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  • En mer de Chine méridionale, le retour de la « grande muraille de sable » de Pékin

    C’est un atoll coralien de 600 hectares perdu au large des côtes vietnamiennes et chinoises, qui a longtemps eu l’aspect d’une carte postale idyllique. De récentes images satellites révèlent pourtant sur Antelope reef une activité qui l’a transformé en profondeur et semble correspondre à la construction d’une base militaire chinoise, laquelle serait la plus vaste du secteur : des jetées, un héliport, des bâtiments et une potentielle piste d’atterrissage de trois kilomètres. Le récif se situe dans les îles Paracels, un archipel sur lequel Pékin revendique une souveraineté qui lui est contestée par le Vietnam et par Taïwan. La Chine s’était déjà lancée dans ce genre de projets par le passé – elle possède un autre récif militarisé dans l’archipel, le récif Woody, grand de 360 hectares, et d’autres sur les îles Spratly, plus au sud – au point que cette politique d’expansion avait été surnommée « La grande muraille de sable ». Pékin avait déclaré geler ces travaux en 2015. Ils semblent bel et bien repartis.

    Revendications chinoises déboutées

    « C’est la première fois depuis longtemps que [les Chinois] se redonnent la possibilité de construire des îles extrêmement grandes et extrêmement rapidement », a déclaré au Wall Street Journal Harrison Prétat, du Center for Strategic and International Studies, à Washington. Les premières images de travaux remontent en effet au mois de décembre et certaines figuraient jusqu’à 22 dragueurs, en février, occupés à retirer le corail de la lagune intérieure et à pomper les déblais pour les déposer au sommet du récif. L’archipel aurait ainsi été artificiellement agrandi de plusieurs kilomètres. L’expert y voit une réponse aux projets similaires menés dans le secteur par le Vietnam, qui a d’ailleurs réagi en déclarant les constructions sur Antelope reef « illégales ». Pékin s’est emparé en 1974 de l’archipel aux dépens du Vietnam du sud, quelques mois avant qu’il ne tombe face aux assauts de son voisin du nord.

    La Chine revendique une souveraineté sur la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale, ce que lui contestent les pays qui la bordent, le Vietnam, donc, mais aussi la Malaisie,les Philippines, Brunei, et ce que ne lui reconnaît pas davantage la communauté internationale. La Cour permanente d’arbitrage de La Haye a d’ailleurs débouté Pékin dans une décision de 2016 et les pays occidentaux prennent soin d’y faire régulièrement passer des navires militaires à leur guise. Ce fut le cas, en septembre dernier, de la frégate anglaise HMS Richmond et du destroyer américain USS Higgins, qui ont traversé la zone située entre Taïwan et la Chine continentale, suscitant la colère de Pékin.

    Les Etats-Unis regardent ailleurs

    Outre une volonté de renforcer l’emprise chinoise dans le secteur, la construction d’une base militaire sur Antelope reef répond à une logique stratégique. En cas d’attaque sur Taïwan, les bases dans les îles Paracels seraient plus utiles que celles des Spratlys, plus lointaines. « Si l’on envisage un scénario dans lequel la Chine se préparerait à d’éventuelles opérations de très haute intensité, alors le renforcement militaire dans les îles Paracel prend tout son sens », a déclaré au Wall Street Journal Collin Koh, chercheur à la S. Rajaratnam School of International Studies de Singapour. Il estime que le récif pourrait accueillir des navires de guerre, y compris des sous-marins, et peut-être même les nouveaux porte-avions que Pékin prévoit de construire. Les Etats-Unis se sont toujours opposés à la construction de ces bases par la Chine dans le secteur, mais aujourd’hui, les yeux de Washington sont tournés bien plus à l’Ouest, vers le Golfe persique. Ce qui n’a pas échappé à son rival asiatique.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/asie/en-mer-de-chine-meridionale-le-retour-de-la-grande-muraille-de-sable-de-pekin-OOB3BCIFLRBKHML6I4VQZ3MSV4/

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    Publish date : 2026-04-02 17:36:00

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  • Donald Trump limoge sa ministre de la Justice Pam Bondi

    Une proche congédiée. Donald Trump a démis, ce jeudi 2 avril, Pam Bondi de ses fonctions à la tête du ministère de la Justice. Décrivant Pam Bondi comme « une grande patriote et amie loyale », le président américain a écrit sur son réseau Truth Social qu’elle se verrait confier « un nouveau poste indispensable et important dans le secteur privé », sans en dire davantage. Le numéro 2 du ministère de la Justice, Todd Blanche, va assurer l’intérim, a-t-il indiqué.

    L’ire présidentielle contre sa ministre tiendrait à sa gestion de l’affaire Epstein, pour laquelle elle a effectué plusieurs volte-face. Au début de l’année dernière, Pam Bondi a affirmé qu’une liste de clients se trouvait sur son bureau mais, après une première publication de documents pour la plupart déjà publics, le ministère de la Justice et le FBI ont déclaré en juillet qu’aucune autre divulgation n’était justifiée. Cette décision a déclenché un tollé et conduit à l’adoption, en novembre, d’une loi bipartisane obligeant le ministère de la Justice à rendre publics la quasi-totalité de ses dossiers. La publication d’environ trois millions de pages de documents n’a toutefois pas mis fin à la controverse, les législateurs et la presse critiquant les passages caviardés dans les dossiers ainsi que la divulgation de l’identité de certaines victimes d’Epstein. Le processus a surtout remis en lumière l’amitié passée de Trump avec Epstein, dont il a déclaré qu’elle avait pris fin il y a plusieurs décennies. Donald Trump aurait également été frustré par le fait que Pam Bondi n’agissait pas assez rapidement pour poursuivre les adversaires qu’il souhaitait voir faire l’objet de poursuites pénales.

    Son éviction pourrait entraîner un remaniement de la stratégie au sein du ministère de la Justice et une nouvelle mobilisation du système judiciaire américain contre les adversaires du président. Bondi est la deuxième haute responsable de l’administration Trump à être évincée récemment, après Kristi Noem, la secrétaire à la Sécurité intérieure, limogée le 5 mars. Ancienne avocate et lobbysite, Pam Bondi avait pourtant été une fervente partisane du président, et avait dû essuyer des critiques concernant le renvoi de dizaines de procureurs qui travaillaient sur des enquêtes sur Trump. Ses détracteurs l’accusaient d’avoir abandonné la neutralité du ministère de la Justice. Son zèle n’aura suffi qu’un temps.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/amerique/donald-trump-limoge-sa-ministre-de-la-justice-pam-bondi-LAL6LCZN45FGTI7FMR7AWTF6JA/

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    Publish date : 2026-04-02 17:56:00

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  • Hongrie : et si le bilan désastreux d’Orban était son plus grand atout ? Par Dalibor Rohac

    Ne vous y trompez pas. Malgré une campagne électorale extravagante, marquée par des soutiens de dirigeants de mouvements d’extrême droite allant de la France aux Etats-Unis, Viktor Orban n’est pas en passe de remporter son pari de devenir Premier ministre de la Hongrie pour un cinquième mandat consécutif. Selon les instituts de sondage, le parti d’opposition Tisza, dirigé par Péter Magyar, l’adversaire d’Orban, conserve une confortable avance de 6 à 20 points sur le Fidesz actuellement au pouvoir. La nature outrancière de la campagne du Fidesz, dirigée contre l’Ukraine ainsi que contre les cibles habituelles d’Orban – Bruxelles et George Soros – dénote un certain désespoir. L’actuel chef du gouvernement hongrois semble désireux de parler de n’importe quoi plutôt que de son propre bilan après 16 ans au pouvoir.

    Sous son mandat, son pays est passé du statut de chouchou des experts de l’Europe de l’Est à celui de ce qui pourrait bien être l’Etat membre le plus corrompu de l’Union européenne, du moins selon Transparency International. Les électeurs ne sont pas aveugles, et les images du vaste domaine de Viktor Orban, situé à proximité d’un parc safari appartenant à son ami d’enfance, Lorinc Mészaros (considéré comme l’homme le plus riche du pays), ne leur ont pas échappé. L’économie du pays accuse un retard croissant par rapport à ses voisins. Si l’on se base sur les indicateurs de consommation réelle, la Hongrie apparaît comme le pays le plus pauvre de l’UE, derrière la Bulgarie et la Roumanie. Dans le même temps, la Pologne – qui, dans les années 1990, était nettement plus pauvre que la Hongrie – est devenue l’économie de l’UE qui connaît la croissance la plus rapide, dépassant le Japon en termes de revenu par habitant.

    Depuis l’arrivée au pouvoir de Viktor Orban en 2010, le pays a perdu près d’un demi-million d’habitants, en raison du vieillissement de la population et de l’émigration. Loin d’être un rempart contre l’immigration de masse et un laboratoire de politiques pro-familiales prometteuses, comme l’imaginent ses alliés idéologiques en Occident, les politiques du Fidesz ont servi de catalyseurs à la stagnation démographique, voire au déclin.

    Partir pour mieux revenir ?

    Il est peu probable que même l’ingérence massive de la Russie dans les élections législatives hongroises, qui aurait même envisagé la possibilité d’une tentative d’assassinat sous faux drapeau, puisse empêcher la défaite imminente du Fidesz. Certes, il reste beaucoup d’inconnues : des surprises de dernière minute dans la campagne électorale à l’équité du dépouillement des votes, en passant par la disposition d’OrbAn à céder le pouvoir pacifiquement. Mais même en supposant que la passation de pouvoir se déroule sans heurts – une issue qui serait facilitée par une large victoire de Tisza aux urnes –, il est bien trop tôt pour enterrer Orban, ou pour espérer un retour de la Hongrie dans le cercle des nations européennes bien gouvernées et fiables.

    D’abord, le gouvernement Fidesz laisserait derrière lui un désordre économique et budgétaire spectaculaire à ses successeurs, encore amplifié par les récents chocs sur l’approvisionnement énergétique mondial en provenance du détroit d’Ormuz. En août dernier, le Fonds monétaire international a averti que l’économie hongroise se trouvait à un « tournant difficile, avec une production stagnante depuis trois ans et une inflation supérieure à l’objectif fixé ». Bien sûr, les mesures politiques visant à relever ces deux défis sont contradictoires : une relance à court terme risquerait d’aggraver l’inflation, tandis qu’un effort soutenu pour la réduire se paierait au prix d’une perte de production.

    Redresser l’économie demandera des efforts

    Il faudra pourtant agir. « Dans le cadre des politiques actuelles », a noté le FMI, « le déficit budgétaire restera aux alentours de 4,5 % du PIB à moyen terme, avec une dette publique atteignant environ 79 % du PIB d’ici 2030. » Il n’est en fait peut-être pas tout à fait irrationnel de la part d’Orban de chercher à quitter le pouvoir et de laisser l’opposition prendre temporairement le relais pour mettre en œuvre des mesures difficiles et impopulaires visant à assainir les finances publiques et à rétablir la stabilité macroéconomique. Laisser l’opposition gérer les conséquences économiques des 16 dernières années de populisme économique sous la houlette d’Orban pourrait bien faciliter son retour au pouvoir dans des circonstances plus favorables, peut-être même avant que Magyar n’ait achevé son premier mandat.

    Après tout, Tisza est un parti attrape-tout qui regroupe de nombreux anciens responsables récents du Fidesz. Magyar lui-même est un ancien membre du Fidesz et l’ex-mari de Judit Varga, l’ancienne ministre de la Justice aujourd’hui tombée en disgrâce. Est-il inconcevable que, d’ici un an ou deux, Orban soit en mesure de trouver des sujets clivants susceptibles de faire éclater la nouvelle majorité gouvernementale ?

    Le système Orban

    On ne saurait trop insister sur l’ampleur avec laquelle la structure du pouvoir du Fidesz imprègne tous les niveaux de la société hongroise. Du monde des affaires, où les rangs des Hongrois les plus fortunés (du moins ceux qui vivent sur le territoire national) sont dominés par les fidèles d’Orban, notamment Lorinc Meszaros, en passant par les médias, jusqu’à l’administration publique et les tribunaux.

    Tenter un « nettoyage en profondeur », au-delà du simple remplacement des plus hauts échelons du gouvernement, constituerait sans aucun doute une initiative risquée de la part de Magyar. Cependant, laisser en place les structures de pouvoir existantes risquerait de mécontenter de nombreux électeurs – et constituerait également une source de vulnérabilité pour le nouveau gouvernement.

    Les amis occidentaux de la Hongrie devraient souhaiter le meilleur à ce pays. Une Budapest qui ne serait plus la « cinquième colonne » de Moscou au sein de l’UE et de l’Otan est infiniment préférable au statu quo. Cependant, nul ne devrait se faire d’illusions : même une défaite cuisante de Viktor Orban n’entraînerait pas pour autant un changement rapide et décisif pour le mieux. Les démocraties sortent rarement en meilleure santé de périodes de graves abus – et la Hongrie ne fera probablement pas exception.

    *Dalibor Rohac est chercheur senior à l’American Enterprise Institute, think tank basé à Washington DC, où il étudie notamment les tendances politiques et économiques en Europe, en particulier en Europe centrale et orientale, l’Union européenne (UE) et la zone euro.



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/hongrie-et-si-le-bilan-desastreux-dorban-etait-son-plus-grand-atout-par-dalibor-rohac-OVJ2ED7AJZC7HPI4LWHWIUXBBI/

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    Publish date : 2026-04-02 18:00:00

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  • En Ukraine, la nouvelle stratégie de l’armée russe : des étudiants aux commandes de drones de combat

    « Qui vous a fait peur ? Qui va nous protéger ? » Pour renforcer ses rangs, l’armée russe a passé la porte des universités, révèle le journal Moscow Times. « Êtes-vous tous des lâches, assis là à craindre pour votre vie ? » demande, sur le ton de la réprimande, la doyenne de l’établissement à ses étudiants. La directrice ne masque pas sa déception, elle qui pensait que ses « enfants » seraient « les premiers à partir défendre leur patrie ».

    Ces pressions ne sont pas un incident isolé. Depuis janvier, elles seraient même de plus en plus fréquentes. L’armée du Kremlin a besoin de renflouer ses rangs. Alors que les forces russes peinent à faire avancer leur ligne de front en Ukraine, les pourparlers de paix sont au point mort. Les Etats-Unis qui, jusqu’à il y a peu, dirigeaient les négociations ont dû reporter leur attention sur leur propre conflit, en Iran.

    Des millions de roubles et une dispense de frais de scolarité

    Pour tenir dans cette guerre d’usure, l’armée russe fait feu de tout bois, quitte à enrôler des étudiants donc. Pour attirer ces jeunes, elle agite d’importantes compensations financières. Selon les informations de Reuters : un salaire de 5,5 millions de roubles (près de 60 000 euros) la première année, une prime unique de 2,5 millions de roubles (environ 27 000 euros) après la formation gratuite, une allocation mensuelle de 240 000 roubles (2 600 euros), et une prime unique de 200 000 roubles (2 100 euros) versée par l’université.

    Et ces nouvelles recrues ont un rôle bien précis à jouer : faire tourner les unités de drones combattant en Ukraine. Aussi, pour dénicher ses futurs opérateurs et ingénieurs, le Kremlin cible les étudiants inscrits dans des filières techniques, comme l’ingénierie ou l’aéronautique, selon des documents consultés par Reuters.

    Des pratiques soutenues par les universités. Sur son site Internet, l’Université d’Etat de génie civil de Moscou présente les postes de contrôle des drones comme une opportunité à ses étudiants. Idem à Saint-Pétersbourg, où l’établissement local fait la publicité de ces positions, promettant une rémunération à hauteur de sept millions de roubles – 75 000 euros, environ. Quant à l’Université de Vladivostok, elle promet, en échange d’un an d’engagement : un congé académique renouvelable, une exonération des frais de scolarité, l’accès à un logement gratuit et à des bourses, ainsi que la prise en charge des équipements militaires nécessaires. « Il ne s’agit pas seulement d’une occasion de faire vos preuves, mais aussi d’une plateforme unique pour votre épanouissement social et votre avancement professionnel, soutenue par des mesures d’accompagnement sans précédent », peut-on lire sur le site de l’école.

    Des quotas imposés par l’armée russe

    Et l’armée russe n’est pas étrangère à ces démarches. Au contraire, selon les révélations du Moscow Times, elle imposerait même des quotas de recrutements aux établissements. 32 à Vladivostok, 200 à l’université des sciences humaines de Moscou.

    Ces campagnes d’enrôlement sont organisées pendant la période des examens d’hiver. L’intérêt ? Repérer les étudiants en difficulté scolaire, ou convoqué aux rattrapages, indique Ivan Chuviliaev, porte-parole d’Idite Lesom, une ONG qui lutte contre la conscription en Russie, aux journalistes du Moscow Times. Les étudiants sont ensuite convoqués à des réunions aux côtés de représentants de l’armée. Puis, ils sont encouragés à signer des contrats. En cas de refus des élèves, l’université menace : « Nous vous renverrons pour mauvais résultats si vous ne signez pas. »

    Pourtant, le Kremlin l’assure, il n’a pas de mal à recruter. A en croire Dmitri Medvedev, le vice-président du Conseil de sécurité moscovite, plus de 400 000 personnes se sont engagées en 2025. Déjà 80 000 depuis le début l’année. Ce ciblage des étudiants suggère que l’armée russe est à la recherche de soldats qualifiés, capable de piloter ses drones qui jouent un rôle de plus en plus central dans cette guerre.

    Et, si les opérateurs de drones travaillent généralement à une certaine distance de la ligne de front, ils ne sont pas pour autant à l’abri des dangers de la guerre. Au contraire, parce qu’ils sont considérés comme cibles de grande valeur, ces soldats sont traquées, puis tuées.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/en-ukraine-la-nouvelle-strategie-de-larmee-russe-des-etudiants-aux-commandes-de-drones-de-combat-OBNWJBSANZG7RFCNMVAIAD63UY/

    Author : Asia Dayan

    Publish date : 2026-04-02 16:24:00

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  • « Nos objectifs en Iran sont presque atteints » : derrière l’autosatisfecit de Donald Trump, un bilan très contrasté

    Le concept de « brouillard de guerre » renvoie d’ordinaire à la façon de masquer ses buts véritables à l’ennemi. Donald Trump est en train d’en livrer une conception fort personnelle. Dans sa bouche, ses objectifs et le moyen de les atteindre fluctuent au fil des jours, entre promesse de changement de régime un jour mais pas le suivant, rumeurs d’envoi de troupes au sol finalement exclu, déclaration de négociations avec les dirigeants iraniens aussitôt démenties par ces derniers… Dans son discours martial prononcé la nuit dernière lors de son adresse à la nation, le président américain a continué à embrasser ses contradictions, assurant être « en bonne voie pour atteindre tous les objectifs militaires des Etats-Unis d’ici peu, très bientôt » tout en promettant de « frapper de plein fouet pendant deux à trois semaines [jusqu’à] ramener l’Iran à l’âge de pierre ». Identifier les buts militaires américains est donc une gageure, mais une vidéo publiée par chef d’Etat américain le 28 février le voit en énoncer cinq. Leur degré d’accomplissement est variable.

    1 – La destruction des missiles

    « Nous allons détruire leurs missiles et raser leur industrie de missiles. Elle sera à nouveau totalement anéantie », assurait Donald Trump. Un grand nombre de missiles et de lanceurs de missiles ont en effet été détruits par les bombardements américano-israéliens, de même que plusieurs usines les produisant. Cependant, Téhéran n’a jamais cessé de tirer des missiles sur différents objectifs de ses voisins du Golfe persique. Et recourt dans le même temps à des attaques de drones, qui ont récemment détruit un avion américain Awacs sur une base saoudienne. Un danger que ne mentionnait pas le dirigeant américain.

    2 – L’anéantissement de la marine

    « Nous allons anéantir leur marine », poursuivait le milliardaire américain. Cette menace semble avoir été en partie concrétisée. Un destroyer iranien a notamment été coulé au large du Sri Lanka par un sous-marin américain, faisant au moins 80 victimes. Le 6 mars, l’amiral américain Brad Cooper affirmait que 30 navires iraniens avaient été envoyés par le fond en six jours.

    3 – La destruction des proxys

    « Nous allons veiller à ce que les groupes terroristes agissant pour le compte de l’Iran ne puissent plus déstabiliser la région ni le monde, ni attaquer nos forces », renchérissait Donald Trump. Cette promesse semble être restée un vœu pieux, à en juger par les récentes ripostes des Houthis, basés au Yemen, contre Israël, ou par les tirs de groupes en Irak contre des bases et contre l’ambassade américaines. Attaqué à plusieurs reprises ces dernières années par Tsahal, le puissant Hezbollah libanais, affilié à Téhéran, continue d’être combattu au sol par les troupes israéliennes, lesquelles pourraient, selon les dirigeants israéliens, occuper le sud du Liban.

    4 – Empêcher l’obtention de l’arme nucléaire

    « Nous veillerons à ce que l’Iran ne se dote pas de l’arme nucléaire. C’est un message très simple. Ils n’auront jamais l’arme nucléaire », promettait Donald Trump. Un objectif qu’il assurait avoir déjà atteint à la suite de la campagne de bombardements menés en juin 2025 – « Les principales installations d’enrichissement nucléaire de l’Iran ont été complètement et totalement éradiquées », disait-il alors. Mais visiblement non, puisque l’Iran disposerait toujours d’un stock d’uranium enrichi. L’envoi de troupes pour le récupérer a été évoqué, mais une telle opération serait très risquée pour les soldats américains.

    5 – La possibilité d’un soulèvement

    « Au grand et fier peuple iranien, je dis ce soir que l’heure de votre liberté est proche. Restez à l’abri. Ne sortez pas de chez vous. C’est très dangereux dehors. Des bombes vont tomber partout. Quand nous aurons terminé, prenez le contrôle de votre gouvernement. Il ne vous restera plus qu’à le saisir. Ce sera probablement votre seule chance avant des générations. » Ce plan était celui du chef du Mossad, David Barnea, qu’il a exposé lors d’une visite à Washington en janvier. Mais l’insurrection espérée n’est pas advenue ; au contraire, le régime s’est durci, plus que jamais aux mains de sa frange la plus radicale.

    A la suite du discours de Donald Trump la nuit dernière, Marco Rubio, le secrétaire d’Etat américain, a tenu à rappeler les objectifs américains, qui ne sont pas tout à fait ceux énoncés ci-dessus : destruction de leurs usines d’armement ; de leur marine ; de leur armée de l’air ; anéantir tout espoir qu’ils puissent un jour se doter de l’arme nucléaire. Le leader de l’opposition démocrate au Sénat, Chuck Schumer, n’a pas manqué d’étriller le président, notamment pour son « incapacité à articuler des objectifs clairs ». Le blocage du détroit d’Ormuz est une autre illustration de ces errements, entre volonté de libérer au plus vite ce point névralgique pour l’économie mondiale et intention de s’en laver les mains. Un brouillard bien épais, donc.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/nos-objectifs-en-iran-sont-presque-atteints-derriere-lautosatisfecit-de-donald-trump-un-bilan-tres-2VKIZ7QDSRBKNLWWKSJ7PDQTNI/

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    Publish date : 2026-04-02 13:59:00

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  • Groenland : les États-Unis préparent leur retour militaire sur l’île

    Les Etats-Unis n’en ont pas fini avec le Groenland. Selon le New York Times, le Pentagone est en pourparlers avec le Danemark pour obtenir l’accès à trois zones supplémentaires sur l’île arctique, dont deux avaient été abandonnées depuis des décennies. Une première expansion sur place depuis la Guerre froide, qui souligne la montée en puissance stratégique de l’Arctique pour Washington, interprète le quotidien américain. Pour l’instant, Copenhague n’a pas réagi aux révélations de ce dernier.

    Le général Gregory M. Guillot, à la tête du Commandement Nord des États-Unis, a affirmé mi-mars lors d’une audition au Congrès que l’armée américaine cherchait «  un accès accru à différentes bases au Groenland, compte tenu de la menace croissante ». Cité par le NYT, il a estimé alors que le développement de ports et d’aérodromes offrirait «  plus d’options à notre secrétaire et au président, si nous en avons besoin dans l’Arctique  ». Parmi les sites qui retiennent l’attention des responsables militaires américains figurent Narsarsuaq, au sud du Groenland, doté d’un port en eau profonde stratégique, et Kangerlussuaq, au sud-ouest, équipé d’une longue piste capable d’accueillir des avions-cargos de grande taille.

    Cette perspective suscite des inquiétudes parmi les Groenlandais. En janvier 2026 déjà, plusieurs milliers de manifestants s’étaient rassemblés à Copenhague, au Danemark, mais aussi à Nuuk, capitale du Groenland, pour dénoncer les ambitions territoriales de l’ex-magnat de l’immobilier. Le territoire semi-autonome, qui fait partie du royaume danois depuis plus de 300 ans, se retrouve au cœur d’une délicate négociation diplomatique. A noter que le président Donald Trump avait déjà suscité une crise en 2019 en affirmant vouloir acquérir le Groenland, allant jusqu’à menacer d’utiliser la force avant de renoncer en janvier 2026.

    Un accord de 1951 donne quasiment carte blanche aux Américains

    Aujourd’hui, les responsables américains s’appuient donc sur le pacte de défense conclu entre le Danemark et les États-Unis en 1951. « Nous n’avons pas vraiment besoin d’un nouveau traité. Il est très complet et, franchement, très favorable à nos opérations, actuelles ou potentielles, au Groenland », a assuré le général Guillot. L’accord de défense a été révisé en 2004 pour intégrer le gouvernement semi-autonome du Groenland, lui accordant ainsi un droit de regard sur les conséquences des opérations militaires américaines pour la population locale.

    De son côté, le Danemark dispose de peu de marge de manœuvre pour s’opposer à l’extension, même si la confiance entre alliés a été ébranlée. « Ils ont été des partenaires extrêmement coopératifs », promet le général Guillot. Ulrik Pram Gad, chercheur principal à l’Institut danois d’études internationales, note auprès du New York Times qu’ » en principe, le Danemark et le Groenland peuvent dire non aux États-Unis, mais en pratique, on ne le fait jamais. Car sinon, les États-Unis pourraient présenter le contrôle de l’île par le Danemark et le Groenland comme une menace pour leur sécurité et prétendre qu’ils devraient en prendre le contrôle eux-mêmes ».

    Une seule base en activité

    Pour l’instant, les contours de cette expansion militaire restent flous et le nombre exact de militaires américains qui pourraient être déployés n’est pas précisé. Lors de la Seconde Guerre mondiale, alors que le Danemark était sous occupation nazie, les États-Unis ont pris en charge la défense du Groenland, y déployant des milliers de soldats et ouvrant plus d’une douzaine de bases, dont certaines sont restées opérationnelles pendant la Guerre froide. « Actuellement, seule une base demeure en activité : une installation de défense antimissile isolée, abritant quelques centaines de personnes », précise le New York Times.

    Alors que le monde surveille de près la guerre en Iran, l’Arctique redevient silencieusement un terrain de jeu stratégique pour Washington. Entre ambitions militaires et enjeux géopolitiques.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/amerique/groenland-les-etats-unis-preparent-leur-retour-militaire-sur-lile-VMC4UWWB2ZC3LE2SFBSJBJM3R4/

    Author : Audrey Parmentier

    Publish date : 2026-04-02 11:25:00

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  • L’Express s’engage aux côtés de la 58e Course Croisière EDEHC


    Du 18 au 26 avril, à Saint-Vaast-la-Hougue, le premier événement sportif étudiant d’Europe réunira une génération venue de tout le continent, et au-delà. Sur les pontons comme sur la terre ferme, près de 2 500 étudiants issus de plus de 120 écoles internationales se rencontrent, coopèrent et s’affrontent, sous le regard de plus de 12 000 visiteurs.

    Affiche de la 58e édition de la course croisière de l’EDHEC à Saint Vaast la Hougue

    Nichée dans le Val de Saire, Saint-Vaast-la-Hougue devient, le temps d’une semaine, un point de convergence européen. Trophée Mer, Défi Terre, Défi Beach : autant d’épreuves où se mêlent performance, stratégie et esprit d’équipe, sous le parrainage du skipper Tanguy Le Turquais. Une transformation portée avec le soutien actif de la municipalité et du maire, mobilisés pour accompagner l’ampleur de l’événement.

    Dans ce cadre, L’Express déploie un dispositif éditorial et de visibilité au cœur de l’expérience internationale. Le Club International, lieu de convergence des délégations étrangères, sera aux couleurs du magazine. Cet espace se veut un point de rencontre, à l’image des circulations d’idées et d’expériences qui structurent aujourd’hui la jeunesse européenne.

    À travers ce partenariat, L’Express confirme son rôle : capter, décrypter et accompagner les transformations d’une génération qui vit déjà l’Europe au quotidien.

    Rendez-vous à Saint-Vaast-la-Hougue, du 18 au 26 avril.



    Source link : https://www.lexpress.fr/partenaires/lexpress-sengage-aux-cotes-de-la-58e-course-croisiere-edehc-ONNLFOWQMRCGZM4NIVBUTPIYD4/

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    Publish date : 2026-04-02 09:30:00

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  • EN DIRECT. L’Iran promet de nouvelles attaques « plus dévastatrices » contre les Etats-Unis et Israël

    Donald Trump a estimé mercredi soir lors d’une allocution à la nation que l’Iran ne représentait « plus vraiment » une menace, annonçant que l’armée américaine atteindrait bientôt ses objectifs stratégiques. « L’Iran a été décimé et le plus dur est fait », a-t-il assuré, prévenant tout de même que les Etats-Unis allaient frapper « très fort » le pays au cours des deux ou trois prochaines semaines, et le renvoyer à « l’âge de pierre ».

    Le président américain n’a en revanche pas évoqué l’Otan dans son discours, après avoir plus tôt dans la journée fait savoir qu’il envisageait « sérieusement » de se retirer de l’Alliance.

    Les infos à retenir

    ⇒ Donald Trump assure que « le plus dur est fait en Iran »

    ⇒ L’Iran promet de nouvelles attaques « plus dévastatrices » contre les Etats-Unis et Israël

    ⇒ Les cours du pétrole grimpent de plus de 6 %

    08h28

    Washington recommande aux citoyens américains de quitter l’Irak

    L’ambassade des Etats-Unis à Bagdad, en Irak, a prévenu ce jeudi que les groupes militaires alliés de l’Iran pourraient mener des attaques dans le centre de la capitale irakienne, et exhorté les ressortissants américains à quitter « immédiatement » le pays.

    Security Alert – U.S. Embassy Baghdad, Iraq – April 2, 2026

    Location: Iraq

    Iraqi terrorist militia groups aligned with Iran may intend to conduct attacks in central Baghdad in the next 24-48 hours. Iran and Iran-aligned terrorist militias have conducted widespread attacks…

    — U.S. Embassy Baghdad (@USEmbBaghdad) April 2, 2026

    08h01

    L’Iran promet de nouvelles attaques « plus dévastatrices » contre les Etats-Unis et Israël

    Le porte-parole de l’armée iranienne a promis ce jeudi matin de nouvelles attaques « plus écrasantes, plus vastes et plus dévastatrices » contre les Etats-Unis et Israël, selon l’agence Tasnim. La guerre continuera jusqu’à « la reddition de l’ennemi et ses regrets permanents », a-t-il ajouté quelques heures après l’allocution de Donald Trump.

    07h50

    Ce qu’il faut retenir de l’allocution de Donald Trump

    Saluant les progrès de l’opération « Fureur épique », le président américain a prévenu que les Etats-Unis allaient continuer à frapper « extrêmement durement » l’Iran pendant deux ou trois semaines. Derrière sa posture d’assurance, plusieurs questions cruciales restent sans réponse.

    >> Lire notre article

    07h32

    La Corée du Nord dénonce un massacre en cours au Moyen-Orient

    Le ministère nord-coréen des Affaires étrangères a déclaré ce jeudi qu’un massacre aussi atroce que les crimes contre l’humanité commis pendant la Seconde Guerre mondiale était en train de se dérouler au Moyen-Orient, en violation du droit international, rapporte l’agence de presse nord-coréenne KCNA.

    07h11

    Les Emirats arabes unis interceptent un nouveau missile

    Aux Emirats arabes unis, les systèmes de défense aérienne ont intercepté un missile près des zones économiques de Khalifa à Abou Dhabi, a annoncé ce jeudi le bureau des médias d’Abou Dhabi, ajoutant que de légers dégâts avaient été signalés.

    06h53

    Les cours du pétrole grimpent de plus de 6 % après l’allocution de Donald Trump

    Les cours du pétrole grimpent de plus de 6 % ce jeudi après que le président Donald Trump a déclaré que les États-Unis poursuivraient leurs attaques contre l’Iran, sans s’engager sur un calendrier précis pour mettre fin au conflit, qui dure déjà depuis plus d’un mois. Le Brent, référence mondiale du marché, grimpe de 6,47 % à 107,71 dollars le baril et le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) prend 5,26 % à 105,39 dollars.

    L’allocution très attendue du locataire de la Maison-Blanche a laissé sans réponse les questions des investisseurs sur la durée de la guerre au Moyen-Orient, attisant encore davantage les craintes face à la possibilité d’une prolongation des perturbations de l’approvisionnement mondial de brut.

    06h35

    Nouvelle attaque de missiles iraniens sur Israël

    Trois fois en l’espace de quelques heures, l’armée israélienne a annoncé cette nuit avoir « identifié des missiles lancés depuis l’Iran en direction du territoire de l’État d’Israël », indiquant dans un communiqué que les systèmes de défense étaient « en action pour intercepter la menace ». Au moins quatre personnes ont été légèrement blessées lors de la première attaque.

    06h26

    Le président iranien adresse une lettre aux Américains

    L’Iran n’a aucune hostilité à l’égard des Américains ordinaires, a déclaré mercredi soir le président iranien Massoud Pezeshkian dans une lettre adressée au peuple américain.

    Décrire l’Iran comme une menace n’est cohérent ni avec la réalité historique ni avec les faits que l’on peut observer aujourd’hui, ajoute-t-il dans cette lettre, relayée par la presse iranienne et publiée sur X. Attaquer les infrastructures vitales de l’Iran cible la population iranienne et s’accompagne de conséquences qui vont bien au-delà des frontières du pays, poursuit Massoud Pezeshkian dans ce texte.

    To the people of the United States of America pic.twitter.com/3uAL4FZgY7

    — Masoud Pezeshkian (@drpezeshkian) April 1, 2026

    06h19

    Donald Trump assure que « le plus dur est fait en Iran »

    Donald Trump a prononcé dans la nuit de mercredi à jeudi une allocution télévisée très attendue, lors de laquelle il a déclaré que l’armée américaine atteindrait bientôt ses objectifs de guerre en Iran, où « le plus dur est fait » selon lui. Le président américain a déclaré que les Etats-Unis avaient détruit la marine et l’armée de l’air iraniennes et a prévenu qu’ils continueraient de frapper l’Iran au cours des deux ou trois prochaines semaines. « Nous allons les frapper extrêmement durement au cours des deux à trois prochaines semaines. Nous allons les ramener à l’âge de pierre, auquel ils appartiennent. En attendant, les discussions se poursuivent », a-t-il fait savoir au cours d’un discours de 19 minutes sans annonce nouvelle

    Le locataire de la Maison-Blanche a éludé certaines questions cruciales restées en suspens, telles que le statut de l’uranium enrichi iranien et l’accès au détroit d’Ormuz, par lequel transite normalement près de 20% de l’approvisionnement mondial en pétrole et gaz naturel liquéfié (GNL). Il a déclaré que le détroit s’ouvrirait « de lui-même » une fois le conflit terminé.

    06h15

    Bienvenue dans ce direct

    Bonjour et bienvenue dans ce direct. Nous continuons à suivre ce jeudi 2 avril la guerre au Moyen-Orient, qui en est désormais à son 34e jour.





    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/en-direct-guerre-au-moyen-orient-donald-trump-assure-que-le-plus-dur-est-fait-en-iran-TKU55ERNJ5HDFMXZDKNOK2XRVA/

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    Publish date : 2026-04-02 06:31:00

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  • Défense : la course aux missiles hypervéloces, par Emmanuel Chiva

    Dans la course moderne à l’armement, il existe un domaine très particulier : celui de l’hypervélocité. Par hypervélocité, on entend l’hypersonique manœuvrant. Toujours pas clair ? J’explique.

    On parle ici des caractéristiques des missiles ou des « planeurs » de nouvelle génération, capable de se déplacer au-delà de six fois la vitesse du son (Mach 6). L’idée est ainsi de disposer de systèmes quasiment inarrêtables et capables de manœuvrer à très haute vitesse. L’intérêt est évidemment de pouvoir passer les défenses ennemies, par une capacité à aller très vite et surtout à changer sa trajectoire en fonction des impératifs de la mission.

    Les défis scientifiques sont nombreux. D’abord dans le domaine des matériaux. Un missile qui se déplace aux alentours de 8 000 km/h doit être capable non seulement de résister à l’échauffement provoqué par le frottement contre l’air, mais aussi à des facteurs d’accélération capables de mettre sur le flanc les centrales inertielles classiques, c’est-à-dire les systèmes supposés assurer le guidage de l’engin. Et cela, ce n’est pas un sport de masse. Cette course à l’innovation a des applications pour nous tous car les technologies d’hypervélocité sont par essence duales, c’est-à-dire d’intérêt civil et militaire. Les applications sont nombreuses : des navettes cargo dronisées capables de délivrer des chargements à l’autre bout du monde en quelques heures. Des matériaux résistants à des températures de fusion considérables, avec toutes les applications que l’on peut imaginer. De nouveaux systèmes de propulsion et de guidage.

    La course du bouclier contre le glaive

    Il s’agit là d’une course mondiale qui nécessite des moyens considérables. Car pour maîtriser l’hypervélocité, il faut être capable de tester des conditions dantesques. Cela nécessite certes de la simulation numérique, par ordinateur, mais aussi de tester les véritables systèmes en situation lorsque les mathématiques ne suffisent plus, notamment grâce à des souffleries hypersoniques. Imaginez : vous développez un super-statoréacteur, soit un réacteur sans turbine qui s’allume une fois que l’air atteint une certaine vitesse à l’intérieur (la définition d’un statoréacteur). Cela, c’est déjà complexe. Mais dans un super-statoréacteur, l’air circule dans le réacteur au-delà de la vitesse du son ! Il faut donc des souffleries hypersoniques (que l’on trouve notamment en France à l’Onera) pour tester, développer, éprouver le système.

    Il ne s’agit pas d’un problème simple : construire une soufflerie hypersonique nécessite de surmonter différents défis : la capacité de reproduire sans danger des situations de surchauffe, sans détruire l’installation elle-même, la reproduction de conditions extrêmes de températures et de pression pendant une durée longue, avec un système d’instrumentation et de mesure lui-même hyper-rapide. Ce sans oublier les contraintes liées à l’alimentation en électricité d’une telle installation.

    Etats-Unis, Chine, France, Russie : les grandes puissances cherchent à développer ces armes quasi impossibles à intercepter. Le futur missile de la composante nucléaire aéroportée française baptisé ASN4G sera ainsi un missile hypervéloce. Les missiles russes Kinjal, Zirkon ou Orechnik sont des missiles hypersoniques, tout comme les systèmes chinois DF-21 et DF-26 ; ou encore le missile américain AGM-183 ARRW développé par Lockheed Martin (l’un des 5 programmes majeurs américains).

    Outre le programme ASN4G, la France s’est engagée dans la course à l’hypervélocité avec le programme DEPHY (démonstrateur de planeur hypersonique) dont le véhicule manœuvrant expérimental VMAX est le précurseur (un planeur propulsé par une fusée suivant une trajectoire balistique, capable de rebondir sur les couches supérieures de l’atmosphère afin de rendre imprévisible sa trajectoire). Beaucoup d’acronymes complexes, pour un sujet qui l’est lui-même.

    Et il y a un autre problème : comment intercepter un tel système ? C’est la course du bouclier contre le glaive. Pour intercepter un missile hypersonique, il faut de nouvelles armes, comme les armes dites à énergie dirigée : l’arme laser, qui comporte en elle-même de nouveaux défis technologiques. Ou encore le canon électromagnétique (dont la France a développé un prototype à l’Institut Saint-Louis) capable d’expédier à plusieurs centaines de kilomètres et à très haute vitesse une barre de tungstène dont la seule énergie cinétique pourrait neutraliser un tel missile. Autrement dit, il s’agit d’intercepter une balle… avec une balle.



    Source link : https://www.lexpress.fr/secret-defense/defense-la-course-aux-missiles-hyperveloces-par-emmanuel-chiva-C2DPGYNSQJAXZEUGMNHSKLGPV4/

    Author : Emmanuel Chiva

    Publish date : 2026-04-02 04:00:00

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  • Meta, Google, Instagram… « Comme le tabac, ils sont rattrapés par leurs effets secondaires »

    L’Express : Des juges américains viennent de condamner Meta et Google pour avoir mis en danger une mineure du fait de la dépendance créée par Instagram et YouTube. Est-ce un tournant ?

    David Thesmar : Comme l’industrie du tabac, les géants du numérique sont rattrapés par les effets secondaires de leurs produits. L’appareil juridique américain est souvent critiqué pour ses excès : avocats payés au pourcentage, actions collectives, dommages punitifs. Mais il donne aussi à la société civile la capacité d’organiser la résistance aux abus des grandes corporations. Certes, dans le cas d’espèce, le montant des dommages et intérêts est faible pour Meta et Google – 6 millions de dollars, dont 3 « punitifs » -, mais il y a des milliers d’autres procès à venir. Les consommateurs auront probablement leur revanche, sans avoir eu recours au pouvoir central. La justice a joué son rôle de contre-pouvoir démocratique.

    Augustin Landier : En Europe, nous sommes adeptes d’une régulation ex ante, en essayant d’imposer des règles avant que les faits ne se produisent. La Commission européenne a par exemple sommé TikTok de changer son interface, jugée addictive. Mais cette régulation en amont est moins démocratique que l’approche américaine, beaucoup plus jurisprudentielle, qui rend possible, ex post, une cascade de procès et de débats publics. Le contexte peut surprendre. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, l’air du temps est plutôt au libertarianisme vanté par Elon Musk. Là, c’est un retour à une doctrine plus paternaliste : l’idée est qu’il faut poser des limites par le droit parce que les mineurs n’ont pas tous l’autodiscipline nécessaire pour éviter les pièges addictifs, et que les entreprises cherchent à exploiter leur faiblesse.

    D.T. Cette affaire met en scène la question de l’intention des entreprises, un sujet sur lequel nous travaillons avec Augustin. Ce qui compte, ce n’est pas tant que les produits de ces plateformes sont dangereux. Tout est dangereux : les voitures écrasent des gens, les lessives ne sont pas comestibles, etc. Google et Meta sont condamnés pour avoir commercialisé des produits dont ils savaient qu’ils piègent les jeunes dans des trappes addictives. Cela avait été révélé dans les fameux « Facebook papers ». La jurisprudence américaine estime qu’une firme n’a pas le droit de mettre sciemment sur le marché un produit nuisible pour une catégorie de personnes. Comme dans les affaires criminelles, on condamne l’intention de nuire autant que la dangerosité elle-même. La matrice morale de nos sociétés juge autant ce que font les entreprises que la raison pour laquelle elles le font.

    Sous l’impulsion du psychologue Jonathan Haidt, l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ou 16 ans est en train d’être votée dans différents pays. Emmanuel Macron en a fait son cheval de bataille. N’est-ce pas liberticide ?

    D.T. Il ne faut pas exagérer. Il ne parle de limiter l’utilisation des réseaux que pour les jeunes. On sait que les adolescents ne vont pas bien : hausse de la dépression, tentatives de suicides, etc. Dans son livre manifeste, The Anxious generation, Haidt attribue ce mal-être aux réseaux sociaux, mais le consensus scientifique est fragile. Les études qu’il cite montrent de fortes corrélations – les gens qui sont sur les réseaux sociaux sont malheureux -, mais ne disent rien sur la causalité – les dépressifs ont peut-être tendance à passer plus de temps sur Internet. Les économistes ont établi un lien plus causal avec des expériences naturelles et contrôlées, mais ces études restent statistiquement fragiles. Cependant, je ne pense pas qu’il faille ne rien faire. Les effets toxiques des réseaux sociaux pourraient se faire sentir de manière systémique et sur le long terme. Dans ce cas, il serait très difficile de le montrer statistiquement, mais si l’on a des présomptions, doit-on rester l’arme au pied ? Il ne s’agit que d’une interdiction concernant les collégiens.

    A.L. Les études sont effectivement ambiguës, y compris dans la littérature économique. En revanche, les économistes comprennent bien ce paradoxe apparent selon lequel les gens disent que les réseaux sociaux les rendent malheureux… tout en continuant à les utiliser. C’est un phénomène de trappe. Un adolescent ne peut pas se déconnecter seul des réseaux ou de son téléphone : il faudrait que tout le monde le fasse en même temps. S’en passer n’est pas jouable si tous vos amis en ont un. C’est l’argument de Jonathan Haidt : en tant que parent, lui seul ne peut interdire l’usage des réseaux sociaux à ses enfants ; il faut que les autres parents le fassent aussi. La régulation publique est légitime pour coordonner la société sur un bon équilibre collectif. La difficulté est d’être sûr qu’on a collectivement délibéré sur l’arbitrage coût bénéfice d’une innovation : cela ne se produit qu’une fois que les effets pervers sont indiscutablement trop élevés. Dans beaucoup de cas, les gens ne sont pas d’accord, et la question est de savoir où placer la charge de la preuve : les Européens la mettent chez l’innovateur qui disrupte les modes de vie ; les Américains considèrent que c’est aux victimes de prouver qu’elles ont été lésées.

    D.T. Sans compter que les réseaux sociaux n’ont pas que des effets sur le bien-être. En tant qu’enseignant, je suis confronté à leur impact sur la capacité d’attention des étudiants. Dans ma salle de classe au MIT, j’interdis tout objet électronique. Ni tablette, ni téléphone, ni ordinateur. C’est trop de distraction. Mais c’est une interdiction ciblée, adaptée au problème de l’apprentissage, pas une interdiction généralisée qui serait, en effet, liberticide pour des étudiants majeurs.

    Avec l’IA, nous assistons à une évolution anthropologique

    Augustin Landier

    Peut-on prévoir les effets de long terme d’une innovation sur la société ?

    A.L. Pas vraiment, car il y a un effet d’adaptation culturelle qui prend du temps, parfois une génération entière. Imaginez qu’une société n’ait jamais connu l’alcool. Pour la première génération, son introduction sera une catastrophe, jusqu’à ce que se développent des habitudes culturelles pour contrôler sa consommation. C’est un peu la même chose pour les réseaux sociaux. Notre génération, celle des quinquagénaires, s’est débranchée de Facebook au bout d’un certain temps — environ dix ans. L’addiction n’était pas aussi durable, même à l’échelle d’une vie. Pour qu’un mécanisme de réaction se mette en place, il faut laisser à l’individu la liberté d’aller trop loin.

    L’usage grandissant des chatbots d’intelligence artificielle fait désormais concurrence à celui des réseaux sociaux. Une nouvelle dépendance est-elle en train de voir le jour ?

    D.T. Oui, et elle a atteint un nouveau palier avec les agents IA. Ceux-ci sont entraînés sur tout votre contenu digital : vos finances, votre correspondance, vos réseaux sociaux… À la fin, l’agent vous connaît tellement bien que vous ne voyez plus l’intérêt de discuter avec d’autres humains. Vous vous perdez dans une conversation sans fin avec votre double, et lui soumettez chacune de vos décisions. Une spirale narcissique. Mais un autre danger, plus important, guette : il est très possible que les gens finissent par reprocher à leurs agents de leur avoir donné de mauvais conseils, et que les tribunaux leur donnent raison. Ce serait la fin de la notion de libre arbitre, et la délégation de la responsabilité individuelle aux entreprises capitalistes qui fabriquent ces agents.

    A.L. Je suis moins inquiet que David. Avec l’IA, nous assistons à une évolution anthropologique de ce que « comprendre » veut dire. Notre génération a appris les mathématiques selon les principes du collectif Bourbaki : comprendre, c’est savoir construire l’édifice de la connaissance à partir des axiomes. Comme un bon père de famille était capable, autrefois, de réparer le moteur de sa voiture parce qu’il en connaissait le fonctionnement. La jeune génération, même très éduquée, ne fonctionne plus ainsi. Leur pensée est moins fondée sur des principes premiers ; je vois nettement chez les étudiants que la preuve d’un théorème les intéresse moins qu’avant. Mais ils sont très efficaces pour développer des intuitions en jouant avec des outils IA et des cas particuliers. Ils musclent leurs capacités d’induction plutôt que de déduction. Les plus talentueux développeront certainement des formes de créativité dont nous n’avons pas encore idée.

    Augustin Landier est professeur à HEC et David Thesmar est professeur au MIT



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/politique-economique/meta-google-instagram-comme-le-tabac-ils-sont-rattrapes-par-leurs-effets-secondaires-5DHKMD773ZGKZAJHAPNRKT62FA/

    Author : Arnaud Bouillin, Thomas Mahler

    Publish date : 2026-04-01 15:00:00

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  • Ce qui nous sépare est important, mais ce qui nous unit est essentiel : l’appel de personnalités françaises et allemandes

    Il faut le reconnaître, la relation franco-allemande traverse une nouvelle zone de turbulences, marquée par une série d’irritants et de frustrations réciproques.

    Le premier point de friction concerne les questions économiques et budgétaires. La proposition d’emprunts européens (Eurobonds), régulièrement défendue par Emmanuel Macron est regardée avec réserve par une large partie de la classe politique allemande : ce serait un prétexte pour ne pas traiter le problème budgétaire français. Dans le même temps, les désaccords sur le traité de libre-échange avec le Mercosur ont alimenté la méfiance. Le rapprochement germano-italien est observé avec circonspection à Paris. Enfin, l’enlisement du projet d’avion de combat du futur, le Système de combat aérien du futur (Scaf) est devenu l’emblème des difficultés entre les deux pays.

    Allons au bout du doute, avec deux changements de regard de part et d’autre du Rhin. Côté allemand, l’hypothèse d’une victoire de l’extrême droite lors de la prochaine élection présidentielle nourrit la crainte d’un système politique français fragilisé, traversé par une crise de confiance profonde. Mais des inquiétudes existent aussi côté français. Alors même la France se plaignait depuis longtemps de porter seul l’effort de défense, la volonté de l’Allemagne de faire de la Bundeswehr la « première armée d’Europe » a réveillé des souvenirs traumatiques. À cela s’ajoute la critique d’une Allemagne qui achèterait sur étagère des armements américains plutôt que de coopérer en Européen.

    Pourtant, s’arrêter à ces divergences serait le plus sûr moyen de nous enfoncer, ensemble, dans le bouleversement géopolitique en cours. Pour le dire avec une image à peine forcée, lorsque des irresponsables tournent autour de chez nous armés de lance-flammes, il n’est pas raisonnable de se perdre dans des querelles de voisins de palier.

    Transformer cette convergence stratégique en dynamique réelle

    Alors il est temps de nous redire très directement trois choses. Premièrement, que le dialogue franco-allemand n’a jamais été un long fleuve tranquille. Ensuite, que les Français doivent prendre conscience que l’impéritie budgétaire nationale pèse désormais directement sur la capacité d’entraînement de la France en Europe. Enfin, que les Allemands soient assurés que la France est beaucoup plus que les aléas de sa politique : une puissance militaire, un tissu d’entreprises internationales, une capacité d’innovation dans les services et la finance, qui demeureront durablement.

    Ce qui nous sépare est important ; mais ce qui nous unit est essentiel. Sur les questions stratégiques, Paris et Berlin partagent désormais la conviction que l’Europe doit renforcer sa souveraineté économique et technologique et réduire sa dépendance à l’égard des États-Unis. L’offre lancée par Emmanuel Macron d’une dissuasion nucléaire avancée française à l’échelle européenne s’inscrit précisément dans cette réflexion. De même, les initiatives communes dans le domaine de l’intelligence artificielle, mobilisant Mistral AI et SAP, témoignent d’une volonté de bâtir des capacités européennes autonomes face aux géants américains et chinois. Le rapprochement des visions entre Paris et Berlin au sujet d’une supervision financière unifiée permet d’espérer des avancées significatives dans le domaine de l’Union de l’épargne et de l’investissement.

    Reste à transformer cette convergence stratégique en dynamique réelle. Cela suppose d’abord de recréer des espaces de dialogue et de coopération. Le calendrier des prochains mois offre à cet égard des opportunités concrètes. L’Allemagne sera invitée d’honneur du salon technologique VivaTech à Paris, une occasion unique de mettre en synergie les écosystèmes d’innovation des deux pays. Parallèlement, plusieurs grandes expositions françaises, consacrées à Brancusi et aux impressionnistes, seront présentées cet été dans les musées de Berlin, rappelant que la relation franco-allemande repose aussi sur une proximité culturelle unique.

    Aujourd’hui il ne s’agit plus de s’aimer, il faut réapprendre à coopérer, en nous inspirant de la méthode théorisée par Jean Monnet et qui avait fait ses preuves au lendemain de la Guerre : unité de vue et d’action ; conception d’ensemble ; mise en commun de ressources. Aucune autre relation bilatérale en Europe ne joue un rôle aussi décisif pour orienter l’avenir du continent. Le défi n’est donc pas de retrouver un âge d’or mythifié, mais de réinventer le compromis franco-allemand qui a si souvent permis à l’Europe d’avancer.

    Signataires

    Matthias Fekl, président de l’Académie franco-allemande à Paris

    Gesine Schwan, présidente de l’Académie franco-allemande à Berlin

    Sophie Boissard, CEO du groupe Clariane

    Jörg Bong, éditeur

    Doris Birkhofer, présidente de la Chambre de commerce et d’industrie franco-allemande

    Dominique Bourel, philosophe et historien

    Thomas Buberl, CEO d’AXA

    Thomas Gaethgens, professeur d’histoire de l’art

    Detlev Ganten, pharmacologue

    Christoph Gottschalk, consultant en stratégie

    Tina Hassel, journaliste

    Anselm Kiefer, peintre et sculpteur

    Wolf Lepenies, sociologue

    Hélène Miard-Delacroix, professeure d’histoire à la Sorbonne

    Nils Minkmar, journaliste

    Alexander Neef, directeur de l’Opéra de Paris

    Philippe Oddo, CEO de ODDO BHF

    Elisabeth Ourliac, présidente de l’IWF France

    Patricia Oster-Stierle, vice-présidente de l’Académie franco-allemande de Berlin

    Bénédicte Savoy, professeure d’histoire de l’art à l’Université technique de Berlin

    Christine de Mazières, magistrate et écrivain

    Claire de Oliveira, traductrice littéraire

    Volker Schlöndorff, réalisateur

    Stephan Schwarz, homme politique et entrepreneur

    Charles de la Tour d’Auvergne, membre du comité directeur de Vulog.

    Nike Wagner, auteure

    Ulrich Wickert, journaliste et écrivain.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/ce-qui-nous-separe-est-important-mais-ce-qui-nous-unit-est-essentiel-lappel-de-personnalites-3ZYN376I5FDVNHEFM5AQNTLGRI/

    Author : Sébastien Le Fol

    Publish date : 2026-04-01 16:00:00

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  • Législatives en Hongrie : à Debrecen, grandeur et décadence du système Orban

    A première vue, c’est une cité pleine de charme, au centre-ville impeccablement tenu. Façades Art nouveau fraîchement ravalées, allées pavées, parterres de fleurs et aires de jeu flambant neuves, tramway et pistes cyclables… Debrecen, un îlot vert à 220 kilomètres à l’est de Budapest (près de la frontière roumaine), le cadre idéal pour une vie de famille. Voilà pour la carte postale. La deuxième ville du pays, 200 000 âmes, brigue même le titre de Capitale verte européenne 2027, c’est dire ! Une vitrine pour le gouvernement de Viktor Orban et le Fidesz, son parti, qui tient depuis plusieurs décennies la mairie et les circonscriptions environnantes.

    Mais, ces temps-ci, l’étoile du Fidesz pâlit. Ses récentes performances électorales parlent d’elles-mêmes : aux municipales de 2024, le mouvement a dégringolé de 12 points. Aux européennes la même année, il est passé de justesse à Debrecen, avec 2 000 voix d’avance sur Tisza, le parti qui pourrait détrôner Viktor Orban aux législatives du 12 avril prochain. Dans une telle forteresse Fidesz, arrosée d’argent public depuis l’accession au pouvoir de Viktor Orban en 2010, cette chute en dit long. Elle raconte le ras-le-bol d’une partie de la population dans une région qui concentre bien des travers de cette mal gouvernance.

    Empire industriel d’Orban

    Pour comprendre ce déclin, il faut quitter le centre-ville, rouler une quinzaine de minutes depuis la rue principale jusqu’au « Parc industriel sud », une zone de plusieurs centaines d’hectares posée entre Debrecen et le village voisin de Mikepercs. En quatre ans, les entrepôts et les cheminées d’usines y ont poussé comme des champignons, à un jet de pierre des terres agricoles et sous les yeux médusés des habitants, spectateurs des premiers coups de pelleteuses. Et les bulldozers n’ont pas fini de creuser. Ici s’érige l’empire industriel rêvé de Viktor Orban.

    Le Premier ministre, en poste depuis 16 ans, a fait le pari du siècle pour la Hongrie : transformer ce pays de 10 millions d’habitants en leader européen de la mobilité électrique, en ouvrant grand les bras aux géants chinois et sud-coréen du secteur de la batterie, sans oublier les constructeurs automobiles allemands engagés dans cette filière, BMW en tête. L’industrie a déjà attiré 24 milliards d’euros d’investissements étrangers en Hongrie. Un tour de force, porteur de promesses alléchantes – sur le papier.

    Son principal hub se trouve donc ici, dans la région de Debrecen, au cœur de la puszta, la grande steppe de l’Est hongrois. Laszlo Mandi voit dans ce mégaprojet un cadeau empoisonné. Ce colosse brun à la barbe fournie, natif de Debrecen, est élu d’opposition au conseil municipal. « C’est une aberration ! déplore-t-il. Aucune condition n’était réunie pour implanter cette industrie très polluante et gourmande en énergie. A-t-on la capacité électrique suffisante ? Non. Les réserves d’eau sont-elles là ? Non plus : nous subissons chaque année des sécheresses dramatiques. Quant à la main-d’œuvre, il n’y en a tout simplement pas. Si vous ajoutez à cela l’impact environnemental d’un tel projet, on comprend sans peine la levée de boucliers qu’il a provoquée. » Le scandale sanitaire de l’usine Samsung de Göd, dans une autre région – au nord de Budapest – n’a rien de rassurant. L’entreprise est accusée d’avoir exposé ses employés à des risques sanitaires, avec la complicité du gouvernement, lequel n’a plus de ministère de l’environnement depuis 2010.

    A Debrecen, la colère populaire a un visage : celui d’Eva Kozman. Sur les plaines bétonnées de la zone industrielle, sa petite voiture rouge est connue comme le loup blanc. Depuis quatre ans, cette mère de trois enfants sillonne régulièrement tous les recoins accessibles des lieux. Elle a monté un collectif pour défendre les intérêts des riverains. « Là, c’est l’usine Halms [hongroise sous pavillon chinois], qui fabrique des moteurs pour voitures électriques, montre-t-elle du doigt à travers la vitre de son véhicule. C’est la première pollution dont nous avons eu connaissance. Ici, ils ont déversé des eaux contaminées dans le canal. L’entreprise a été sanctionnée, mais nous ne l’avons appris que deux jours après les dernières élections municipales en juin 2024. »

    Mais la société qui l’inquiète le plus est installée au bout de cette zone. Le numéro 1 mondial de la batterie, le chinois CATL, a promis le plus gros investissement étranger de l’histoire de la Hongrie : 7,3 milliards pour une méga usine qui comptera à l’avenir trois unités. La firme jure que la première unité ne consommera que 766 Mégawattheures annuels. C’est deux fois moins que les estimations d’István Fábián, professeur de chimie et ancien recteur de l’Université de Debrecen. Idem pour la consommation d’eau annoncée, jugée largement inférieure aux besoins réels par plusieurs spécialistes. En 2023, le patron de la régie des eaux locales avait alerté sur ce sujet. Il a été remplacé un mois plus tard. Plus inquiétant encore, des produits chimiques toxiques auraient été stockés dans l’usine sans autorisation préalable, selon un candidat local du parti Tisza aux prochaines législatives, alerté, dit-il, par plusieurs employés.

    Dans la région, les usines de batteries sont le sujet numéro 1 de la campagne électorale. A 3 kilomètres de la zone industrielle habite Imre Toth, alias « Bruti ». La cinquantaine passée, et quelque 245 000 abonnés sur Facebook, cet humoriste très populaire en Hongrie s’est fait connaître il y a deux ans comme candidat du parti satirique du Chien à deux queues aux élections européennes. Il soutient aujourd’hui Tisza. « Cette affaire de batteries illustre le modus operandi de Viktor Orban, estime-t-il. Ce gouvernement se fiche complètement des lois, de l’opinion des gens, il fait passer des vessies pour des lanternes et nous vend des retombées économiques des plus incertaines. » CATL promet 9 000 emplois dans son usine, lorsqu’elle tournera à plein régime. Pour l’heure, les locaux voient surtout la main-d’œuvre étrangère arriver de Chine et des Philippines. Un comble de la part d’un gouvernement aussi hostile à l’immigration. Lequel parle poliment de « travailleurs invités ».

    Par un curieux alignement d’étoiles, Debrecen concentre les maux et les contradictions du règne de Viktor Orban. Nationaliste revendiqué, il est ici vu, de plus en plus, comme celui qui aura vendu son pays à la Chine. Le 9 février 2023, le maire de Debrecen Laszlo Papp recevait une pétition signée par douze mille personnes lui demandant de se mettre « au service des habitants, pas des géants étrangers et des multinationales ».

    Haut lieu du féodalisme version Fidesz, la ville, inondée de fonds publics – ce qui explique en partie ce coquet centre-ville –, ne parvient pas à retenir ses habitants, repoussés dans des périphéries moins chères. « Entre 2011 et 2025, la population de Debrecen a baissé de plus de 6,45 %, explique le journaliste Tamas Polgar Toth, dans les bureaux du Debreciner, l’un des seuls médias locaux indépendants. Dans le même temps, celle de la localité voisine de Bocskaikert a augmenté de 37 %, au point qu’il a fallu installer des classes mobiles pour les écoliers. »

    Ultime symbole, et non des moindres : Debrecen, surnommée la « Rome calviniste » pour son riche héritage protestant, a subi de plein fouet le choc provoqué par la grâce accordée, en avril 2023, à un responsable d’orphelinat ayant couvert des agressions sexuelles. Faveur signée par la présidente Katalin Novak sous l’influence d’un proche d’Orban : le pasteur Zoltan Balog, à la tête du synode de l’Eglise réformée… dont le berceau est à Debrecen ! La Grande église réformée y est un monument national, où fut déclarée l’indépendance de la Hongrie en 1849 après la révolution contre les Habsbourg. Tous deux ont démissionné mais l’affaire a laissé des traces.

    « Debrecen a toujours été un laboratoire pour le système Orban », résume Laszlo Mandi. Pour le meilleur et pour le pire. L’opposition le sait, il y a des voix à prendre ici. Son leader, Peter Magyar, a fait le plein dans la commune lors de plusieurs meetings. Le Fidesz cherche à tout prix à mobiliser aussi. C’est à Debrecen que Viktor Orban tiendra l’un de ses derniers meetings, le 9 avril. A trois jours du vote.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/legislatives-en-hongrie-a-debrecen-grandeur-et-decadence-du-systeme-orban-XDIWHIILYZF2PA7TWHADLF4IYE/

    Author : Charlotte Lalanne

    Publish date : 2026-04-01 16:30:00

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  • Donald Trump face à la Cour suprême : le pari risqué du président américain

    C’est une première dans l’histoire des Etats-Unis. Donald Trump a assisté, ce mercredi 1er avril, au premier rang, aux plaidoiries de la Cour suprême sur sa tentative de remise en question du droit du sol.

    Le conseil est composé de neuf juges : six conservateurs et trois progressistes. Ils sont chargés de trancher le recours gouvernemental contre les décisions des juridictions inférieures, chacune ayant conclu à l’inconstitutionnalité du décret présidentiel. Ce texte, signé par Donald Trump, le jour de son retour à la Maison-Blanche, supprime le droit du sol pour les enfants d’immigrés en situation irrégulière, décision prise dans la continuité de sa guerre contre l’immigration. Ce droit, inscrit au 14e amendement de la Constitution américaine, garantit la citoyenneté à toute personne née aux Etats-Unis. Adopté en 1868 après la guerre de Sécession, le texte a pour objectif de protéger les droits des anciens esclaves et de leurs descendants.

    « Notre système judiciaire américain est devenu stupide »

    Sur le plan légal, la victoire du président des Etats-Unis semble d’ores et déjà compromise. En 1898, l’instance suprême avait consacré le droit du sol en le faisant définitivement entrer dans sa jurisprudence. Conscient de cette issue probable, Donald Trump anticipe son échec depuis plusieurs semaines. Le 23 février, il cinglait sur son réseau Truth social : « Cette Cour suprême trouvera le moyen de parvenir à la mauvaise conclusion. »

    Et un tel désaveu risquerait d’endommager un peu plus la relation – au bord de la rupture – entre Donald Trump et les juges de la Cour suprême. Ces tensions préexistantes s’expliquent, en partie, par le fait que l’instance a jugé que les droits de douane instaurés par le président étaient illégaux. Le 20 février, la cour a exigé qu’il rembourse aux importateurs américains les 165 milliards collectés grâce à cette politique tarifaire illicite. Une décision que Donald Trump n’a pas manqué de critiquer publiquement. « Ils me rendent malade parce qu’ils sont mauvais pour notre pays », avait-il alors déclaré en faisant allusion à Neil Gorsuch et Amy Coney.

    Cette défaite est d’autant plus embarrassante pour le président qu’il avait personnellement nommé ces deux juges à la Cour suprême. Et Donald Trump ne dissimule pas sa rancune. Lundi, il écrivait encore : « Le monde entier rigole en voyant à quel point notre système judiciaire américain est devenu stupide (DROITS DE DOUANE !) »

    Donald Trump lâché par les conservateurs

    Cette fois encore, Donald Trump risque d’être contredit par son propre camp. Comme le souligne le Wall Street journal, certains juges conservateurs ont laissé entendre qu’ils s’opposeraient au décret présidentiel.

    Entre autres, Brett Kavanaugh, pourtant fidèle soutien du président pendant l’affaire des tarifs douaniers, a exprimé ses préoccupations quant à la suppression du droit de sol. « Comment cela va-t-il fonctionner ? Que font les hôpitaux avec un nouveau-né ? Que font les Etats avec un nouveau-né ? », avait-il demandé à John Sauer, chargé de représenter le gouvernement dans cette affaire, lors d’une précédente audition. Des questions auxquelles le solliciteur général n’a pas su répondre.

    Le juge Clarence Thomas pourrait lui aussi pencher en faveur du 14e amendement. Dans les colonnes du Wall Street Journal, Dilan Esper, un avocat spécialiste du droit du sol, assure que le magistrat est particulièrement sensible au fait que la citoyenneté soit accordée sur « le principe qu’il n’y a pas de citoyens de seconde zone nés dans ce pays ». Un fondement d’autant plus important pour Clarence Thomas, lui-même descendant d’esclaves.

    Un autre indice pourrait aider à déchiffrer les intentions des juges. En décembre, le président de la Cour suprême, John Roberts, a publiquement fait référence à un discours de Susan Anthony datant de 1876. Dans cette allocution, la militante des droits civiques défendait l’inscription de la garantie de citoyenneté dans la Constitution.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/amerique/donald-trump-face-a-la-cour-supreme-le-pari-risque-du-president-americain-BGRWRWBLFBHDVCR3BLGO2MOO7I/

    Author : Asia Dayan

    Publish date : 2026-04-01 16:58:00

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  • « Si Trump échoue en Iran, Poutine et Xi en tireront des conclusions » : l’alerte de Seth Cropsey

    Même les plus fins observateurs de la Maison-Blanche ont du mal à suivre les volte-faces de son locataire. Alors que Donald Trump laisse encore la porte ouverte à des discussions directes avec Téhéran, il a affirmé le 1er avril que le conflit pourrait prendre fin prochainement — y compris sans accord avec le régime. « Nous allons partir très bientôt », a-t-il déclaré devant les journalistes, évoquant un horizon assez flou qui pourrait être « d’ici deux semaines (…) peut-être trois ». Un peu plus tard, dans une autre interview accordée au Daily Telegraph, le républicain a agité le spectre d’un départ de l’Otan en cas de refus des pays européens d’aider à débloquer le détroit d’Ormuz. « Je n’ai jamais été influencé par l’Otan. J’ai toujours su que c’était un tigre de papier, et le président russe Vladimir Poutine le sait aussi, d’ailleurs », a-t-il affirmé.

    Depuis plusieurs jours, des médias américains rapportent que le Pentagone se préparerait en parallèle à des opérations terrestres, notamment sur l’île de Kharg, le verrou stratégique pétrolier iranien. Un scénario qui ferait franchir un nouveau palier à la guerre au Moyen-Orient. A en croire Seth Cropsey, lieutenant commandant dans l’US Navy de 1985 à 2004, le président américain n’a pourtant pas d’autre option s’il veut remplir certains objectifs de guerre face à un régime des mollahs particulièrement résilient. Au-delà de la menace nucléaire et du blocage du détroit d’Ormuz, le président joue ici la crédibilité de sa dissuasion, prévient cet ancien haut responsable du Pentagone sous Reagan et Bush. « Si Trump échoue, la Russie et la Chine en tireront des conclusions… », assure l’actuel président du Yorktown Institute, un think tank basé à Washington. Entretien.

    L’Express : Donald Trump a-t-il vraiment vraiment envie de négocier avec l’Iran ou est-ce encore du bluff ?

    Seth Cropsey : Le président américain serait sans doute prêt à négocier si l’issue de ces discussions correspondait à ses attentes. Voici celles que je trouverais pertinentes : premièrement, récupérer les 440 kilos d’uranium enrichi à 60 % encore aux mains du régime iranien. Deuxièmement, la capacité de l’Iran à développer des missiles balistiques intercontinentaux doit être totalement neutralisée. Troisièmement, le détroit d’Ormuz doit être rouvert à la navigation internationale (même si cela semble moins l’inquiéter aujourd’hui). Enfin, l’aide financière apportée par l’Iran à ses groupes affiliés dans la région – qui exécutent ses opérations et ses actions terroristes par procuration – doit cesser. Cela représente un ensemble de conditions très exigeantes. Mais à mes yeux, il s’agit du strict minimum.

    La République islamique a-t-elle plutôt intérêt à accepter les conditions américaines ou à continuer la guerre ?

    Les conditions de Trump ne semblent pas acceptables pour les Iraniens. Mais je ne pense pas non plus qu’ils souhaitent la poursuite de la guerre. Ils subissent des pertes militaires considérables. Leur base industrielle de défense est en train d’être détruite. Ils risquent également une baisse majeure de leurs revenus, non seulement en raison des sanctions – ou d’un durcissement de celles-ci – mais aussi à cause de la fermeture du détroit d’Ormuz. Ils peuvent certes chercher à moduler cette fermeture, mais si, par exemple, l’armée américaine prenait le contrôle de l’île de Kharg, l’Iran se retrouverait dans une situation économique extrêmement critique.

    Cependant, l’enjeu principal pour le régime reste sa survie politique. S’il peut affirmer, à la fin des hostilités, qu’il a tenu bon, il proclamera la victoire. Donald Trump pourrait s’en satisfaire et accepter ce que les Israéliens appellent la stratégie de « tonte de la pelouse », c’est-à-dire qu’on ne fait pas disparaître l’herbe pour toujours. Militairement, cela signifie frapper suffisamment pour réduire la menace à court terme, tout en sachant qu’un futur président américain devra probablement intervenir de nouveau. Car si le régime demeure en place, il est presque certain qu’il tentera de reconstruire tout ce qui aura été détruit : son appareil industriel, son programme nucléaire, son programme de missiles balistiques.

    Craignez-vous que l’Iran se jette dans la course à la bombe nucléaire ?

    Oui, les Occidentaux redoutent ce scénario inverse : si le régime se sentait menacé d’effondrement, il pourrait accélérer brutalement la course à l’arme nucléaire. Les conséquences sont encore mal comprises. Il faudrait y réfléchir plus sérieusement, car la capacité de résistance du régime, son degré de tolérance à la destruction aujourd’hui donne une indication de ce qu’il pourrait être prêt à endurer dans un contexte d’escalade nucléaire.

    Voyez-vous dans les représailles iraniennes les signes d’un pouvoir aux abois ou d’un plan bien maîtrisé ?

    S’il s’agit réellement d’un plan parfaitement maîtrisé, il faudrait encore savoir qui en assure la direction. À mes yeux, la chaîne de commandement iranienne ne ressemble plus à celle d’une armée structurée. Elle semble désormais fragmentée, chaque unité agissant comme elle le peut, de manière largement autonome. En ce qui concerne les opérations militaires coordonnées, tout indique que les responsables ont été éliminés. Ceux qui leur ont succédé hésitent, pour des raisons évidentes, à apparaître publiquement ou à se rendre identifiables, sachant le sort qui les attendrait. Nous ne sommes donc plus face à une chaîne de commandement classique, ni à un état-major capable de transmettre efficacement les informations entre les unités ou de conduire une stratégie d’ensemble.

    L’histoire récente au Moyen-Orient a montré que l’envoi de soldats américains au sol n’a pas été un franc succès. Trump a-t-il néanmoins un autre choix s’il veut gagner la guerre ?

    Tout revient à savoir ce que signifie réellement « gagner la guerre ». Si, par exemple, l’objectif est d’utiliser la force pour rouvrir le détroit, il sera difficile d’y parvenir sans déployer des troupes au sol. Ces troupes seraient nécessaires pour sécuriser les zones iraniennes bordant le détroit, afin d’empêcher la pose de mines, les tirs de missiles, l’artillerie ou l’usage de drones. Sur ce dernier point, la difficulté est encore plus grande, car les drones peuvent être lancés depuis une longue distance. Or, Trump n’enverra pas des troupes à plusieurs centaines de kilomètres à l’intérieur de l’Iran pour contrôler durablement le territoire. Je ne crois pas à ce scénario.

    En revanche, la pose de mines implique une proximité géographique : l’Iran ne peut pas « projeter » une mine à 200 miles de distance pour qu’elle tombe précisément dans le détroit d’Ormuz. De même, la portée maximale de l’artillerie correspond à peu près à la largeur du détroit. Les Iraniens doivent donc se positionner relativement près du littoral pour continuer de menacer la navigation. C’est pourquoi l’attention portée récemment à une intervention terrestre s’est concentrée sur l’île de Kharg. S’en emparer constituerait avant tout une mesure économique, en réduisant fortement la capacité de l’Iran à exporter de grandes quantités de pétrole. Mais cela ne suffirait pas à rouvrir le détroit. Pour rétablir la navigation, il faut sécuriser physiquement le passage.

    Comment une telle mission pourrait-elle se mettre en place ?

    L’opération présenterait de nombreuses difficultés. Le principe serait de déployer un nombre important d’unités des forces spéciales le long du littoral, dans les zones depuis lesquelles des mines peuvent être mises à l’eau, où certains drones peuvent être employés pour maintenir le détroit fermé, et d’où l’artillerie peut également être utilisée. La mission de ces unités consisterait à exploiter les renseignements disponibles sur les emplacements de ces armes, les sites de pose, ainsi que sur les navires ou embarcations encore actifs.

    Les forces spéciales auraient alors pour tâche d’intervenir directement contre ces cibles. Le même schéma s’appliquerait aux positions d’artillerie et aux zones de lancement de drones à courte portée. En revanche, les drones à longue portée relèvent d’une logique différente : ils ne peuvent pas être neutralisés efficacement par des troupes au sol. Cela relèverait avant tout d’une campagne aérienne.

    Certains critiques affirment que cette guerre est celle de Netanyahou et non pas de Trump. Partagez-vous ce constat ?

    Non. Les États-Unis et Israël partagent un intérêt commun : empêcher l’Iran de disposer à la fois de l’arme nucléaire et de missiles capables d’atteindre Israël et certains intérêts américains. L’Iran ne possède pas encore une capacité balistique de très longue portée, mais il est en revanche déjà très avancé sur le plan nucléaire. Il existe donc un objectif stratégique partagé. Pour autant, je ne crois pas que Trump se laisse guider par les choix israéliens. Il est connu pour ignorer, voire contredire, les recommandations de ses propres conseillers… Il est donc difficile d’imaginer pourquoi il suivrait les conseils d’un dirigeant étranger.

    Dans une tribune publiée dans le Wall Street journal, vous évoquez le fait que Trump joue la dissuasion de l’Amérique en Iran. Que voulez-vous dire ?

    Si cette opération échoue, la conclusion que la Russie et la Chine en tireront probablement sera que les États-Unis lancent des initiatives qu’ils ne sont pas capables de mener à leur terme. Cet échec pourrait alimenter leurs réflexions sur des dossiers tels que Taïwan ou l’Ukraine et donc affaiblir la dissuasion américaine. Si le dossier ukrainien semble aujourd’hui moins prioritaire pour les Etats-Unis – les Européens sont davantage à la manœuvre -, la question taïwanaise, en revanche, reste brûlante face au rival chinois.

    À l’inverse, si l’opération réussit, cela démontrera que les États-Unis savent agir dans leur propre intérêt et obtenir des résultats. Cela renforcerait considérablement leur crédibilité stratégique et leur capacité de dissuasion – un scénario que Xi Jinping comme Vladimir Poutine préféreraient éviter. Il s’agit donc, au sens large, d’une question de crédibilité américaine à l’échelle mondiale. Les enjeux dépassent largement le cadre régional, notamment en raison du rôle par procuration des grandes puissances au Moyen-Orient, mais aussi parce que l’Iran cherche à projeter sa puissance au-delà de cette zone, en développant des missiles balistiques intercontinentaux susceptibles d’emporter des ogives nucléaires.

    Cette situation me rappelle 1956, lorsque la Grande-Bretagne et la France finissent par suivre Israël, et décident d’intervenir pour tenter d’annuler la nationalisation du canal de Suez voulue par Gamal Abdel Nasser en Egypte. Le président américain Eisenhower s’y est opposé car il avait peur que cela dresse les États arabes contre les États-Unis et l’Otan et, à mon sens, il a eu tort. A l’époque, la décision américaine de s’opposer à la France et au Royaume-Uni leur a fait perdre une partie de leur crédibilité.

    Donald Trump déplore que la France n’ait pas beaucoup aidé dans cette guerre et affirme que les Etats-Unis « s’en souviendront ». L’Europe a-t-elle selon vous eu tort ?

    Oui. Cela aurait été bénéfique pour l’Otan et pour l’amélioration des relations entre l’Europe et les États-Unis. Si les États européens avaient agi dans leur intérêt en garantissant la libre circulation du pétrole dans le golfe Persique, et s’ils avaient pris conscience que les armes déjà en possession de l’Iran peuvent atteindre leurs villes, ainsi que des conséquences encore plus graves si ces missiles étaient armés de charges nucléaires, la situation aurait pu être différente.

    Certains analystes craignent que l’Iran devienne une sorte de « junte militaire » si les Gardiens de la révolution se maintiennent au pouvoir. Qu’en pensez-vous ?

    Oui, c’est une possibilité réelle. La question est de savoir si ces dirigeants conserveraient le fanatisme religieux des mollahs ou s’ils seraient plutôt des nationalistes traditionnels. Le nationalisme peut se manifester sous diverses formes, allant d’une posture défensive à une politique expansionniste. L’histoire fournit des exemples : le nationalisme romain s’est étendu jusqu’en Asie, et le nationalisme macédonien d’Alexandre le Grand, (NDLR : roi de Macédoine entre 356–323 av. J.-C.) jusqu’en Inde. Ni Cyrus, ni Xerxès, ni Darius ne se sont arrêtés à de simples frontières régionales. Je ne crois pas que les mollahs cesseraient leur expansion même s’ils se considèrent déjà comme la grande puissance du Moyen-Orient. Leur vision stratégique est loin d’être naïve. Une ambition impériale ne disparaît pas en un millénaire, ni même en deux millénaires.

    Donald Trump menace de frapper les infrastructures électriques – l’ultimatum a été repoussé jusqu’au 6 avril. Ne risque-t-il pas de se mettre à dos la population iranienne ?

    Il est très important de ne pas s’aliéner le soutien des Iraniens qui approuvent l’action des États-Unis. L’argument en faveur de telles frappes serait d’exercer suffisamment de pression sur la population civile pour provoquer une réaction. Mais il est essentiel de ne rien entreprendre qui risque, à l’inverse, de pousser la population iranienne à soutenir le régime. Le meilleur résultat serait qu’il s’effondre.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/si-trump-echoue-en-iran-poutine-et-xi-en-tireront-des-conclusions-lalerte-de-seth-cropsey-PCGE4TYHQ5A3PH6YIFW6DVJCAY/

    Author : Charles Carrasco

    Publish date : 2026-04-01 15:30:00

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  • Hongrie : l’appel embarrassant entre un ministre de Viktor Orban et Sergueï Lavrov

    Quelques instants d’un échange au ton amical, presque familier, qui secouent l’Union européenne. Mardi 31 mars, un consortium de plusieurs médias est-européens, dont le site russe indépendant The Insider, a publié une longue enquête sur les liens entre la Hongrie et la Russie, restés étroits malgré la guerre déclenchée par le Kremlin en Ukraine il y a plus de quatre ans. Principale révélation ? Un embarrassant enregistrement d’un appel téléphonique entre le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, et son homologue russe, Sergueï Lavrov. Dans cette conversation, datant d’août 2024, les deux hommes échangent sur la possibilité de retirer Gulbakhor Ismaïlova, sœur du richissime oligarque Alicher Ousmanov, de la liste des individus russes ciblés par des sanctions de l’Union européenne.

    Demande de retrait de sanctions

    « Écoutez, je vous appelle à la demande d’Alicher, qui m’a simplement demandé de vous rappeler de faire quelque chose concernant sa sœur », lance Sergueï Lavrov au téléphone. Une requête à laquelle Peter Szijjarto paraît accéder sans sourciller. « En fait, avec les Slovaques, nous soumettons une proposition à l’Union européenne pour la retirer de la liste », répond-il alors. « Nous la soumettrons la semaine prochaine et, dès le début de la nouvelle période d’examen, elle sera inscrite à l’ordre du jour. » Avant d’ajouter : « Nous ferons tout notre possible pour obtenir son retrait. » L’hiver suivant, en mars 2025, la femme sera effectivement exclue de cette liste noire des personnalités russes visées par des sanctions européennes.

    Forcément, au moment où l’Union européenne tente de renforcer une nouvelle fois son soutien envers Kiev face à l’invasion russe, la publication de ce document s’avère explosive. Jusqu’où la proximité de Peter Szijjarto vis-à-vis du pouvoir russe est-elle poussée ? Mi-mars, le Washington Post avait déjà fourni quelques éléments renforçant les soupçons sur les liens avec Moscou du ministre de Viktor Orban, qui a lui-même toujours affiché ses accointances avec le Kremlin. D’après le quotidien américain, le responsable transmettrait des « rapports en direct » à la Russie « sur ce qui a été discuté » lors de réunions européennes. Et ce, presque en temps réel depuis Bruxelles : selon cette même source, Peter Szijjarto profiterait des pauses lors de ces sommets de l’UE pour communiquer la nature des discussions aux dirigeants russes.

    « Ai-je fait quelque chose de mal ? »

    Au-delà du fond, l’audio dévoilé par ce consortium de journalistes est accablant pour le chef de la diplomatie hongroise. Son attitude à l’égard de Sergueï Lavrov, à qui il donne l’impression de rendre des comptes, laisse songeur. Simple marque de respect ou véritable servilité à l’égard de Moscou ? Un passage de l’extrait révélé donne quelques indications sur l’état d’esprit de Peter Szijjarto sur cet aspect. « Vous faites les gros titres de tous les médias russes aujourd’hui », l’informe Sergueï Lavrov au début de l’appel. « Ai-je fait quelque chose de mal ? », s’inquiète alors immédiatement le ministre, avant d’être rassuré par son interlocuteur. « Ils disaient simplement que vous défendez de manière pragmatique les intérêts de votre pays », explique le Russe.

    Sergueï Lavrov – rencontré à seize reprises à Moscou par Peter Szijjarto depuis le début de l’invasion russe en Ukraine – n’est pas le seul responsable russe à échanger avec le ministre hongrois des Affaires étrangères. Lors d’un appel avec le vice-ministre russe de l’Énergie, Pavel Sorokin, Peter Szijjarto aurait assuré que Budapest « faisait tout [son] possible » afin d’alléger certaines sanctions prononcées par l’UE contre Moscou. Celles-ci concernaient plus spécifiquement les mesures prises par les 27 contre la « flotte fantôme » russe, qui permet au pays de poursuivre son commerce d’or noir malgré les restrictions. « Je poursuis mes efforts, mais il faut dire que c’est dans l’intérêt de la Hongrie », soutient Peter Szijjarto.

    Le cas de 2Rivers, une entreprise spécialisée dans la vente de pétrole russe est explicitement évoqué. Le ministre hongrois explique à Pavel Sorokin n’avoir pas pu obtenir les documents justifiant la mise sous sanctions envisagée par l’UE contre cette entité. « Ils prétendent qu’aucun intérêt hongrois clair n’est identifiable et que, par conséquent, la Hongrie ne peut légalement demander leur retrait de la liste », s’émeut Peter Szijjarto. Localisée à Dubaï (Émirats arabes unis), 2Rivers est aujourd’hui finalement bel et bien visée par des sanctions européennes, mais aussi britanniques.

    Le Kremlin se refuse à tout commentaire pour le moment sur cette affaire. Mais Peter Szijjarto, lui, a réagi sur sa page Facebook, ne niant pas être en contact régulier avec la Russie. « C’est un énorme scandale (…) que des services secrets étrangers aient mis mes appels téléphoniques sur écoute de manière continue et qu’ils aient désormais rendu ces appels publics une semaine et demie avant les élections législatives hongroises », a-t-il développé.

    Budapest sous influence russe

    En effet, pour Viktor Orban, la publication de cet article de presse intervient au pire moment. Le Premier ministre conservateur joue sa place à la tête de la Hongrie le 12 avril prochain, lors d’élections législatives pour le moment mal engagées pour lui. Les sondages donnent une importante avance dans les intentions de vote à son principal rival, Peter Magyar. Comme relaté par Le Monde, ce transfuge du Fidesz a dénoncé mardi « des écoutes de services secrets étrangers menés avec la complicité active de journalistes hongrois ».

    Au sein de l’Union européenne, les dernières révélations autour de Peter Szijjarto renforcent encore les suspicions envers la Hongrie de Viktor Orban. « Ces enregistrements ont révélé bien plus que la dépendance politique du gouvernement de Budapest vis-à-vis de Moscou », a déploré le Premier ministre polonais Donald Tusk, lundi, à Varsovie. « Ils ont mis en lumière le caractère inacceptable et aberrant de cette relation. » Présent dans la capitale polonaise pour rencontrer son homologue, le Premier ministre irlandais Micheal Martin a de son côté qualifié d’ »alarmant » et de « très inquiétant » le « ton déférent employé lors de la conversation » dévoilée mardi.

    Mardi, lors d’une conférence de presse conjointe avec la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a de son côté fait référence de manière implicite au scandale. Un prêt de l’UE de 90 milliards d’euros destiné à Kiev est bloqué depuis plusieurs mois par Viktor Orban. Le dirigeant ukrainien a indiqué que certains travaux prévus sur des infrastructures touchées par des frappes russes avaient d’ores et déjà été reportés, dans l’attente de ce financement. « Tout ça parce qu’une personne en Europe s’oppose à toute l’Europe juste pour plaire à Moscou… », a regretté Volodymyr Zelensky, ciblant de fait le Premier ministre hongrois. Un signe de plus des relations exécrables entretenues entre Kiev et Budapest ces derniers mois.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/hongrie-lappel-embarrassant-entre-un-ministre-de-viktor-orban-et-serguei-lavrov-FBLE4MA7DRDYLKEHMT67PLZ3IA/

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    Publish date : 2026-04-01 10:50:00

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  • Régulation des réseaux sociaux : les procès ou la loi ?, par Antoine Vey

    Le 24 mars, le tribunal de Santa Fe (Nouveau-Mexique) a rendu une décision qui nous concerne tous. En condamnant le groupe Meta, propriétaire notamment de Facebook et Instagram, à verser 375 millions de dollars de dommages et intérêts pour mise en danger de mineurs, il a en effet ouvert la porte à ce qui pourrait être une révolution… si nous savons nous en saisir.

    C’est désormais au tour de la France et de l’Europe d’en tirer les conséquences. Car ce jugement ne reconnaît pas seulement les effets dramatiques que les réseaux sociaux peuvent avoir sur le développement intellectuel et affectif des enfants : il condamne surtout, et enfin, la stratégie consciente dont ces effets ne sont que le résultat visible.

    La responsabilité des algorithmes

    Là est le premier enseignement de ce procès : si nous voulons protéger efficacement nos enfants, il ne s’agit pas seulement de dénoncer les contenus auxquels ils sont exposés, mais d’identifier la responsabilité première des algorithmes, et de comprendre la manière dont ceux-ci sont très précisément formatés pour créer addiction, dépendances et autres dommages cognitifs.

    A l’heure où l’on s’écharpe volontiers sur les effets du cadmium ou de l’acétamipride, nous devons admettre qu’il y a dans nos poches, et dans les poches de nos enfants, des poisons bien plus nocifs. Des poisons que de récents rapports parlementaires ont justement pointé du doigt, et que nous avons pourtant laissé prospérer.

    Alors que la France s’est fait une spécialité d’inventer des régulations en tous genres, et tandis que l’Europe se pose volontiers comme une puissance normative, cette approche visant les algorithmes devrait nous inspirer.

    L’histoire se dessine dans les prétoires

    La seconde originalité du verdict de Santa Fe est une inversion ironique, et pourtant riche de significations. Tous les praticiens du droit savent en effet combien les moindres débats judiciaires sont désormais viciés par le pouvoir de nuisance, de désinformation ou de polarisation des réseaux sociaux. Si les algorithmes sont devenus des ennemis de la Justice, il n’est donc pas anodin que ce soit la Justice elle-même qui s’attaque enfin à leur toute-puissance.

    C’est déjà le cas aux Etats-Unis, avec plusieurs procès retentissants en cours, et ce pourrait être également le cas en France, car la loi comme la pratique évoluent en ce sens depuis quelque temps. Le parquet de Paris a ainsi créé une section dédiée à la lutte contre la cybercriminalité, qui a ouvert des enquêtes contre certaines plateformes aux algorithmes problématiques – entre autres dangers qui fleurissent dans le Far-West numérique et méritent une réponse pénale. Il est essentiel que de telles procédures se multiplient et aboutissent.

    Au-delà de l’ironie, cela va au fond dans le sens de l’histoire, une histoire que nous connaissons bien, pour l’avoir vue se déployer autour de quelques-uns des grands débats qui ont scandé nos progrès collectifs au cours des dernières décennies : lorsque la loi hésite, lorsqu’elle peine à avancer, c’est d’abord dans les prétoires que l’histoire se dessine. Ce fut le cas pour la légalisation de l’IVG ou pour l’abolition de la peine de mort. Ce pourrait demain être le cas pour la libération du cerveau de nos enfants.

    La comparaison peut sembler audacieuse, entre des combats à la vie à la mort et la régulation d’applis apparemment inoffensives. Nous ne devons pas nous y tromper, pourtant : à travers les capacités cognitives des jeunes générations, à travers leur aptitude à comprendre, inventer, créer, penser, c’est notre bien le plus précieux qu’il s’agit de défendre, et c’est notre avenir à tous qu’il nous faut protéger.

    Antoine Vey est avocat et fondateur du cabinet Vey & Associés



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/high-tech/regulation-des-reseaux-sociaux-les-proces-ou-la-loi-par-me-antoine-vey-IBOZW6PC3VEIFJYPS6XZIOM4S4/

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    Publish date : 2026-04-01 10:00:00

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  • Guerre en Iran : l’Italie prend le risque de dire non à Donald Trump

    L’épisode pourrait laisser des traces dans la relation entre Rome et Washington. Depuis le début de semaine, les médias italiens rapportent que plusieurs bombardiers américains n’ont pas obtenu l’autorisation d’atterrir sur la base de Sigonella, en Sicile. Les pilotes de ces appareils, transportant des armes destinées à être employées au Moyen-Orient, comptaient rejoindre ce site géré de manière conjointe par l’armée de l’air italienne et la marine américaine. Les États-Unis sont présents sur plusieurs autres bases du pays. « Certains tentent de faire croire que l’Italie a décidé de suspendre l’utilisation des bases par les forces américaines », a réagi, sur le réseau social X, le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto. « C’est tout simplement faux, car les bases sont opérationnelles et rien n’a changé. »

    L’approbation du Parlement italien nécessaire

    Dans ces conditions, pourquoi ces avions américains n’ont-ils pas été acceptés sur le sol italien ? En réalité, cette décision est liée à des accords signés entre les deux pays dans les années 50 en matière de défense. Ils prévoient que des appareils américains sont libres d’atterrir sur l’une des bases situées dans la péninsule, mais seulement dans le cadre d’entraînement ou pour des raisons logistiques. Or, ici, les bombardiers transportaient des armes destinées à être utilisées par l’armée dans sa guerre contre l’Iran. Un cas de figure mentionné dans ces traités, mais qui octroie à Washington une marge de manœuvre limitée en la matière. En effet, sauf urgence, le transport de munitions américaines via l’un de ces sites militaires doit être approuvé par le Parlement italien. Sans ce feu vert, l’accès aux pistes italiennes ne peut donc pas être autorisé.

    Problème : cette fois-ci, certains des avions américains ont demandé de pouvoir se poser à Sigonella… alors qu’ils étaient déjà en plein vol. Impossible, dans un délai si court, de pouvoir organiser une séance parlementaire sur la question afin de valider cette requête. « Les accords internationaux réglementent et distinguent clairement ce qui requiert une autorisation gouvernementale spécifique – pour laquelle il a été décidé d’associer systématiquement le Parlement, sans quoi aucune concession n’est possible – et ce qui est considéré comme techniquement autorisé, car inclus dans les accords », a poursuivi Guido Crosetto, toujours sur X. « Un ministre doit simplement les faire appliquer. Il n’y a pas de troisième voie. »

    Giorgia Meloni sur une ligne de crête

    Ces dernières heures, l’information met la Première ministre du pays, Giorgia Meloni, dans une position inconfortable vis-à-vis d’un de ses principaux alliés, Donald Trump. La responsable d’extrême droite est sur une ligne de crête pour maintenir les liens avec le républicain. Certes, elle a affiché son désaccord avec des frappes israélo-américaines réalisées en Iran « en dehors du cadre du droit international » et peu soutenues de façon générale par les Italiens. Mais, dans le même temps, pas question pour elle de renoncer à sa proximité avec la Maison-Blanche, dans un contexte où le président américain ne cesse de pointer du doigt le manque d’appui de ses partenaires européens dans la guerre au Moyen-Orient.

    Pour justifier la décision de ne pas laisser atterrir les avions américains à Sigonella, le bureau de Giorgia Meloni a ainsi fait savoir que ce refus avait été prononcé « en pleine conformité avec les accords internationaux existants ». Surtout, l’entourage de la Première ministre s’est senti obligé d’assurer que les relations de Rome et de Washington demeuraient « solides et fondées sur une coopération pleine et entière ». Suffisant pour éviter une attaque publique de Donald Trump ? Pour le moment, l’Italie n’a pas été visée par le dirigeant américain lors de ses nombreuses piques distillées au fil de ses interventions devant la presse ou sur sa plateforme Truth Social.

    C’est justement sur son propre réseau social que Donald Trump a accusé la France, mardi, de s’être montrée « très peu coopérative » avec les États-Unis dans leur guerre contre l’Iran. Avant de réitérer ses invectives, quelques heures plus tard : « Nous partirons très bientôt. Et si la France ou un autre pays veut avoir son pétrole ou son gaz, ils iront tout droit dans le détroit d’Ormuz (NDLR : toujours partiellement bloqué par le régime des mollahs) et ils se débrouilleront seuls. Je pense que ce sera un endroit très sûr en réalité, mais nous n’avons rien à voir avec ça. » Espagne, Royaume-Uni… Depuis le début du conflit, plusieurs États européens ont subi l’ire de Donald Trump, qui estime n’être pas assez soutenu dans son intervention au Moyen-Orient. « Pourquoi serions-nous là pour eux s’ils ne sont pas là pour nous ? », a-t-il ainsi lancé, fin mars, en référence aux membres de l’Otan.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/guerre-en-iran-litalie-prend-le-risque-de-dire-non-a-donald-trump-AJ23UHV44RBZND5FRPZTOFIX3Y/

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    Publish date : 2026-04-01 07:56:00

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  • EN DIRECT. Donald Trump dit que les États-Unis quitteront l’Iran « très bientôt »

    Vers la fin du conflit au Moyen-Orient ? Donald Trump a déclaré mardi 31 mars que les Etats-Unis pourraient mettre un terme à leur campagne militaire contre l’Iran en deux ou trois semaines. « Nous partirons très bientôt », a-t-il dit aux journalistes, quelques heures après que son secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, avait déclaré que les prochains jours seraient décisifs. Le président américain doit s’adresser à la nation ce mercredi soir afin de « fournir d’importantes informations sur l’Iran », a annoncé la Maison-Blanche.

    En attendant, Israël poursuit ses opérations militaires en Iran et au Liban. Deux frappes israéliennes contre la région de Beyrouth ont encore fait au moins sept morts, a dit ce mercredi le ministère libanais de la Santé.

    Les infos à retenir

    ⇒ Donald Trump dit que les États-Unis quitteront l’Iran « très bientôt »

    ⇒ Le président américain s’adressera ce soir à la nation

    ⇒ Israël dit avoir frappé un haut commandant du Hezbollah à Beyrouth

    07h27

    L’Indonésie demande une enquête sur la mort de trois Casques bleus au Liban

    L’Indonésie a appelé les Nations unies à ouvrir une enquête sur la mort de trois membres de la force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) après les frappes israéliennes au sud-Liban, selon un communiqué publié par un responsable du ministère des Affaires étrangères. « Nous demandons une enquête directe de l’ONU, pas simplement les excuses d’Israël », a déclaré ce responsable mardi lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies. Les trois soldats tués étaient tous indonésiens.

    07h10

    Liban : Israël dit avoir frappé un haut commandant du Hezbollah à Beyrouth

    L’armée israélienne a annoncé dans un message publié dans la nuit de mardi à mercredi avoir frappé un « haut commandant » du Hezbollah ainsi qu’un « terroriste de haut rang » dans deux assauts distincts dans la région de Beyrouth, au Liban.

    Le ministre libanais de la Santé a de son côté fait état de sept morts dans des frappes israéliennes, cinq dans la capitale et deux au sud de la ville.

    07h02

    Un tanker touché par un projectile près du Qatar

    Un projectile non-identifié a atteint un pétrolier situé à environ 17 miles nautiques au nord de Doha, au Qatar, a rapporté cette nuit l’agence britannique des opérations maritimes commerciales (UKMTO). Le projectile « a provoqué des dégâts sur la coque au-dessus de la ligne de flottaison », a précisé cette source, selon qui tous les membres d’équipage sont sains et saufs.

    06h54

    Donald Trump dit que les États-Unis quitteront l’Iran « très bientôt »

    Le président américain Donald Trump a déclaré mardi soir que les Etats-Unis pourraient mettre fin à leur campagne militaire contre l’Iran en deux ou trois semaines. « Nous partirons très bientôt », a-t-il dit aux journalistes, ajoutant qu’un départ des forces américaines pourrait intervenir « dans deux semaines, peut-être deux, peut-être trois ».

    « Et si la France ou un autre pays veut avoir son pétrole ou son gaz, ils iront tout droit dans le détroit d’Ormuz […] et ils se débrouilleront seuls. Je pense que ce sera un endroit très sûr en réalité, mais nous n’avons rien à voir avec ça », a-t-il aussi dit.

    Donald Trump a ajouté que Téhéran n’aurait pas besoin de conclure d’accord avec Washington pour que le conflit se termine, après avoir dit lundi « entrevoir un accord » avec de nouveaux dirigeants iraniens, qu’il n’a pas nommés. La condition préalable à la fin à l’opération est que l’Iran soit « ramené à l’âge de pierre », sans pouvoir se doter rapidement d’une arme nucléaire, a-t-il indiqué.

    La Maison-Blanche a annoncé plus tard que Donald Trump s’adresserait à la nation mercredi soir (21h à Washington, 3h à Paris) afin de « fournir d’importantes informations sur l’Iran ».

    06h50

    Bienvenue dans ce direct

    Bonjour et bienvenue dans ce direct. Nous continuons à suivre ce mercredi 1er avril la guerre au Moyen-Orient, qui en est désormais à son 33e jour.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/en-direct-donald-trump-dit-que-les-etats-unis-quitteront-liran-tres-bientot-J6CO77JOIFBXXHPM5WEN6IGTLY/

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    Publish date : 2026-04-01 05:39:00

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  • Poutine, les découvertes de son biographe : « Je pense qu’il laissera le pouvoir à l’un de ses enfants »

    Depuis vingt-cinq ans, Vincent Jauvert enquête sur Vladimir Poutine. Il lui consacre un livre riche en informations et haletant comme un thriller : Kremlin confidentiel, qui paraît aux éditions Albin Michel. Il y reconstitue le parcours de Poutine, ses origines mafieuses, sa conquête du pouvoir, sa dérive autoritaire, ses crimes, sa guerre contre l’Ukraine et « l’Occident satanique ». Un ouvrage édifiant sur lequel Vincent Jauvert s’explique dans Les temps sauvages, le podcast géopolitique de L’Express.

    >> Cet épisode est à retrouver sur Apple Podcasts, Spotify, Deezer, Castbox ou encore Podcast Addict

    Sébastien Le Fol : Sur quels nouveaux documents ou témoignages vous êtes-vous appuyé pour écrire Kremlin confidentiel ?

    Vincent Jauvert : Je m’appuie, entre autres, sur les archives déclassifiées des discussions entre Poutine et plusieurs présidents américains, Bill Clinton et George Bush notamment. On y découvre un Poutine obsédé par l’Ukraine dès le premier jour de sa présidence. En juin 2000, il reçoit Bill Clinton au Kremlin. Les hommes s’entendent plutôt bien, sauf quand il s’agit de l’Ukraine. Je m’appuie également sur des enquêtes de journalistes russes qui n’ont pas encore été publiées ici, concernant Vladimir Poutine et ses fils, sa vie avec sa nouvelle compagne, la gymnaste Alina Kabaeva. Je puise également dans les mémoires de plusieurs chefs d’Etat et de personnalités qui l’ont rencontré : Angela Merkel, Barack Obama, François Hollande…

    Votre livre s’ouvre sur la tentative de coup d’Etat du mercenaire Prigogine en 2023. Pourquoi ?

    Cet épisode montre la faiblesse de ce pouvoir et la peur constante de Poutine d’être renversé. Evgueni Prigojine arrive à cent kilomètres de Moscou, avec 5 000 hommes très armés et très aguerris. Poutine appelle son ami, son vassal : le président biélorusse Alexandre Loukachenko. Il lui dit : « je vais tous les buter ». Loukachenko lui déconseille car tous les ingrédients sont réunis en Russie pour une crise sociale, une révolution voire une guerre civile, lui dit-il. Lors de leur avancée, les mercenaires ont été bien accueillis par le peuple russe. Poutine lui répond : « Ok d’accord, on va discuter ». Il « butera » Prigojine plus tard, comme on le sait.

    Notre époque a tendance à psychiatriser la politique et les relations internationales. On mobilise des concepts psychanalytiques pour expliquer le comportement des dirigeants. Faut-il psychanalyser Poutine pour comprendre sa manière de diriger la Russie et ses motivations ?

    Je crois que Poutine est mû par trois choses : sa soif de luxe tout d’abord. Il est né dans un endroit très pauvre, à Saint-Pétersbourg en 1952, juste après la guerre. Ensuite, il a vécu en RDA où il a pu entrapercevoir le confort occidental. Un de ses collègues du KGB raconte que l’après-midi, quand il n’avait rien à faire, il lisait les catalogues des grands magasins ouest allemands. Il était fasciné par cette société de consommation. Il voulait vivre comme un nabab, ce qu’il a fini par faire. Son passé soviétique a aussi été un driver très fort pour lui. Il y a aussi cette rage contre l’Occident.

    Et sa peur obsessionnelle d’être renversé ?

    En 2016, Poutine a fait une confidence extraordinaire au réalisateur Oliver Stone dans le documentaire très sympathique qu’il lui a consacré. Stone lui demande : « Monsieur le Président, pourquoi avez-vous accepté de devenir le dauphin de Boris Eltsine en 1999 ? » On aurait pu imaginer que Poutine réponde, au moins pour la forme, qu’il avait un projet pour la Russie. Eh bien non ! Il lui dit que s’il avait refusé, il n’aurait plus eu de gardes du corps pour le protéger, lui et sa famille. Tout Poutine est là !

    Un comble pour un ancien espion ! A ce propos, sa démarche très raide viendrait de ses quinze années au KGB. Vous confirmez ?

    Des médecins appellent cela la démarche du pistolero. Leurs analyses sont parues dans des revues comme le Oxford British Journal ou le Medical Journal. Ils ont trouvé dans un manuel du KGB des recommandations pour toujours avoir son arme à portée de main. Poutine garde la sienne dans sa poche, comme s’il était toujours prêt à saisir un revolver qu’il n’a plus.

    Vous avez commencé à évoquer la passion de Poutine pour le luxe. Quel est son patrimoine aujourd’hui ?

    C’est très difficile à dire… Sans doute plusieurs milliards. Rien n’est à son nom, mais à celui d’hommes de paille, de gens très proches de lui. Ainsi a-t-on découvert qu’il avait une grande famille avec de nombreux cousins ! Il perçoit un pourcentage sur certains contrats d’Etat. Cet argent qu’il a accumulé lui a permis de faire construire son fameux palais au bord de la Mer Noire. Il a une passion pour les yachts et il en possède plusieurs.

    A l’époque où il travaillait à la mairie de Saint-Pétersbourg, vous racontez qu’il a acheté des parts dans une coopérative que sept de ses amis ont fondée et baptisée Ozero, du nom d’un lac russe. Tous sont devenus les princes de son régime ?

    Si j’étais Tolstoï, je raconterais l’histoire hallucinante de ce clan Ozero. Dans les années 1990, Poutine et ses sept amis ont acheté des parcelles autour d’un lac où ils ont fait construire des datchas. Aujourd’hui, ces hommes détiennent la quasi-totalité de la Russie.

    En Occident, qui a été le premier idiot utile de Poutine ?

    Le premier, et de loin, c’est Tony Blair. En 1999, au moment où Poutine est en campagne pour devenir président, il a besoin de l’aval de l’Occident car les jeunes Russes de l’époque avaient peur qu’un homme du KGB effraie l’Occident. Blair accepte à condition que ce soit dans le cadre d’une visite privée avec sa femme. Et il rentre en annonçant que Poutine sera l’homme du XXIe siècle !

    Quelles étaient ses relations avec Jacques Chirac ?

    Jacques Chirac était russophile et russophone. Il aimait bien ce dirigeant russe, jeune et costaud, qui remplaçait un alcoolique qui ne tenait plus debout. Chirac a été très intelligent dans sa relation avec lui. Mais dès qu’il s’est agi de contrats, il a toujours su dire non à Poutine.

    En 2000, Poutine accorde son premier entretien à un média occidental, la BBC. « La Russie, assure-t-il, fait partie de la culture européenne, je ne peux imaginer mon pays séparé de l’Europe et de ce qu’on appelle souvent le monde civilisé ». C’était du bluff ?

    Poutine est une personnalité double. Je pense qu’il a rêvé à un moment de devenir l’ami des Occidentaux. Il était fasciné par la culture occidentale. Mais il a préféré jouer la russitude. Une russitude de plus en plus à droite et conservatrice, très éloignée des valeurs occidentales libérales.

    « Poutine veut gouverner comme Staline et vivre comme le milliardaire Abramovitch« , disait Garry Kasparov… Son modèle est-il Staline ou Nicolas Ier ?

    Son modèle, c’est Poutine ! Son règne est en train de battre de tous les records de longévité. Il s’inscrit dans le despotisme impérial russe. Il rêve de reconstituer l’Empire soviétique. Poutine est sur un vélo, et il ne peut plus en descendre. S’il arrête le vélo, il a de grandes chances de perdre le pouvoir. Et perdre le pouvoir en Russie, il le sait, c’est soit la mort, soit la prison. En tout cas la perte de tous ses biens.

    Qu’est-ce qui pourrait lui faire renoncer à sa guerre contre l’Ukraine ?

    Rien ne peut le faire reculer. L’arme atomique… Mais les Etats-Unis ne l’utiliseront pas contre lui.

    Et lui, peut-il utiliser l’arme nucléaire ?

    A un moment de la guerre en Ukraine, les Américains ont dit que le risque qu’il l’utilise était d’un sur deux. Si son pouvoir est menacé, il pourrait utiliser l’arme nucléaire.

    Poutine a fait modifier les règles politiques pour rester au pouvoir jusqu’en 2036. A-t-il déjà identifié un successeur ?

    Poutine ne peut pas se permettre de laisser le pouvoir à n’importe qui. Mon hypothèse, mais ce n’est qu’une hypothèse, est qu’il va le transmettre à l’une de ses filles, ou à l’un de ses fils. Qui d’autre pourrait lui assurer sa sécurité personnelle ? Son prédécesseur, Boris Eltsine, l’avait choisi pour qu’il le protège. Et le premier acte de Poutine a été de déclarer l’immunité judiciaire d’Eltsine et des siens !

    On connaît les ingérences du régime poutinien. La France, qui entrera dans quelques mois en campagne présidentielle, constitue-t-elle sa cible prioritaire ?

    Imaginez un pouvoir prorusse en France ! Pour Poutine, ce serait une victoire incroyable. On voit à quel point il soutient Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, qui lui est favorable. Comme ce genre de soutien ne coûte pas cher, il ne va certainement pas s’en priver.

    « Il faut frapper le premier et frapper si fort que votre adversaire ne se relèvera pas ». Telle est la devise de Poutine…

    Il a essayé de la mettre en application en Ukraine. Dès le premier jour, il a voulu tuer Zelensky. C’est sa technique. Il raconte souvent une anecdote personnelle : à Saint-Pétersbourg, enfant, il courait derrière un rat. L’animal s’est retrouvé cornérisé. Et le rat lui a sauté dessus… Il ne faut donner aucune chance aux rats : c’est sa conviction.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/poutine-les-decouvertes-de-son-biographe-je-pense-quil-laissera-le-pouvoir-a-lun-de-ses-enfants-RHJMMVHQ75AD3P5O5YAF4LDEVM/

    Author : Sébastien Le Fol

    Publish date : 2026-03-31 15:30:00

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  • Nutella, Kinder, Tic Tac… Ferrero, les derniers secrets d’un empire sans visage

    Qu’avait emporté dans sa valise, en avril dernier, la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni en visite officielle à Londres ? Un pot de Nutella bien sûr, et au nom Charles III qui sut apprécier le privilège. Troisième confiseur mondial, Ferrero est une institution en Italie. Porte-étendard d’un capitalisme familial triomphant et du savoir-faire industriel transalpin, la multinationale aux 35 marques cultive quelques paradoxes. Qui sait que ses comptes sont consolidés au Luxembourg où le siège social de l’entreprise est désormais installé ? Que Giovanni Ferrero, le petit-fils du fondateur Pietro, et seul maître à bord, réside à Bruxelles, tandis que ses parents habitèrent Monte-Carlo jusqu’à leur mort ? Qui sait enfin qu’un quart des pots de sa pâte à tartiner consommés dans le monde sont normands, et fabriqués à Villers-Écalles, site proche de Rouen qui produit également chaque jour 2,7 millions de Kinder Bueno, soit 20 % de la production globale ?

    Présent dans 170 pays, employant 50 000 personnes réparties sur 37 usines, le groupe cultive le secret. Une marque de fabrique. Jamais Giovanni Ferrero, 61 ans, l’actuel propriétaire et unique actionnaire, n’accorde d’entretien, aucune photo privée ne circule, et ni lui ni ses proches n’ont participé au moindre événement mondain ou politique. Une discrétion atavique, le père de Giovanni, Michele, ne s’étant confié qu’une fois dans les colonnes de La Stampa, exigeant que l’échange ne soit publié qu’après sa mort en 2015. Les richissimes Ferrero la jouent austères en diable, un trait typiquement piémontais à l’image de la devise de leur fondation d’entreprise « Travailler, créer, donner », et toujours en silence.

    Quand Giovanni Ferrero est convié par Emmanuel Macron au prestigieux événement Choose France qui regroupe la crème des grands patrons mondiaux, non seulement l’Italien décline, mais il n’y dépêche pas l’actuel dirigeant opérationnel, Lapo Civiletti, nommé en 2017. Son chargé des affaires publiques fera l’affaire, seul salarié assis parmi les grands crocodiles de la planète. Non cotée en Bourse, la société ne communique guère. Le chiffre d’affaires approcherait les 19,3 milliards d’euros, l’Allemagne serait son premier marché et les Etats-Unis le plus prometteur. Quant aux marges, elles seraient généreuses. L’entreprise continue d’être administrée comme l’ancienne pâtisserie familiale d’Alba, ville besogneuse du Piémont, qui abrite toujours l’une de ses plus grosses usines ainsi qu’un ultra secret centre de recherche et développement, l’autre étant basé à Chicago.

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    L’histoire du génie de la pâte à tartiner est, en revanche, bien documentée. En 1946, Pietro Ferrero et son frère, affolés par le prix du cacao aux lendemains de la guerre, développent une recette riche en noisettes, abondante aux alentours, inventant ainsi la « Supercrema ». Trois ans plus tard, Michele, son fils, prend seul, à 24 ans, les commandes de la boutique, qu’il transformera en entreprise florissante, érigeant d’emblée quelques principes fondateurs. Les employés sont transportés via un réseau d’autocars, ce qui leur permet de ne pas déménager à Alba et de conserver leurs activités agricoles, l’usine privilégie le recrutement des enfants de ses ouvriers, et la marque tisse dans la vallée un soigneux maillage, crèches, jardins d’enfants, maisons de retraite et hôpital de pointe, il fait bon travailler chez Ferrero. Sa main-d’œuvre choyée, le patron inventera toute sa vie des produits originaux, sucrés, gras et impossibles à copier. Chaque jour, vêtu de sa blouse blanche, il promena entre les lignes de production son pentolino, petite casserole dans laquelle il élaborait une recette, qu’il faisait goûter jusqu’à obtenir le parfait mélange.

    Le Nutella « Made in Normandie »

    Génie créatif et surdoué du marketing, Michele ambitionne de vendre sa pâte à tartiner au-delà des Alpes, profitant du boom mondial de la consommation. Une première usine en Allemagne en 1956, une autre trois ans plus tard en France. À Villers-Écalles, l’industriel achète l’ancienne filature, songeant que ses salariés auront la dextérité requise pour manier ses emballages. Jamais Ferrero ne pose ses meubles dans la capitale, loyers trop onéreux et main-d’œuvre volatile, d’où la banlieue rouennaise – aujourd’hui encore les dirigeants de la filiale française ne disposent d’aucun bureau à Paris. L’entreprise italienne grignote alors le monde. Elle baptise en 1964 la Supercrema du nom, exportable dans toutes les langues, de Nutella. Les bonbons Tic-Tac déboulent en 1969, les œufs surprises Kinder en 1974. Là encore, sacré flair. Michele Ferrero, observant qu’il est dommage d’attendre Pâques pour déguster des œufs en chocolat, impose ses drôles de Kinder, utilisant ses propres chutes de plastique pour fabriquer le jouet qu’ils renferment. En 1982, après sept ans de recherches, c’est le tour des fameux Rocher, dont l’inspiration lui serait venue lors de la réunion annuelle de ses dirigeants à Lourdes, où le pieux catholique fait poser ses cadres en cravate devant la grotte mariale. Quand ses ingénieurs viendront lui expliquer que hélas leurs machines n’arriveront pas à fabriquer les boules croustillantes emballées dans du papier doré plissé, il dessine lui-même les machines idoines et lance le département Ferrero Engineering.

    Jusqu’à sa mort, Michele Ferrero refusera toute croissance externe. Depuis 2011, son fils, la troisième génération aux manettes, ne se ferme aucune porte. Le sexagénaire, qui a quitté l’Italie en 1970 après que ses parents ont appris qu’il figurait sur la liste des Brigades Rouges, commence par étendre ses produits phares. Biscuits et glaces au Nutella, glaces au Ferrero Rocher, Nutella végane ou au beurre de cacahuète, les extensions se multiplient. Ceci fait, il grossit, achetant, via sa holding personnelle, des concurrents. Le biscuitier belge Delacre en 2016, les confiseries de Nestlé en 2018, et l’an dernier, le géant américain des céréales WK Kellogg (Corn Flakes, Rice Crispies) et les trublions français Michel et Augustin. Ayant doublé de volume en dix ans, Ferrero caracole désormais en troisième position mondiale, derrière Mars et Mondelēz. « Nous travaillons quotidiennement à devenir numéro un », affirme Fausto Rotelli, le rugueux responsable des affaires publiques pour la France.

    Ferrero, une machine de guerre

    Après avoir raflé le marché du goûter des enfants, la marque s’est imposée méthodiquement sur le segment du petit-déjeuner. Sa force d’exécution est imparable. En France, 500 personnes sont employées pour dresser les pyramides de Rocher dans les grandes surfaces, construire les empilements de Mon Chéri et vider les rayons de chocolat l’été. Plus gros budget publicitaire de France en alimentaire, Ferrero est le seul industriel avec Coca-Cola à avoir toujours refusé de négocier avec les centrales d’achats, notamment européennes, l’entreprise ne serait pas organisée pour cela, répond-elle. Le luxe des marques incontournables, celle dont aucun magasin, de la supérette de quartier à l’hypermarché de périphérie, ne peut se passer.

    Une façon, en réalité, de pratiquer des prix différents selon les pays, en fonction de l’état de la concurrence, du pouvoir d’achat et du rapport de force avec les enseignes locales. Avec toujours le même objectif : maximiser la marge, jusqu’à jouer avec les contours parfois flous de la législation. En France, le groupe italien refuse de suivre les consignes de la loi Egalim qui pousse à l’instauration de clauses de révision automatique des prix en cas de yo-yo des matières premières. « On ne joue pas avec Ferrero », confie le patron d’un grand distributeur en France. Ceux qui s’y sont risqués ont mordu la poussière. Début mars, trois enseignes tricolores regroupées dans la même centrale d’achat en ont fait l’expérience. L’Italien a stoppé net ses livraisons pendant une semaine, les négociations tarifaires s’étant soldées par un échec. Ferrero exigeait une augmentation de 18 % de ses prix pour 2026, alors même que les cours mondiaux du chocolat ont dégringolé. Les récalcitrants sont vite rentrés dans le rang, acceptant une hausse de plus de 10 % et réduisant à portion congrue leur propre bénéfice.

    « On ne joue pas  » avec Ferrero

    Qui se risquerait au bras de fer ? Certainement pas la Commission européenne qui a fait machine arrière sur la question du logo nutritionnel. Ferrero maîtrise l’art délicat du lobbying. N’apparaissant jamais frontalement mais pesant de tous son poids dans les instances de puissantes fédérations professionnelles. En France, le mastodonte a son rond de serviette au conseil d’administration de l’Ania, la Fédération des industries agroalimentaires. En Italie, la tradition veut que la présidence de Feder Alimentare – le lobby de l’agro – soit réservée à un représentant de Ferrero. Quoi de mieux, pour peaufiner sa diplomatie économique, que d’embaucher un ancien ambassadeur à l’ONU, Francesco Paolo Fulci, qui dirigea aussi les services secrets italiens ? Pendant deux décennies, ce diplomate madré hanta les couloirs de la Commission, protégeant au mieux les intérêts de Ferrero. En 2022, le groupe transalpin s’engage dans la bataille du Nutri-Score, un système d’étiquetage, développée par le professeur français Serge Hercberg, qui permet de comparer les qualités nutritionnelles des aliments. Bruxelles envisageant de le rendre obligatoire dans toute l’UE, le sujet devient politique. Officiellement, il n’est pas question pour Rome que l’huile d’olive, le parmesan ou la mozzarella soient pénalisés. En coulisses, Ferrero, dont la totalité des produits affichent les plus mauvaises notes du Nutri-Score, souffle sur les braises et critique les dizaines d’études scientifiques vantant les mérites de la solution française. Laquelle, finalement, restera dans les tiroirs de la Commission.

    Indestructible, Ferrero se relève de toutes les crises, de toutes les polémiques. L’approvisionnement en noisettes est menacé ? Le groupe créé sa propre société, Hazelnut Company, et contrôle désormais 38 % de la production mondiale de fruits à coque. Quand le scandale de l’huile de palme éclate – 20 % de la composition de Nutella -, Ferrero reste droit dans ses pots, refusant, à la différence de tous ses concurrents, de changer une virgule à sa précieuse recette. L’entreprise va investir des sommes folles pour s’approvisionner en huile de palme durable, jusqu’à surveiller chaque parcelle par satellite, réussissant le tour de force de se voir tresser des lauriers par l’impitoyable ONG WWF. Aujourd’hui, elle se paye même le luxe de soutenir officiellement le règlement anti-déforestation de la Commission européenne. Pendant ce temps, un pot de Nutella se vend toutes les 2,5 secondes en France. La pâte sucrée cache bien son jeu.



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/entreprises/nutella-kinder-tic-tac-ferrero-les-derniers-secrets-dun-empire-sans-visage-7FIYC4NV5JGAHLSQLDZXBZZ3NA/

    Author : Emilie Lanez, Béatrice Mathieu

    Publish date : 2026-03-31 16:02:00

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  • Guerre en Iran : la pire flambée des prix du gazole depuis 40 ans

    Depuis ce 27 mars, le prix moyen du litre de gazole, carburant le plus consommé en France, culmine à 2,19 euros dans les stations-service françaises. Un tarif 8 centimes plus cher que la semaine dernière et en hausse constante depuis plus d’un mois. En cause, la guerre entre les Etats-Unis et l’Iran qui a commencé ce 28 février. Depuis cette date, les consommateurs de gazole ont pu constater une augmentation du prix à la pompe frôlant les 45 centimes. Un record depuis 1985.

    Les autres carburants ne sont pas épargnés par cette flambée des prix. Le Super sans plomb 98 affiche les tarifs les plus salés avec 2,05 euros du litre ce 27 mars contre 1,78 euro cinq semaines plus tôt, selon les chiffres communiqués par le gouvernement. Quant au Super sans plomb 95, il culmine aujourd’hui à 2,01 euros du litre en moyenne. Ses utilisateurs ont pu constater une hausse de 30 centimes depuis le début de la guerre en Iran. Enfin, le litre de Super SP95 se vendait en moyenne à 1,97 euro du litre le 27 mars contre 1,66 euro le 20 février. Une hausse deux fois moins conséquente que celle du gazole, donc.

    Le blocage du détroit d’Ormuz

    Ces prix records s’expliquent par la hausse du baril de pétrole, lourdement affecté par le blocage iranien du détroit d’Ormuz. Cette zone de passage dans le Golfe persique est un point un stratégique de l’approvisionnement mondial en pétrole. La semaine dernière, le cours du pétrole de Brent – référence mondiale sur le marché de l’or noir – a de nouveau augmenté pour atteindre 110 dollars. Au début de la guerre, il se situait autour de 70 dollars avant le début du conflit au Moyen-Orient.

    Pour faire face à cette flambée des prix, de nombreux secteurs ont appelé le gouvernement à renforcer ses aides. L’exécutif prévoit de débloquer 70 millions d’euros pour « les grands rouleurs », une catégorie qui concerne les agriculteurs, les transporteurs et les pêcheurs. Pas assez large, selon certains professionnels dont les chauffeurs de taxi et les infirmiers libéraux qui appellent à plus d’inclusivité. Cette aide exceptionnelle ne sera valable que pour le mois d’avril. Quant à l’hypothèse de mesures généralisées, le gouvernement a d’ores et déjà tiré un trait dessus. Il n’y aura pas de baisse des taxes ni de plafonnement des prix, tel que chez certains de nos voisins européens. « Le carnet de chèques, de manière générale, ne peut plus être utilisé pour l’ensemble de nos concitoyens », a tranché ce lundi le ministre des Transports Philippe Tabarot, sur Europe 1.



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/guerre-en-iran-la-pire-flambee-des-prix-du-gazole-depuis-40-ans-LMURXEZPDJCJLCZI4AM7GG2WOE/

    Author : Asia Dayan

    Publish date : 2026-03-31 17:30:00

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  • Eric Trappier, l’homme fort de Dassault : enquête sur ses entrées à l’Elysée et au ministère des Armées

    La scène a marqué les esprits. Début décembre, à l’hôtel de Brienne, le député Jean-Louis Thiériot (Les Républicains) remet un très attendu rapport sur la stratégie industrielle européenne de défense. Au premier rang, tout sourire, entouré de la ministre des Armées Catherine Vautrin et de sa ministre déléguée, Alice Rufo, Éric Trappier, rare PDG du secteur de l’armement à avoir fait le déplacement. A chaque recommandation du parlementaire, très remonté contre les responsabilités croissantes de la Commission européenne en matière de défense, Catherine Vautrin regarde le patron de Dassault Aviation du coin de l’œil. Coutumier des coups de gueule et connu pour son franc-parler, Éric Trappier est aussi respecté que craint. Le capitaine d’industrie serait-il plus puissant que les ministres des Armées successifs ? La question, provocatrice, revient régulièrement dans les coulisses françaises du milieu de la défense.

    « La seule personne qu’Éric Trappier écoute, c’est le président. Les ministres, même le premier ministre, n’ont que très peu de leviers vis-à-vis de lui », estime un ancien fonctionnaire de l’imposante Direction générale de l’armement, sous tutelle du ministère des Armées. Entre Emmanuel Macron et le grand patron, c’est l’entente cordiale. Comme le veut la tradition présidentielle, les deux hommes se croisent a minima tous les deux ans au salon aéronautique du Bourget. Et échangent régulièrement sur les sujets de défense et d’autonomie stratégique. A l’automne 2022, peu après sa réélection, c’est un Emmanuel Macron agacé par les aléas du Scaf, le chantier franco-allemand d’avion de combat du futur, qui a d’après nos informations convoqué Éric Trappier à l’Élysée pour un entretien à huis clos. Histoire de redonner du souffle au projet, alors en difficulté.

    Tous deux jouent autour de cette initiative à plus de 100 milliards d’euros des partitions discordantes. « Gardien de la souveraineté nationale, Éric Trappier compose avec un président avide de coopérations européennes, notamment franco-allemandes », explique Samuel Faure, chercheur à l’IRSEM (l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire), spécialiste des politiques d’armement. Leur discussion, formelle, a néanmoins permis de débloquer l’une des phases clés du Scaf, au point mort depuis plusieurs mois. Mais alors que le carnet de commandes de Dassault est plein à craquer pour les six prochaines années, les désirs élyséens ont aujourd’hui moins de prises sur la ligne bleu-blanc-rouge de Dassault.

    Un PDG, cinq ministres des armées

    Négociateur hors pair, connu pour son intransigeance et sa dureté en affaires, Éric Trappier adopte avec les cabinets, ministères et grandes directions de l’État la même ligne qu’avec le privé : implacable. Le groupe français, qu’il a lui-même rejoint en 1984, défend ses intérêts à l’ancienne. A la tête d’un fleuron français de la défense, y compris nucléaire, actionnaire de Thales et, par extension, de Naval Group, le PDG de Dassault campe un rôle à part dans le paysage des grands patrons du CAC 40. « C’est le pape absolu ! Il a les clés du camion », souligne Pierre-Elie Frossard, passé par le missilier MBDA et désormais à la tête de la plateforme SouvTech Invest : « Le pouvoir de Dassault, c’est le pouvoir de l’entreprise familiale qui n’oublie rien. Les ministres des Armées passent, Dassault reste. Et à chaque nouveau ministre nommé, c’est Éric Trappier qui lui explique la vie. » Depuis sa nomination à la tête de Dassault Aviation, début 2013, le PDG a vu défiler cinq ministres des Armées.

    Longtemps, Dassault s’est contenté de frapper en direct à la porte de l’Élysée, en n’hésitant pas à court-circuiter le ministère des Armées et sa Direction générale de l’armement (DGA), sans même évoquer les parlementaires. A l’automne 2008, l’entrée de Dassault au capital de Thales s’est négociée directement lors d’un rendez-vous entre Serge Dassault et Nicolas Sarkozy, alors président. « Cette culture du lobbying de très haut niveau s’enracine dans les origines du groupe », confie cette fois-ci un ancien cadre d’Airbus : « Marcel Dassault était très proche de François Mitterrand ou de Jacques Chirac. Le top management de Dassault consacre beaucoup de temps et d’énergie à ces prises de contact. »

    Comme ses prédécesseurs, et à la différence de Patrice Caine, à la tête de Thales, ou de Pierre-Eric Pommelet, aux manettes de Naval Group, le patron de Dassault s’invite lui aussi régulièrement au « Château » sans passer par la case ministère. « De tous les PDG de la défense, c’est le seul à agir ainsi, de manière aussi assumée », note un général de division. « Éric Trappier a été reçu à plusieurs reprises par l’ancien secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, et par deux anciens chefs d’État-major particuliers du président, au même titre que les autres grands patrons du secteur », explique un ex-conseiller élyséen.

    Alors qu’Éric Trappier s’emporte régulièrement contre Airbus, son partenaire de route sur le Scaf, les pouvoirs publics sont bien en peine de le canaliser. Les consignes d’apaisement passées en octobre dernier par le cabinet d’Alice Rufo à destination de l’entourage du tonitruant PDG n’y auront rien changé. Celles de l’Élysée, transmises mezza voce, non plus. Droit dans ses bottes, Éric Trappier s’est saisi début mars de la présentation des résultats annuels de Dassault pour fustiger une nouvelle fois le comportement d’Airbus. En Allemagne, l’entreprise ne dissimule pas son souhait de tourner la page du partenariat avec le constructeur français. « Si Airbus maintient sa position, le projet est mort », a tonné Éric Trappier, en appelant à l’arbitrage de Paris. A l’Élysée, Emmanuel Macron continue d’y croire et exhorte les industriels à prendre leurs responsabilités. Une « mission de rapprochement » a été lancée ce 20 mars entre les deux rivaux, dans l’espoir d’une réconciliation avant mi-avril.

    Le capitaine d’industrie entretient avec la sphère politique une relation pragmatique, sans affect. Éric Trappier n’hésite pas à prendre le contre-pied des plus hautes autorités. Fin 2022, une heure seulement après des annonces encourageantes d’Elisabeth Borne sur le Scaf, Dassault est venu apporter un démenti cinglant aux propos de la Première ministre, par voie de presse. « Ce cas est assez emblématique de la façon dont Éric Trappier envisage les relations avec les pouvoirs publics », estime un ancien conseiller du ministère des Armées. Le PDG ne fait que peu de cas des parlementaires, qu’il n’hésite pas à secouer. « Quand l’Allemagne vous dit ‘on va exclure les Français [du Scaf]’, ça ne vous fait rien, vous, les politiques français ? L’Allemagne va exclure les Français d’un projet de développement d’avions de combat, tout ça parce que Dassault dit qu’il aimerait avoir les clés pour piloter et, c’est bizarre, vous ne réagissez pas », a-t-il ainsi lancé, le 24 septembre dernier, devant les députés de la commission des affaires économiques, médusés.

    Des leviers de pression

    Le succès à l’export du Rafale, le bijou technologique de Dassault, confère à l’entreprise une place prépondérante au sein de la base industrielle et technologique de défense (BITD). Le temps où le Rafale était durement qualifié d’ »invendable », notamment par l’ancien ministre de la défense de Nicolas Sarkozy, Hervé Morin, est révolu; Dassault a noué depuis 2015 d’importants contrats auprès de l’Égypte et de l’Inde, pour lesquels l’ex-ministre de la défense Jean-Yves Le Drian a été d’un grand appui. Puis du Qatar, de l’Indonésie ou encore des Émirats arabes unis, fin 2021 – le « contrat du siècle » pour Dassault, avec une commande ferme de 80 Rafale. De quoi fortement réduire sa dépendance aux aléas de la commande publique française.

    Le groupe compte plus de 14 600 collaborateurs, dont 70 % en France. Et conserve jalousement ses secrets de fabrication et sa propriété intellectuelle, sur laquelle l’État n’a aucun droit de regard. Omniprésent, Éric Trappier est par ailleurs à la tête de la très puissante UIMM, l’Union des industries et métiers de la métallurgie, l’une des branches les plus influentes du Medef. Autant d’éléments qui jouent eux aussi sur l’incroyable force de frappe de l’entreprise vis-à-vis de la politique de défense française.

    En coulisses, une attention particulière est portée aux exigences d’Éric Trappier. Dans les réunions organisées par la DGA entre Dassault et Airbus, il n’est pas rare de voir les représentants de Dassault prendre la parole avant l’autorité publique. Et les points prévus en sa présence requièrent plusieurs semaines de préparation et un sens aigu du détail pour éviter toute contrariété – bien plus que pour d’autres figures de proue de la défense. Toujours d’après plusieurs témoignages, Éric Trappier ne se prive pas de faire part de son mécontentement à la DGA, à coups de retours expéditifs et de mails directs perçu comme des ordres, « sans bonjour ni au revoir », précise une source. Pour ménager sa susceptibilité, l’ancien délégué général à l’armement Joël Barre en est parfois venu à convoquer des fonctionnaires de la DGA, soupçonnés d’être trop peu arrangeants avec Dassault. Dans le petit monde des armées, l’entreprise a aussi la réputation d’avoir le bras long et de pouvoir faire comme défaire des carrières. En octobre 2023, la rétrogradation de Marc Darmon, alors directeur général adjoint de Thales, a, d’après nos informations, été actée après un appel d’Éric Trappier à Patrice Caine. Secret par nature, le groupe cultive une méfiance à l’égard de l’administration. « Pour se prémunir de fuites d’informations à la concurrence, Dassault a pris l’habitude dans les années 2010 de ramener ses dossiers sensibles au format papier à la DGA, jamais par mail. Des précurseurs de la sécurité informatique ! », témoigne un proche du ministère des Armées.

    Cette méfiance n’est rien face à celle qu’inspire Airbus à l’avionneur. Les recrutements d’anciens de Naval Group et Thales par le groupe aéronautique européen, qui emploie plus de 56 000 salariés, soit quasiment 4 fois plus que Dassault, sont perçus comme des trahisons. Il n’est pas non plus rare d’entendre, dans les couloirs de l’entreprise française, des propos irrités sur les « boches ». « Le problème, ce n’est pas l’Allemagne, contrairement à ce que certains pourraient croire », a néanmoins tenu à rappeler Éric Trappier lors de présentation des résultats annuels de Dassault, le 4 mars : « Nous n’avons aucun problème à coopérer avec eux. »

    En mai 2025, Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées, s’est déplacé à l’hôtel particulier des Dassault, au rond-point des Champs-Elysées, pour décorer Éric Trappier de la médaille de commandeur de la Légion d’honneur. Et saluer aussi bien son patriotisme que sa franchise. Chefs d’état-major, officiers généraux, chefs d’entreprise, dont Vincent Bolloré et son fils Yannick, mais aussi plusieurs ministres ou ex-ministres dont Rachida Dati, Gérald Darmanin, Éric Lombard, Jean-Yves Le Drian et des politiques dont plusieurs représentants de la droite – François-Xavier Bellamy, Jean-François Copé et Gérard Longuet – comptaient parmi les 300 invités.

    Les liens de Dassault avec la sphère politique sont historiquement étroits. Le fait de détenir Le Figaro n’y est pas pour rien. Éric Trappier s’est déjà ému, en privé, d’être régulièrement sollicité par des « macronistes » mécontents d’articles parus dans le quotidien. Et d’envisager avec amusement une éventuelle riposte à ces plaintes : « C’est très simple, je peux vendre à Bolloré ! »



    Source link : https://www.lexpress.fr/secret-defense/eric-trappier-lhomme-fort-de-dassault-enquete-sur-ses-entrees-a-lelysee-et-au-ministere-des-armees-RXHXMS2IF5A3RMDDPUQGHXQDIU/

    Author : Elsa Trujillo

    Publish date : 2026-03-31 19:14:00

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  • Guerre en Iran : l’Elysée répond à Donald Trump qui cible la France

    Donald Trump s’en prend une nouvelle fois à la France. Le président américain a écrit, ce mardi 31 mars, sur son réseau Truth Social que la France « n’a(vait) pas laissé les avions à destination d’Israël, chargés de matériel militaire, survoler (son) territoire ». « La France a été TRÈS PEU AIDANTE concernant le ‘Boucher d’Iran’, qui a été éliminé avec succès ! Les Etats-Unis s’en SOUVIENDRONT !!! », ajoute-t-il.

    « Nous sommes surpris par ce message. La France n’a pas changé de position depuis le premier jour (du conflit) et nous confirmons cette décision », a répondu quelques heures plus tard l’Elysée.

    L’armée française a déclaré le 5 mars que la France n’autoriserait pas l’utilisation de ses bases par des avions américains si ceux-ci participaient à des attaques contre l’Iran, mais qu’elle l’autoriserait « à titre temporaire » s’ils soutenaient la défense des alliés français dans la région du Golfe persique.

    Selon Reuters, qui cite trois sources dont un diplomate occidental, la France n’a pas autorisé, durant le week-end, Israël à utiliser son espace aérien pour acheminer des armes américaines destinées à la guerre contre l’Iran. D’après ces mêmes sources, c’est la première fois que Paris émet un tel refus depuis le début de la guerre en Iran, le 28 février.

    Dans ce même message rédigé sur Truth Social, Donald Trump a également exhorté les pays qui n’ont pas aidé Washington lors des frappes en Iran à acheter du pétrole américain et à se rendre dans le détroit d’Ormuz pour « tout simplement le PRENDRE ».

    « À tous ces pays qui ne peuvent pas s’approvisionner en kérosène à cause du détroit d’Ormuz, comme le Royaume-Uni, qui a refusé de participer à la décapitation de l’Iran, j’ai une suggestion pour vous : premièrement, achetez aux Etats-Unis, nous en avons en abondance ; deuxièmement, prenez votre courage à deux mains, allez au détroit et PRENEZ-LE ! », a ajouté Donald Trump.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/guerre-en-iran-lelysee-repond-a-donald-trump-qui-cible-la-france-EQ3PRCH2VNGKLNLHVTZHZOMNTI/

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    Publish date : 2026-03-31 16:44:00

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  • De quoi le populisme est-il le nom ? Le débat de haut vol entre Jean-François Copé et Jérôme Sainte-Marie


    Et si les responsables politiques s’intéressaient eux-mêmes à ce qui sera l’un des phénomènes essentiels de la prochaine élection présidentielle, porté autant par les vents intérieurs que par les courants extérieurs ? Jean-François Copé, ancien ministre, ancien chef de parti, maire de Meaux depuis 1995, ne veut pas laisser politologues et autres experts se pencher seuls sur le populisme : il consacre donc 256 pages à décortiquer les symptômes, les ressorts et les remèdes de cette poussée de fièvre qui n’est en rien conjoncturelle. Quand les populistes trahissent le peuple (Plon, parution le 9 avril) : l’accusation vise autant Jean-Luc Mélenchon et les insoumis que Marine Le Pen, Jordan Bardella et consorts du RN. Elle méritait une explication franche, elle est de haute tenue entre l’auteur et Jérôme Sainte-Marie, ancien sondeur devenu responsable de l’école théorique du RN, après avoir été candidat aux législatives, battu de justesse dans les Hautes-Alpes.

    L’Express : Jean-François Copé, pourquoi dites-vous : Bardella, Mélenchon, Raoult, même combat ?

    Jean-François Copé : C’est toute la thèse de mon livre. Les uns comme les autres fonctionnent sur un même ressort : l’exploitation de l’émotion des citoyens et leur instrumentalisation avec comme seul objectif la conquête du pouvoir. Ces émotions, ce sont la colère, la frustration et la peur. Et j’ai fait ce parallèle avec Didier Raoult car j’avais été frappé, lors de la crise du Covid-19, par l’engouement qu’avaient suscité le comportement, l’attitude et les fausses bonnes nouvelles du professeur Raoult. J’y ai retrouvé la vieille dialectique entre les charlatans et les médecins. Les charlatans prétendent guérir par des méthodes et des remèdes indolores, et donc forcément séduisants, là où les médecins, par définition, demandent de la patience et du temps. D’ailleurs, souvenez-vous du cri du cœur de Jordan Bardella sur France Inter le 28 mai 2020 : « Didier Raoult est à la médecine ce que nous sommes à la politique ». Tout était dit.

    Jérôme Sainte-Marie : Cette opposition entre les charlatans et les docteurs est d’emblée un processus de disqualification du concurrent politique. Les deux forces que vous dénoncez et que vous appelez populistes, le RN et LFI, aussi différentes soient-elles, représentent désormais à peu près la moitié du corps électoral. Et vous les retranchez du champ légitime de la discussion démocratique. On retrouve dans votre rhétorique des processus de disqualification de l’adversaire qu’on a vus à l’œuvre, notamment lors des référendums de 1992 et de 2005, où effectivement les partisans du non, dont je faisais partie naturellement, étaient considérés comme subissant simplement leurs émotions, leurs affects, comme vous le dites, leurs frustrations et leurs peurs. Ceux qui paraissaient raisonnables, bien informés, au fond les seuls citoyens légitimes, auraient été les partisans du oui. Ce qui va contre votre thèse, c’est que ces deux forces d’opposition radicale à ce que je persiste à appeler le système sont à contre-courant de la parole dominante et donc contraintes d’argumenter beaucoup plus. Quant aux émotions, vous en citez trois. La peur ? non. Ce sont maintenant les partisans de l’ordre établi, si j’ose dire, de l’ordre politique établi, qui raisonnent par la peur. La frustration et la colère, je suis davantage d’accord. Le RN et LFI ont une sociologie différente, mais plutôt de catégories populaires et dominées, des gens que le cours de l’histoire et le fonctionnement de la société placent dans une situation moins enviable que d’autres, moins enviable que les électeurs de la droite classique – ces gens, ce sont les gilets jaunes par exemple.

    Le débat est impossible entre les partis de gouvernement et les partis populistes.

    Jean-François Copé

    J.-F. C. : Je ne les retranche pas et ne conteste absolument pas leur légitimité. Je dis juste que le débat est impossible entre les partis de gouvernement et les partis populistes. Car ils sont sur deux couloirs parallèles. Il y a une antinomie profonde entre le fait pour un parti populiste de conquérir le pouvoir par l’exploitation des émotions et de proposer en même temps des solutions crédibles et responsables. Vous dites qu’un parti de gouvernement n’a même pas besoin d’argumenter, c’est tout l’inverse. Prenons l’exemple du déficit budgétaire. On lui demande d’être toujours très précis. Alors que, le RN par exemple a répondu : « C’est très facile ! Je vous le règle sur TikTok en 90 secondes. Vous supprimez les aides aux immigrés et à l’Europe et vous trouvez 100 milliards ! »

    J. S.-M. : Ce n’est pas ce que nous disons.

    J.-F. C. : Si. Au mot près. J’ai vu le jeune Jordan Bardella le dire. De plus il y a une alliance objective entre le RN et LFI. Ça n’est pas un hasard s’ils ont voté ensemble en octobre dernier des dizaines de milliards de hausses d’impôts, toutes ciblées contre le capital et l’entreprise. Ils ont un alignement d’intérêts, ils se nourrissent l’un par l’autre. Il n’y a qu’à prendre l’exemple de l’instrumentalisation du port du voile pour voir l’intérêt qu’ils peuvent avoir l’un et l’autre à créer de la polémique. Et je vois qu’à chaque fois, les solutions proposées cristallisent les passions de l’opinion, tout en n’étant ni responsables ni crédibles.

    Jean-François Copé et Jérôme Sainte-Marie dans les locaux de L’Express.

    J. S.-M. : Vous parlez à un moment donné du cercle du raisonnable, ce qui est évidemment très très proche du cercle de la raison d’Alain Minc…

    J.-F. C. : J’ai volontairement parlé du « cercle des raisonnables » et pas « de la raison ». Le mot « raisonnable » m’a paru être le plus proche de celui du bon sens. C’est celui que nos parents nous ont transmis pour structurer notre parcours intellectuel et moral depuis l’enfance. Ils nous disaient : « Sois raisonnable ». C’est ce qui fait véritablement la voie de la sagesse dont on a besoin pour gouverner une grande nation. Le moteur d’un parti populiste, c’est de radicaliser des minorités dans une démarche de tension permanente et de violence intellectuelle, morale, physique. A l’inverse, l’approche, des partis de gouvernement, c’est une approche de rassemblement de majorités apaisées sur des solutions aussi partagées et rationnelles que possible. Encore un élément de différenciation entre nos deux couloirs de pensée. Je veux ainsi démontrer que toute alliance électorale entre un parti de gouvernement et un parti populiste est impossible du point de vue intellectuel et du point de vue pratique, parce que nous ne pouvons pas gouverner ensemble.

    J. S.-M. : Dans mon livre Bloc contre Bloc, je posais les bases sociologiques de cet affrontement, alors que vous les posez en termes psychologisants. J’ai vu qu’une assemblée de sociologues du côté du Cevipof avait essayé de théoriser l’opposition des pessimistes et des optimistes pour expliquer le second tour des deux dernières présidentielles. Les émotions – vous le savez bien, vous avez une carrière politique brillante – sont fort heureusement indissociables du combat politique. Pour moi le vrai clivage est sociologique et culturel. Je retrouve cette tentation autoritaire qu’on retrouve beaucoup chez les libéraux, bizarrement : une forme de disqualification du vote populaire et une volonté de contenir la démocratie. C’est toute l’œuvre de Tocqueville, d’une certaine manière, avec l’influence de la superstructure donnant certes aux gens le droit de vote, mais un vote qui doit être canalisé par les gens raisonnables.

    J.-F. C. : A ceci près que, depuis Tocqueville, il y a un phénomène nouveau qui s’appelle l’éducation républicaine de masse. Et ce changement est majeur. Je combats la stratégie conduite par les partis extrémistes d’opposer systématiquement le peuple aux élites. D’ailleurs, de la part des populistes, c’est une approche très méprisante parce qu’elle sous-entend que les peuples n’ont pas suffisamment d’éducation pour comprendre ce que leur raconteraient les supposées élites. Je pense l’inverse. Mais si les populistes prospèrent autant, c’est bien parce qu’il y a eu des failles majeures dans l’action conduite par les partis de gouvernement. Ces derniers ne font jamais autant que ce qu’on leur demande, pour une raison simple : il y a, dans le regard des citoyens, une indulgence toujours plus forte à l’égard des populistes, et une exigence toujours plus forte à l’égard des partis de gouvernement. Lorsque M. Mélenchon sort des énormités, il y aura toujours quelqu’un pour dire « Oh, qu’est-ce que vous voulez, c’est Mélenchon… ». Moi, je fais une erreur stupide sur le prix du pain au chocolat, j’en ai pour six mois de campagne de presse. [Rires]

    Des campagnes démagogiques, on en a connu. Celle de 1995, avec Jacques Chirac, par exemple : des promesses très fortes sans un programme de rupture derrière.

    Jérôme Sainte-Marie

    J. S.-M. : Là, on touche quand même à un problème sémantique. « Populiste ». Soit c’est simplement dire « les démagogues » et c’est un propos rhétorique assez facile. Soit « populiste », c’est un mouvement qui s’extrait du clivage gauche-droite. Vous parlez de démagogie ? Des campagnes démagogiques, on en a connu. Celle de 1995, avec Jacques Chirac, par exemple. Il y avait des promesses très fortes sans un programme de rupture derrière. Le RN, ce n’est pas cela. La vraie raison de sa permanence et de sa progression, c’est qu’il reprend à son compte des demandes sociales qui existent en dehors de lui, et auxquelles ni la gauche ni la droite du gouvernement n’arrivent à répondre. C’est l’arrêt de l’immigration, en tout cas une régulation forte, c’est une aspiration patriotique, vous l’appellerez nationaliste si ça vous plaît, ça ne me dérange pas, mais qui est une aspiration à la souveraineté nationale.

    Jérôme Sainte-Marie, lors de son débat avec Jean-François Copé.Jérôme Sainte-Marie, lors de son débat avec Jean-François Copé.

    J.-F. C. : Absolument ! Le RN les reprend à son compte et les exploite pour attiser les passions. Mais les solutions qu’il propose ne sont pas crédibles et relèvent de l’incantation. Il y a un problème de prix d’électricité ? Nous n’avons qu’à bloquer les prix ! Un problème d’immigration ? Nous n’avons qu’à fermer les frontières ! Un problème de voile ? Nous n’avons qu’à l’arracher ou l’interdire ! A l’inverse un parti de gouvernement est obligé d’attacher autant d’importance aux conditions de conquête qu’à l’exercice du pouvoir. Il accepte le réel, les contraintes budgétaires et institutionnelles. Il s’inscrit dans l’Etat de droit, reconnaît les contre-pouvoirs. Il ne veut pas être pris en défaut de contradiction. On a le bon exemple de la retraite. Que dit le parti de gouvernement au prix de l’impopularité ? « On n’a pas le choix : on vit plus longtemps, il faut qu’on travaille plus longtemps. » Que disent Mme Le Pen et M. Mélenchon ? Qu’on ment aux Français, et qu’on peut même revenir aux 62 ans ! Vous avez l’exemple type du débat entre les médecins et les charlatans.

    J. S.-M. : Je critiquerais volontiers votre notion de parti de gouvernement. On ne naît pas parti de gouvernement, on le devient, si j’ose dire. Or, depuis 2022, il y a un groupe RN avec de nombreux députés, présents dans les commissions, qui rédigent des rapports approfondis sur l’industrie, sur l’énergie, etc. La distinction que vous faites, à la fois psychologique et technique, me paraît écraser des différences bien plus importantes, des différences idéologiques. Et aussi des différences sociales profondes. Ce n’est pas la même France qui vote pour…

    J.-F. C. : [Il coupe.] Vous ne pouvez pas me dire ça à moi ! Je suis le maire de Meaux, dont la population est l’une des plus modestes d’Ile-de-France et je suis amené à appréhender les problèmes de précarité depuis des années et des années.

    J. S.-M. : Très certainement… Cependant, je lis les enquêtes sociologiques, c’est mon métier : il y a une sociologie du vote qui n’a jamais été aussi clivée qu’aujourd’hui ! Et des différences sociales qui sont aussi fortes entre l’électorat du RN et l’électorat de la droite classique qu’entre l’électorat de la droite classique et l’électorat du PS, par exemple.

    J.-F. C. : Certes. Mais difficile d’en être sûr dès lors que le PS s’allie avec LFI ce qui brouille les cartes. En tout cas les partis populistes ne prennent jamais le risque de l’impopularité sur une proposition de réforme. Jamais de baisse de dépenses publiques par exemple. Idem sur les retraites.

    J. S.-M. : La question des retraites est difficile…

    J.-F. C. : [Il coupe.] Pourquoi est-elle difficile ? Tous les pays qui ont réglé le problème ont augmenté l’âge de la retraite.

    J. S.-M. : Elle est très difficile pour une raison sociale évidente : je ne suis pas pour sacrifier les gens. Et cependant il faut assurer la viabilité du financement de ce système, ce n’est pas simple. S’il y a bien un sujet sur lequel vous avez des clivages générationnels, c’est celui-là ! Les retraités sont toujours favorables à ce qu’on rallonge la durée de travail des actifs, puisqu’ils deviennent, de fait, par notre système de répartition, les actionnaires de la société. Nous n’avons pas la même sociologie que vous. Notre noyau électoral est composé grosso modo des actifs qui n’arrivent pas à s’en sortir par leur travail et qui relèvent plutôt d’activités du privé, salariés ou indépendants.

    J.-F. C. : Voilà un cri du cœur sympathique ! Vous prétendez servir les intérêts de la nation, mais, vous venez de le dire, vous regardez d’abord vos tranches électorales. Effectivement, vous ne pouvez pas avoir un autre discours sur les retraites pour les raisons que vous indiquez : vous ciblez d’abord vos électeurs.

    J. S.-M. : Mais oui, il est important de conserver la confiance de ses électeurs ! Par ailleurs, M. Macron a fait en deux mandats plus de 1 000 milliards de dette supplémentaire. Alors le point de vue des partis de gouvernement…

    Vous prétendez servir les intérêts de la nation, mais vous regardez d’abord vos tranches électorales !

    Jean-François Copé

    J.-F. C. : Que Macron ait gravement failli, ce n’est pas à moi qu’il faut le dire. Il porte une responsabilité historique et impardonnable dans la montée en puissance des partis extrémistes.

    J. S.-M. : J’ajoute un point. Contrairement à ce qui a longtemps été écrit, nous souhaitons exercer le pouvoir. Parce que derrière votre rhétorique, il y a aussi l’idée que les gens veulent faire leur numéro, n’être que dans le témoignage…

    J.-F. C. : Non, je n’ai jamais pensé ça, sinon je n’aurais pas écrit ce livre.

    J. S.-M. : Nous souhaitons conquérir le pouvoir et nous souhaitons nous y maintenir.

    J.-F. C. : Oui, ça je sais. Et quand vous l’avez, vous ne le rendez pas.

    J. S.-M. : Ça, c’est vintage !

    J.-F. C. : Non, malheureusement. Quand on voit ceux qui ont pris le pouvoir récemment, je crains que non.

    L’euroscepticisme est-il désormais le dénominateur commun des partis populistes ?

    J. S.-M. : Les enjeux conflictuels qui opposaient la gauche et la droite en France à la fin du XXe siècle ont quasiment tous disparu. Mais l’on a vu apparaître de nouveaux enjeux conflictuels liés à la mondialisation dans laquelle j’intègre la construction européenne.

    J.-F. C. : La mondialisation, c’est un fait. Donc, dire qu’on est contre la mondialisation, c’est aussi mobilisateur que de dire que la pluie ça mouille. Le vrai sujet est de savoir ce qu’on fait de ce phénomène. S’il s’agit de renforcer notre souveraineté européenne, je le développe abondamment dans le livre. J’évoque les faiblesses de l’Europe, mais aussi ses forces. Et puis, on oublie ce petit détail : l’Europe a permis de financer un modèle social extraordinairement généreux pour ses Etats membres, France en tête.

    J. S.-M. : Elle le détruit ! Nous sommes obligés de recouvrir la dette pour compenser les effets d’une mise en concurrence parfaitement déloyale de notre économie. Nos industries, vous savez, ne partent pas n’importe où. Elles partent beaucoup dans d’autres pays de l’Union européenne, notamment à l’est de l’Europe…

    J.-F. C. : Elles partent parce que le coût du travail est plus élevé chez nous. Pourquoi est-il plus élevé ? Parce qu’il faut financer le modèle social.

    Le drame de nos sociétés qui sont très largement inspirées du modèle social-démocrate, c’est que ce système-là ne nourrit pas de gratitude

    Jérôme Sainte-Marie

    Jérôme Sainte-Marie, une chose que vous avez appréciée dans le livre de Jean-François Copé ?

    J. S.-M. : Tous les passages où vous mettez en exergue la qualité actuelle de la société française, de l’Etat français et de notre modèle social. Contrairement à un discours de dénigrement, je crois qu’il est extrêmement important de rappeler le fait que le pays tient debout. Ce qui m’a beaucoup plu, c’est quand vous insistez sur le fait que les gens ne se rendent pas compte, quand on parle de notre système social et de santé, à quel point ce système est, je ne dirai pas généreux parce qu’on le paye, mais de qualité. Le drame de nos sociétés qui sont très largement inspirées du modèle social-démocrate, c’est que ce système-là ne nourrit pas de gratitude.

    J.-F. C. : Mais à qui doit-on ce résultat ? Justement à l’action des partis de gouvernement ! Car ce ne sont pas les partis populistes qui depuis 1945 ont dirigé notre pays, organisé l’administration et permis d’atteindre ces résultats. Des fonctionnaires de qualité formés par des écoles de bon niveau, des politiques publiques qui ont parfois échoué, parfois réussi, mais qui ont permis de faire face notamment à trois grandes épreuves récentes : les crises financière (2008), terroriste (2015), sanitaire (2020). Et la grande erreur des partis de gouvernement, c’est de tomber dans ce piège énorme que leur tendent les partis populistes en leur disant « vous avez échoué, regardez l’effondrement du pays, c’est à cause de vous ! » L’erreur la plus grave des partis de gouvernement, c’est de ne pas assumer et valoriser de manière sincère, leur réussite et leurs échecs.



    Source link : https://www.lexpress.fr/politique/de-quoi-le-populisme-est-il-le-nom-le-debat-de-haut-vol-entre-jean-francois-cope-et-jerome-sainte-B6VN4NOPV5FMPAKOCFNRK2JRHQ/

    Author : Erwan Bruckert, Eric Mandonnet

    Publish date : 2026-03-31 14:00:00

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  • Au Liban, trois Casques bleus de la Finul morts en deux jours

    Depuis le 29 mars, trois Casques bleus sont morts au sud du Liban, victimes d’explosions « d’origine inconnue », survenues dimanche et lundi. Ces soldats appartenaient à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) chargée d’assurer la paix dans la zone depuis 1978. Un poste particulièrement dangereux : depuis sa création la Finul est la mission de l’ONU ayant enregistré le plus grand nombre de victimes.

    Trois morts et des blessés

    Il s’appelait Farizal Rhomadhon, il avait 28 ans, et comme quelque 750 de ses concitoyens indonésiens, il avait rejoint les rangs de la Finul. A ce stade, si Jakarta a demandé l’ouverture d’une « enquête approfondie et transparente », les circonstances de sa mort sont encore floues. Dimanche soir, il était posté dans le sud du Liban, dans la localité d’Adchit Al-Qusayr, à proximité de la frontière israélienne. Selon le communiqué du gouvernement indonésien, la base où Farizal Rhomadhon était posté se serait retrouvée au milieu d’échanges de tirs entre l’armée israélienne et le Hezbollah, et aurait été touchée par des « tirs d’artillerie indirects aux abords ». « L’origine du projectile » qui a causé sa mort reste inconnue, a précisé la Finul dans un communiqué. Rico Pramudia, un autre soldat indonésien de la mission onusienne a été grièvement blessé par ces tirs. Il a depuis été transporté à l’hôpital Saint-Georges de Beyrouth, selon l’armée de Jakarta.

    Le lendemain, deux autres soldats indonésiens de la Finul ont trouvé la mort dans le sud du Liban. Alors qu’ils circulaient entre deux bases, leur véhicule a été détruit par une explosion dont l’origine demeure elle aussi inconnue. L’incident a fait deux autres blessés, dont un grièvement.

    Des intimidations « inacceptables et injustifiables »

    La France a « condamné avec fermeté les tirs » qui ont visé les soldats de la Finul, estimant que ces « attaques provenant de groupes armés non étatiques sont inacceptables ». Sur X, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a demandé qu’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies soit tenue après les « incidents gravissimes subis par les Casques bleus de la Finul ». L’instance qui a donné une suite favorable à la demande du ministre se réunit ce mardi 31 mars.

    Liban : suite aux incidents gravissimes subis par les casques bleus de la FINUL, j’ai demandé la tenue d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies.

    La France condamne avec la plus grande fermeté les tirs qui ont causé la mort, le 29 mars, d’un casque bleu…

    — Jean-Noël Barrot (@jnbarrot) March 30, 2026

    Le chef de la diplomatie française a également condamné les « graves incidents subis par le contingent français de la Finul » survenue le 28 mars dans la zone de Naqoura. « Ces atteintes à la sécurité et ces intimidations de la part de soldats de l’armée israélienne à l’encontre de personnels onusiens sont inacceptables et injustifiables », a dénoncé Jean-Noël Barrot.

    Selon les Nation unies, le convoi dans lequel circulaient des Casques bleus français « a essuyé six tirs de sommation de la part d’éléments de l’armée israélienne stationnés à proximité. L’un des véhicules a été touché par des impacts d’armes légères ». Sur le chemin du retour, « un char Merkava a ouvert le feu avec son canon principal, l’obus explosant à seulement 15 mètres d’un véhicule appartenant au convoi ». Depuis le 2 mars, date la reprise des hostilités entre Israël et le Hezbollah, au moins 11 soldats onusiens ont été blessés.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/au-liban-trois-casques-bleus-de-la-finul-morts-en-deux-jours-CNZQLXOPZNEHVKWJGNIPL2TUQU/

    Author : Asia Dayan

    Publish date : 2026-03-31 10:33:00

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