé dans la frappe aérienne qui a tué son père, sa mère, son épouse, et l’un de ses fils, le 28 février, date qui marque le début de cette guerre. Depuis, le nouveau Guide suprême n’avait été ni vu, ni entendu, même lorsqu’il a été élu le 8 mars 2026, par une assemblée d’experts. Son silence a également surpris lors du Nouvel An persan, le Norouz, qui s’est déroulé le 20 mars cette année. Traditionnellement le Guide suprême adresse un prêche télévisé à l’occasion de cette célébration.

    Le père et le fils dans la ville de Qom

    Le quotidien britannique s’est procuré une note diplomatique qui s’appuierait sur des renseignements américains et israéliens et qui a été partagée avec des alliés du Golfe. Une information dont les services de renseignement seraient en possession depuis un certain temps mais qu’ils avaient choisi de la garder secrète jusqu’à présent.

    Cette nouvelle révèle pour la première fois la localisation de Mojtaba Khamenei depuis son arrivée au pouvoir. Située à environ 140 km au sud de Téhéran, Qom est considérée comme sacrée dans l’islam chiite. Selon la même source, le corps de son père, Ali Khamenei, serait également dans la ville sainte. Sa dépouille serait en préparation pour ses funérailles qui, selon les agences de presse de l’Etat iranien, devraient se dérouler dans le sanctuaire chiite de sa ville natale, Mashhad. Une cérémonie publique en hommage au dirigeant devrait également avoir lieu à Téhéran.

    Une vidéo de propagande réalisée par IA

    Malgré son silence, deux déclarations ont été attribuées à Mojtaba Khamenei et diffusées à la télévision d’État iranienne. L’une d’entre elles, diffusée le 6 avril, a été générée par intelligence artificielle. Elle montrait le dirigeant entrant dans une salle de guerre et analysant une carte de la centrale nucléaire israélienne de Dimona.

    🚨 🇮🇷
    This “viral” video of Mojtaba Khamenei has people shocked… pic.twitter.com/u6popJlt1p

    — IranDefenceForce (@IranDefenceForc) April 6, 2026

    Aucun enregistrement de la voix du Guide suprême n’a été ajouté à cet extrait. Un mutisme qui n’a fait que renforcer les suspicions sur la gravité de son état. Pourtant, alors que des groupes d’opposition affirment que le fils Khamenei est plongé dans le coma – et d’autres qu’il a été blessé au visage et à la jambe – l’Etat l’assure : le dirigeant est « aux commandes ». Mais les rumeurs qui planent sur son état de santé suffisent à alimenter la crainte que le Corps des Gardiens de la révolution islamique tienne en réalité les rênes de Téhéran, relève le Times. D’autant plus que, sur le plan des négociations, Donald Trump a affirmé dialoguer avec d’autres responsables iraniens, précisant qu’il ne traitait pas avec Mojtaba Khamenei.





    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/guerre-en-iran-plus-dun-mois-apres-sa-nomination-letat-du-guide-supreme-toujours-incertain-IJR5HYYYG5FNVMHK4IY7GQFPNU/

    Author : Asia Dayan

    Publish date : 2026-04-07 16:56:00

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  • Iran, quand l’IA fait la guerre : une bascule décryptée par Hugo Micheron

    A quoi assistons-nous depuis le début de la guerre en Iran ? Quel rôle joue l’IA d’un point de vue militaire ? Et dans la bataille des récits ? Où en est l’Europe dans cette nouvelle technologie de défense ? Les désordres géopolitiques ont-ils mis la menace djihadiste en sourdine ? Pour répondre à ces questions, Hugo Micheron est le nouvel invité des Grands entretiens d’Anne Rosencher.

    Professeur associé à Sciences Po Paris, arabisant, spécialiste du Moyen-Orient et du djihadisme, il a également développé, depuis quelques années, une expertise dans l’intelligence artificielle et ses implications géopolitiques. Autant dire que c’est l’une des personnes les pertinentes à interroger dans la période. Cinquante minutes d’entretien riche, à regarder en vidéo sur YouTube et Dailymotion, ou à écouter sur les plateformes traditionnelles de podcast, comme Apple Podcasts, Spotify, Deezer, Castbox ou encore Podcast Addict.



    Source link : https://www.lexpress.fr/podcasts/lesgrands-entretiens-anne-rosencher/iran-quand-lia-fait-la-guerre-une-bascule-decryptee-par-hugo-micheron-EJXCUYM7NREGXKKVSUWUZVD2FU/

    Author : Anne Rosencher

    Publish date : 2026-04-07 15:30:00

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  • Guerre en Iran : pour protéger ses intérêts électoraux, l’AfD rompt avec Donald Trump

    A l’AfD (Alternative pour l’Allemagne), l’heure est au rétropédalage. Alors qu’ils affichaient il y a peu leur proximité avec Donald Trump, les leaders du parti allemand d’extrême droite tentent désormais de prendre leurs distances. Début avril, le parti a annoncé réduire la taille de la délégation qu’il avait prévue d’envoyer outre-Atlantique. « L’AfD souhaite que ses contacts soient plus ciblés et ne va plus envoyer de grands groupes », a déclaré un cadre allemand au Financial Times. Une initiative partagée jusqu’au sommet du parti. Dès le mois de mars, sa dirigeante, Alice Weidel qualifiait les bombardements américains en Iran de « catastrophe ». Le week-end précédent, Tino Chrupalla, un codirigeant du parti, profitait d’un meeting en Saxe pour appeler au retrait des 38 000 soldats américains stationnés en Allemagne.

    Les élections régionales en ligne de mire

    Une soudaine rupture n’est pas sans lien avec le calendrier électoral allemand. Alors que le parti se prépare au renouvellement de trois parlements régionaux de septembre prochain, il ne cache pas son ambition de décrocher une première place historique dans les lands de Saxe-Anhalt et de Mecklembourg-Poméranie occidentale. Ces deux territoires, ancrés dans une histoire communiste, sont toujours marqués par l’antiaméricanisme et un soutien à la Russie de Vladimir Poutine.

    Et de manière générale, si les électeurs de l’AfD avaient une opinion favorable de Donald Trump, ils sont désormais majoritaires à s’opposer à l’initiative martiale du président américain. « La plupart […] me disent – même s’il y a bien sûr des exceptions – qu’ils n’apprécient pas cette guerre », a confirmé Christina Baum, députée de l’AfD de la Saxe-Anhalt aux journalistes du Financial Times. Début mars, 58 % des Allemands interrogés par l’institut de sondage ARD-DeutschlandTrend considéraient l’offensive des Etats-Unis et d’Israël en Iran injustifiée.

    En cause, la crainte que l’économie allemande soit impactée par la flambée des prix de l’énergie. D’autant plus que le pays commençait à montrer les premiers signes d’un rebond de croissance économique après six années de stagnation. Des angoisses renforcées par les tentatives de Donald Trump d’inciter les 27 à s’impliquer dans le conflit.

    Une analyse partagée par Jacob Ross, chercheur au Conseil allemand des relations étrangères : si les menaces de Donald Trump à l’encontre du Groenland ont acté le début de la fin, « l’intervention en Iran, et la récession qu’elle pourrait entraîner en Europe, a marqué un tournant ». Et l’expert d’ajouter : « Au sein de l’AfD, les voix qui ont toujours considéré les États-Unis comme un mauvais allié ont repris le dessus. »

    Une « minorité bruyante »

    Toutefois, cette nouvelle posture anti-Trump ne fait pas non plus l’unanimité dans les rangs du parti d’extrême droite.

    Dans un post sur X, le député Maximilian Krah a qualifié l’alliance germano-américaine de « fondement et le cadre de notre architecture de sécurité ». Et l’élu l’assure : « ma position correspond aux résolutions contraignantes actuelles de l’AfD. Cependant, elle doit être imposée face à la minorité bruyante et communiquée de manière offensive à l’extérieur ! »

    Même son de cloche du côté du porte-parole de l’AfD pour la politique étrangère, Markus Frohnmaier. Le député qui s’est imposé comme figure clé des relations avec le mouvement Maga, a salué la « précision chirurgicale et une focalisation claire » des frappes américaines. Plus nuancé que son collègue, il a toutefois appelé à une désescalade.

    Et si certains cadres incitent pour maintenir la relation avec les partisans de Donald Trump, c’est sûrement parce que l’alliance a porté ses fruits dans le passé. Le clan Maga a notamment participé à la lutte contre l’ostracisation politique de l’AfD à l’échelle allemande. Entre autres, le parti avait bénéficié du soutien d’Elon Musk et du vice-président américain, J.D. Vance. L’objectif : couper définitivement le cordon sanitaire qui sépare le parti d’extrême droite du courant conservateur porté par le chancelier allemand Friedrich Merz.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/guerre-en-iran-pour-proteger-ses-interets-electoraux-lafd-rompt-avec-donald-trump-L4AOMSXDQZFIHEFV3EYB2AZZQA/

    Author : Asia Dayan

    Publish date : 2026-04-07 12:49:00

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  • Nouvelle-Calédonie : entre gâchis et espoir, par Manuel Valls

    Jeudi 2 avril, à l’Assemblée nationale, une motion de rejet a mis fin, avant même tout débat, au projet de loi constitutionnelle relatif à la Nouvelle-Calédonie. Qu’elle ait été défendue par Emmanuel Tjibaou, signataire de l’accord de Bougival pour le FLNKS avant d’être désavoué par les plus radicaux des siens, révèle l’ampleur des contradictions et des tensions actuelles. Camouflet pour Emmanuel Macron, cette décision aboutit à une impasse politique. En rejetant largement ce texte, pour des raisons opposées, les députés ont stoppé un processus institutionnel patiemment construit. Ils empêchent les Calédoniens de se prononcer sur leur avenir car Bougival et la réforme constitutionnelle ne s’appliquaient que s’ils l’approuvaient démocratiquement.

    Cet accord était le fruit de mois de négociations intenses, que j’ai menées à partir de janvier 2025, d’abord dans un climat de défiance hérité de la crise dramatique de mai 2024 et des lourdes erreurs commises par l’exécutif depuis la tenue du troisième référendum de 2021, largement boycotté par les indépendantistes. Bougival est le premier compromis de cette nature depuis 1998. Beaucoup n’y croyaient plus. Et pourtant, au petit matin du 12 juillet 2025, une émotion sincère, palpable a traversé toutes les délégations, y compris les élus indépendantistes : celle d’avoir trouvé un chemin commun. Tous les partenaires calédoniens ont consenti courageusement des efforts, parfois des concessions douloureuses. Car une évidence demeure : aucun équilibre durable ne pourra être trouvé sans l’ensemble des forces politiques.

    Là où il aurait fallu reprendre patiemment le dialogue avec le FLNKS – après son choix incompréhensible de désavouer sa délégation –, comme j’avais commencé à le faire, le gouvernement s’est enlisé, après mon éviction, avec la suspension soudaine cet automne du projet de loi constitutionnelle et l’idée absurde de consultation anticipée qui ont miné la confiance. Il aurait dû œuvrer, au Sénat puis à l’Assemblée, avec les socialistes, héritiers de Rocard et de Jospin, à un compromis qui garantisse le droit à l’autodétermination du peuple kanak et empêche toute partition du territoire.

    L’exécutif semble vouloir réfléchir de nouveau à une consultation sans portée juridique. Pourquoi les parlementaires qui ont rejeté un PJLC qui intégrait une consultation accepteraient-ils un texte ordinaire qui prévoit la même chose, sans régler aucun problème de fond ? On envisage aussi, une nouvelle fois, de « dégeler » le corps électoral, nécessaire par justice, mais sans accord global incluant toutes les parties prenantes. Ce serait rejouer la tentative de passage en force de 2024 : mêmes impasses, mêmes provocations, mêmes fractures, mêmes drames. N’oublions pas que le sang a coulé.

    Immense gâchis

    La convocation des élections provinciales, maintes fois repoussées, s’impose avant la fin juin. Elles éviteront de donner le sentiment d’acharnement en sortant toujours une initiative du chapeau, elles permettront une respiration démocratique et donneront une légitimité aux élus des Provinces et du Congrès. Il faudra attendre, sauf sursaut, la prochaine élection présidentielle pour rouvrir la question institutionnelle. Mais l’incertitude politique alimente la défiance, freine les investissements et fragilise davantage un territoire déjà plongé dans une crise économique et sociale profonde. Tout l’effort financier consenti par l’État ne servira à rien sans assise institutionnelle et des perspectives claires.

    C’est un immense gâchis, du temps perdu, alors même que les bases d’un consensus existent. Ce n’est pas une idée nouvelle qui manque aujourd’hui, mais la volonté de bâtir un compromis respectueux de tous.

    Je considère pour ma part que les textes de Deva et Bougival tracent un chemin durable, convaincu que la solution à terme, que j’avais mise sur la table en mai 2025, est celle d’un État associé, dont les compétences régaliennes seraient assumées, à travers un accord partagé, par la France. Ce statut garantirait la fin du processus de décolonisation, la souveraineté au territoire calédonien, une double nationalité et un lien fort avec la France. Nous devons éviter une indépendance brutale, sèche, qui induirait une rupture avec la France et notre perte d’influence dans ce Pacifique où la Chine agit comme un prédateur.

    Comme par le passé, je veux croire en la capacité des Calédoniens à retrouver le chemin du dialogue. Leur résilience est une force.

    Manuel Valls, ex-Premier ministre de François Hollande, ex-ministre des Outre-mer sous Emmanuel Macron



    Source link : https://www.lexpress.fr/politique/nouvelle-caledonie-entre-gachis-et-espoir-par-manuel-valls-3SR4HUSPCFDIPCBT64FZXXZQEY/

    Author : Manuel Valls

    Publish date : 2026-04-07 10:00:00

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  • EN DIRECT. Guerre en Iran : aucun accord en vue à l’heure où l’ultimatum de Donald Trump expire

    Au cours d’une conférence de presse à la Maison-Blanche, Donald Trump a réitéré, lundi 6 avril, sa menace d’anéantir les centrales énergétiques et les ponts en Iran. Sans un accord ce mardi entre Washington et Téhéran, a-t-il dit, « chaque pont en Iran sera décimé » d’ici mercredi 06h00 (heure française) et « chaque centrale énergétique en Iran sera hors-service, en feu, explosera, et ne pourra plus jamais être utilisée ». L’Iran pourrait être « supprimé » en une nuit, a prévenu le président américain. « Cette nuit pourrait être demain soir », a-t-il ajouté, en référence à l’expiration de son ultimatum. De son côté, Téhéran a dit vouloir une paix durable et rejeté une proposition de cessez-le-feu temporaire formulée par des médiateurs régionaux.

    Les infos à retenir

    ⇒ L’ultimatum de Donald Trump à l’Iran expire ce mardi

    ⇒ L’armée iranienne assure que la « rhétorique arrogante » du président américain n’a « pas d’effet » sur ses opérations

    ⇒ Israël dit à la population iranienne de ne pas prendre le train aujourd’hui

    09h34

    Un aéroport iranien ciblé par une attaque

    L’aéroport de la ville de Khorramabad, dans l’ouest de l’Iran, a été ciblé par une attaque américaino-israélienne, selon l’agence de presse iranienne Mehr.

    09h13

    Israël bombarde un site pétrochimique en Iran

    Tsahal a déclaré ce mardi avoir bombardé lundi un site pétrochimique à Chiraz, dans le sud de l’Iran. Hier, Israël avait déjà annoncé avoir ciblé deux sites pétrochimiques, à Marvdasht et à Assalouyeh.

    09h00

    Un vote attendu à l’ONU sur le détroit d’Ormuz

    Le Conseil de sécurité de l’ONU devrait se prononcer aujourd’hui sur un projet de résolution destiné à protéger le fret commercial dans le détroit d’Ormuz, ont fait savoir des diplomates auprès de Reuters. La rhétorique du texte a été nettement adoucie après que la Chine, qui dispose d’un droit de veto, a dit s’opposer à ce que le recours à la force soit autorisé. La dernière version du document, que Reuters a pu consulter, ne fait plus aucune mention d’une autorisation explicite à utiliser la force.

    Bahreïn, qui occupe la présidence tournante du Conseil onusien, est à l’initiative du projet, dont de multiples versions ont été rédigées successivement pour tenter de surmonter les réticences de la Chine, de la Russie et d’autres.

    Voie cruciale pour les livraisons énergétiques mondiales, le détroit d’Ormuz est de facto bloqué par l’Iran depuis le début de la guerre, avec pour effet un bond des prix du pétrole. Le projet de résolution « encourage fortement les Etats intéressés par l’utilisation des routes maritimes commerciales dans le détroit d’Ormuz à coordonner les efforts, défensifs de nature, proportionnels aux circonstances, pour contribuer à garantir la sécurité de navigation dans le détroit d’Ormuz ».

    Un doute plane sur l’adoption du texte, ont dit des diplomates, même s’ils ont noté que la dernière version du projet de résolution était plus propice que les précédentes à rassembler les soutiens.

    08h34

    La France s’oppose aux frappes sur les infrastructures civiles en Iran

    « Nous nous opposons toujours aux frappes sur les infrastructures civiles et énergétiques », a déclaré ce mardi matin sur franceinfo le ministre français des Affaires étrangères, soulignant que de telles frappes, interdites par le droit international, « ouvriraient sans doute une nouvelle phase d’escalade, de représailles qui entraînerait la région et l’économie mondiale dans un cercle vicieux ». « Nous connaissons déjà une flambée des prix des carburants. Si les infrastructures énergétiques étaient frappées en Iran, on peut s’attendre à des représailles du régime iranien qui aggraverait encore une situation déjà préoccupante », a ajouté Jean-Noël Barrot.

    🔴 🗣 « Les frappes [contre les infrastructures civiles et énergétiques en Iran] ouvriraient (…) une nouvelle phase d’escalade (…) qui entrainerait la région et l’économie mondiale dans un cercle vicieux », alerte le ministre des Affaies étrangères, Jean-Noël Barrot. #canal16 pic.twitter.com/QRYmRCbtmz

    — franceinfo (@franceinfo) April 7, 2026

    08h17

    Le chef du pouvoir judiciaire iranien appelle à rendre plus vite les verdicts contre les « agents ennemis »

    Les affaires judiciaires contre les personnes aidant les adversaires de l’Iran devraient être traitées plus rapidement, a déclaré ce mardi le chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejei, selon Mizan news, exhortant à accélérer les verdicts d’exécution ou de confiscation d’avoirs.

    Depuis le début des frappes américano-israéliennes contre l’Iran le mois dernier, l’appareil sécuritaire iranien a arrêté des centaines de personnes accusées d’aider les adversaires de la République islamique, par exemple en partageant des images sensibles avec des chaînes d’opposition basées à l’étranger, ou en exprimant leur soutien à des attaques contre l’Iran.

    08h10

    Les efforts pour mettre fin à la guerre atteignent un stade critique, selon l’ambassadeur d’Iran au Pakistan

    Les efforts « positifs et productifs » du Pakistan pour mettre fin à la guerre américano-israélienne contre l’Iran approchent d’une étape « critique et délicate », a déclaré ce mardi l’ambassadeur d’Iran au Pakistan, Reza Amiri Moghadam, dans un message publié sur X.

    Lundi, l’Iran a rejeté une proposition américaine de cessez-le-feu temporaire que le Pakistan avait relayée, a rapporté la presse officielle iranienne, ajoutant que Téhéran voulait une fin durable au conflit avec les Etats-Unis et Israël, et avait transmis en réponse une proposition à Washington, que Donald Trump a dit avoir rejetée.

    07h49

    Israël dit à la population iranienne de ne pas prendre le train aujourd’hui

    L’armée israélienne a dit ce matin à la population iranienne de ne pas emprunter les trains ni de s’approcher des voies ferrées. « Pour votre sécurité, nous vous prions de bien vouloir, à partir de maintenant et jusqu’à 21h, heure iranienne, vous abstenir d’emprunter les trains et de voyager en train sur l’ensemble du territoire iranien », écrit l’armée en persan sur X. « Votre présence dans les trains et à proximité des voies ferrées met votre vie en danger. »

    ‼️ هشدار فوری به استفاده‌کنندگان و مسافران قطارها در کشور ایران.

    ⭕️ شهروندان گرامی، به منظور امنیت شما، خواهشمندیم از این لحظه تا ساعت ۲۱:۰۰ به وقت ایران، از استفاده و سفر با قطار در سراسر ایران خودداری نمایید.

    ⭕️ حضور شما در قطارها و در مجاورت خطوط راه‌آهن جانتان را به خطر می… pic.twitter.com/Fm3BAAEFra

    — ارتش دفاعی اسرائیل | IDF Farsi (@IDFFarsi) April 7, 2026

    07h30

    Un ressortissant japonais détenu en Iran libéré sous caution

    Un ressortissant japonais détenu en Iran a été libéré sous caution, a annoncé ce mardi le porte-parole du gouvernement japonais. Arrêté le 20 janvier, il a été libéré sous caution lundi et ne semble pas souffrir de problèmes de santé, a déclaré le secrétaire général du Cabinet, Minoru Kihara, lors d’une conférence de presse, sans fournir davantage de détails concernant son identité ou les charges retenues contre lui.

    En février, Radio Free Europe avait rapporté l’arrestation en Iran de Shinnosuke Kawashima, chef du bureau de Téhéran de la chaîne publique NHK, et son transfert dans une prison locale.

    07h12

    Nouvelle « vague » de frappes aériennes israéliennes contre l’Iran

    Israël a annoncé dans la nuit avoir mené une nouvelle vague de frappes aériennes contre l’Iran : « Il y a peu de temps, les forces israéliennes ont effectué une vague de frappes aériennes visant à endommager les infrastructures du régime terroriste iranien à Téhéran et dans d’autres régions d’Iran », a écrit ce mardi l’armée israélienne sur Telegram.

    07h08

    L’Arabie saoudite dit avoir intercepté sept missiles balistiques

    « Sept missiles balistiques tirés en direction de la région orientale ont été interceptés et détruits. Des débris de ces missiles sont tombés à proximité d’installations électriques. L’évaluation des dégâts est en cours », a écrit ce mardi un porte-parole du ministère de la Défense de l’Arabie saoudite sur X.

    Depuis le début de la guerre, l’Iran a lancé des centaines de missiles et de drones en direction de l’Arabie saoudite, selon les autorités locales, qui ont dit avoir intercepté la plupart de ces projectiles.

    06h57

    L’armée iranienne dit que la « rhétorique arrogante » de Donald Trump n’a « pas d’effet » sur ses opérations

    En réponse aux dernières menaces de Donald Trump, qui a prévenu lundi soir que l’Iran pourrait être détruit « en une soirée » si aucun accord n’était trouvé et que le détroit d’Ormuz n’était pas rouvert avant ce mardi 20h00 (mercredi 02h00 heure française), l’état-major de l’armée iranienne a déclaré cette nuit que le président américain « délirait » et que ses avertissements étaient « une rhétorique vulgaire, arrogante et des menaces sans fondement », selon un porte-parole cité par la télévision d’Etat. Téhéran a promis aussi de répondre à l’attaque américano-israélienne menée aux premières heures de la journée de lundi contre l’université Sharif dans la capitale iranienne.

    Le ministre adjoint aux Sports iranien, Alireza Rahimi, a de son côté appelé les artistes et les athlètes à former mardi des chaînes humaines près des centrales électriques à travers le pays. « Nous nous tiendrons main dans la main pour déclarer : attaquer des infrastructures publiques est un crime de guerre », a-t-il écrit sur le réseau social X.

    06h50

    Bienvenue dans ce direct

    Bonjour et bienvenue dans ce direct. Nous continuons à suivre ce mardi 7 avril la guerre au Moyen-Orient, qui en est désormais à son 39e jour.





    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/en-direct-guerre-en-iran-aucun-accord-en-vue-a-lheure-ou-lultimatum-de-donald-trump-expire-5OGSBJD52VBH5MPIPUHNTTEDNY/

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    Publish date : 2026-04-07 07:37:00

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  • « Pâques », « Noël », « église »… Petite étymologie des mots religieux

    La France a beau être en voie de déchristianisation, une bonne part de notre lexique reste d’origine religieuse. Aussi ai-je eu l’envie, en cette période de Pâques, de me pencher sur l’étymologie de quelques mots liés à cet univers.

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    Pâques, précisément, tire son nom de l’hébreu biblique pèsah, qui désignait la Pâque juive, laquelle se déroule à la même période. Et s’il a pour dérivé pâquerette, c’est tout simplement parce que cette petite fleur sort de terre au début du mois d’avril.

    Noël, pour sa part, est issu du latin natalis dies, le « jour de la naissance ». C’est sous l’influence du latin chrétien que le terme s’est spécialisé. Aujourd’hui, il ne désigne plus la venue au monde de n’importe qui, mais spécifiquement celle de Jésus. Graphiquement, le mot a peu à peu évolué en français en prenant la forme nael, puis noel. Le tréma a été ajouté en 1718 car les deux voyelles doivent être prononcées séparément.

    Jérusalem est réputée pour être la ville des trois religions juive, chrétienne et musulmane. Elle tire pourtant son nom d’un quatrième culte, celui que les Cananéens (le peuple qui habitait le lieu au IIe millénaire avant notre ère) vouaient au dieu Shalem. Quant à la première partie du nom Yeru/uru, elle signifie « fondation, ville, demeure ». Jérusalem est donc littéralement la « ville fondée par Shalem » ou « la ville où réside Shalem ».

    Eglise et Knesset. Restons en Israël où knesset (« assemblée ») désigne le Parlement. Et c’est on ne peut plus logique puisque ce mot provient du grec ekklesia, « assemblée des citoyens ». Le terme a été repris dans le Nouveau testament pour désigner une autre assemblée, celle des fidèles. Il évoluera pour donner le latin ecclesia et le français église qui, par association d’idées, servira également à nommer le lieu où se rassemblent les chrétiens. En ancien français, le terme se rencontrait sous des formes variées : glise, egleise, esglise, eglyse. Le diminutif « églisette », attesté jusqu’au XXe siècle, semble avoir aujourd’hui disparu.

    Carnaval provient de deux mots latins : carne (« chair ») et levare (« enlever »), via l’italien carnevalo. Logique, puisqu’il s’agit de la période de festivités qui précède l’entrée dans la période du carême, pendant laquelle les chrétiens n’ont plus le droit de se nourrir de viande. D’où les réjouissances et les festivités auxquelles on s’adonne à cette période (que l’on soit croyant ou non).

    Protestant est un faux ami. Ce nom donné aux partisans de Luther n’a en effet aucun lien avec un quelconque refus de la hiérarchie vaticane. Dans ce cas précis, « protestant » renvoie directement au sens premier du verbe : « pro-attester », soit « déclarer hautement, affirmer », sens que nous avons conservé dans l’expression « protester de son innocence ». En l’occurrence, les premiers luthériens promirent solennellement d’appeler à un concile général – d’où le nom qui leur fut donné. Au fil du temps, cet emploi, assez rare au départ, a pris le pas en France sur ses concurrents.

    Huguenot. Attention là encore aux erreurs d’interprétation. Ce terme péjoratif désignant les protestants n’a pas grand-chose à voir avec le prénom Hugues. Il provient en effet du suisse allemand Eidgnosse, utilisé pour désigner les « confédérés » helvétiques qui s’étaient rassemblés pour s’opposer aux velléités d’annexion du duc de Savoie. Il sera repris ensuite avec mépris par les catholiques car nombre de ces confédérés avaient embrassé la religion réformée. Quant au h à l’initiale, il aurait été ajouté en Touraine sans que l’on sache exactement pourquoi. Certains linguistes pensent qu’il s’agit d’une référence au chef genevois Hugues de Besançon. D’autres d’une allusion à un roman médiéval, Roi Hugues, car les protestants de la ville se réunissaient près d’une porte appelée Tour Hugon.

    Parpaillot serait pour sa part un terme emprunté à l’occitan parpalhòl, qui signifie « papillon » et cela pour une raison incertaine. Selon le lexicologue Florian Vernet, il s’agit peut-être d’une comparaison entre « l’infidélité » des protestants et celle du papillon, qui passe de fleur en fleur. A moins qu’il ne faille y voir une allusion au courage des réformés qui allaient à la mort sans crainte, comme un papillon qui se brûle en dirigeant son vol vers une chandelle.

    A tout seigneur, tout honneur (c’est le cas de le dire), terminons cette énumération par Dieu. Saviez-vous que ce mot provient d’une très ancienne racine indo-européenne dei, qui signifiait « briller » ? Sous la forme dyew, elle servait notamment à désigner le ciel lumineux, considéré comme une divinité. Elle est aussi à l’origine du grec Zeus, le roi des Dieux de l’Olympe, et du latin Ju, que l’on retrouve dans Jupiter (Ju-pater). La même racine a également abouti en français aux mots diurne et jour, que l’on retrouve notamment dans jeudi, le jour… de Jupiter, évidemment.

    Sources :

    Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert

    Dictionnaire culturel du christianisme, par Pascal-Raphaël Ambrogi, Honoré Champion

    Dieu à travers les mots et leur histoire, par Jean Pruvost. Desclée de Brouwer

    Petit guide insolent des mots occitans passagers (clandestins) du français, Par Florian Vernet, IEO Languedoc.

    DU CÔTÉ DE LA LANGUE FRANÇAISE

    Des mots sont-ils vraiment supprimés du Petit Robert ?

    Le moins possible car un lecteur est susceptible de rencontrer dans un texte ancien un mot (ou une expression) tombé en désuétude, comme « prise péritel », répond ici Géraldine Moinard, la directrice de la rédaction des éditions Le Robert. Mais cela arrive néanmoins, car Le Petit Robert n’est pas extensible à l’infini et procède à un tri tous les 20 ans environ. Ont ainsi disparu en 2007 TUC (« travaux d’utilité collective ») et know-how (anglicisme en vogue dans les années 1970 signifiant « savoir-faire »). Des termes toutefois conservés dans Le Grand Robert, qui n’est pas confronté aux mêmes contraintes de place.

    Le patron d’Air Canada parle trop anglais ? Il doit quitter l’entreprise

    Le directeur général d’Air Canada, Michael Rousseau, va devoir prendre sa retraite en raison de son manque de maîtrise de la langue française. Il s’est attiré les foudres de plusieurs élus après un message de condoléances quasi exclusivement en anglais prononcé après la mort de deux de ses pilotes, dont un Québécois. Selon Radio Canada, il s’était précédemment vanté, juste après sa nomination, d’avoir vécu 14 ans dans le Grand Montréal sans avoir eu à apprendre le français.

    Connaissez-vous « La plume à poil » ?

    Déshabiller les mots et les phrases pour en comprendre l’orthographe et la grammaire : tel est le but que s’est fixé le blog La plume à poil. Rédigé d’une plume alerte par Sandrine Campese, par ailleurs experte au projet Voltaire, il présente des explications claires sur les règles actuelles de notre langue.

    L’argot de la mafia

    Les mafieux venus de Sicile, de Calabre ou des Pouilles ont inventé aux Etats-Unis un idiome à part afin de ne pas être compris par l’extérieur et de montrer leur appartenance à un groupe particulier. Une langue mafieuse présentée ici par Jean-François Gayraud, qui l’utilise comme une porte d’entrée vers ce monde singulier.

    L’argot de la mafia, par Jean-François Gayraud, Editions 1001 nuits.

    DU CÔTÉ DES LANGUES DE FRANCE

    Langues régionales : quand Jean-Michel Blanquer s’égare

    Deux contrevérités en un seul tweet : l’ancien ministre a fait fort en affirmant ‘une part qu’ »on ne parle pas le français » dans les écoles immersives » (alors que le français y est pratiqué et enseigné). Et d’autre part que des élèves y « sont chargés de dénoncer celui d’entre eux qui parleraient français » (une méthode inexistante dans les écoles immersives, mais largement répandue dans les écoles de la République au détriment des enfants locuteurs du breton, du corse ou du basque). Je reviendrai prochainement sur ce sujet.

    Cette eau sans maître/S’t acqua spatrunata

    Tel est le titre du seizième recueil de poésies de Norbert Paganelli. Le président de la maison de la poésie de la Corse, plusieurs fois primé, présente ici plusieurs dizaines de poèmes en version bilingue.

    Cette eau sans maître/S’t acqua spatrunata, par Norbert Paganelli. Jacques André éditeur

    Participez aux prochaines assises du plurilinguisme

    Cette manifestation triennale se tiendra à l’université Paris-8 du 20 au 22 mai prochain autour du thème « Plurilinguisme et circulation des savoirs, des imaginaires, des compétences. Quelles dynamiques, quelles vulnérabilités ? ». De nombreux scientifiques s’y retrouveront avec l’objectif d’influencer les politiques publiques dans ce domaine.

    Retrouvons-nous à Rodez et à Saint-Affrique les 9 et 10 avril

    A l’invitation de l’association Cap l’Òc, de l’Institut d’études occitanes de l’Aveyron et des enseignants Nathalie Causse, Gauthier Couffin, Bruno Duranton et Fabienne Roques, j’interviendrai à quatre reprises au cours de ces deux journées pour parler des langues de France et de la diversité linguistique.

    Le 9 avril à Saint-Affrique à la salle du Familial (rue Frangi et Ortega). De 15 h 30 à 17 heures. Conférence devant des lycéens sur le thème : « A quoi sert de parler occitan ? ». A 20h30 : ciné-débat autour du film « Une langue en plus », dont je suis l’auteur. Entrée gratuite.Le 10 avril à Rodez, aux archives départementales (avenue Victor-Hugo). De 14 h à 16 h : Projection du film « Une langue en plus » et échanges avec les lycéens d’occitan du lycée Foch. A 18 h : conférence sur le thème : « Comment sauver l’occitan ». Entrées gratuites.

    DU CÔTÉ DES LANGUES DU MONDE

    Kneecap, le groupe qui utilise l’irlandais comme une arme politique

    Le hip-hop peut-il favoriser la réunification de l’Irlande ? C’est en tout cas l’ambition du groupe Kneecap, qui utilise la langue historique de l’île pour contester la domination britannique. Avec un certain succès.

    A ECOUTER

    L’Ukraine veut tourner la page du russe

    La plupart des Ukrainiens maitrisent à la fois l’ukrainien et le russe. Mais, depuis le début de la guerre, parler l’une ou l’autre langue est devenu un acte politique, comme l’explique ce podcast de France Culture.

    A REGARDER

    Les sons fantômes de la langue française

    En français, il existe de nombres lettres que l’on écrit sans les prononcer (comme le r final de « prononcer », précisément). Mais il existe aussi des sons qui ne correspondent à aucune lettre écrite, comme « merci-ch » et « bonjour-han ». Un phénomène qui n’a rien de nouveau puisqu’il est déjà à l’origine du [b] de « chambre » (latin camera) et du [d] de « peindre » (latin pingere), comme le rappelle Arnaud Hoedt dans cette vidéo.



    Source link : https://www.lexpress.fr/culture/paques-noel-eglise-petite-etymologie-des-mots-religieux-T323BTG65BEATI4EYMIESGONHM/

    Author : Michel Feltin-Palas

    Publish date : 2026-04-07 04:15:00

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  • L’Otan sans l’Amérique, un défi colossal pour l’Europe

    Sur le papier, l’Europe a la puissance économique et militaire pour se défendre sans l’Amérique. Mais l’unité stratégique, la volonté politique, la force morale enfin, qui lui permettraient d’être crédible face à une Russie surarmée et revanchiste ? Ce serait une tout autre affaire. En menaçant à nouveau de claquer la porte de l’Otan, Donald Trump pose aux nations européennes un défi colossal.

    D’autant que cette fois-ci, il n’est pas exclu que le président américain passe à l’acte, tant la rancœur et l’amertume se sont accumulées entre les deux rives de l’Atlantique. Après les divergences sur le partage du fardeau de la défense, sur le commerce et les droits de douane, sur l’Ukraine et la Russie, la guerre d’Iran a porté la tension à un point culminant. « COUARDS », a écrit Donald Trump en lettres majuscules sur son réseau social, à l’adresse de ses partenaires qu’il accuse de défaut de solidarité. « Nous nous en SOUVIENDRONS », a-t-il averti.

    Qui peut croire après cela que l’Amérique volera automatiquement au secours d’un Etat européen agressé par Vladimir Poutine ? Même s’il était empêché par le Congrès de dénoncer le traité de l’Otan, Donald Trump a déjà écorné, par la politique qu’il mène depuis son retour à la Maison-Blanche, la capacité de dissuasion de l’Alliance atlantique, qui repose sur l’impératif de défense mutuelle.

    Il pourrait aller plus loin : la France du général de Gaulle l’avait fait en 1966 en quittant le commandement militaire intégré. Il pourrait rappeler à Washington le commandant en chef de l’Otan, qui est un général américain. Il pourrait accélérer le retrait de ses soldats d’Europe, où ils sont encore 80 000 environ. Il pourrait stopper les livraisons d’armes à l’Ukraine, même payées par les Européens. Ceux-ci, de leur côté, pourraient tenter de le contrer en menaçant de fermer les 42 bases américaines sur leur sol ou de réduire leurs emplettes aux Etats-Unis, dont le montant est faramineux : en moyenne, un euro sur deux dépensés en Europe pour acheter des armes va dans la poche de fabricants américains.

    Des défauts dans la cuirasse européenne

    S’ils étaient néanmoins livrés à eux-mêmes, les Européens auraient les moyens financiers, la capacité démographique et la technologie militaire pour dissuader la Russie. Ils ont dépensé en 2025 pas loin de 500 milliards d’euros pour leur défense, trois fois plus que Moscou. Les pays membres de l’Union européenne peuvent compter sur la clause de défense mutuelle introduite par le traité de Lisbonne (2009), calquée sur celle de l’Otan. Des travaux sont en cours à Bruxelles pour rendre cette disposition opérationnelle. Et pour le parapluie nucléaire, le concept de « dissuasion avancée » proposé par Emmanuel Macron a suscité l’intérêt de plusieurs pays, notamment l’Allemagne.

    Tout cela, malheureusement, relève de la théorie. En pratique, l’Europe souffre de multiples défauts à la cuirasse. D’abord, rien ne dit qu’elle resterait unie. Pour garantir leur propre protection, certains Etats seraient tentés de négocier chacun de leur côté avec la Maison-Blanche, qui serait sans doute ravie d’entrer dans ce jeu. Ensuite, les capacités militaires des Européens sont incomplètes. Leurs manques sont criants dans la défense antiaérienne, le renseignement satellitaire, le transport stratégique, les frappes à longue portée… Et la dissuasion nucléaire américaine semble plus solide que tout ce que Paris et Londres peuvent offrir.

    Enfin, se pose la question clé du leadership. Pour la plupart des Etats européens, celui des Américains s’impose naturellement. Aucune alternative, même franco-allemande, ne pourrait recueillir un consensus aussi large. En résumé, créer une Otan européenne reviendrait à remplacer une défense collective éprouvée et relativement bon marché par un système fragmenté, coûteux et à l’efficacité incertaine. La poursuite du mariage avec l’Amérique aux conditions de Donald Trump est intolérable. Mais les Européens pourraient vite découvrir que s’ils ne parviennent pas à s’unir, la vie après le divorce pourrait s’avérer encore plus pénible.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/lotan-sans-lamerique-un-defi-colossal-pour-leurope-JI5FUTSLBVDLVA7R4AEYVHN64A/

    Author : Luc de Barochez

    Publish date : 2026-04-06 13:00:00

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  • Guerre en Iran : derrière ses nouvelles menaces, le mépris de Donald Trump pour le droit international

    Ce sont des règles dont Donald Trump semble toujours plus s’écarter. À mesure que l’ »excursion » militaire ordonnée par ses soins en Iran se prolonge, le président américain est confronté à un casse-tête : faut-il jouer l’apaisement sur le plan diplomatique, se retirer précipitamment sans avoir obtenu la chute du régime ou glisser vers une escalade de plus en plus incontrôlable ? Ces derniers jours, le milliardaire paraissait favoriser la dernière option. Dans un message publié sur sa plateforme Truth Social dimanche 5 avril, il a ainsi lancé un ultimatum de 48 heures à Téhéran pour trouver un accord ou ouvrir ce « foutu détroit » d’Ormuz. Dans le cas inverse, il promet de « déchaîner les enfers » sur l’Iran, en frappant dès mardi « les centrales électriques » et « les ponts » du pays. Au mépris, une fois encore, du droit international.

    Centrales électriques et ponts, prochaines cibles en Iran ?

    Depuis leur entrée en guerre le 28 février dernier, les États-Unis ont visé des milliers de cibles à travers la République islamique. Mais le bombardement de telles infrastructures civiles, indispensables à la vie quotidienne des Iraniens, marquerait une nouvelle étape dans la logique destructrice assumée par Donald Trump. Ce dernier assure être prêt à « ramener » le pays « à l’âge de pierre » – « là où est sa place », dit-il – sans concession réalisée par le régime des mollahs. Et ce, quitte à autoriser des opérations pouvant relever de véritables crimes de guerre au regard du droit international. Viser des centrales électriques, des ponts, voire des usines de dessalement, serait par exemple contraire au protocole additionnel aux conventions de Genève relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux de 1977. Un texte signé, mais pas ratifié, par Washington.

    L’article 54 de ce document, appelé le Protocole I, dispose qu’ »il est interdit d’attaquer, de détruire, d’enlever ou de mettre hors d’usage des biens indispensables à la survie de la population civile (…) en vue d’en priver, en raison de leur valeur de subsistance, la population civile ». De façon générale, le droit international distingue bien les intérêts militaires du cas des populations civiles. Une exception est présente dans cet article à ce sujet. Si un site civil constitue « un appui direct d’une action militaire » d’une partie, il peut alors figurer comme une cible légitime par un belligérant. Certains officiels américains insistent à ce titre sur le caractère essentiel selon eux de ces sites dans le déploiement du programme nucléaire et balistique iranien.

    Quand bien même, cette exception n’ôte cependant pas tout cadre d’action : l’armée à l’offensive « doit s’assurer de n’engager en aucun cas, contre ces biens, des actions dont on pourrait attendre qu’elles laissent à la population civile si peu de nourriture ou d’eau qu’elle serait réduite à la famine ou forcée de se déplacer », précise le Protocole I. Or, plusieurs organisations humanitaires alertent sur le fait que détruire des centrales électriques pourrait engendrer de graves effets sur l’approvisionnement en eau de la population iranienne. « Attaquer maintenant une centrale électrique serait, à mon sens, totalement disproportionné parce que cela a des conséquences totalement prévisibles pour les civils », souligne Robert Goldman, professeur de droit à l’American University à Washington (États-Unis), interrogé par Le Devoir. Un scénario qui, s’il se concrétisait, pourrait donc relever du crime de guerre.

    La « propre morale » de Donald Trump comme limite

    Peu importe pour Donald Trump, qui se gargarise plutôt de sa force de frappe face à l’Iran, toujours aussi inflexible malgré les dommages infligés à son territoire et à sa population. Le républicain affiche de longue date un désintérêt presque total pour le multilatéralisme et la gouvernance mondiale, symbolisé par le retrait des États-Unis de nombreuses organisations internationales (Unesco, GIEC, OMI…). Mais cette dynamique s’est accentuée depuis le retour au pouvoir du milliardaire à la Maison-Blanche. La capture de Nicolas Maduro au Venezuela ? Avant tout justifiée par l’administration américaine par la volonté d’en finir avec le dictateur et de mettre la main sur le pétrole du pays. Le lancement de l’opération en Iran ? Illégale au regard de la Charte des Nations Unies.

    En début d’année, dans une interview au New York Times, Donald Trump assurait d’ailleurs « n’avoir pas besoin du droit international » et plaçait sa « propre morale » comme unique limite à son pouvoir d’action sur la marche du monde. Cette approche est adoptée par plusieurs personnalités qui le secondent, y compris dans sa stratégie en Iran. Comme lui, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a assumé le fait d’accepter certains crimes de guerre au Moyen-Orient. Le responsable a ainsi appelé à ne « pas faire de quartier » face aux ennemis américains. Autrement dit : à tuer l’ensemble des soldats iraniens, y compris les blessés graves ou ceux ayant décidé de rendre les armes. « [Pete Hegseth] a pour habitude de dénigrer le droit de la guerre et les juristes militaires », déplore, dans un autre article du NYT, Brian Finucane, ancien juriste du Département d’État. « C’est très inquiétant, car nous ignorons dans quelle mesure cette rhétorique se traduira par des actes illégaux. »

    Des juristes en droit international inquiets

    Ce dernier est loin d’être le seul à alerter sur de tels discours. Une centaine d’experts ont signé une lettre ouverte la semaine dernière pour exprimer leurs « sérieuses préoccupations quant aux violations du droit international humanitaire [en Iran], y compris d’éventuels crimes de guerre ». « Les récentes déclarations de hauts responsables du gouvernement américain qualifiant de ‘stupides’ les règles régissant l’engagement militaire et privilégiant la ‘létalité’ à la ‘légalité’ sont profondément alarmantes et d’une dangereuse myopie », ont regretté ces spécialistes dans ce texte publié sur le site Just Security. Ils mentionnent en particulier le cas d’une frappe meurtrière sur une école primaire le 28 février, dont un rapport préliminaire du Pentagone impute la responsabilité de cette « erreur de ciblage » à l’armée américaine.

    Les propos de Donald Trump reflètent aussi une autre réalité : contrairement à d’autres interventions extérieures par le passé, les États-Unis ne se sentent plus obligés de faire mine d’agir dans le respect du droit international. « Ce qui est particulièrement frappant dans cette intervention, c’est que l’administration Trump n’a même pas tenté de se justifier », confirme Oona Hathaway, professeure de droit international à l’université de Yale, dans un podcast de la fondation Carnegie. « C’est vraiment différent de ce qu’elle a fait auparavant. » L’experte cite notamment le cas de l’assassinat du général iranien Soleimani, lors du premier mandat de Donald Trump en 2020. À l’époque, rappelle Oona Hathaway, les Américains avaient « invoqué la légitime défense et la menace imminente que représentait le général ». Mais le président américain l’a rappelé en janvier 2025 : cette fois-ci, « rien » ne l’arrêtera dans ses projets lors de son second mandat. Pas même les règles internationales.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/guerre-en-iran-derriere-ses-nouvelles-menaces-le-mepris-de-donald-trump-pour-le-droit-international-XFIN4CFM4FFNLFFSCRBRLE2SLM/

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    Publish date : 2026-04-06 13:58:00

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  • « La France jouera un rôle déterminant dans la guerre froide écologique » : les prédictions de Nils Gilman

    En septembre, le futurologue Nils Gilman prédisait dans nos colonnes l’avènement d’une nouvelle « guerre froide écologique » opposant un axe des « pétro-Etats », mené par les Etats-Unis de Donald Trump, à un autre axe regroupant les pays engagés à opérer une transition vers les énergies vertes – au premier rang desquels la Chine. A peine huit mois plus tard, cet historien spécialiste de la guerre froide assure que ses prédictions sont déjà en train de se confirmer, notamment à la faveur de l’évincement par Donald Trump du leadership vénézuélien ou du lancement d’une guerre de grande ampleur contre l’Iran. Nils Gilman détaille son diagnostic auprès de L’Express, et explique pourquoi, selon lui, ce sont les puissances moyennes – à commencer par la France – qui détermineront qui, des « pétro-Etats » aux Etats verts, remportera cette guerre froide écologique. Entretien.

    L’Express : Lors de notre dernier échange, vous expliquiez que la ligne de fracture principale divisant le monde ne se situerait plus entre les démocraties et les autocraties, mais entre les pays engagés dans la transition écologique et les « pétro-Etats ». À tel point que vous anticipiez l’avènement d’une « nouvelle guerre froide ». Vous êtes désormais convaincu que celle-ci est déjà en train de se produire. Pourquoi cela ?

    Nils Gilman : Au cours des six derniers mois, plusieurs événements ont considérablement accentué le fossé entre les « électro-Etats » verts, comme la Chine, et les « pétro-Etats » bruns, menés par les Etats-Unis de Donald Trump. Lorsque le président américain a évincé le leadership vénézuélien en janvier, l’une des raisons invoquées était de faciliter l’acheminement du pétrole provenant du pays possédant les plus grandes réserves de l’hémisphère occidental. Deux mois plus tard, Trump s’est lancé dans une guerre de grande ampleur contre l’Iran. Une façon d’interpréter ces deux interventions est de considérer que les Etats-Unis tentent, en partie, d’aligner géopolitiquement les pays producteurs de pétrole, idéologiquement rebelles, sur le reste de la coalition des Etats producteurs de pétrole dirigée par les Etats-Unis, alors qu’ils intensifient leur guerre froide contre la Chine.

    Ces développements n’ont d’ailleurs pas échappé à l’attention du Premier ministre canadien, Mark Carney, qui, dans un récent discours prononcé à Davos, a affirmé que l’ancien ordre international libéral était mort. À cette occasion, il a avancé l’idée qu’un nouvel ordre mondial post-libéral était en train d’émerger, dans lequel une pression particulière serait susceptible d’être exercée sur les « puissances moyennes » – comme le Canada ou la France. Je suis d’accord avec lui, et j’irais même plus loin. A mon sens, ce sont ces puissances moyennes qui détermineront si ce sont les Etats pétroliers ou les Etats verts qui remporteront cette guerre froide écologique.

    Comment cela ?

    Les pays qui sont restés jusqu’à présent non alignés, ni avec les Etats pétroliers ni avec les Etats verts, – à commencer par de nombreux pays européens, et notamment la France – sont confrontés à un choix difficile mais décisif : vont-ils continuer à axer leurs infrastructures, en particulier la production d’énergie et le transport terrestre, sur les combustibles fossiles et les moteurs à combustion interne, ou vont-ils s’orienter vers les énergies renouvelables et l’électrification ? Ce choix implique un alignement de facto soit sur l’axe des Etats pétroliers, mené par les Etats-Unis, soit sur l’Entente verte menée par la Chine, d’autre part. Chaque décision d’investissement dans les infrastructures engage ainsi pour plusieurs années ces pays envers l’un ou l’autre camp.

    Il ne fait aucun doute que certaines puissances intermédiaires chercheront à se couvrir en adoptant une stratégie énergétique « panachée » – mais le maintien du non-alignement sera coûteux, tant sur le plan financier que politique. Comme lors de la guerre froide du XXe siècle, les puissances moyennes subiront des pressions de la part des grandes superpuissances, à savoir les Etats-Unis et la Chine, pour choisir leur camp. Cela dit, si les puissances moyennes jouent correctement leur main, elles auront l’occasion d’exploiter les tensions entre les grands acteurs pour obtenir une certaine autonomie.

    En quoi la France est-elle un acteur clé parmi ces puissances moyennes ?

    Le cas de la France, comme celui d’autres puissances moyennes, illustre une vulnérabilité au sein de ce nouvel ordre énergétique mondial : en s’alignant complètement sur l’un ou l’autre camp – les Etats-Unis ou la Chine – elle se retrouvera inévitablement dans une situation de dépendance technologique et, par conséquent, politique.

    Il n’est pas dit que la Chine deviendra la puissance hégémonique du XXIe siècle.

    D’un côté, la dépendance aux énergies fossiles existe déjà. Si la France est souvent saluée pour sa capacité de production d’électricité à faible émission de carbone, en particulier sa force dans la production d’énergie nucléaire, l’électricité ne représente qu’une partie du tableau énergétique. En 2026, le pétrole et le gaz continueront de représenter plus des deux cinquièmes du mix énergétique total de la France. Les énergies fossiles dominent toujours des secteurs tels que l’automobile et le chauffage industriel. Un axe des Etats pétroliers mené par des Etats-Unis incontrôlables rend cette dépendance encore plus alarmante. D’autre part, s’engager pleinement dans la voie de l’électrification totale créerait une dépendance vis-à-vis de Pékin, en particulier dans le domaine des véhicules électriques, que la Chine semble appelée à dominer pendant des décennies. La France souhaite-t-elle vraiment que son système de transport dépende de celle-ci ?

    Dans le même temps, la force de la France en matière de technologie nucléaire lui confère une certaine flexibilité et un levier stratégique. Renforcer cette capacité technologique lui permettrait de consolider son autonomie, par exemple en exportant sa technologie nucléaire civile vers des pays souhaitant réduire leur dépendance aux énergies fossiles mais recherchant une alternative aux éoliennes et aux panneaux solaires chinois. En bref, votre pays occupe une position à la fois fragile et pourtant susceptible de le faire devenir un acteur central du modèle énergétique hybride et d’accroître sa marge d’autonomie au sein de ce nouvel ordre.

    Au-delà de la France, l’Europe a-t-elle vraiment une chance d’atteindre l’autonomie en matière de technologies vertes, ou est-elle trop dépendante de la Chine ?

    L’une des principales forces industrielles de l’Europe a toujours été la construction automobile, en particulier celle des véhicules à combustion interne. Mais cette industrie subit une pression extrême de la part du marché des véhicules électriques. Ici, rattraper la capacité de production chinoise nécessiterait des subventions massives et une stratégie industrielle à l’échelle du continent. Je ne sais pas si Bruxelles, Paris ou Berlin en ont conscience.

    L’Europe dans son ensemble reste profondément dépendante des hydrocarbures importés, en particulier du gaz naturel liquéfié provenant des Etats du Golfe et de Sibérie, ce qui perpétue sa vulnérabilité énergétique. A mes yeux, son seul moyen réaliste de construire une véritable autonomie énergétique passe par un retour massif au nucléaire, que la France peut mener, et à l’hydroélectricité, où les entreprises autrichiennes et allemandes restent des leaders mondiaux.

    La Chine semble s’imposer comme la puissance la mieux placée pour façonner l’ordre énergétique post-carbone. Cela en fait-il nécessairement la puissance dominante de ce siècle ?

    La domination de la Chine dans les technologies et les chaînes d’approvisionnement post-carbone lui confère un levier géopolitique important, mais cela ne garantit pas à lui seul qu’elle deviendra la puissance hégémonique du XXIe siècle. Ce n’est pas parce qu’elle domine l’industrie qu’elle tentera nécessairement d’imposer un nouvel ordre mondial à son image, comme l’ont fait les Etats-Unis après 1945. En général, l’élite chinoise ne cherche pas à convertir le monde à son système politique, car elle estime que son modèle est propre à la civilisation chinoise et ne fonctionnerait pas ailleurs.

    Cela dit, même si elle ne souhaite pas imposer une idéologie universelle, la Chine vise à étouffer les critiques étrangères à l’égard de son régime. Elle se montre également de plus en plus agressive dans divers conflits territoriaux régionaux, notamment en mer de Chine méridionale. Dans ces domaines, sa domination de la chaîne d’approvisionnement verte pourrait servir de levier supplémentaire pour défendre ce qu’elle considère comme ses intérêts nationaux.

    A vous écouter, on a parfois l’impression que la lutte contre le changement climatique devient aussi un instrument de pouvoir et de dépendance…

    Tout à fait. Sous plusieurs formes. Si la Chine ne vise pas nécessairement à exporter son système politique ailleurs, sa domination dans les technologies vertes pourrait néanmoins avoir des conséquences politiques et idéologiques. Par exemple, Pékin pourrait proposer aux pays du Sud une transition clé en main, associant des infrastructures vertes à des systèmes de contrôle numériques inspirés de son modèle. Ainsi, la transition énergétique pourrait contribuer, dans certains contextes, à rendre les Etats moins démocratiques.

    Au-delà de la Chine, d’autres pays pourraient également manipuler l’écologisme à des fins idéologiques. Tout comme le Parti vert allemand prône depuis longtemps un écologisme d’inspiration socialiste, nous pourrions assister à l’émergence d’une politique inverse : un écologisme d’extrême droite visant à justifier des politiques nativistes, voire eugénistes, au nom de la conservation des ressources. Donc oui, l’écologisme peut devenir un nouveau vecteur de domination. Que ce soit par la dépendance économique vis-à-vis des secteurs verts dominés par la Chine, ou par l’idéologisation nationaliste de l’urgence climatique dans les démocraties du Nord.

    Les Etats producteurs de pétrole peuvent-ils proposer un modèle alternatif durable, ou leur rôle se limite-t-il simplement à retarder la transition énergétique mondiale ?

    Tout dépend de ce que l’on entend exactement par « durable ». D’un point de vue strictement économique et politique, c’est certainement durable. D’un point de vue industriel, il reste encore suffisamment de charbon, de pétrole et de gaz pour continuer à alimenter la production industrielle mondiale pendant de nombreuses décennies. Les compagnies pétrolières et gazières, ainsi que les Etats qui les soutiennent, sont déterminés à tirer profit des milliers de milliards de dollars en jeu dans l’extraction de ces réserves et à découvrir de nouvelles sources. Sur le plan politique, les Etats-Unis de Trump exercent activement des pressions sur d’autres pays pour les suivre dans l’annulation de toutes les mesures d’incitation à la transition énergétique mises en place sous l’administration Biden.

    Mais extraire et brûler tous ces hydrocarbures n’est évidemment pas « durable » au sens écologique du terme. Si l’on brûlait toutes les réserves de pétrole, de gaz et de charbon d’ici la fin du siècle, sans aucun captage et stockage du carbone, cela ferait grimper la concentration de CO2 dans l’atmosphère à plus de 1 000 ppm. Ce scénario entraînerait un réchauffement climatique pouvant atteindre 10 degrés – ce qui signifierait une planète sans glace et une élévation du niveau de la mer de plus de 60 mètres. Montmartre deviendrait un quartier en bord de mer.

    A l’horizon 2050, pensez-vous que le monde sera toujours structuré autour de ces deux blocs, ou sera-t-il fragmenté en coalitions hybrides ?

    Il n’y a pas si longtemps de cela, sous la présidence de Biden, il était encore possible que les Etats-Unis et la Chine s’engagent dans une compétition vertueuse sur la transition verte. Mais aujourd’hui, cette perspective s’est évaporée. Alors que la Chine poursuit sa voie de l’électrification de masse, les Etats-Unis de Trump ont abandonné l’idée d’une transition et ont même réaffirmé leur identité fondée sur le pétrole. Pourtant, de nombreuses incertitudes subsistent. A mesure que les conséquences du changement climatique deviendront de plus en plus dramatiques et évidentes d’ici 2050, les Etats-Unis pourraient finir par se ranger du côté des « électro-Etats ». Mais pour ce faire, ils devront encore surmonter d’importants intérêts économiques : des profits potentiels liés aux hydrocarbures à la nécessité de convaincre les autres acteurs de l’axe des « pétro-Etats » de renoncer à l’extraction de ces ressources…



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/lecologisme-peut-devenir-un-nouveau-vecteur-de-domination-les-mises-en-garde-du-futurologue-nils-TF3LKUWELBGZBFFK6IS5V57L3Y/

    Author : Alix L’Hospital

    Publish date : 2026-04-06 15:00:00

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  • Service militaire en Allemagne : cette nouvelle disposition passée inaperçue qui fait polémique

    C’est une polémique qui agite médias et réseaux sociaux outre-Rhin. Participer au programme Erasmus, décrocher un nouvel emploi à l’étranger ou se lancer dans un tour du monde sera désormais soumis à une autorisation militaire pour tous les Allemands en âge de combattre, soit de 17 à 45 ans. Dans les faits, tous les séjours de plus de trois mois hors des frontières du pays seront concernés par cette nouvelle règle. Celle-ci est entrée en vigueur depuis janvier et la révision controversée d’une loi sur le service militaire, mais était passée inaperçue jusqu’à présent. Le débat a émergé après la publication, vendredi 3 avril, d’un article du Frankfurter Randschau, un journal local, mettant en lumière cette évolution.

    « Des dérogations à l’obligation d’autorisation »

    Dans un contexte où Berlin affiche son ambition de renforcer sa défense, en particulier face à la menace russe, ce changement vise à garantir un système d’enregistrement militaire solide et fiable, a précisé à Reuters un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères. « En cas d’urgence, nous devons savoir qui réside à l’étranger pour une période prolongée », a-t-il justifié. En Allemagne, le service militaire, dont le caractère obligatoire a été suspendu en 2011 par l’ex-chancelière Angela Merkel, peut être effectué de façon volontaire. Pour améliorer ses capacités militaires, l’armée allemande espère recruter des dizaines de milliers de nouveaux soldats dans les prochaines années.

    En dépit de ces besoins assumés, le ministère de la Défense a tenté d’apaiser l’émoi suscité par cette nouvelle disposition. Celui-ci est « en train de rédiger des règlements spécifiques pour accorder des dérogations à l’obligation d’autorisation, notamment afin d’éviter toute bureaucratie inutile », a affirmé le même porte-parole. Ce dernier n’a néanmoins pas souhaité s’exprimer davantage sur la forme que pourrait prendre concrètement une telle dispense. Pas plus que sur les éventuelles sanctions en cas de manquement d’un Allemand qui partirait à l’étranger plus de trois mois sans avoir demandé le fameux sésame. Le dispositif n’est en tout cas pas actif pour le moment, assure Berlin.

    Sujet sensible en Allemagne

    Outre-Rhin, la gauche a largement critiqué l’ajout de cette nouvelle règle. Avec une crainte comme argument principal : une telle loi préfigurerait le retour à un service militaire obligatoire en Allemagne dans les prochaines années. « Nous sommes fermement convaincus que cela se produira », a pointé Désirée Becker, vice-présidente du groupe parlementaire du parti Die Linke, auprès de Die Welt. Les Verts ont, de leur côté, réclamé « une clarification rapide du ministère » et critiqué le flou entourant la mesure, sur laquelle n’avait pas communiqué l’armée jusqu’à présent. « Les citoyens ont le droit de savoir rapidement s’ils sont soumis à des obligations de déclaration et, le cas échéant, lesquelles », a appuyé Sara Nanni, une des porte-parole de la formation politique, interrogée par le même journal.

    Le débat est particulièrement sensible outre-Rhin. Pour faire de la Bundeswehr l’armée « la plus puissante d’Europe », comme souhaité par Friedrich Merz, le gouvernement mise à ce stade sur l’amélioration de l’attractivité de son armée pour recruter. Depuis le début de l’année, les jeunes hommes allemands de 18 ans doivent par ailleurs remplir un questionnaire sur leur envie, ou non, d’une possible carrière militaire au sein des rangs de l’armée, mais également sur leur condition physique ou leur parcours universitaire. Dans le détail, le gouvernement s’est fixé l’objectif de monter les effectifs de ses troupes à 260 000 militaires actifs d’ici à 2035, contre 183 000 fin 2025.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/service-militaire-en-allemagne-cette-nouvelle-disposition-passee-inapercue-qui-fait-polemique-AH5HEV7ML5HEBJWIHXVYGBYFWI/

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    Publish date : 2026-04-06 15:29:00

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  • Thomas Graham : « Si Vladimir Poutine s’entête, la Russie sera l’une des puissances les plus faibles du monde d’ici 2035 »

    On s’est souvent demandé jusqu’où pourrait aller Vladimir Poutine pour atteindre ses objectifs de guerre. Plus rarement, ce que ses ambitions maximalistes pourraient lui coûter. Or, à trop vouloir les concrétiser pleinement, le maître du Kremlin risque, ni plus ni moins, de saper la position de la Russie dans l’économie mondiale, estime Thomas Graham. Ce chercheur au Council on Foreign Relations (CFR), auteur de Getting Russia Right (2023, non trad.), explique pourquoi le président russe prend un risque majeur en s’entêtant à poursuivre la guerre en Ukraine. Mais, nuance cet ancien conseiller sur la Russie au sein de l’administration Bush, Vladimir Poutine est beaucoup moins irrationnel qu’on ne le pense.

    L’Express : Selon vous, la Russie aurait tout intérêt à déclarer la « victoire » en Ukraine plutôt que de s’enliser sur le terrain. Pourquoi cela ?

    Thomas Graham : A bien des égards, la Russie a atteint bon nombre des objectifs que Vladimir Poutine s’était fixés en envahissant l’Ukraine en février 2022. A commencer par le fait de s’être emparée de la majeure partie des territoires des oblasts, qu’elle a annexés de façon totalement illégale. Ensuite, il est clair que Kiev ne rejoindra pas l’Otan, notamment parce que l’Alliance ne souhaite pas risquer un conflit direct avec Moscou. De même, si les deux parties parviennent à un cessez-le-feu, les sanctions contre la Russie risquent d’être allégées, sans compter les possibles élections qui pourraient intervenir en Ukraine par la suite, et déboucher sur l’arrivée d’un nouveau dirigeant – ce qui pourrait être considéré comme la réalisation de l’objectif de « dénazification » de Vladimir Poutine. Donc la plupart des ambitions du Kremlin ont été satisfaites ou le seront en cas de cessez-le-feu.

    Parallèlement, l’économie russe est soumise à de graves tensions. La croissance que nous avons observée en 2023 et 2024, résultant d’un accroissement des investissements dans la production militaire, s’est épuisée – l’économie ayant connu une croissance inférieure à 1 % en 2025, tandis que les prévisions indiquent qu’elle devrait passer à moins de 1 % en 2026. Ensuite, la Russie a subi des pertes importantes pour des résultats limités sur le terrain. Certaines estimations font état de plus de 1 200 000 victimes, comprenant notamment des morts et des blessés graves incapables de retourner au combat. Et la superficie du territoire que la Russie a conquis au cours de son offensive lancée en 2024 représente moins de 1 % du territoire total de l’Ukraine. A ce rythme, il faudra des années à la Russie pour s’emparer de l’ensemble du territoire ukrainien.

    Concrètement, à quoi s’expose la Russie si Vladimir Poutine s’entête à poursuivre cette guerre ?

    Il risque ni plus ni moins de saper la position de la Russie dans le monde. Sur le plan technologique, elle est déjà devancée par l’Inde, et prend du retard sur l’Europe. La Russie n’investit pas suffisamment dans les technologies de pointe, qui constitueront le fondement de la puissance mondiale au XXIe siècle. Moscou est par exemple aux abonnés absents dans le domaine de l’intelligence artificielle.

    Chaque jour supplémentaire de guerre en Ukraine, Vladimir Poutine prend davantage de retard sur les grandes puissances mondiales avec lesquelles la Russie souhaite rivaliser. Si le pays poursuit dans cette voie, d’ici 2035, il sera probablement l’une des puissances les plus faibles du monde. Pour Moscou, il est donc temps d’arrêter cette guerre, et de consacrer les ressources aux problèmes socio-économiques et politiques que la Russie doit résoudre sur son territoire.

    Quand bien même Vladimir Poutine proclamerait une quelconque « victoire », l’Ukraine n’a aucune intention de reconnaître les annexions territoriales qu’il revendique…

    L’enjeu n’est pas ici. D’abord, Poutine se fiche que l’Ukraine admette ou non les annexions russes : il présentera sans doute les choses en disant que la Russie a réussi à réunifier les « territoires russes historiques de la patrie ». Et même à Kiev, la plupart des décisionnaires se rendent compte qu’ils ne pourront pas libérer leurs territoires par la force militaire. La question de savoir quelles procédures diplomatiques permettraient de récupérer ces territoires reste ouverte. Mais gardons à l’esprit qu’il est probable que l’Ukraine, comme la plupart des pays européens, se résigne et admette que la Russie contrôle ces territoires. Rappelez-vous du précédent de l’annexion de la Crimée, en 2014. Les gouvernements occidentaux ont-ils exercé une quelconque pression sur la Russie au cours des douze dernières années pour la contraindre à restituer ce territoire ? Non. Il est donc probable qu’il en soit de même cette fois.

    Chaque jour supplémentaire de guerre en Ukraine, Vladimir Poutine prend davantage de retard sur les grandes puissances mondiales avec lesquelles la Russie souhaite rivaliser.

    Ne sous-estimez-vous pas le coût politique que représenterait, pour les dirigeants occidentaux, la fin de ce conflit sans concessions majeures de la part de Moscou ?

    L’Ukraine ne pourra sans doute pas obtenir de meilleur résultat sur le terrain au cours de l’année à venir. Elle ne sera, comme je l’ai dit, certainement pas en mesure de libérer ses territoires par la force militaire. Comme nous l’avons vu lors de l’année écoulée, les pays européens ont énormément de mal à proposer quoi que ce soit qui ressemble à une garantie de sécurité sérieuse pour l’Ukraine, car des doutes subsistent la concernant. Les agriculteurs polonais et français ne seraient pas satisfaits si l’Ukraine était admise à des conditions préférentielles au sein de l’UE, compte tenu de l’importance du secteur agricole ukrainien. Sans parler des préoccupations concernant la corruption à Kiev. Il incombe donc aux dirigeants européens de pousser l’Ukraine à prendre conscience qu’un potentiel accord de cessez-le-feu, à l’heure actuelle, sera probablement le meilleur qu’elle pourra obtenir à l’avenir.

    Si la Russie aurait tout intérêt, selon vous, à mettre un terme à ce conflit, peut-on toutefois en dire autant de Vladimir Poutine, dont certains observateurs remettent en doute la rationalité ?

    Poutine n’a rien d’irrationnel. Lorsqu’il a pris la décision d’envahir l’Ukraine en 2022, il s’est certes lourdement trompé sur le fait que le conflit serait terminé en quelques semaines, et que l’Europe se résignerait sans difficultés à l’annexion des territoires ukrainiens. Mais il s’agit d’une erreur de calcul – en partie à cause d’informations inexactes et d’une grave sous-estimation de la volonté des Ukrainiens et de leur résilience – pas d’un signe d’irrationalité.

    Certes, Poutine lui-même a développé au cours des dernières années ce que j’appelle une vision messianique du monde, qui façonne sa façon d’envisager les obstacles auxquels il est confronté, et donc à mésestimer les conséquences de ses décisions. Ses actions ces derniers mois traduisent une meilleure appréciation des réalités et de l’équilibre réel des forces. A mon sens, cela montre que le Kremlin commence à percevoir la réalité telle qu’elle est. Et les conversations que j’ai eues avec mes homologues russes à Moscou au cours des six derniers mois me laissent à penser qu’un nombre croissant de Russes aimeraient désormais voir ce conflit prendre fin, précisément parce que sa poursuite n’augure rien de bon pour l’avenir à long terme du pays.

    Certains observateurs estiment pourtant que cette guerre est devenue pour Vladimir Poutine un outil de légitimation de son règne…

    Les quelques informations dont nous disposons concernant l’opinion publique russe ne semblent guère étayer la thèse d’un soutien enthousiaste à l’effort de guerre. Nous n’avons d’ailleurs vu personne, à ma connaissance, descendre dans la rue pour soutenir ce conflit. Sans compter que le nombre de volontaires est si faible qu’il ne suffit pas à compenser les pertes subies sur le champ de bataille. Les oblasts russes sont en réalité obligés d’augmenter les sommes allouées aux recrues potentielles pour atteindre leurs quotas de recrutement. Ce qui commence à peser sur l’économie du pays. Le secteur de la consommation est presque en récession en Russie aujourd’hui. Certes, une frange de plus en plus importante de forces d’extrême droite veut que Poutine se montre plus agressif envers l’Ukraine, mais dans le monde des affaires, par exemple, un cercle de plus en plus large de personnes prend conscience que les conséquences de cette guerre excluent de plus en plus la Russie de l’économie mondiale.

    Si Vladimir Poutine persiste malgré le coût que vous anticipez pour la Russie, faut-il en déduire que ses véritables objectifs vont bien au-delà de l’Ukraine ?

    Non. La Russie a toujours été une puissance expansionniste, mais pour trois raisons bien précises : d’abord, la sécurité, ensuite, le patrimoine, et enfin l’identité. Les dirigeants russes ont donc toujours cherché à repousser les frontières du pays vers l’extérieur, c’est vrai, mais principalement dans le but de récupérer des territoires que l’empire russe a autrefois occupés. Poutine pourrait viser les États baltes, la Pologne ou la Finlande, mais au vu de l’expérience en Ukraine ces quatre dernières années, j’ai beaucoup de mal à le voir s’engager dans une confrontation militaire majeure sur le territoire d’un État européen. Il a envahi l’Ukraine en pensant que celle-ci disposait d’une armée de troisième ordre et cela s’est révélé faux. S’il envahit les États baltes, la Pologne ou la Roumanie, non seulement il se heurtera à une armée bien plus efficace, mais aussi à l’ensemble de l’alliance de l’Otan. Et même si des doutes peuvent subsister quant à l’engagement de Donald Trump envers l’article 5, on ne peut pas certifier qu’il ne s’y tiendra pas. Poutine ne peut pas miser là-dessus, le risque est trop grand.

    Reste la perspective de l’allègement des sanctions… Kiev serait-elle prête à l’accepter ?

    Si la promesse d’un allègement de certaines sanctions peut conduire à un cessez-le-feu, permettre à l’Ukraine de rester un État souverain et indépendant, et laisser ses aspirations européennes intactes, je dirais qu’il s’agirait au contraire d’une victoire politique. Il incombe à Volodymyr Zelensky d’œuvrer à créer une société démocratique prospère sur le territoire qu’elle contrôle à l’heure actuelle. Et si le prix à payer pour y parvenir est un certain allègement des sanctions visant la Russie, alors qu’il en soit ainsi. D’autant que personne ne parle de lever toutes les sanctions d’un seul coup. Il s’agirait d’un processus graduel, qui sera sans doute conditionné à certaines demandes de garanties concernant non seulement l’Ukraine, mais aussi la sécurité européenne.



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/thomas-graham-si-vladimir-poutine-sentete-la-russie-sera-lune-des-puissances-les-plus-faibles-du-IL6SE7LUBNGDFJ52WHLNAR5KUE/

    Author : Alix L’Hospital

    Publish date : 2026-04-06 16:00:00

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  • Du traumatisme infantile au trouble psychologique ? Pourquoi ce n’est pas automatique

    Il n’y a pas pire lieu commun en psychologie que l’idée selon laquelle tout trouble mental résulte nécessairement d’un traumatisme vécu pendant l’enfance. Si ce n’est sa réciproque : qu’un traumatisme précoce engendre nécessairement des troubles mentaux ultérieurs. Inspirées à l’origine par la psychanalyse, ces hypothèses sont maintenant tenues pour évidentes par de nombreux professionnels de la psychologie, et immensément populaires dans les médias où elles tiennent lieu d’explication automatique à toutes les évocations de personnes avec troubles mentaux.

    Bien sûr, elles ont un fond de vérité. Statistiquement, il est incontestable que les personnes qui ont subi des traumatismes pendant l’enfance (violences, accidents graves, pertes de proches…) ont plus de risques d’avoir un trouble mental à l’âge adulte. Mais cette corrélation est en partie trompeuse.

    La maltraitance ne provoque pas systématiquement des troubles psychologiques

    Selon le World Mental Health Survey, plus de 70 % des adultes à travers 24 pays rapportent avoir subi au moins un traumatisme pendant l’enfance. Et pourtant, seuls 6 % d’entre eux auront un trouble de stress post-traumatique et beaucoup n’auront jamais de trouble mental. Il n’y a donc aucune systématicité. L’épidémiologie de la santé mentale suggère que la maltraitance infantile est associée à une augmentation de 20 à 30 % du risque de trouble psychologique. La séparation des parents de 10 à 25 %. Cette augmentation de prévalence est réelle mais est loin d’être un déterminisme.

    Symétriquement, lorsqu’une personne souffrant de troubles psychologiques se présente en consultation et que le psychologue ou psychiatre questionne les traumatismes subis pendant l’enfance, il en trouvera dans 70 % des cas. On comprend que la tentation soit grande d’attribuer au traumatisme la cause de tous les troubles et de broder une histoire les reliant. Mais ces coïncidences ne reflètent pas nécessairement un lien de causalité. En effet, il y a des hypothèses alternatives.

    Ces autres facteurs explicatifs

    Comme souvent, il faut se demander si certains facteurs pourraient être confondus, c’est-à-dire influencer à la fois la probabilité de subir un traumatisme, puis celle d’avoir un trouble psychologique. Par exemple, certaines caractéristiques de l’enfant, comme être porteur d’un trouble neurodéveloppemental, augmentent le risque à la fois de subir des maltraitances et d’avoir des troubles psychologiques ultérieurs. Les milieux sociaux précaires augmentent le risque d’exposition à la maltraitance, tout comme à d’autres traumatismes et facteurs de risque des troubles psychologiques.

    Enfin, il faut prendre en compte que les parents maltraitants ou négligents ne sont pas identiques aux autres. En moyenne, ils ont plus souvent des troubles mentaux, des personnalités perturbées ou des addictions. Ces caractéristiques sont en partie influencées par leur génome, dont la moitié est transmise à leur enfant et risque d’y produire des effets similaires. Ainsi, les troubles psychologiques observés chez les enfants ayant subi des traumatismes pourraient aussi bien être dus à d’autres facteurs sociaux ou à des facteurs génétiques transmis par leurs parents.

    Par conséquent, pour répondre à la question du lien causal, il est nécessaire de démêler les multiples facteurs confondus à l’aide d’études prenant en compte à la fois les facteurs sociaux et génétiques. D’après l’une des plus récentes, l’effet causal de certains traumatismes (comme la séparation des parents) sur la survenue de troubles externalisés (hyperactivité, troubles du comportement) est en fait nul.

    Une interprétation possible de ce résultat est que les parents qui ont certains troubles mentaux héritables (trouble bipolaire, schizophrénie) sont plus susceptibles que les autres de se séparer et qu’ils transmettent leurs prédispositions génétiques pour ces troubles à leurs enfants, expliquant l’association statistique entre séparation et troubles. En revanche, l’effet de la maltraitance sur les symptômes psychologiques ultérieurs est bien réel, mais est réduit de moitié après contrôle des prédispositions génétiques : une augmentation de risque de 10 à 20 % selon les troubles.

    Un autre résultat intéressant est que, lorsque l’on a accès à la fois à des informations objectives sur les maltraitances subies par des enfants (par exemple via les archives de l’aide sociale à l’enfance ou de la police) et aux souvenirs qu’ils en ont à l’âge adulte, on constate que seuls ceux qui se souviennent des maltraitances subies ont une prévalence plus élevée de troubles psychologiques. Ceux qui les ont oubliés n’ont en pas plus que les autres.

    Les discours déterministes potentiellement nuisibles

    Ces résultats suggèrent que les discours déterministes sur le lien causal entre traumatismes et psychopathologie ne sont pas seulement inexacts, ils peuvent même nuire aux personnes concernées. Lorsque des professionnels bien intentionnés ou que des discours médiatiques tendent à persuader une personne qui vient de vivre un traumatisme qu’elle en subira de lourdes et durables séquelles, on risque de créer une prophétie autoréalisatrice, d’enfermer la personne dans une identité de victime, et de renforcer l’effet du traumatisme.

    Réciproquement, en consultation, lorsqu’on cherche de manière insistante à relier les troubles d’un patient à des traumatismes infantiles (réellement vécus ou pas), on risque de lui fournir de nouvelles raisons de se sentir mal, quand on ne lui implante pas carrément de faux souvenirs. Ces pratiques, quoique bien intentionnées dans le but d’aider le patient, risquent en fait de lui faire plus de tort que de bien.

    Prévenir autant que possible les traumatismes infantiles est indispensable, tout comme s’occuper des victimes et soigner les personnes qui ont des troubles psychologiques. Aucune de ces nobles causes ne nécessite d’exagérer les conséquences à long terme de ces traumatismes, ni de promouvoir un discours simpliste et déterministe sur les causes des troubles mentaux.

    Franck Ramus, chercheur au CNRS et à l’Ecole normale supérieure (Paris)



    Source link : https://www.lexpress.fr/sciences-sante/du-traumatisme-infantile-au-trouble-psychologique-pourquoi-ce-nest-pas-automatique-DURHTLYKOZF4FKYZFV6Q7RQXGI/

    Author : Franck Ramus

    Publish date : 2026-04-06 14:00:00

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  • Présidentielle 2027 : et si les patrons avaient enfin leur temps de parole ? Par Patricia Goldman

    A l’approche de chaque échéance électorale, la question économique revient au centre du débat public. Pourtant, une voix demeure étonnamment sous-représentée : celle des dirigeants d’entreprise, alors même que ce sont celles et ceux qui prennent chaque jour des décisions concrètes d’investissement, d’emploi et d’innovation. Cette sous-représentation est d’autant plus paradoxale que les entreprises emploient plus de 20 millions de salariés dans le secteur privé.

    Les organisations patronales existent, les tribunes ponctuelles aussi. Mais dans les grands formats de campagne – débats télévisés, émissions de décryptage, séquences de fact-checking… -, la parole économique reste presque exclusivement aux commentateurs, éditorialistes, économistes, syndicats et candidats. Les dirigeants, eux, interviennent en réaction ou en illustration, rarement en amont ou dans un cadre structuré qui leur permettrait d’exposer une lecture cohérente des enjeux. Résultat : leurs préoccupations restent souvent caricaturées, comme si elles relevaient d’un simple réflexe corporatiste.

    Régularité et visibilité

    Cette mise à distance tient aussi à un malaise plus large : une défiance croissante à l’égard du débat politique. Beaucoup de Français ont le sentiment que les discussions économiques se résument à des slogans, éloignés des contraintes du réel. Or l’économie obéit à d’autres logiques. Les dirigeants arbitrent chaque jour entre investir ou attendre, embaucher ou différer, transformer ou maintenir. Ces décisions se prennent dans un environnement concret, où l’incertitude se mesure en euros, en emplois et en temps long.

    Dans ce contexte, il est légitime de poser une question simple : pourquoi ne pas garantir, pendant la campagne présidentielle, un temps minimal d’expression aux représentants du monde économique dans les médias ? Non pour leur accorder un privilège, mais pour équilibrer le débat. Il ne s’agit pas de réserver ce temps aux seuls grands groupes du CAC 40, mais d’y associer les représentants des PME et ETI, celles qui emploient la majorité des salariés du secteur privé et dont les contraintes diffèrent profondément de celles des multinationales. Le cadre pourrait être défini en concertation avec l’Arcom, sans assimiler cette parole à celle des partis politiques, mais en lui donnant la régularité et la visibilité qui lui manquent aujourd’hui. On pourrait agréger autour de ces rendez-vous les autoentrepreneurs, investisseurs, créateurs de tous types pour que l’économie réelle s’exprime sous toutes ses formes et dans toute sa diversité.

    Ce cadre n’aurait de sens que s’il s’ancre dans des enjeux concrets. Instaurer un tel espace permettrait d’introduire dans la campagne une parole tournée vers la mise en œuvre des politiques publiques et offrirait aux Français une meilleure compréhension des conséquences réelles des choix économiques proposés.

    Réintroduire le sens des réalités

    Si l’on devait résumer les attentes des acteurs économiques, cinq exigences reviendraient sans doute en tête. La lisibilité fiscale d’abord, plutôt que le niveau d’imposition : l’investissement se pense à long terme, l’instabilité réglementaire se mesure en mois. La formation ensuite, pas seulement en volume mais en qualité et en adéquation avec les besoins réels des entreprises, des PME aux grands groupes. Des règles environnementales cohérentes, construites avec ceux qui les appliquent, plutôt qu’imposées sans concertation. Un pragmatisme géopolitique qui intègre les réalités du terrain : réorganisation des chaînes de valeur, sécurisation des approvisionnements, anticipation des risques. Enfin, une ambition de compétitivité mondiale assumée : la France ne peut peser dans les transitions à venir – énergétique, numérique, industrielle – qu’à condition de se doter d’une économie capable de rivaliser à l’échelle internationale. Sur tout cela, la création de valeur n’est pas un obstacle au bien commun, elle en est la condition.

    Dans un an, la France devra faire des choix structurants. Face à ce climat de défiance, le débat public gagnerait à s’ouvrir davantage à ceux qui agissent au quotidien : dirigeants, créateurs, salariés, investisseurs. Non pour leur donner plus de place que les autres, mais pour leur donner enfin toute leur place. Parce que leur expérience peut contribuer à réintroduire dans le débat économique ce qui lui manque le plus souvent : le sens des réalités.

    *Patricia Goldman est la fondatrice et présidente de Patricia Goldman International, une société de conseil en communication.



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/politique-economique/presidentielle-2027-et-si-les-patrons-avaient-enfin-leur-temps-de-parole-par-patricia-goldman-EBALED767RECNNCMQ3JXFPMUQA/

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    Publish date : 2026-04-06 10:00:00

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  • EN DIRECT. Guerre en Iran : le chef des renseignements des Gardiens de la révolution éliminé

    Après plus d’un mois de guerre, le risque d’une nouvelle escalade se profile au Moyen-Orient. Dimanche 5 avril, Donald Trump a encore menacé de détruire le réseau électrique et d’autres infrastructures civiles en Iran, réclamant la réouverture avant mardi à 20h00 du détroit d’Ormuz, toujours bloqué par la République islamique. Le 26 mars, le président américain avait reporté de dix jours la date prévue pour la destruction de centrales électriques iraniennes, soit jusqu’à ce lundi.

    Téhéran a répondu aux dernières déclarations du locataire de la Maison-Blanche en promettant ce matin des représailles « encore beaucoup plus dévastatrices » en cas de nouvelles attaques américano-israéliennes contre ses infrastructures civiles.

    Les infos à retenir

    ⇒ Donald Trump réclame la réouverture du détroit d’Ormuz avant mardi à 20h00

    ⇒ L’Iran promet des représailles « dévastatrices » en cas d’attaque contre des cibles civiles

    ⇒ Le chef des renseignements des Gardiens de la révolution éliminé

    11h01

    L’Iran fustige l’inaction de l’AIEA

    L’inaction du gendarme nucléaire de l’ONU « encourage l’agression » contre des installations nucléaires comme la centrale de Bouchehr, a déclaré ce lundi le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, Mohammad Eslami, dans une lettre adressée au directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique.

    10h49

    Israël confirme avoir éliminé le chef des renseignements des Gardiens de la révolution

    L’armée israélienne a annoncé avoir ciblé et « éliminé » Majid Khademi, chef du renseignement des Gardiens de la révolution, confirmant une information diffusée plus tôt par les autorités iraniennes.

    10h13

    Des forces américaines au Koweït visées par une attaque iranienne

    Les forces américaines déployées sur l’île koweïtienne de Bubiyan ont été visées par une attaque iranienne, a affirmé le porte-parole du quartier général central Khatam al-Anbiya dans une déclaration vidéo diffusée par les médias d’État iraniens. Ebrahim Zolfaqari a déclaré que l’Iran ciblait des équipements satellitaires et des munitions sur l’île à l’aide de drones, et a ajouté que les forces américaines s’y étaient redéployées depuis le camp d’Arifjan après que cette base avait été frappée à plusieurs reprises par l’Iran, selon les médias d’État iraniens.

    09h50

    L’Iran annonce la mort du chef de l’organisation du renseignement des Gardiens de la révolution

    La mort de Majid Khademi, chef de l’organisation du renseignement des Gardiens de la Révolution, a été annoncée ce lundi par les médias d’État iraniens, sans autre précision sur les circonstances de ce décès, mis à part qu’il était survenu dans le cadre de « l’attaque terroriste criminelle de l’ennemi américano-sioniste ».

    09h25

    L’Iran ne veut pas d’un « cessez-le-feu temporaire »

    L’Iran n’envisage pas de rouvrir le détroit d’Ormuz en échange d’un « cessez-le-feu temporaire » et estime que Washington ne montre pas la volonté nécessaire pour parvenir à un cessez-le-feu permanent, a déclaré ce lundi un haut responsable iranien à Reuters.

    Ce responsable a confirmé que Téhéran avait reçu une proposition du Pakistan en faveur d’un cessez-le-feu immédiat et l’examinait, tout en soulignant que l’Iran refusait d’être soumis à des pressions ou à des délais pour prendre une décision, ajoute-t-il à Reuters.

    08h40

    Nouvelle exécution en Iran

    Un homme accusé d’avoir attaqué un site militaire au cours des manifestations de janvier a été exécuté, rapporte ce lundi Mizan, organe de propagande de l’appareil judiciaire iranien. Ali Fahim a été accusé d’avoir agi pour le compte d’Israël et des États-Unis. Trois personnes liées à cet incident ont déjà été exécutées ces derniers jours.

    08h27

    Benyamin Netanyahou dit qu’Israël a participé au sauvetage de l’aviateur américain recherché en Iran

    Félicitant Donald Trump après le sauvetage du pilote américain blessé en Iran et saluant une « mission américaine parfaitement exécutée », le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou s’est dit sur X « fier » de la coopération « sans précédent » entre son pays et les Etats-Unis, et fier « qu’Israël a pu contribuer à sauver un courageux combattant américain ».

    I spoke earlier with President @realDonaldTrump and personally congratulated him on his bold decision and a perfectly executed American mission to rescue the downed pilot from enemy territory.

    The President expressed his appreciation for Israel’s help.

    I am deeply proud that…

    — Benjamin Netanyahu – בנימין נתניהו (@netanyahu) April 5, 2026

    Donald Trump tiendra ce lundi à 19h (heure française) une conférence de presse à la Maison-Blanche sur ce sauvetage.

    08h10

    Deux morts en Israël après une frappe iranienne sur un immeuble à Haïfa

    Deux cadavres ont été retrouvés dans les décombres d’un immeuble résidentiel à Haïfa, au nord d’Israël, qui a été ciblé dimanche par une frappe iranienne, a fait savoir l’armée. Deux autres personnes restent portées disparues ce lundi matin.

    08h03

    L’Iran promet des représailles « dévastatrices » en cas d’attaque contre ses infrastructures civiles

    Téhéran a répondu ce lundi aux dernières menaces de Donald Trump : « Si les attaques contre des cibles civiles se poursuivent, les prochaines phases de nos opérations offensives et de représailles seront bien plus dévastatrices et étendues, et les pertes et dégâts causés par le maintien de cette approche seront décuplés », a prévenu le porte-parole du commandement militaire iranien dans un communiqué.

    08h00

    Bienvenue dans ce direct

    Bonjour et bienvenue dans ce direct. Nous continuons à suivre ce lundi 6 avril la guerre au Moyen-Orient, qui en est désormais à son 38e jour.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/en-direct-liran-promet-des-represailles-devastatrices-en-cas-dattaque-contre-des-cibles-civiles-PH7ZIUDGXZCG7FZGKIY2DO2YKQ/

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    Publish date : 2026-04-06 09:08:00

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  • Les îles Chagos, cet archipel de la discorde qui fait chanceler Keir Starmer

    La mer est d’huile autour de l’atoll de Peros Banhos, au cœur de l’océan Indien. Sur la plage, six hommes montent des abris de fortune, bâches en plastique tendues entre des troncs de cocotiers. Au large, un patrouilleur britannique observe, sans bouger. Parmi ces aventuriers, Michel Mandarin, 72 ans. Il n’était pas revenu ici depuis son adolescence, lorsqu’il avait été expulsé de force vers l’île Maurice, à 1 900 km de là : à l’époque, vers la fin des années 1960, Londres vide l’archipel des îles Chagos pour permettre l’installation d’une base militaire américaine sur l’île de Diego Garcia.

    A ses côtés, sur la plage, Adam Holloway, ancien député conservateur et désormais soutien de Nigel Farage, filme la scène. Son objectif est simple : montrer à l’opinion britannique que des citoyens chagossiens tentent de revenir sur leurs terres au moment même où le gouvernement de Keir Starmer s’apprête à en transférer la souveraineté à un autre Etat, l’île Maurice.

    Trump, le déclencheur d’une nouvelle crise interne

    A 8 000 kilomètres de là, ce confetti d’empire provoque une crise politique que l’on n’attendait pas. Sur son réseau Truth Social, Donald Trump a qualifié l’accord signé entre le Royaume-Uni et Maurice de « grave erreur », signe d’une « grande stupidité ». En quelques phrases, le président américain a transformé un dossier technique en test politique majeur. Pour Starmer, reculer serait un aveu de faiblesse ; persister risque de braquer Washington.

    Les îles Chagos, un archipel isolé à mi-chemin entre l’Afrique et l’Asie, sont administrées par Londres depuis 1814. En 1965, le Royaume-Uni détache administrativement ces îles de Maurice, devenue indépendante, puis finit par expulser un peu plus d’un millier d’habitants des Chagos vers l’île Maurice et les Seychelles. Il s’agit de permettre aux Etats-Unis d’installer une base militaire stratégique sur Diego Garcia.

    Pendant des décennies, la position britannique a tenu en une formule : « il n’y a pas de population permanente », donc pas de question d’autodétermination. Mais en 2019, la Cour internationale de justice (CIJ), saisie par l’Assemblée générale de l’ONU, estime que le détachement des Chagos a été effectué en violation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et que Londres doit mettre fin « aussi rapidement que possible » à son administration. L’Assemblée générale de l’ONU confirme cette lecture par un vote massif. Pour Londres, le choc est réel. Le Royaume-Uni, qui se présente comme défenseur du droit international, se retrouve accusé de maintenir une situation coloniale.

    Les gouvernements conservateurs de l’époque choisissent pourtant de temporiser. Ils contestent la portée contraignante de l’avis de la Cour internationale de justice, invoquent la nécessité de protéger Diego Garcia — pivot de la « relation spéciale » avec Washington — et mettent en avant la fragilité écologique des îles pour écarter toute réinstallation durable. Le dossier reste longtemps cantonné aux tribunaux et aux commissions parlementaires.

    Une ardoise à 40 milliards d’euros

    Arrivé au pouvoir en 2024 après quatorze ans de gouvernement conservateur, Keir Starmer veut solder les dossiers coloniaux les plus sensibles. Chagos en fait partie. L’objectif : transformer une défaite juridique en initiative diplomatique. Londres accepte de reconnaître la souveraineté de l’île Maurice sur l’archipel, tout en sécurisant l’essentiel : la base militaire de Diego Garcia. Sous l’égide de son conseiller à la sécurité nationale Jonathan Powell et du juriste Philippe Sands, le gouvernement Starmer négocie un accord prévoyant un bail de location de 99 ans. Le Royaume-Uni verserait 101 millions de livres sterling par an (environ 115 millions d’euros) pour continuer à exploiter la base, auxquels s’ajoutent des aides au développement pour Maurice et un fonds destiné aux Chagossiens.

    Sur près d’un siècle, le temps du bail, la facture nominale avoisine 35 milliards de livres (soit 40 milliards d’euros). Le chiffre agite l’opposition. Le gouvernement relativise en invoquant une valeur actualisée bien moindre et souligne les garanties obtenues : interdiction de toute présence militaire étrangère sur les îles, zone tampon autour de Diego Garcia, maintien du contrôle opérationnel anglo-américain.

    Présenté comme un geste fort envers le « Sud global », l’accord est d’abord bien accueilli, et soutenu par l’administration américaine de Joe Biden. Mais, à Londres, il devient rapidement un sujet explosif. Pour l’opposition conservatrice, le « deal Chagos » offre une cible idéale. William Hague, ancien ministre des Affaires étrangères, dénonce un traité où « le contribuable britannique paye des milliards pour louer ce qui est actuellement notre territoire ». Il souligne surtout une contradiction : Londres invoque partout le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, sauf pour les Chagossiens, expulsés précisément pour permettre l’installation de la base.

    A la Chambre des Lords, les critiques se multiplient. Tous ne rejettent pas le principe d’une restitution à Maurice, mais beaucoup dénoncent un accord mal négocié et politiquement aveugle. Plusieurs amendements demandent un vote consultatif des quelque 3 500 Chagossiens, les expulsés et leurs descendants. Le gouvernement s’y oppose, redoutant un précédent et une perte de contrôle du processus. A la Chambre des communes, conservateurs et populistes s’engouffrent dans la brèche. Nigel Farage, le leader de Reform UK, parle de « trahison ». D’autres pointent le coût exorbitant du bail. Pour Starmer, la menace est double : attaqué à droite pour cet accord mal ficelé et dispendieux, il est aussi critiqué à gauche par ceux qui jugent l’accord insuffisant pour réparer l’injustice subie par les Chagossiens.

    Le piège se referme sur Keir Starmer

    C’est dans ce contexte déjà tendu que Donald Trump change la donne. Alors que les diplomates britanniques étaient assurés jusque-là du soutien américain, le président fait volte-face. Sur Truth Social, Trump alerte sur le risque de voir la Chine profiter de la situation pour s’approcher d’une base essentielle aux opérations américaines, notamment au Moyen-Orient. Il balaie au passage les arguments juridiques avancés par Londres. Son argument est simple : pourquoi dépendre d’un bail, quand on peut conserver le contrôle direct ?

    L’effet est immédiat. A Londres, l’opposition s’appuie sur Trump pour accentuer la pression. Des figures conservatrices comme Boris Johnson et Liz Truss multiplient les contacts à Washington pour durcir encore la position américaine. Starmer se retrouve pris au piège : reculer reviendrait à assumer un nouveau revirement politique ; avancer sans Washington risquerait de fragiliser la sécurité même de la base qu’il cherche à préserver.

    C’est dans ce moment de flottement que l’initiative d’Adam Holloway prend toute sa portée. En aidant un petit groupe de Chagossiens à se réinstaller clandestinement sur Peros Banhos, il impose une image simple dans le débat public : pendant que Londres négocie un accord à plusieurs dizaines de milliards, des hommes reconstruisent des abris sur une terre dont ils ont été chassés. La scène met le gouvernement dans une position délicate. Pour finaliser le transfert de souveraineté à Maurice, il devra probablement faire évacuer ces occupants — au risque de scènes d’expulsion politiquement désastreuses.

    Le récit parfait des adversaires du gouvernement travailliste

    Sous la pression croissante du Parlement et des incertitudes américaines, l’exécutif a donc annoncé une « pause » dans le processus de restitution, autrement dit le gel de son accord avec l’île Maurice. Officiellement, il s’agit de convaincre Washington des garanties de l’accord. En réalité, Downing Street cherche surtout à éviter un vote perdu ou un retrait humiliant.

    L’affaire des Chagos a offert aux adversaires de Keir Starmer un récit redoutable : celui d’un pays prêt à payer une fortune pour abandonner un territoire, sans satisfaire ni ses alliés ni les populations concernées. Elle a rappelé aussi une réalité plus profonde : dans la relation transatlantique, l’asymétrie demeure. Le sort d’un accord négocié pendant des années peut être suspendu à une simple déclaration postée sur un réseau social par le maître de la Maison-Blanche.

    Sur la plage de Peros Banhos, Michel Mandarin et ses compagnons continuent pourtant de tendre des bâches pour recueillir l’eau de pluie et de restaurer les traces d’un passé effacé. Leur présence ne pèse guère face aux calculs stratégiques, mais elle rend visible ce que la diplomatie a longtemps tenté d’ignorer : derrière ce territoire que l’on disait vide, il y a des visages, une mémoire — et une revendication que ni les arbitrages de Londres ni les humeurs de Washington ne suffiront à faire disparaître.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/les-iles-chagos-cet-archipel-de-la-discorde-qui-fait-chanceler-keir-starmer-54HPKUKPGNEV7J5IYGX72G2ZD4/

    Author : Agnès Poirier

    Publish date : 2026-04-06 05:45:00

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  • Qui était James Matthew Barrie ? L’histoire oubliée du créateur de Peter Pan

    Cette blague potache serait sans doute impossible aujourd’hui. En 1887, James Matthew Barrie monte l’équipe de cricket les Allahakbarries (jeu de mots contractant « Allah Akbar » et le patronyme de Barrie). La liste des écrivains ayant défilé derrière la batte au sein des Allahakbarries est incroyable : on y trouve notamment Pelham Grenville Wodehouse, Jerome K. Jerome, Rudyard Kipling, Alan Alexander Milne (l’auteur de Winnie l’ourson) ou Arthur Conan Doyle (paraît-il le meilleur joueur de la bande). De même que son copain Conan Doyle est désormais bien moins connu que Sherlock Holmes, Barrie s’est effacé derrière le mythe de Peter Pan, le personnage qu’il a créé.

    Tout le monde a vu le dessin animé de Walt Disney, sorti en 1953, certains se souviennent aussi de Hook ou la revanche du capitaine Crochet, un Spielberg mineur réalisé en 1991. Difficile de ne pas évoquer Michael Jackson, qui avait appelé son ranch californien Neverland en hommage au Pays imaginaire forgé par Barrie, et se prend pour Peter Pan dans le clip de sa chanson Childhood. On pourrait aussi citer le syndrome de Peter Pan, pathologie floue inventée par le psychanalyste américain Dan Kiley en 1983, et qu’Orelsan s’autodiagnostiquait dans son tube Différent… Plutôt que de se perdre dans les méandres de la santé mentale et du rap puéril, pourquoi ne pas sortir de l’ombre l’immense Barrie (minuscule bonhomme qui ne mesurait qu’un mètre cinquante) ?

    Né en Ecosse en 1860, le petit James découvre le spleen à 6 ans quand son grand frère David, adolescent, meurt après avoir été percuté alors qu’il patinait sur la glace. Le chagrin accable le foyer Barrie, et l’écrivain racontera toute sa vie qu’il avait dû jouer un rôle, se forçant à faire le pitre pour tenter de tirer sa mère d’une dépression tenace. A 17 ans, le jeune homme précoce écrit, monte et interprète sa première pièce, Bandelero the Bandit. Il étudie à l’université d’Edimbourg, s’essaie au journalisme dans quelques gazettes et part pour Londres à 25 ans. Il y perce peu à peu, à la fois en tant que romancier et en tant que dramaturge. A 34 ans, ce vieux garçon endurci qui fume comme un pompier a l’étrange idée de se marier (nous reviendrons sur cette mystérieuse union). Dès 1896, l’œuvre de Barrie est diffusée aux Etats-Unis. Cette même année, ayant perdu sa mère, il lui consacre un hommage, Margaret Ogilvy par son fils. Lorsque ce récit sera traduit chez nous, au Mercure de France, il recevra des éloges de deux esprits d’élite : Marcel Proust (qui jugera ce portrait « exquis et pur ») et Paul Léautaud (qui louera « un livre délicieux que personne ne connaît », l’ayant laissé « l’émotion presque aux larmes »).

    C’est en 1897 que bascule la destinée de Barrie. Alors que sa pièce Le Petit Ministre fait un tabac (ce qui va bien à l’auteur) aussi bien à Washington qu’à Londres, il rencontre à un dîner Sylvia Llewelyn Davies, cette femme mariée et mère de famille qui va devenir la passion platonique de sa vie. Très vite, Barrie retrouve souvent Sylvia et ses fils dans les jardins de Kensington, où il a l’habitude de promener son saint-bernard Porthos (il faut se figurer la paire pittoresque que devaient former le gringalet et son gros chien…). Barrie invite également toute la tribu dans la maison de campagne qu’il a achetée dans le Surrey. De ses jeux avec les enfants naît Peter Pan. Il faut ici préciser que Peter Pan est une œuvre évolutive et protéiforme : il y a d’abord eu une pièce, Peter Pan ou le petit garçon qui ne voulait pas grandir, créée en 1904, puis un roman, Peter et Wendy, publié en 1911. Entre ces deux dates, une épreuve et un drame frappent quasiment simultanément Barrie. En 1909, sa femme légitime, qui le trompe, demande le divorce en faisant valoir que le mariage n’a pas été consommé – on a beaucoup dit que Barrie était impuissant. Le petit homme irrésolu et éthéré va-t-il enfin pouvoir aimer Sylvia ? Non : en 1910, elle meurt d’un cancer à l’âge de 43 ans. La vie sentimentale de son soupirant s’avérera encore plus évanescente que celle de Franz Kafka, auquel il ressemble par de nombreux points, ce qu’on ne relève jamais.

    En guise de maigre consolation, Barrie est anobli en 1913. Il choisit comme devise « Amour de la Bonté » (en français) – pas une pose : en 1929, il cédera les droits de Peter Pan au Great Ormond Street Hospital for Sick Children, à Londres. En 1921, il connaît son dernier moment de gloire : à la demande de Charlie Chaplin, tout auréolé du succès de son film Le Kid et grand admirateur de Barrie, les deux hommes se rencontrent au Garrick Club. Barrie propose à l’acteur d’incarner Peter Pan sur grand écran – projet qui n’aboutira pas. A partir de 1930, Barrie décline tant sur le plan physique que psychique. Il se noie dans une neurasthénie dont il ne sort pas, à tel point que ses médecins lui prescrivent de l’héroïne, laquelle n’arrange pas forcément la situation – après des années de déprime, l’éternel enfant finit par mourir en 1937, à 77 ans.

    A ce sombre tableau, il faut ajouter qu’une forme de malédiction semble avoir visé les enfants Llewelyn Davies. Trois d’entre eux connaîtront des fins tragiques. En 1915, George est tué d’une balle dans la tête alors qu’il combat dans les Flandres. En 1921, Michael se noie avec un camarade à Sandford Pool, près d’Oxford. On a émis l’hypothèse que cet ami était en vérité un amant, et que l’accident cacherait un double suicide, les deux jeunes gens ne pouvant vivre librement leur homosexualité… Bien plus tard, en 1960, Peter se tue en se jetant sous un train dans le métro londonien, à la station Sloane Square.

    Hasard du calendrier, deux nouvelles traductions de Peter et Wendy viennent d’arriver en librairie. L’une est de Nathalie Azoulai, l’autre de Philippe Forest. C’est cette dernière que l’on conseille. Outre l’édition Pléiade de Barrie qu’il a magistralement dirigée (l’appareil critique est remarquable), Forest signe un essai personnel et poignant, Gais, innocents et sans cœur (Gallimard), dans lequel il revient sur la place que Barrie a occupée dans sa vie d’homme brisé par la mort de sa fille, Pauline, emportée par la maladie à 4 ans. Entre son essai et sa riche préface pour la Pléiade, il lève de nombreux lièvres, établit le parallèle avec Proust et répond sur la légende noire de Barrie (le cinquième et dernier fils Llewelyn Davies, Nicholas, a toujours innocenté l’écrivain de tout soupçon de pédophilie). Forest insiste surtout, et à juste titre, sur la mélancolie du dernier chapitre de Peter et Wendy. Peter Pan n’ayant pas de mémoire, il ne pourra honorer sa promesse faite à Wendy de revenir la voir une fois par an – oubliée par son premier amour, elle deviendra une femme, puis une vieille dame… Dans Margaret Ogilvy par son fils, Barrie glissait cette pensée : « Rien de ce qui nous arrive après nos 12 ans n’a beaucoup d’importance. » Proust, toujours lui, n’écrivait pas autre chose dans Le Temps retrouvé, quand il affirme que « les vrais paradis sont les paradis qu’on a perdus ». A l’heure où nous terminons cet article, tous ces garçons rêveurs (Barrie, Proust, Kafka et Michael Jackson) doivent être en train de s’amuser ensemble dans quelque introuvable Neverland.

    Peter Pan par James Matthew Barrie. Edition de Philippe Forest. La Pléiade/Gallimard, 1 168 p., 67 €.

    Gais, innocents et sans cœur. A propos de Peter Pan par Philippe Forest. Gallimard, 156 p., 18 €.

    Peter Pan et Wendy par James Matthew Barrie. Traduit de l’anglais par Nathalie Azoulai. P.O.L, 321 p., 16 €.



    Source link : https://www.lexpress.fr/culture/livre/qui-etait-james-matthew-barrie-lhistoire-oubliee-du-createur-de-peter-pan-ONNXWOUKRVGV7D7WQY55QNTD3E/

    Author : Louis-Henri de La Rochefoucauld

    Publish date : 2026-04-05 09:30:00

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  • L’exécution en Chine d’un Français condamné pour trafic de drogue crée un malaise diplomatique entre Paris et Pékin

    La Chine a confirmé dimanche l’exécution du ressortissant français Chan Thao Phoumy, condamné à mort pour trafic de drogue en 2010, et rejeté les critiques de la France en déclarant ne pas établir de distinction en fonction de la nationalité des prévenus pour de telles infractions.

    Chan Thao Poumy, qui était âgé de 62 ans, était né au Laos et avait été naturalisé français. Il figurait parmi un groupe de 89 suspects arrêtés en 2005 pour trafic de drogue avant d’être condamné à la réclusion à perpétuité en 2007, puis à la peine capitale trois ans plus tard. Il était accusé de faire partie d’un réseau de trafiquants, qui aurait commencé dès 1999 à fabriquer des tonnes de méthamphétamines près de Canton, dans le sud-est de la Chine, avant d’étendre leur production à d’autres sites dans le centre du pays.

    Absence de la défense à la dernière audience

    Dans un communiqué diffusé samedi soir, le ministère français des Affaires étrangères a dit avoir appris « avec consternation » son exécution « malgré la mobilisation des autorités françaises, y compris pour obtenir une décision de clémence à titre humanitaire au bénéfice de notre compatriote ». « Nous regrettons particulièrement que la défense de M. Chan n’ait pas eu accès à la dernière audience au tribunal, ce qui constitue une violation des droits de l’intéressé », a-t-il ajouté. « Nous adressons toutes nos condoléances à sa famille, dont nous partageons l’affliction. La France rappelle son opposition, partout et en toutes circonstances, à la peine de mort et appelle à son abolition universelle », assène le Quai d’Orsay.

    La France maintient un dialogue régulier avec la Chine. Si elle est l’un de ses principaux partenaires commerciaux européens, avec des échanges portés par l’aéronautique, le luxe, l’agroalimentaire et les infrastructures, elle exprime régulièrement ses désaccords avec Pékin sur les questions de droits de l’homme, la peine de mort, la situation à Hong Kong et au Tibet, ainsi que sur la cybersécurité et la souveraineté en mer de Chine méridionale.

    La Chine a déjà exécuté à plusieurs reprises des ressortissants étrangers pour trafic de drogue, au risque de provoquer des tensions diplomatiques avec les pays concernés, même si elle ne publie aucune statistique sur la peine capitale. La possession d’au moins 50 grammes d’héroïne ou de méthamphétamines y est passible de la peine de mort. Au journal Le Monde, le ministère chinois des Affaires étrangères a répondu : « La lutte contre le trafic de stupéfiants est une responsabilité partagée de tous les pays. La Chine est un Etat de droit qui traite les accusés de manière égale quelle que soit leur nationalité, instruit les affaires avec rigueur et équité conformément à la loi et protège les droits et le traitement légitimes des parties concernées. »



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/asie/execution-dun-francais-en-chine-un-incident-qui-fragilise-les-liens-diplomatiques-entre-paris-et-XNNW4ZBEMFEZFEXQBKBTEAM3RE/

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    Publish date : 2026-04-05 10:56:00

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  • « Caché dans une crevasse » des montagnes du sud-ouest iranien : comment l’aviateur américain a été secouru en moins de 48 heures

    « On l’a eu ! », a déclaré le président américain sur son réseau Truth social, dans la nuit de samedi à dimanche peu après minuit heure de Washington. Après un peu moins de 48 heures de recherches, l’officier américain porté disparu en territoire iranien après le crash de son avion vendredi a finalement été secouru dans la nuit du 4 au 5 avril par les forces spéciales américaines, dans une opération de haut vol.

    « Au cours des dernières heures, l’armée américaine a mené à bien l’une des opérations de recherche et de sauvetage les plus audacieuses de l’histoire des Etats-Unis, pour venir en aide à l’un de nos incroyables officiers d’équipage, qui se trouve également être un colonel très respecté, et dont je suis ravi de vous annoncer qu’il est désormais SAIN ET SAUF !« , a écrit le président américain sur son réseau Truth Social. Ajoutant que le soldat a été blessé mais qu’il « s’en remettra très bien ».

    Opération en territoire iranien

    Vendredi, l’annonce du crash d’un avion de chasse américain F-15E biplace après des tirs iraniens – une première depuis le début de la guerre en Iran le 28 février dernier – et la disparition de son « Weapons System Officer », a été retentissante. Selon la presse américaine, les deux membres de l’équipage, éjectés de l’appareil selon la procédure en vigueur, avaient pu déclencher leur parachute et atterrir en territoire iranien. L’un a très vite été secouru par les forces spéciales américaines, dont un hélicoptère a été touché par des tirs pendant l’opération. Mais l’autre est longtemps resté disparu. Une course contre la montre s’est alors engagée pour les Américains, alors que les autorités iraniennes entamaient une traque pour le retrouver, mettant la tête du chasseur à prix. « Si vous capturez le ou les pilotes ennemis et les remettez vivants aux forces de l’ordre et aux forces armées, vous recevrez une généreuse prime et une récompense de grande valeur », avait indiqué la police iranienne dans un communiqué de presse lu à l’antenne vendredi. La perspective d’une capture d’un officier américain par les forces iraniennes suscitait alors une lourde inquiétude à Washington, qui pouvait légitimement craindre la menace d’un chantage aux otages, offrant à l’Iran un levier stratégique pour faire pression sur les États-Unis.

    Selon le Washington Post, l’opération a conduit des commandos américains en profondeur sur le territoire iranien et a mobilisé des centaines de soldats des forces spéciales. Le New York Times précise par ailleurs que des capacités de renseignement cybernétiques et spatiales ont également été mobilisées. Finalement, selon leurs sources, ce sont les commandos de l’équipe SEAL 6 de la Marine qui ont extrait l’officier, qui ne disposait que d’un pistolet pour sa défense. Après s’être éjecté du F-15E, l’officier s’est caché dans une crevasse de cette zone montagneuse du sud-ouest de l’Iran, le Khouzistan, près de la frontière irakienne. Le soldat disposait bien d’une balise et d’un moyen de communication. Mais, et c’était là toute la difficulté, maintenir allumés ces dispositifs de communication aurait pu permettre aux Iraniens de le localiser. « Le pilote a échappé aux forces iraniennes pendant plus de 24 heures, parvenant même à escalader une crête à plus de 2 100 mètres d’altitude », a précisé un haut responsable militaire américain auprès du New York Times. Dans le même temps, des avions d’attaque américains ont largué des bombes à plusieurs reprises et ouvert le feu sur les convois iraniens pour les tenir à distance de la zone où l’Américain se cachait. Sans engager de combat au sol. L’agence de presse iranienne Tasnim a de son côté rapporté que des frappes menées au cours de l’opération de sauvetage avaient fait cinq morts dans le sud-ouest de l’Iran, sans préciser s’il s’agissait de civils ou de militaires.

    Selon le site Axios, la CIA a mobilisé des moyens exceptionnels pour le retrouver. « C’était comme chercher une aiguille dans une botte de foin, mais en l’occurrence, il s’agissait d’un courageux Américain retranché dans une crevasse, invisible sans les capacités de la CIA », a indiqué une source de l’agence auprès du média en ligne.

    Évacuation vers le Koweït

    « Ce brave guerrier se trouvait derrière les lignes ennemies, dans les montagnes traîtresses d’Iran, traqué par nos ennemis qui se rapprochaient d’heure en heure », a écrit le président américain sur son réseau Truth Social. Selon le président américain Donald Trump, aucun soldat américain n’a été blessé parmi les secouristes durant l’opération de sauvetage. « Tous les commandos et le soldat sont rentrés sains et saufs », a déclaré un haut responsable militaire américain rapporte la presse américaine ce dimanche matin. Le militaire blessé a quant à lui été transporté par avion au Koweït pour y recevoir des soins médicaux. « Le fait que nous ayons pu mener à bien ces deux opérations, sans qu’UN SEUL Américain soit tué, ni même blessé, prouve une fois de plus que nous avons atteint une supériorité aérienne écrasante sur le ciel iranien », s’est gargarisé le président américain.

    De leur côté, les forces armées iraniennes ont déclaré avoir abattu trois appareils militaires des Etats-Unis impliqués dans l’opération de sauvetage de l’aviateur. Selon le New York Times, deux avions américains auraient bien été immobilisés et alors incapables d’évacuer le convoi de sauvetage de l’aviateur, provoquant le déclenchement d’un autre escadron d’avions pour les exfiltrer vers le Koweït. Et le journal de préciser que les soldats américains ont eux-mêmes fait exploser leurs deux appareils, « pour ne pas les laisser aux mains des Iraniens ».

    Quelques heures plus tôt, Donald se montrait davantage menaçant que triomphant. Samedi matin, le président américain avait menacé de frapper les infrastructures électriques iraniennes si le gouvernement ne rouvrait pas le détroit d’Ormuz au trafic de marchandises. « Le temps presse – 48 heures avant que l’enfer ne s’abatte sur eux », a-t-il écrit sur son réseau social. Un ultimatum largement rejeté par les autorités iraniennes. « Les portes de l’enfer vont s’ouvrir pour vous », a pour sa part menacé le général Ali Abdollahi, chef du commandement des forces armées iraniennes. Aux États-Unis, dans les rangs de l’administration Trump, l’heure est à la célébration après cette opération de sauvetage réussie. Un soldat américain captif aux mains des Iraniens aurait envoyé un signal différent, et encore discrédité la parole du président Donald Trump.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/cache-dans-une-crevasse-des-montagnes-du-sud-ouest-iranien-comment-lofficier-americain-a-ete-secouru-3HCDPKJBLBBTLF6JVLQNIGX6NU/

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    Publish date : 2026-04-05 11:29:00

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  • Pierre Kosciusko-Morizet et Emmanuel Freund, le pari du jeu éducatif : « Certaines applis n’apprennent rien à vos enfants »


    De Clair Obscur à Assassin’s Creed, la France est une nation qui compte dans les jeux vidéo. Mais derrière ces brillantes réussites, les titres éducatifs ont plus de mal à trouver leur place depuis le succès d’Adibou dans les années 90. PowerZ entend bien lui succéder. Emmanuel Freund, son créateur, s’était déjà distingué dans le secteur du gaming avec la création de Shadow (ex-Blade). Il est à nouveau épaulé par l’investisseur Pierre Kosciusko-Morizet, père du site de vente en ligne PriceMinister.

    Les deux amis partagent un peu plus qu’un projet : un amour du jeu au sens large, une certaine vision de l’éducation, des valeurs. Et la conviction que l’intelligence artificielle vient ouvrir de nouvelles portes, tant dans la conception des jeux que dans la création des contenus éducatifs. PowerZ revendique aujourd’hui un million d’utilisateurs, et des métriques de rétention comparables à Fortnite. L’ambition : ni plus ni moins que devenir le champion européen de l’éducation par le jeu. Avant qu’un Google, Tencent ou ByteDance ne s’en chargent à leur place.

    L’Express : Vous vous êtes rencontrés lors d’une partie de cartes. C’est le jeu qui vous a rapproché ?

    Emmanuel Freund : Oui, à la belote ! Nous jouons toujours ensemble, de temps en temps, aux échecs. Le jeu nous a rapprochés et nous a probablement fait prendre conscience que nous partagions les mêmes valeurs. Nous avons la même conception de l’éducation.

    Pierre Kosciusko-Morizet : Nous partageons une même passion pour les jeux de stratégie. Dans la concentration extrême que requièrent les échecs, on ressent un bonheur intense. Je ressens cela aussi dans la musique. Et j’éprouvais déjà cela en faisant des maths. Quand on aime les mathématiques, on a l’impression que c’est un jeu. J’ai eu la chance d’avoir des professeurs qui m’ont donné le goût de cette discipline. C’est l’idée directrice de PowerZ : on apprend mieux en s’amusant. Et tout jeu apprend quelque chose.

    Pourquoi avoir choisi le jeu vidéo éducatif ?

    E.F : J’ai grandi avec les jeux vidéo et aujourd’hui encore je joue une heure par jour. Ces jeux m’ont beaucoup enrichi car ils reposaient sur des règles qu’il m’a fallu maîtriser. J’ai appris l’anglais avec les jeux LucasArts, et l’économie avec World of Warcraft. J’ai adoré aussi les Indiana Jones : on se baladait et on posait des questions. Il fallait résoudre des énigmes.

    P.K-M. : J’ai beaucoup moins joué aux jeux vidéo qu’Emmanuel ! Seulement de la sixième à la quatrième. J’ai même commencé à coder un tout petit peu. Je copiais les jeux sur des disquettes et je les distribuais. En réalité, je n’aime pas beaucoup les écrans. Cela peut paraître surprenant pour quelqu’un qui a monté sa première boîte de tech à 21 ans ! Je préfère être dans le monde réel. C’est la raison pour laquelle j’aime faire de la musique. L’objectif de PowerZ c’est de remplacer le mauvais temps d’écran des enfants par du bon. Du temps qui leur permette d’apprendre des choses, qui rallonge leur temps d’attention, et les stresse moins. Après avoir joué une demi-heure à PowerZ, nos jeunes utilisateurs sont détendus. Ils ne sont pas confrontés à des algorithmes qui leur balancent des trucs tout le temps ou à des gens qui leur tirent dessus.

    Pierre Kosciusko-Morizet.

    Pierre Kosciusko-Morizet, vous avez fondé PriceMinister (NDLR : revendu depuis à Rakuten), investi dans Doctolib, dans Vinted… Pourquoi l’éducation aujourd’hui, et pourquoi PowerZ ?

    P.K-M : J’avais quatre critères très précis : travailler avec des personnes que j’apprécie vraiment, construire quelque chose d’international dès le départ, d’utile au monde, et enfin que ça puisse devenir quelque chose de grand. L’éducation et PowerZ cochaient les trois premières, mais pas la quatrième. Ce que j’ai compris avec PowerZ, c’est qu’en combinant éducation et jeu vidéo, on résolvait ce problème de « scaling », de passage à l’échelle. Nous avons dépassé le million de joueurs sur PowerZ, c’est l’équivalent de 30 000 classes de trente élèves ; ça commence à peser. Et l’IA change l’équation économique de l’éducation en profondeur : ce qui était impossible à faire à l’échelle mondiale pour des raisons de coût et de personnes devient faisable. L’opportunité est unique. Nous voulons créer une école-monde à l’heure où il se désagrège.

    Le jeu éducatif Adibou a marqué toute une génération. Il n’a jamais eu de successeur. Comment expliquer ce vide ?

    E.F. : Il y a deux raisons. La première, c’est que les jeux éducatifs ont décroché en termes de qualité des vrais jeux vidéo. À l’époque d’Adibou, les deux étaient de même niveau graphique, de même niveau d’investissement. Puis les jeux ont évolué très vite, et les « jeux éducatifs » sont devenus des applications : bien conçues sur le plan pédagogique, avec de bons scientifiques derrière, mais avec une gamification au ras des pâquerettes, avec une date de péremption largement dépassée. La deuxième raison, c’est une erreur de conception fondamentale : mettre l’éducation en avant dès la première minute de jeu. « Fais du français, fais des maths », ça n’a jamais attiré beaucoup d’enfants. Si vous jouez à PowerZ, vous ne verrez pratiquement rien d’éducatif pendant la première heure. Elle existe pour une seule raison : vous donner envie de revenir. C’est comme le premier jour d’école : un parent ne demande pas à son enfant ce qu’il a appris. Il lui demande si ses profs sont sympas, si ses camarades lui plaisent, ce qu’il a mangé. Le monde doit d’abord donner envie d’y vivre. Après seulement, on peut apprendre.

    En France, le débat sur l’éducation semble encore englué dans une question préalable : les écrans, avec ou sans ?

    E.F. : Les écrans sont là et ils ne disparaîtront plus. Ce débat n’est plus d’actualité et c’est d’autant plus frappant qu’il est souvent mené par des gens qui regardent leur propre téléphone en permanence en expliquant qu’ils n’en veulent pas pour leurs enfants. Notre mission, c’est précisément de préparer une génération à un monde dans lequel les écrans et l’intelligence artificielle seront omniprésents. Les enfants qui ne sauront pas s’en servir, pas comment parler à cette IA, qui ignoreront ce qu’il faut en attendre ou en craindre, seront vraiment mis sur le côté. À 10 ans, les trois quarts des enfants ont déjà un téléphone. Le sociologue Gérald Bronner le décrit très bien : à ce jour, ceux qui en sont tenus à l’écart, sans apprentissage progressif de ce que sont les réseaux sociaux, font face à une submersion d’informations quand ils y sont enfin confrontés qu’ils sont incapables de trier, d’analyser et donc de comprendre.

    P.K-M : Je pense qu’il est à peu près impossible de les en priver aujourd’hui. Et ce n’est même pas souhaitable. Priver un enfant d’écran aujourd’hui, c’est le priver d’une partie de sa sociabilité. J’avais une amie qui tenait bon, qui refusait les écrans à la maison. Résultat : ses enfants cherchaient constamment des maisons où il y en avait, notamment pour jouer.

    Vous dites que jouer, c’est faire des efforts sans le savoir. C’est vraiment votre conviction pédagogique centrale ?

    P.K-M : Complètement. J’ai un exemple : mon fils de 16 ans passe beaucoup de temps sur le jeu de football Fifa (NDLR : série EA Sports FC depuis 2023). Il connaît les scores de toutes les équipes, la taille et le poids de chaque joueur, leurs statistiques de vitesse, de défense, d’attaque. Il achète et vend des joueurs, les entraîne. Il a des stratégies qui demandent une énergie considérable. Et pourtant, il n’a pas l’impression de travailler : parce que c’est un jeu. Mais c’est quand même un effort. Il s’est donné du mal, et il est d’ailleurs récompensé quand il gagne. Ce n’est pas nier l’effort que de le rendre invisible : c’est lui donner du sens, lui donner un but. C’est exactement ce que PowerZ essaie de faire, mais dans un registre éducatif et pour des plus jeunes, une tranche d’âge où il n’y a aucune offre de qualité.

    Mais en créant un jeu auquel les enfants ont tout de même envie de revenir, ne reproduisez-vous pas le mécanisme addictif que vous critiquez chez les autres ?

    E.F. : C’est une question légitime, mais je la retourne volontiers. Mon père m’a interdit les écrans toute mon enfance. Je n’avais pas le droit d’y toucher. Je pense qu’il n’y a aujourd’hui personne sur Terre qui joue plus aux jeux vidéo que moi (rires).

    P.K-M : Ce qui rend addictif, dans la plupart des jeux ou des applications, ce ne sont pas les jeux eux-mêmes : ce sont des mécaniques de frustration délibérément construites pour pousser à l’achat ou au retour quotidien. On frustre l’enfant, on lui met une publicité sous le nez, on lui suggère qu’il doit acheter des choses pour progresser. Même des applications estampillées « éducatives » font ça. Une des plus connues, dans le domaine des langues, envoie une notification si vous ratez une journée : vous êtes mauvais, mais vous pouvez payer pour effacer votre honte. Ma fille est venue me voir un soir, ravie : elle était venue 300 jours de suite sur l’appli. Elle n’avait en revanche appris aucune langue. Elle collectait un badge. C’est ça, l’addiction. Nous, on ne punit pas l’absence. Nous n’avons pas de publicité. Et nous venons de lancer un abonnement mensuel pour que les parents ne soient plus jamais sollicités à chaque nouveau contenu.

    Les jeux vidéo restent associés à la violence dans une partie du débat public. Le président de la République Emmanuel Macron l’a encore illustré récemment. Cette image vous handicape-t-elle ?

    E.F. : Je comprends les critiques. Il y a des jeux absolument fabuleux : Clair Obscur : Expédition 33, développé par un petit studio indépendant français, et qui a été récompensé du trophée du meilleur jeu de l’année dans le monde, vient le démontrer. La créativité est forte dans ce médium, comme au cinéma d’ailleurs. Et puis, il y a aussi des jeux conçus pour une seule chose : vous bombarder de stimuli à la seconde, avec des algorithmes dont l’unique objectif est de vous faire revenir, scroller, acheter. Ces deux catégories ne méritent pas d’être mises dans le même sac. Et c’est précisément l’inverse que PowerZ essaie de faire : proposer une session d’écran dont on ressort calme. Ni surexcité, ni en manque et en n’ayant appris des choses tout en se divertissant.

    P.K-M : Ce que je trouve intéressant avec PowerZ, c’est que ça rouvre un dialogue entre parents et enfants sur ce qu’ils font devant un écran. Moi, je joue avec ma fille. Elle vient me chercher, on joue ensemble, elle me raconte ce qu’elle a appris. C’est à l’opposé de YouTube, où elle se cache pour que je ne voie pas ce qu’elle regarde.

    E.F. : En effet, et à l’inverse, un jeu éducatif génère des moments différents : un enfant qui soudainement vous pose une question sur la supraconductivité au dîner. Un autre qui réclame de l’azote liquide pour son anniversaire… Je préfère largement cette curiosité, qui est à l’origine du nom PowerZ. C’est l’idée que les enfants ont un superpouvoir que l’on perd en grandissant : l’imagination pure, non filtrée par les conventions sociales. Demandez à une classe de 6 ans qui sait chanter : tous les bras se lèvent. Demandez à des élèves de 15 ans : plus personne. Il y a des choses qu’on apprend à ne plus oser faire. Avec PowerZ on aimerait préserver cette confiance-là, cette capacité à imaginer sans se censurer d’autant plus précieuse à l’heure où la créativité devient une compétence centrale dans un monde piloté par l’IA.

    Quelles disciplines se prêtent le mieux au jeu vidéo ? Et lesquelles sont plus difficiles à intégrer ?

    E.F. : L’avantage du jeu vidéo, c’est la multiplicité des contextes. On n’est pas coincé dans une salle avec le même professeur devant le même tableau. Pour les mathématiques, on a développé une séquence sur la géométrie inspirée d’Indiana Jones : il faut traverser un temple en marchant uniquement sur les dalles qui ont les bonnes propriétés : des formes avec un angle droit, par exemple. Si on marche sur les mauvaises, on tombe. Pour le français, on a travaillé avec le Bescherelle sur des exercices de grammaire intégrés dans une mécanique de tour à construire : il faut déplacer les piliers pour former les bonnes phrases. Le jeu nous permet aussi d’aller au-delà des matières classiques. On travaille en ce moment sur la philosophie avec des dilemmes moraux intégrés dans des quêtes. Un paysan vient vous voir : son voisin laissait une poule mourir de faim, il l’a prise pour la sauver. Maintenant qu’elle va mieux, on lui demande de la rendre au voisin maltraitant.

    Emmanuel Freund.Emmanuel Freund.

    Que faites-vous ? L’enfant répond instinctivement. Puis le paysan revient : il est convoqué au tribunal du village et doit expliquer son choix de sauver la poule. Là, l’enfant doit argumenter sur la propriété, le bien-être animal, la loi. Il peut changer d’avis à tout moment et n’est jamais jugé dans ses réponses. C’est de la philosophie pratique, sans que le mot ne soit jamais prononcé.

    Comment convaincre un enfant d’arrêter de jouer sans le frustrer ?

    E.F. : Avant de lancer le premier jeu, nous avons réfléchi entre adultes à la meilleure manière de limiter le temps d’écran d’un enfant à une demi-heure par jour. Nous avons songé à leur offrir des récompenses s’ils savaient s’arrêter à temps. Puis nous avons réuni plein d’enfants pour leur soumettre cette idée. Ils nous ont regardés un peu bizarrement. Ils nous ont dit : « C’est un village, non, votre jeu ? Pourquoi vous ne faites pas en sorte que la nuit tombe pour que tout le monde aille se coucher ? » Leurs solutions étaient toutes bien meilleures que les nôtres ! PowerZ repose sur leur participation.

    P.K-M. : Ce qui est central dans tout ça, c’est la ZPD : la zone de développement proximal. Si l’exercice est trop facile, l’enfant s’ennuie. Trop difficile, il décroche. La ZPD, c’est la zone où il progresse : elle se situe à environ 80 % de bonnes réponses. C’est un problème structurel en classe : avec trente élèves, on ne peut pas calibrer pour chacun. L’IA nous permet de le faire individuellement, en temps réel.

    Outre les enfants, qui a participé à la création de PowerZ ? Avez-vous consulté des scientifiques ?

    E.F. : Depuis cinq ans, nous en savons beaucoup plus sur la manière dont les enfants jouent et apprennent. Des experts nous ont éclairés, des neuroscientifiques, des sociologues, des psychologues, des spécialistes de l’éducation, même Montessori ! Nous avons tout de suite constitué « un board » scientifique pour nous accompagner. Des éditeurs, à l’instar d’Hachette, avec les éditions Hatier ou de Bayard, ont participé aux programmes éducatifs. Il fallait que PowerZ soit le jeu dont les enfants ont envie de parler à leurs parents, pas celui qu’ils cachent. Et pour ça il fallait que PowerZ soit un jeu en qui les parents ont confiance pour que les enfants le sentent en retour. Il était essentiel que notre accompagnement éducatif et cognitif soit solide, expérimenté et labellisé.

    Est-ce qu’un jeu recommandé par ses parents ne devient pas automatiquement suspect aux yeux d’un enfant ?

    E.F. : C’était notre crainte initiale. On pensait qu’un jeu proposé par les parents serait rejeté, que l’enfant avait besoin de transgression, que ça devait venir d’ailleurs. C’est une fausse idée. Ce qu’on observe aujourd’hui, c’est exactement l’inverse. Avant, le jeu n’était pas assez bon, les graphismes faisaient « pauvre » à côté de Fortnite ou Zelda. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Quand un enfant peut se dire « c’est un vrai jeu », il n’a plus honte d’y jouer. Et d’ailleurs notre but est que ce soit les enfants qui en parlent aux parents !

    P.K-M : Ce qu’on recherche, c’est une double acquisition : les parents entendent parler de PowerZ et sont rassurés, les enfants en entendent parler entre eux et ont envie de jouer. L’idéal, c’est que les deux arrivent en même temps : que l’enfant ait envie et que le parent soit déjà au courant. Ce qu’on ne veut pas, c’est que les parents disent « joue à ça » et que l’enfant le vive comme une prescription.

    Vous rapprocher de l’Éducation nationale peut sembler naturel. Mais cela pourrait-il être contre-productif ? Un peu comme le parent qui s’inscrit sur le réseau social de ses enfants…

    E.F. : Notre stratégie aujourd’hui, c’est de partir des utilisateurs : les enfants, les profs, les parents. On a une trentaine d’écoles qui utilisent PowerZ, sans être passées par les circuits officiels. Des professeurs ont commencé à l’adopter parce que leurs élèves en parlaient. La première école pionnière était à Drancy. On travaille maintenant avec des mairies pour des usages extrascolaires et on est en cours d’accréditation par l’Education nationale. Le meilleur chemin, c’est que l’institution vienne vous chercher parce que le terrain, les cours d’école, ont déjà tranché.

    Face à l’agressivité des acteurs américains et chinois dans le jeu vidéo, y a-t-il également une posture de souveraineté de votre part ?

    E.F. : C’est une conviction très profonde, et une urgence. Si on ne construit pas un acteur européen crédible dans ce domaine, demain, c’est Amazon, Google ou ByteDance qui décideront comment vos enfants apprennent les maths, avec quels algorithmes, selon quelles valeurs. Les Chinois ont déjà des écoles entièrement pilotées par l’IA. Les Américains ont leur propre modèle. Nous, en Europe, on a des choses à défendre qui ne sont pas anecdotiques. Quand on a voulu supprimer les dictées et les poésies à l’école, les parents ont dit non massivement. Ce ne sont pas des archaïsmes : ce sont des marqueurs d’une certaine façon de transmettre, d’une relation à la langue, à la culture. Il faut que ces valeurs éducatives européennes puissent exister dans un monde numérique, pas qu’elles disparaissent par défaut parce qu’on n’a pas pris la peine de les défendre.

    Une de nos chances se trouve dans l’IA. La technologie abaisse les barrières à l’entrée, tant sur le plan technique et la construction des jeux, que l’adaptation de PowerZ à chaque pays, chaque langue et à leurs programmes nationaux. Pour ce qui est de la méthode, elle est universelle. Les enfants apprennent les fractions de la même façon à Lyon et à Chicago.

    Est-ce que vous croyez qu’un jour un jeu rivalisera avec les « blockbusters » du secteur (ou jeux triple A) en termes d’ambition et de production ?

    E.F. : Non seulement j’y crois, mais je pense que c’est la seule façon de réussir. Un jeu éducatif au sens traditionnel du terme, soit une application « gamifiée » avec des exercices déguisés, ça ne marche pas. Dans l’esprit d’un enfant, « jeu éducatif », ça veut dire jeu ennuyeux offert par ses parents. Ce qu’on veut faire, c’est un jeu avec un monde, une aventure, des personnages dans lequel on apprend. La référence que j’ai en tête, c’est Harry Potter : une école qui est aussi un univers dans lequel vous avez envie d’être, dans lequel vous voulez réussir l’examen du cours de potions parce que vous vous sentez appartenir à ce monde. Des profs IA, de vrais élèves, de vraies interactions sociales. Pour y arriver, il faut des moyens importants – nous avons déjà levé vingt millions d’euros – et du temps.

    P.K-M. : Cet investissement incompressible en temps et en argent a permis de créer un jeu que les enfants plébiscitent, ils demandent à y jouer comme ils le feraient avec un dessin animé. Trouver la bonne manière d’y intégrer l’éducation en bénéficiant des avancées de l’IA permet désormais d’accélérer la création de contenus éducatifs tout en proposant d’accompagner la progression de chaque enfant en temps réel et au rythme de chacun. L’IA permet de faire du sur-mesure pour tous les utilisateurs-joueurs partout dans le monde.

    E.F. : C’est un progrès vertueux ce qui est rare lorsqu’on parle d’écrans ! Lutter contre un monde qui avance plus vite que nous c’est s’en retirer et nous ne souhaitons pas ça pour nos enfants. J’ajouterais pour terminer qu’il est majeur de s’approprier l’IA et ses techniques intégratives (surtout quand il s’agit d’éducation), d’apprendre à en maîtriser tous les aspects. La Chine ou les Etats-Unis ont déjà massivement investi l’IA sur les enjeux éducatifs, il ne faudrait pas que la France ou l’Europe abandonne la partie trop tôt, les conséquences seraient dramatiques.



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/pierre-kosciusko-morizet-et-emmanuel-freund-le-pari-du-jeu-educatif-certaines-applis-napprennent-JRHAT4BYHZGP5CNEHWAKFBJBOA/

    Author : Sébastien Le Fol, Maxime Recoquillé

    Publish date : 2026-04-05 16:00:00

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  • Hausse des carburants : cinq pays européens réclament une taxe sur les bénéfices exceptionnels, la France reste en retrait

    Dans un courrier adressé au commissaire européen au climat, Wopke Hoekstra, ce vendredi 3 avril, cinq ministres européens de l’Economie et des finances, dont l’espagnol Carlos Cuerpo, ainsi que ses homologues autrichien, allemand, italien et portugais ont demandé la mise en place d’une taxe sur les bénéfices exceptionnels réalisés par les entreprises énergétiques, face à la hausse des prix des carburants liée à la guerre au Moyen-Orient.

    Selon le ministre de l’Économie espagnol Carlos Cuerpo, une telle mesure « allégerait la charge pesant sur les consommateurs et les contribuables ». Dans leur courrier, dont une copie a été publiée sur X, les cinq ministres signataires estiment que cette taxe « enverrait également un message clair selon lequel ceux qui tirent profit des conséquences de la guerre doivent faire leur part pour alléger la charge pesant sur le grand public ».

    Ministers🇦🇹Markus Marterbauer 🇵🇹@JMirandSarmento 🇩🇪@larsklingbeil 🇮🇹Giancarlo Giorgetti and 🇪🇸 I are asking @EU_Commission to explore a temporary solidarity instrument for energy companies to contribute from war-driven windfall profits & ease the burden on consumers and taxpayers pic.twitter.com/3SDxaB67Tw

    — Carlos Cuerpo (@carlos_cuerpo) April 4, 2026

    Mesure similaire déjà appliquée en 2022

    Depuis le début de la guerre en Iran, les cours du pétrole et du gaz n’ont cessé d’augmenter, et ce, même si l’Union européenne ne s’approvisionne pas principalement au Moyen-Orient. Mais la hausse des prix mondiaux affecte malgré tout jour après jour les entreprises et les ménages européens. En France, le litre de gazole culmine actuellement à 2,19 euros dans les stations-service. Soit une augmentation de 45 centimes, depuis le 28 février. Le sans-plomb-95 est quant à lui affiché à 2,01 euros en moyenne en France. Ces prix records s’expliquent par la hausse du baril de pétrole, lourdement affecté par le blocage iranien du détroit d’Ormuz.

    Dans leur lettre, les cinq ministres signataires ont rappelé qu’une mesure similaire à leur demande avait été mise en œuvre en 2022, après le début de la guerre en Ukraine. « Compte tenu des distorsions actuelles du marché et des contraintes budgétaires, la Commission européenne devrait rapidement mettre au point un instrument de contribution similaire à l’échelle de l’UE, reposant sur une base juridique solide », ont-ils écrit.

    En 2022, face aux profits records du secteur pétrogazier, plusieurs pays avaient en effet instauré des mesures de taxation exceptionnelles. L’Union européenne avait alors adopté une contribution de solidarité de 33 % sur les bénéfices excédentaires des sociétés pétrogazières, tandis que le Royaume-Uni avait imposé une taxe temporaire similaire. Ces mesures visaient à redistribuer les « superprofits ». En parallèle, l’UE a adopté en 2022 un mécanisme commun appelé « contribution temporaire de solidarité ». Selon un rapport d’analyse de la Commission européenne publié en mai 2025, la mesure aurait permis de rapporter près de 28 milliards d’euros de revenus à la fin de l’année 2023. Les États membres ont utilisé les fonds principalement pour des mesures de soutien financier aux consommateurs d’énergie, et en particulier aux ménages vulnérables, d’après le même document.

    La France prudente

    La mesure instaurée en 2022 n’avait pas empêché les cinq majors (Shell, Chevron, ExxonMobil, TotalEnergies, BP) de battre leur record de bénéfice net, avec un total de 151 milliards de dollars engrangés. S’agissant du courrier envoyé vendredi au commissaire européen au climat, Wopke Hoekstra, la France adopte pour le moment une position plutôt en retrait.

    Le sujet fait néanmoins débat dans l’hexagone. Des ONG comme Greenpeace ou Transport & Environment évoquent plusieurs dizaines de milliards d’euros de bénéfices potentiels, plaidant pour une taxation exceptionnelle afin de financer des mesures de soutien aux consommateurs et un plan d’électrification européen. Dans le champ politique, une partie de la gauche y est favorable. Le 1er avril sur France Inter, le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, avait ainsi appelé TotalEnergies à baisser ses marges, pointant les « 65 milliards d’euros de bénéfices du groupe en l’espace de quatre ans ».

    Malgré ces incitations, l’exécutif français semble privilégier une approche attentiste. Une réserve qui s’explique en partie par le retour d’expérience des dispositifs adoptés en 2022 et 2023. À l’époque, la « contribution temporaire de solidarité » mise en place au niveau européen avait généré des recettes jugées décevantes pour la France, en raison notamment d’une assiette très restreinte de contribuables concernés, de stratégies d’optimisation fiscale et de la difficulté à capter des profits souvent réalisés hors du territoire national. La contribution temporaire de solidarité liée aux superprofits pétroliers avait rapporté environ 69 millions d’euros pour l’année 2022, loin des estimations initiales, selon l’Institut des politiques publiques.

    Questionné sur les profits des raffineurs, le ministre de l’Economie, Roland Lescure, a déclaré vendredi soir qu’il avait écrit à la Commission européenne pour lui demander d’enquêter sur les marges des raffineries en Europe et de s’assurer qu’il n’y avait « pas d’abus ». « J’ai envoyé aujourd’hui une lettre pour lui demander de faire une enquête dans les raffineries européennes pour s’assurer qu’il n’y avait pas d’abus », a-t-il assuré dans l’émission C à vous sur France 5.

    Le 1er avril, le Premier ministre Sébastien Lecornu aurait en outre donné « instruction » à ses ministres d’identifier les actions prioritaires pour électrifier l’économie et réduire la dépendance aux hydrocarbures importés, en suggérant de les financer par les « surplus » de recettes fiscales sur les carburants, selon une déclaration de Matignon à l’Agence France-Presse. Une mesure aussitôt décriée à droite et à gauche de l’échiquier politique.





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    Publish date : 2026-04-05 16:13:00

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