Étiquette : L’Express

  • Au Liban, trois Casques bleus de la Finul morts en deux jours

    Depuis le 29 mars, trois Casques bleus sont morts au sud du Liban, victimes d’explosions « d’origine inconnue », survenues dimanche et lundi. Ces soldats appartenaient à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) chargée d’assurer la paix dans la zone depuis 1978. Un poste particulièrement dangereux : depuis sa création la Finul est la mission de l’ONU ayant enregistré le plus grand nombre de victimes.

    Trois morts et des blessés

    Il s’appelait Farizal Rhomadhon, il avait 28 ans, et comme quelque 750 de ses concitoyens indonésiens, il avait rejoint les rangs de la Finul. A ce stade, si Jakarta a demandé l’ouverture d’une « enquête approfondie et transparente », les circonstances de sa mort sont encore floues. Dimanche soir, il était posté dans le sud du Liban, dans la localité d’Adchit Al-Qusayr, à proximité de la frontière israélienne. Selon le communiqué du gouvernement indonésien, la base où Farizal Rhomadhon était posté se serait retrouvée au milieu d’échanges de tirs entre l’armée israélienne et le Hezbollah, et aurait été touchée par des « tirs d’artillerie indirects aux abords ». « L’origine du projectile » qui a causé sa mort reste inconnue, a précisé la Finul dans un communiqué. Rico Pramudia, un autre soldat indonésien de la mission onusienne a été grièvement blessé par ces tirs. Il a depuis été transporté à l’hôpital Saint-Georges de Beyrouth, selon l’armée de Jakarta.

    Le lendemain, deux autres soldats indonésiens de la Finul ont trouvé la mort dans le sud du Liban. Alors qu’ils circulaient entre deux bases, leur véhicule a été détruit par une explosion dont l’origine demeure elle aussi inconnue. L’incident a fait deux autres blessés, dont un grièvement.

    Des intimidations « inacceptables et injustifiables »

    La France a « condamné avec fermeté les tirs » qui ont visé les soldats de la Finul, estimant que ces « attaques provenant de groupes armés non étatiques sont inacceptables ». Sur X, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a demandé qu’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies soit tenue après les « incidents gravissimes subis par les Casques bleus de la Finul ». L’instance qui a donné une suite favorable à la demande du ministre se réunit ce mardi 31 mars.

    Liban : suite aux incidents gravissimes subis par les casques bleus de la FINUL, j’ai demandé la tenue d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies.

    La France condamne avec la plus grande fermeté les tirs qui ont causé la mort, le 29 mars, d’un casque bleu…

    — Jean-Noël Barrot (@jnbarrot) March 30, 2026

    Le chef de la diplomatie française a également condamné les « graves incidents subis par le contingent français de la Finul » survenue le 28 mars dans la zone de Naqoura. « Ces atteintes à la sécurité et ces intimidations de la part de soldats de l’armée israélienne à l’encontre de personnels onusiens sont inacceptables et injustifiables », a dénoncé Jean-Noël Barrot.

    Selon les Nation unies, le convoi dans lequel circulaient des Casques bleus français « a essuyé six tirs de sommation de la part d’éléments de l’armée israélienne stationnés à proximité. L’un des véhicules a été touché par des impacts d’armes légères ». Sur le chemin du retour, « un char Merkava a ouvert le feu avec son canon principal, l’obus explosant à seulement 15 mètres d’un véhicule appartenant au convoi ». Depuis le 2 mars, date la reprise des hostilités entre Israël et le Hezbollah, au moins 11 soldats onusiens ont été blessés.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/au-liban-trois-casques-bleus-de-la-finul-morts-en-deux-jours-CNZQLXOPZNEHVKWJGNIPL2TUQU/

    Author : Asia Dayan

    Publish date : 2026-03-31 10:33:00

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  • « Jusqu’à 1 500 euros de l’heure » : dans le coaching d’entreprise, le grand écart des tarifs

    « Ce que tu veux, c’est ce que tu es ! », hurle Pierre Niney, à la fois halluciné et solaire dans la peau du « Coach Matt » dans Gourou, le film de Yann Gozlan, sorti le 28 janvier. « Non, les coachs n’ont rien à voir avec Gourou ! » : la réaction de la profession est cinglante dès que le mot « coach » est prononcé. Pourtant, le film dépeint un milieu où peuvent survenir des dérives éthiques spectaculaires, sur fond de tarifs non moins pharaoniques. Est-ce si éloigné de la réalité ?

    « La profession n’est pas réglementée par l’Etat mais elle s’autorégule », affirme Anne de Solages, présidente France de l’International Coaching Federation (ICF). « Cela signifie qu’il existe une grande disparité dans les profils. Il n’y a pas d’obligation de diplôme, de certification ou d’écoles reconnues. Demain, n’importe qui peut poser sa plaque de coach », complète Julie Boisard-Pétrissans, docteure en droit et cofondatrice d’Houjo, une plateforme proposant des solutions juridiques aux coachs en activité. Une nécessité. L’enquête menée par la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) en 2021-2022 sur le coaching « bien-être » a ainsi relevé 80 % d’anomalies chez les professionnels contrôlés et des prestations « souvent proposées à un coût élevé ».

    Les tarifs varient fortement : ils oscillent entre 380 et 1 500 euros HT de l’heure, selon l’expérience du coach et le niveau du dirigeant accompagné, chiffre l’étude « Tarifs Coaching de Dirigeant 2026 : Guide Complet des Prix et Budgets » (Acteo Consulting/Tylski.com).

    « Le rôle des fédérations est de faire le ménage »

    Selon l’étude d’Acteo Consulting, un coach débutant peut facturer entre 380 et 460 euros HT de l’heure, contre 480 à 550 euros pour un profil confirmé et 600 à 1 500 euros pour un expert. Sur six mois, un accompagnement complet de dirigeant représente généralement un budget compris entre 6 000 et 20 000 euros HT. Quant au coaching international, qui nécessite « une disponibilité immédiate, des situations critiques », Acteo Consulting l’évalue autour de 1 000 euros HT de l’heure, pouvant atteindre 2 100 euros la séance dans le cadre d’une préparation média. Un coût important. Le retour sur investissement (ROI) moyen est estimé entre 600 % et 800 % pour le coaching d’une équipe dirigeante, dont le coût oscille entre 20 000 et 35 000 euros. Un chiffre à manier prudence, l’évaluation de ces bénéfices restant difficile à objectiver

    « Tout est coaching en France, il y a tout et n’importe quoi », indique Laurent Tylski, directeur général d’Acteo, coach depuis quinze ans, qui précise travailler avec des contrats de 15 heures sur six mois ou de 30 heures sur un an, et 100 % en présentiel. « J’ai fait HEC, je suis superviseur de coachs à l’Institut de la supervision, et je suis certifié ICF « .

    Mais combien de personnes se revendiquent-elles coachs ? « Nous en avons comptabilisé 50 000 sur LinkedIn pour la France, indique Anne de Solages. L’ICF compte 60 000 coachs certifiés dans le monde, dont 1 600 en France. Le cœur du marché reste le coaching « business » (leadership, exécutif, carrière, équipes), qui représente 77 % des spécialités ». En y ajoutant les autres fédérations – EMCC France, SFCoach et FFCPro -, « cela représente environ 5 000 coachs qui respectent globalement des règles rigoureuses », assure-t-elle. Soit à peine un dixième des coachs autoproclamés sur LinkedIn. « Le rôle des fédérations est de faire le ménage, d’insister sur le code de déontologie, la confidentialité et l’absence de conflits d’intérêts », renchérit Julie Boisard-Pétrissans d’Houjo. Et de préciser que contractuellement, en matière de coaching, les obligations sont dans les objectifs, les moyens et l’accompagnement, mais pas dans les résultats.

    Un marché saturé ?

    Pourtant, certains coachs s’affranchissent parfois des principes d’éthique et d’intégrité. Ainsi, il arrive que des DRH exigent des comptes rendus sur les personnes accompagnées. « Pour ma part, je refuse le ‘coaching prescrit’ ou le ‘coaching de dernière chance’, mais j’ai beaucoup de coaching de prise de fonction », confie Laurent Tylski.

    Pour Cécile Guinnebault, auteure de Chères erreurs – 40 chroniques pour transformer les boulettes en pépites (Enrick Edition, 2025) et coach depuis vingt-cinq ans, il y aura toujours un coach pour accepter une mission même non éthique, dans un marché saturé, pris d’assaut par des cadres licenciés à la recherche d’une deuxième carrière et que l’on oriente vers cette profession. Pour s’imposer et durer, « il faut être commercial. C’est un métier qu’il ne faut pas faire quand on a faim, car de 80 à 90 % des coachs ne vivent pas exclusivement du coaching », conclut-elle.

    Côté rémunération, coacher un membre du comité de direction d’une entreprise de plus de 6 000 salariés peut rapporter entre 15 000 et 25 000 euros HT pour six mois. Pour un PDG du CAC 40, les honoraires peuvent atteindre 15 000 à 45 000 euros HT sur la même période (Acteo). 50 000 appelés, mais combien d’élus ?



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/emploi/management/jusqua-1-500-euros-de-lheure-dans-le-coaching-dentreprise-le-grand-ecart-des-tarifs-CPO3F6JZQZDRFEJZJLX2UMAHEU/

    Author : Claire Padych

    Publish date : 2026-03-31 06:30:00

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  • EN DIRECT. Guerre en Iran : des explosions à Téhéran, un pétrolier attaqué dans un port de Dubaï

    Les négociations avec l’Iran continuent de bien progresser et Téhéran a accepté certaines demandes américaines lors de discussions privées, a assuré lundi 30 mars la Maison-Blanche, selon qui le discours public de la République islamique diffère de celui tenu à des responsables américains en privé. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a de fait déclaré hier que les propositions américaines pour stopper le conflit, relayées par des médiateurs, étaient considérées par Téhéran comme « irréalistes et excessives ». Donald Trump a de son côté de nouveau pressé l’Iran d’accepter de conclure rapidement un accord avec Washington, menaçant dans le cas contraire de détruire les infrastructures électriques, les usines de dessalinisation et les puits de pétrole de l’Iran.

    Les infos à retenir

    ⇒ Des explosions et coupures de courant à Téhéran

    ⇒ Un pétrolier koweïtien attaqué par l’Iran dans un port de Dubaï

    ⇒ Quatre soldats israéliens tués au Liban

    08h37

    Brunei prend des mesures pour préserver ses stocks de pétrole

    Brunei, Etat riche en pétrole, a annoncé ce mardi qu’il interdirait à partir du 1er avril l’entrée sur son territoire des véhicules immatriculés à l’étranger dont le réservoir de carburant est rempli à moins des trois quarts, afin de préserver ses stocks.

    08h21

    Réunion d’urgence à l’ONU après la mort de trois Casques bleus

    Le Conseil de sécurité de l’ONU se réunira en urgence ce mardi à midi, à la demande de la France, après le décès de trois Casques bleus indonésiens dans le sud du Liban.

    07h55

    Israël dit avoir achevé une nouvelle vague de frappes en Iran

    L’armée israélienne a indiqué ce mardi matin avoir achevé une nouvelle vague de frappes contre des cibles en Iran, alors que des explosions ont retenti dans la nuit dans la capitale notamment.

    07h36

    Deux nouvelles exécutions en Iran

    L’Iran a exécuté deux hommes reconnus coupables de liens avec l’Organisation des moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI) et d’implication dans plusieurs attaques, notamment un tir de lance-roquettes contre un bâtiment gouvernemental, rapporte ce mardi un média affilié au pouvoir judiciaire. Lundi déjà, deux autres hommes liés au même groupe d’opposition avaient été exécutés.

    07h15

    Donald Trump prêt à mettre fin à la guerre même si le détroit d’Ormuz n’est pas rouvert ?

    Donald Trump a déclaré à des conseillers qu’il était disposé à mettre fin à la campagne militaire des Etats-Unis en Iran même si le détroit d’Ormuz était toujours largement fermé, rapporte le Wall Street journal, citant des représentants américains.

    Selon le quotidien américain, Donald Trump et ses conseillers ont établi ces derniers jours qu’une mission destinée à restaurer la navigation dans le détroit d’Ormuz aurait pour conséquence de prolonger le conflit au-delà des quatre à six semaines évoquées par le passé par le président américain.

    Washington veut se focaliser sur la destruction de la marine iranienne et des stocks de missiles de Téhéran, tout en intensifiant ses efforts diplomatiques afin d’obtenir la réouverture d’Ormuz, dit le journal. Dans le cas où ces efforts ne porteraient pas leurs fruits, l’administration Trump réclamera à ses alliés européens et du Golfe qu’ils se chargent de la question, ont dit les représentants américains cités par le Wall Street Journal.

    07h01

    Quatre soldats israéliens tués au Liban

    Quatre membres des forces israéliennes ont été tués dans des affrontements dans le sud du Liban, a annoncé Tsahal ce mardi matin, ajoutant que deux autres soldats avaient également été blessés.

    Benyamin Netanyahou a ordonné dimanche à l’armée israélienne d’élargir ce que le gouvernement israélien a décrit comme une « zone de sécurité » au Sud-Liban dans le cadre de son incursion terrestre, dénonçant des tirs de roquettes du Hezbollah. Israël a dit la semaine dernière vouloir prendre le contrôle d’une zone s’étendant jusqu’au fleuve Litani, ravivant le spectre d’une occupation illégale du Liban comme en 1982-2000. Le ministre israélien des Finances, l’ultranationaliste Belazel Smotrich, a appelé à l’annexion du Sud-Liban pour faire du Litani la frontière nord de l’Etat hébreu.

    06h53

    Un pétrolier koweïtien attaqué par l’Iran dans un port de Dubaï

    L’Iran a attaqué dans la nuit un pétrolier au large du port de Dubaï, aux Emirats arabes unis, selon l’agence de presse officielle koweïtienne, qui cite la compagnie pétrolière publique Kuwait Petroleum Corp. « L’attaque a causé des dégâts matériels sur la coque du navire et un incendie à bord, avec un risque de marée noire dans les eaux environnantes », écrit l’agence Kuna.

    Les autorités de Dubaï ont dit pour leur part avoir dépêché des équipes de pompiers pour répondre à un incendie à la suite d’une attaque de drone contre un pétrolier koweïtien situé dans les eaux de la ville. Aucun blessé n’est à signaler parmi les 24 membres d’équipage, ajoutent-elles.

    06h46

    Des explosions et coupures de courant à Téhéran

    L’agence de presse iranienne Fars a fait état cette nuit de « plusieurs explosions » et des coupures de courant « dans certaines parties » de Téhéran. L’agence Tasnim de son côté a mentionné des explosions entendues dans l’est et dans l’ouest de la capitale iranienne, ainsi que des perturbations dans l’approvisionnement en énergie dans l’Est. Une sous-station d’une centrale énergétique aurait été frappée selon elle.

    06h40

    Bienvenue dans ce direct

    Bonjour et bienvenue dans ce direct ! Nous continuons à suivre ce mardi 31 mars la guerre au Moyen-Orient, qui en est désormais à son 32e jour.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/en-direct-guerre-en-iran-des-explosions-a-teheran-un-petrolier-attaque-dans-un-port-de-dubai-QHB33CKBGFANDNO7ZKIWBANYXE/

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    Publish date : 2026-03-31 06:59:00

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  • Francophonie : jamais le français n’a compté autant de locuteurs

    C’est en soi une bonne nouvelle, qui vient pour le moins nuancer les discours récurrents sur le prétendu « déclin » du français. Le nombre de francophones est désormais évalué à 396 millions de personnes en 2026, contre 321 millions en 2022, vient d’annoncer l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Une croissance stratosphérique de 23 % !

    Cette statistique place notre langue au quatrième rang des idiomes les plus parlés dans le monde derrière l’anglais (1,5 milliard), le mandarin (1,2 milliard), l’espagnol (600 millions). Elle devance désormais l’arabe standard (335 millions), mais aussi – dans cet ordre – le bengali, le portugais, le russe, l’indonésien, l’ourdou (parlé au nord de l’Inde et au Pakistan), qui, tous, se situent au-dessous du seuil des 300 millions.

    Disons les choses autrement. Jamais, dans sa longue histoire, le français n’a compté autant de locuteurs. Mieux : cette progression va se poursuivre puisque, selon les projections, le nombre de francophones devrait être compris entre 500 et 800 millions en 2070.

    Ces chiffres bruts sont toutefois à prendre avec prudence pour au moins trois raisons. Premièrement, il faut s’entendre sur ce que l’on appelle un locuteur. L’Organisation internationale de la francophonie comptabilise non seulement les individus qui ont le français pour langue maternelle, notamment en France, en Suisse, en Belgique, au Luxembourg et au Québec, mais aussi ceux qui l’ont appris ou l’apprennent comme langue seconde. Ce qui veut dire que tous les « francophones » n’ont pas forcément un excellent niveau de français…

    Deuxièmement, la méthodologie a changé depuis 2022, année où seuls les élèves de plus de 10 ans étaient comptabilisés. En 2026 ont été ajoutés les enfants de 6 à 9 ans, ce qui contribue mécaniquement à embellir les chiffres. A méthodologie comparable, on serait passé non pas de 321 à 396 millions, mais à 348 millions – ce qui, entre nous, ne serait déjà pas mal. Au demeurant, cette nouvelle approche n’a rien de scandaleux puisque, concernant l’anglais ou l’espagnol, les « locuteurs » plus jeunes encore sont pris en considération.

    Troisièmement, les projections varieront selon deux éléments majeurs : la démographie dans les pays francophones et les choix des différents Etats en matière de scolarité. Avec un critère décisif : la langue choisie pour l’enseignement en Afrique francophone. Si la Côte d’Ivoire, le Niger, le Mali, le Burkina Faso ou la République du Congo décidaient de chasser le français de leurs écoles, on se situera plutôt dans le bas de la fourchette. Si, en revanche, de nouveaux pays imposaient le français à l’école primaire, comme vient de le faire l’Angola (voir la rubrique « Du côté de la langue française »), la situation sera tout autre.

    Ce qui est certain, c’est que l’avenir du français se jouera sur le continent noir. Alors que celui-ci accueille déjà la moitié des francophones de la planète, ce taux devrait s’élever à environ 70 % en 2050, en raison de la croissance de sa population, d’une part, et des progrès de la scolarisation, d’autre part.

    Corollaire : la France sera à l’avenir de plus en plus minoritaire dans la francophonie, mais, contrairement à ce que l’on pourrait penser spontanément, il s’agit là d’une excellente nouvelle ! Cela signifie en effet que l’avenir du français est assuré, à l’inverse des idiomes qui figurent sur la (trop) longue liste des langues menacées de disparition.

    Cette évolution permet par ailleurs au français de s’enrichir des imaginaires des autres peuples, qui emploient « argent-braguette » (« allocations familiales », Antilles) ; « battre le beurre » (« s’embrouiller », « être à côté de la plaque », Belgique) ; « adodoler » (« bercer un enfant », Suisse) ; « cirer ses bottes » (« se préparer à mourir », Québec) ; « faire chat noir » (« s’éclipser discrètement », Côte d’Ivoire) ; « alphabète » (« personne sachant lire et écrire », Afrique de l’Ouest et du Centre) « eau à ressort » (« eau gazeuse », République démocratique du Congo)… Un signe : depuis 30 ans, un lauréat du Goncourt sur cinq n’avait pas le français pour langue maternelle !

    RETROUVEZ DES VIDÉOS CONSACRÉES AU FRANÇAIS ET AUX LANGUES DE FRANCE SUR MA CHAÎNE YOUTUBE

    Du côté de la langue française

    Un effet « Emily in Paris » pour la langue française ?

    C’est ce que pense Babbel, la plateforme d’apprentissage des langues, qui a enregistré la plus forte hausse de demande de cours pour notre langue après la sortie de la deuxième saison de cette série (avec des pointes au Royaume-Uni, en Italie, en Allemagne et au Canada). Selon Babbel, la culture populaire est l’une des motivations les plus puissantes d’apprentissage du français, à côté de la gastronomie, de la mode, du cinéma et de la littérature.

    En Angola, le français devient obligatoire dès l’école primaire

    En Angola, le français n’était jusqu’à présent qu’optionnel et enseigné à un nombre restreint d’élèves. Il est désormais obligatoire pour tous les élèves à partir de 10 ans. Il s’agit là d’une excellente nouvelle pour notre langue nationale puisque l’Angola devrait passer de 39 millions d’habitants aujourd’hui à 75 millions en 2050. Le gouvernement de Luanda a pris cette mesure afin de se rapprocher de ses voisins francophones, le Congo-Brazzaville et la République démocratique du Congo.

    L’école des Chartes se dote d’une bibliothèque numérique

    La bibliothèque de l’École nationale des chartes a ouvert sa nouvelle bibliothèque numérique patrimoniale. Plus de 12 000 documents (livres imprimés anciens, estampes, tirés-à-part, archives, photographies…) sont désormais accessibles en ligne.

    Influence de l’anglais : la syntaxe aussi

    « Le tourisme est météo-dépendant ». Ce tour de langue a tendance à remplacer la construction française « dépendant de la météo », note le grammairien Clément de la Vaissière. Cette nouvelle tournure syntaxique se répand sous l’influence de l’anglais, souligne-t-il, une langue qui utilise très fréquemment des constructions du type weather dependant.

    Du côté des autres langues de France

    Participez au deuxième festival des accents

    Ce festival supervisé par des linguistes se présente sous la forme d’un événement à la fois scientifique, artistique et culturel. Rendez-vous à Aix-et-Provence et à Marseille du 9 au 11 avril.

    La chanteuse Gwennyn élue brittophone de l’année

    La 29e cérémonie des Prizioù (« prix » en breton) a récompensé différentes initiatives prises en faveur de la langue bretonne. Le prix de la brittophone de l’année a été remis à la chanteuse Gwennyn pour l’organisation d’un concert de soutien aux acteurs de la culture et de la langue bretonnes organisé à Carhaix en septembre 2025.

    Fermeture du master d’études catalanes

    L’Université de Perpignan a décidé de fermer le master d’Études Catalanes et Transfrontalières, à la prochaine rentrée 2026-2027. Les étudiants intéressés par des études de catalan en master peuvent contacter l’APLEC – [email protected] ou 04 68 66 22 11 – pour s’informer des possibilités de continuité et des modalités de fonctionnement (présentiel ou en ligne) et d’inscription.

    Retrouvons-nous à Bayonne, à Sare et à Urt pour parler des langues de France

    A Bayonne et dans les alentours se côtoient depuis des siècles le français, le basque, le gascon et le castillan. Il était donc tout naturel que j’y présente mon film « Une langue en plus », consacrée aux langues parlées historiquement en France (projection suivie d’un débat), l’ouvrage Florilanges et un quizz sur le même thème.

    « Une langue en plus » : projection à la médiathèque de Bayonne le 4 avril à 16 heures. Entrée gratuite. Florilangues. De l’Alsace à Tahiti… Florilège des littératures en langues de France. Salon du livre de Sare, le lundi 6 avril en fin de matinée.Quizz : « Ce que l’on ne vous a jamais dit sur les langues dites régionales ». Rendez-vous à la médiathèque d’Urt le mardi 7 avril à 18h30. Entrée gratuite.

    Du côté des langues du monde

    Les langues soumises elles aussi au darwinisme ?

    On le sait peu, mais Charles Darwin considérait en effet que sa fameuse théorie de l’évolution s’appliquait aussi aux comportements culturels. C’est en particulier le cas des langues, comme le souligne cet article du chercheur Jean-Charles Pelland sur le site The conversation.

    A écouter

    Comment intégrer les langues régionales à nos outils numériques ?

    L’adaptation aux outils numériques constitue un enjeu majeur et un atout potentiel extraordinaire pour les langues dites régionales. Le projet Colaf (Corpus et Outils pour les Langues de France), piloté par Sam Bigeard à l’INRIA, permet aux assistants vocaux et aux correcteurs orthographiques de mieux comprendre et traiter ces langues, comme il l’explique sur France Culture au micro de Guillaume Erner.

    A regarder

    Ô Toulouse en occitan, par Guillaume Lopez

    Le projet aurait sans doute plu à Claude Nougaro. Sa fameuse chanson, Toulouse, vient d’être traduite et réinterprétée en occitan par Guillaume Lopez, sur fond de jazz et de flamenco. Le chanteur et musicien est ici accompagné à la guitare par Serge Lopez et Jérémy Rollando.

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    Source link : https://www.lexpress.fr/culture/non-la-langue-francaise-nest-pas-menacee-de-disparition-H2UIZZ7XCJADXGGHEVQSIE72KE/

    Author : Michel Feltin-Palas

    Publish date : 2026-03-31 04:15:00

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  • « Jurassic Fric » ou quand les milliardaires s’arrachent… des fossiles de dinosaures

    Nouvelle mode des salles de ventes, les squelettes de dinosaures font l’objet de folles enchères à New York, Chicago, Londres ou Paris. Un squelette en bon état peut aujourd’hui dépasser la cote d’un Cézanne ou même de certains Picasso. La journaliste Pauline Lallement a pisté durant trois ans, à travers sept continents, cette ruée vers les fossiles, une quête pour ultra-riches qu’elle raconte dans une série de portraits, Jurassic Fric, publiée mi-mars par les éditions Flammarion. On y croise un crâne de tricératops, vieux de 66 millions d’années, vendu 170 000 euros en 2017, coût que l’acquéreur, un riche Asiatique, réglera sur le champ en payant avec une carte de crédit, ou Big Sara, le carnivore bipède, acheté en 2020 par un milliardaire européen, âgé de 43 ans, qui l’installa dans une galerie commerciale du Dorset. Gueule ouverte face au restaurant Five Guys, l’attraction dope la vente de burgers.

    Ralph Wunsch, fondateur d’une start-up de coupons de réductions aux Philippines, richissime à 23 ans, acquiert, lui, en 2018, chez Drouot, un diplodocus et un allosaure, le lot pour 3 millions d’euros. La paire est désormais installée au 39e étage de son immeuble à Manille, le salon doit être spacieux. Le marchand de fossiles du Dakota du Sud, Walter Stein, a lui mis sur le marché un magnifique tricératops, baptisé Big John, dont la taille est celle d’un éléphant. L’énorme sculpture du squelette – complet à 60 % – fut exposée un temps dans une galerie du Marais, les clients appréciant de dîner à ses pieds, puis vendue chez Drouot, une fois ses portes dégondées, pour 6,6 millions d’euros.

    En décembre 2020, la salle de ventes Christie’s propose des toiles de Twombly, de Picasso, de Pollock et Stan, un T.Rex, qui partira contre 27 millions de dollars, celui-ci disposant du crâne le mieux préservé jamais découvert. Il faudra attendre quelques années pour apprendre que c’est le ministère du tourisme et de la culture d’Abu Dabi, qui obtint le spécimen, afin de l’exposer dans son futur musée d’histoire naturelle.

    L’enquêtrice décrit les folles batailles entre ces milliardaires orgueilleux, tous masculins, qui collectionnent ces objets fétiches, étendards de puissance et de fortune. Mais avant d’exposer un diplodocus dans son hall d’entrée, il faut exhumer celui-ci, et c’est une quête belliqueuse à laquelle se livrent dans les déserts de Mongolie ou des Etats-Unis des chasseurs spécialisés, bien qu’aucunement scientifiques. Les os, très fragiles, repérés, il faut excaver les blocs de terre, autour desquels du plâtre est coulé, puis enrobé d’aluminium. Ces blocs sont ensuite transportés et ouverts dans des « laboratoires ». Pinceaux, scalpels, loupes, les os apparaissent peu à peu, nettoyés au stylo d’air pulsé et à la poudre de sodium, millimètre par millimètre. Commence ensuite l’inventaire, certains fossiles comptent 250 pièces, puis l’assemblage. Il faut combler par de la glu, du mastic. L’animal est prêt à être examiné par des vendeurs. Qui le font démonter, puis le remontent dans les salles de vente, où éclairés par de puissantes lumières, souvent rouges pour faire peur, ils excitent les ultra-riches. Un marché devenu fou.

    61 spécimens de T Rex sont aujourd’hui visibles dans des musées, et 71 cachées entre des mains privées. Une situation qui indigne les scientifiques, dont le paléontologue américain Thomas Carr, qui évoque une deuxième extinction des dinosaures. Disparus une première fois voici 66 millions d’années, et en passe de l’être à nouveau « lorsqu’ils quittent la science pour une vitrine privée ». « Les fossiles sont des données, notre connaissance du monde éteint en dépend entièrement, la paléontologie est la seule façon d’appréhender l’histoire évolutive de cette planète », foudroie le spécialiste, « les fossiles de dinosaures ne sont pas des marchandises ». Trop tard. Braconnés dans le monde entier, ils valent des millions de dollars. Une manne dont se serait même entichée la criminalité organisée.



    Source link : https://www.lexpress.fr/societe/jurassic-fric-ou-quand-les-milliardaires-sarrachent-des-fossiles-de-dinosaures-J66J2AAGFVABLNS2J5E4REHCQ4/

    Author : Emilie Lanez

    Publish date : 2026-03-30 14:00:00

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  • Présidentielle 2027 : à gauche comme à droite, la guerre des primaires est déclarée

    Si depuis plusieurs mois, l’ombre de 2027 planait sur les élections municipales, les prétendants à l’Elysée peuvent désormais profiter de toute la lumière. A peine les tracts remballés, les voilà repartis en campagne… pour être candidat à la fonction suprême. Car l’échéance suscite un intérêt historique : à plus d’un an du premier tour de l’élection présidentielle, ils sont une dizaine à briguer le Palais. Sauf que, face à la popularité du Rassemblement national, les candidats sont conscients que diviser les bulletins est un jeu plus que dangereux. Désormais, il faut donc les départager. Dans les pages de La Tribune du dimanche, 90 personnalités de droite et du centre ont appelé à l’union ce 29 mars. Une primaire ? Pourquoi pas, mais difficile de se mettre d’accord sur la stratégie. L’Express vous explique qui veut quoi, de droite à gauche.

    Du côté des extrêmes, la question a déjà été tranchée : c’est non. Pour le Rassemblement national et la France insoumise, pas question de discuter. Les deux partis se présenteront seuls, quoi qu’il en coûte. Une seule question reste en suspens : qui représentera le parti à la flamme ? La décision sera prise le 7 juillet, en même temps que celle de la cour d’appel de Paris. Si l’instance judiciaire maintient la peine d’inéligibilité de Marine Le Pen, Jordan Bardella sortira du banc. Côté LFI, les électeurs trouveront – pour la quatrième fois – un bulletin à l’effigie de Jean-Luc Mélenchon à l’entrée de l’isoloir.

    La droite divisée

    Dans la « grande famille de la droite », plus difficile de se mettre d’accord. Car avant de s’accorder sur une éventuelle primaire, de nombreux points restent à éclaircir. Avec qui s’allier ? Faut-il ouvrir l’élection du futur candidat au centre ? A l’extrême droite ? Comment organiser le vote ? Malgré toutes ces interrogations, le président des Républicains, Bruno Retailleau tranchait sur France 2 le 23 mars : il sera candidat à l’élection présidentielle « dans tous les cas ». Le lendemain, le bureau politique de son parti précisait : il y aura un vote interne en avril.

    Trois options s’offriront aux adhérents : valider d’ores et déjà la candidature de Bruno Retailleau, organiser une primaire réservée aux adhérents ou, ouvrir cette primaire aux sympathisants. Une déclaration qui n’a pas fait que des heureux au sein du parti. Si plusieurs cadres ont souligné l’importance de désigner un candidat au plus vite, d’autres n’ont pas hésité à exprimer publiquement leur opposition.

    Au micro de France Inter, Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France et candidat malheureux à la dernière primaire LR en 2021, refuse de rentrer « dans une logique qui consiste à dire que ce sont les partis qui sélectionnent ». Reste à savoir sous quelle étiquette celui qui a déjà officialisé sa candidature pour 2027 participera à la course.

    Au micro de BFMTV, mercredi 25 mars, David Lisnard, lui-même prétendant à l’Elysée, a annoncé claquer la porte du parti, cinglant « un vote biaisé, […] truqué ». Le maire de Cannes s’était positionné en faveur d’une « grande primaire ouverte » allant de Gabriel Attal à Eric Zemmour, en passant par Edouard Philipe. Ce projet avait reçu le soutien de Laurent Wauquiez, rival interne de Bruno Retailleau. Pourtant, les principaux intéressés ne semblent pas enchantés par la proposition. Gabriel Attal assure pour l’instant ne « fermer la porte à personne » sauf à ceux qui discutent avec les extrêmes. Quant au maire du Havre, il « ne croit pas à la primaire ». Problème réglé.

    L’arlésienne d’une union des gauches ?

    2027 sera-t-elle l’année de l’union des gauches ? Différentes forces politiques se sont réunies en janvier, à Tours, pour en débattre. Marine Tondelier (Les Écologistes), Olivier Faure (Parti socialiste), François Ruffin (Debout) ou encore Clémentine Autain (L’Après) s’étaient mis d’accord pour une « primaire unitaire » le 11 octobre prochain. Le but ? Désigner un candidat de gauche commun pour faire face à la France insoumise.

    Une nouvelle réunion a été organisée le 23 mars. Sauf que depuis, il y a eu les municipales et les cadres socialistes semblent rétropédaler. Affaibli en interne par des accords PS-LFI peu fructueux, Olivier Faure préfère désormais parler de « processus » que de « primaire ». Dans les rangs du parti à la rose, on opère un repli sur soi et on préfère désigner un candidat en interne, allant du PS à Raphaël Glucksmann. Quant à François Hollande, qui laisse toujours planer le doute sur un éventuel retour dans la course, il tranche : une primaire serait une perte de temps.



    Source link : https://www.lexpress.fr/politique/presidentielle-2027-a-gauche-comme-a-droite-la-guerre-des-primaires-est-declaree-CDAL7FOFXRFJ3E4WKUPBNFJ4EE/

    Author : Asia Dayan

    Publish date : 2026-03-30 14:07:00

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  • Plus jeunes, moins idéologues, sans organisation… Portrait-robot des nouveaux terroristes

    Un couteau et une connexion à Internet. Le « coût d’entrée » du terrorisme aura rarement été aussi bas qu’aujourd’hui. Le 20 février 2026, deux adolescents de 16 ans ont été mis en examen. Ils projetaient de commettre une action terroriste à Lille dans une salle de concert, un centre commercial ou le conseil régional des Hauts-de-France. En novembre, deux autres jeunes hommes du même âge avaient été interpellés, soupçonnés d’avoir projeté un attentat contre des cibles de confession juive. En 2025, vingt mineurs ont été impliqués dans des dossiers terroristes dans l’Hexagone. Plus jeunes, plus isolés et radicalisés plus vite : leur profil colle aux nouvelles tendances du terrorisme.

    Ces évolutions ont été explorées à l’occasion de deux conférences du Paris Defence and Strategy Forum, événement organisé en partenariat avec L’Express. Des spécialistes français et internationaux se sont relayés dans les différents amphithéâtres de l’Ecole militaire. Ils se sont notamment penchés sur l’évolution du terrorisme, d’ici à 2040. Avec un constat : l’essor des conflits armés risque de détourner l’attention des démocraties. Mais il ne fera pas disparaître le risque d’attentat. « En 2002, le terme de terrorisme était répété 84 fois dans la Stratégie de défense nationale des Etats-Unis, a remarqué mercredi au pupitre de l’amphithéâtre Foch Michael Miklaucic, professeur à l’université de Chicago, ancien du Département d’Etat américain. Sa plus récente version ne le mentionne que 5 fois. »

    Attaques déjouées

    Le nombre d’attaques déjouées ces dernières années témoigne pourtant de sa vigueur. D’après les données de Refslund Analytics, un cabinet danois spécialisé dans la détection de l’extrémisme, la France et l’Allemagne demeuraient les deux pays les plus concernés par les projets d’attentats terroristes en 2025. « On observe également une diffusion de la menace dans des pays jusqu’ici moins visés comme l’Irlande ou la Finlande », a noté jeudi Tore Hamming, à la tête de Refslund Analytics. Le politologue observe la « recréation d’un écosystème » djihadiste. Contrairement aux vingt dernières années, celui-ci n’est plus dirigé par une organisation – comme Daech ou al-Qaeda -, mais traversé par des dizaines de courants. « Depuis 2021, on assiste à une prolifération des courants djihadistes, avec une hybridation des idéologies. Les attaques sont toujours clairement connectées au djihadisme, mais le spectre des inspirations est beaucoup plus large », a-t-il expliqué.

    Depuis le 7 octobre 2023, la guerre entre Israël et le Hamas nourrit désormais certaines trajectoires de radicalisation. « Les prédicateurs ont exploité la catastrophe humanitaire à Gaza pour pousser des jeunes à agir. Pour certains, cela a pris la forme d’un appel tribal aux armes », expliquait précédemment à L’Express le Dr Nicolas Stockhammer, à la tête du pôle de recherche « Contre-terrorisme, lutte contre l’extrémisme violent et renseignement » du département d’études de sécurité de l’université du Danube à Krems, en Autriche.

    Modération

    Le phénomène est amplifié par l’arrivée de TikTok. Son algorithme extrêmement puissant, susceptible de proposer des contenus extrêmes, accélère la radicalisation. « Les publications liées à l’Etat islamique, notamment, sont devenues extrêmement instagrammables et ‘tiktokables’ », a expliqué jeudi Laurence Bindner, cofondatrice de JOS Project, structure d’analyse de la stratégie de la propagande extrémiste violente et des discours radicaux. La recréation en dessin animé de l’assassinat par l’Etat islamique de 21 chrétiens coptes en Libye, en 2015, est un exemple de contenu viral très prisé par la sphère djihadiste.

    Ces images ne sont souvent pas directement reliées à des organisations terroristes. Ces contenus, diffusés sur les réseaux sociaux ou les plateformes de jeux en ligne, visent des personnes de plus en plus jeunes et vulnérables. « Il s’agit le plus souvent de jeunes désocialisés, avec des références communes, difficiles à détecter pour les modérateurs », a poursuivi Bindner. Une fois attirés, ces individus peuvent entrer en contact – via des messageries ou des salons en ligne – avec des recruteurs. « C’est la notion de katiba – une unité de combattants – virtuelle : un jeune en France peut être encouragé par un autre se trouvant par exemple en zone irako-syrienne », a détaillé jeudi Michel Faury, sous-directeur chargé de l’antiterrorisme au ministère de l’Intérieur.

    L’essor des armes imprimées en 3D

    Les apprentis djihadistes ne partent plus forcément s’entraîner à l’étranger. Ils se tournent aussi vers des armes moins complexes, préférant les couteaux – simples à acquérir et à transporter – aux explosifs. Le 22 février 2025, à Mulhouse, un homme a fait un mort et sept blessés dans une attaque à l’arme blanche. Le Parquet national antiterroriste s’est saisi de l’enquête. Selon le communiqué du PNAT, l’individu avait agressé « plusieurs policiers municipaux, en criant ‘Allah Akbar’ puis un passant ». Plus récemment, le 13 février 2026, un homme connu pour radicalisation a attaqué un groupe de gendarmes avec un couteau sur les Champs-Elysées, à Paris. « On assiste à une succession d’attaques de bas niveau et moins sophistiquées », a souligné jeudi Alexandre Rodde, chercheur associé au Centre de recherche de la gendarmerie nationale.

    Mais ces dynamiques ne concernent pas que le djihadisme. « L’impression 3D, qui permet de fabriquer et de faire circuler des armes plus facilement, est notamment prisée par l’ultra-droite », a poursuivi le spécialiste. Au Portugal, en juin 2025, six néonazis ont été arrêtés pour activités terroristes et incitations à la haine. Un arsenal – dont une partie avait été fabriquée avec des imprimantes 3D – a été découvert. La France n’est pas épargnée par la tendance. En février 2024, un vaste réseau de trafic d’armes imprimées en 3D avait par exemple été démantelé en France et en Belgique. Quatorze individus aux profils divers avaient été interpellés. « Des personnes qui partagent soit une idéologie très radicale, d’extrême droite, d’extrême gauche, ou des écologistes radicaux, ainsi que des collectionneurs ou encore des trafiquants en lien avec le trafic de stupéfiants », précisait le colonel Hervé Pétry, chef de l’unité nationale cyber de la gendarmerie.

    La tête du réseau, un jeune homme de 26 ans, était décrite comme proche de l’idéologie libertarienne et du mouvement pro-armes américain. Au-delà de la fabrication en 3D, l’émergence de nouveaux conflits ouvre également des perspectives aux trafiquants. « Il y a toujours un risque de sortie d’armes du pays, même si les Ukrainiens ont été jusqu’ici assez prudents », a pointé Alexandre Rodde.

    Des mini-réseaux

    Recrutement en ligne, armes plus faciles d’accès, enfermement algorithmique… « Nous étions habitués à des organisations structurées – il s’agit désormais d’écosystèmes », a résumé mercredi Rudolph Atallah, ancien directeur adjoint senior pour la lutte antiterroriste au Conseil de sécurité nationale à la Maison-Blanche entre janvier 2025 et janvier 2026. Des acteurs individuels et autonomes fonctionnent désormais en mini-réseaux. « Ils sont plus difficiles à démanteler. Lorsqu’on supprime un nœud, dix autres apparaissent », a-t-il poursuivi. Rajeuni, décentralisé et fragmenté, ce terrorisme sans visage inquiète aussi par ce qu’il annonce.

    Chargés d’imaginer les transformations du terrorisme dans les quinze années à venir, les experts ont exprimé leur « pessimisme à court et long terme », selon l’expression de Michael Miklaucic. « Je crains que la situation actuelle ne soit similaire à celle qui a précédé le 11 septembre 2001 : un manque d’imagination et de préoccupation concernant le terrorisme », a-t-il martelé. Le nombre d’individus séduits par des idéologies radicales risque pourtant de se multiplier. Car les lendemains de guerre constituent un terreau fertile pour les idéologies extrêmes. Les soldats démobilisés de la guerre en Ukraine sont un exemple. En Russie, les autorités redoutent déjà une nouvelle menace sécuritaire, alors que les souvenirs du conflit rongent ceux revenus du front. En 2040, les milliers d’orphelins de Gaza auront atteint l’âge adulte. « Il existe un vrai lien entre les orphelins de guerre et la vulnérabilité à l’extrémisme », a précisé Miklaucic.

    Plus inquiétant encore, certains de ces passages à l’acte semblent désormais se détacher de toute idéologie. Une nouvelle forme de radicalité a fait son apparition : l’extrémisme violent nihiliste. Dépourvue de motivation idéologique, cette violence s’accompagne d’une haine généralisée de la société et de misanthropie. La classification – reconnue depuis juillet 2025 par le FBI et le département de la Justice américaine – regroupe des mouvements comme le réseau cybercriminel 764. Il compte aussi des adeptes en France. En août 2025, un jeune homme d’une vingtaine d’années a été mis en examen et incarcéré pour détention d’images pédopornographiques, actes de cruauté et abus de faiblesse. Il a notamment été accusé d’être parvenu à convaincre une cinquantaine de jeunes filles de se scarifier ou de se mutiler. « La menace est devenue transnationale et multiplateforme », a souligné mercredi Erin Saltman, directrice principale chargée des adhésions et des programmes au Global Internet Forum to Counterterrorism.



    Source link : https://www.lexpress.fr/secret-defense/plus-jeunes-moins-ideologues-sans-organisation-portrait-robot-des-nouveaux-terroristes-NDUNTBIORJEDZDNOBM2TB675NI/

    Author : Alexandra Saviana

    Publish date : 2026-03-30 15:00:00

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  • « Les cryptomonnaies sont une arnaque » : le regard cash de l’économiste irlandais David McWilliams

    Il est le plus rock’n’roll des ex-banquiers centraux. Economiste à la Banque centrale d’Irlande, puis chez UBS ou pour le fonds d’investissement Rockwest Capital, David McWilliams est devenu animateur de podcasts à succès, fondateur du festival Kilkenomics et essayiste de renommée internationale. Dans l’enthousiasmant Argent (Les Presse de la Cité), classé dans les livres de l’année 2024 par le Financial Times, l’Irlandais montre comment des Sumériens aux cryptomonnaies en passant par Crésus, le Magicien d’Oz et les systèmes fiduciaires, la monnaie a accompagné l’essor de l’humanité. Loin des anathèmes issus du christianisme comme de la gauche anticapitaliste, l’auteur souligne que l’argent a certes engendré de l’avidité et des krachs, mais a aussi permis une plus grande coopération et un progrès collectif.

    Pour L’Express, David McWilliams explique pourquoi l’argent est une des plus grandes inventions humaines, décrypte son rôle dans le « miracle grec » et souligne que même les révolutionnaires doivent devenir des « comptables » (y compris Jean-Luc Mélenchon s’il arrive au pouvoir…). En revanche, l’économiste ne mâche pas ses mots sur les cryptomonnaies, qu’il qualifie d’ »arnaque sophistiquée ». Entretien.

    L’Express : Dans votre livre, vous montrez à quel point l’argent a joué un rôle central dans le progrès humain. Pourtant, il est aujourd’hui souvent perçu négativement, comme quelque chose de sale et d’avilissant…

    David McWilliams : Oui, et j’ai moi-même longtemps pensé de cette façon, parce que c’est un récit facile à appréhender, et qu’il repose très largement sur notre tradition philosophique chrétienne. De saint Paul à Thomas d’Aquin en passant par saint Augustin, les penseurs chrétiens ont tous contribué à ancrer dans notre imaginaire l’idée selon laquelle l’argent est la racine de tous les maux. J’y ai adhéré une grande partie de ma vie, avant que je comprenne que ce récit passe à côté d’aspects fascinants de l’argent.

    Si l’on part du principe que l’objectif de toutes les formes d’organisation sociale est de coexister de façon relativement pacifique, coopérative et équitable, alors on doit se demander quel rôle a joué l’argent. C’est à partir de ce point de départ philosophique et sociologique que j’ai eu la première intuition qui constitue, je crois, l’originalité du livre : l’argent a été inventé comme un mécanisme permettant de gérer la complexité croissante des sociétés sédentaires.

    En économie, lorsque l’on parle de technologies innovantes et révolutionnaires, on pense spontanément à des objets matériels comme la roue, la machine à vapeur, Internet, etc. Mais on oublie trop souvent les « technologies sociales », qui sont des dispositifs permettant aux humains de coopérer à grande échelle. C’est le cas de la religion, du système juridique, ou simplement au langage. Non seulement la monnaie appartient à cette catégorie, mais c’est à mes yeux la technologie fondatrice de la civilisation humaine. Tout en découle…

    L’un des épisodes fondateurs de l’histoire est l’invention des pièces de monnaie par les Lydiens, entre 1000 et 600 av. J.-C. D’où l’expression « riche comme Crésus »…

    Les Sumériens [NDLR : peuple du IVe millénaire av. J.-C., en basse Mésopotamie] disposaient déjà d’une forme de monnaie fondée sur la comptabilité, ce qui est en soi assez remarquable pour des sociétés qui recouraient à la divination. Ils enregistraient des dettes réciproques, puis ils faisaient les comptes à échéance. Mais la grande innovation des Lydiens a été d’inventer la pièce de monnaie. Cela a permis de matériellement mettre l’argent dans les poches des individus, mais surtout d’inventer le commerce tel qu’on le connaît. Cela a eu des conséquences considérables sur la manière dont les sociétés pensaient, parce que la monnaie introduit une précision nouvelle, fondée sur le calcul, et oblige donc à raisonner en termes de valeurs. Cela peut paraître anodin, mais cela transforme profondément le regard que l’on porte sur le monde.

    Ensuite, une même pièce permet d’acheter le même bien ou le même service, que cette pièce soit dans les mains d’un prince ou d’une prostituée. Donc la monnaie tend à aplanir, à la marge, les hiérarchies sociales. Elle ouvre la possibilité d’une mobilité sociale : grâce à l’argent, il devient envisageable de changer de statut. C’est une rupture majeure ! Enfin, en faisant de la frappe de la monnaie une prérogative de l’Etat, Crésus, roi de Lydie, a affirmé le lien entre monnaie et pouvoir politique. La monnaie s’est donc inscrite dans le long processus de construction étatique, qui bien plus tard a fini par donner les Etats modernes tels que nous les connaissons aujourd’hui.

    Enfin, l’apport sans doute le plus important de la monnaie a été d’agir comme un agent de connexion. Elle met en relation des individus qui n’auraient autrement jamais eu aucune raison d’entrer en contact les uns avec les autres. On échange des biens, puis des idées, et les sociétés s’ouvrent et s’élargissent. Le sociologue français Marcel Mauss expliquait bien que les échanges sont au fondement du lien social, en ce qu’ils permettent de remplacer la violence par des obligations réciproques. En ce sens, la monnaie apparaît comme une technologie profondément collaborative.

    Quand on pense à la Grèce antique et à Athènes, on songe immédiatement à la philosophie ou au théâtre, moins à l’argent. A quel point la monnaie a-t-elle contribué à cet âge d’or culturel ?

    Une chose m’a toujours interrogé : comment comprendre l’incroyable évolution entre le monde d’Homère, qui a écrit vers 800 av. J.-C., et celui de Xénophon, que certains considèrent comme le premier économiste de l’histoire, vers 300 av. J.-C. ? Le premier avait une vision mythologique du monde, peuplé de dieux tout-puissants, lançant des éclairs. Quelques siècles plus tard seulement, Xénophon parlait d’économie et de commerce. Quelque chose avait indéniablement changé dans le monde grec, dans un intervalle de temps très court à l’échelle de l’histoire de l’humanité. C’est ce passage du mythe à la raison, du mythos au logos, qui m’a interpellé. Or, ce basculement coïncide avec l’introduction de la monnaie.

    Pourquoi ? Parce que la monnaie impose un raisonnement numérique, et penser en termes numériques oblige à la précision. Cette précision conduit à réfléchir en termes de valeur, donc à mobiliser la logique et la rationalité. Cela force l’esprit à se poser la question : comment prouver qu’une chose est ce qu’elle est ? Ce n’est donc pas un hasard si au moment même où la société grecque se monétarise, apparaissent les philosophes qui se sont interrogés sur la logique, la rationalité ou la géométrie, autant de domaines fondés sur la précision des nombres. On est progressivement passé d’un monde expliqué par les dieux à un monde de plus en plus régi par la raison.

    L’apparition de la monnaie peut aussi expliquer l’invention de la démocratie. Si vous regardez du côté des sociétés égyptiennes et sumériennes, le temple, les prêtres et le roi structuraient l’organisation sociale. En Grèce, au contraire, le cœur de la cité était l’agora, le marché. Et dans l’agora, les Grecs ne se contentaient pas d’échanger des marchandises. C’était un espace d’échange intellectuel autant qu’économique : on discutait, argumentait, confrontait nos opinions, etc. Les Grecs ont donc bâti la première véritable société commerciale, et ont réalisé cette prouesse sans même bénéficier d’un arrière-pays agricole suffisant pour se nourrir. Pour y parvenir, ils ont plutôt exploité des mines d’argent, frappé des pièces, et utilisé cette monnaie afin d’inciter les autres peuples à les approvisionner. C’est une autre rupture majeure dans l’histoire des sociétés humaines.

    Hitler avait essayé de larguer des millions de livres sterling sur la Grande-Bretagne pour accélérer l’inflation…

    Vous rappelez que même les révolutionnaires ont besoin d’argent. A l’image de la Révolution française qui, sous l’impulsion de Talleyrand, a mis en place l’assignat, une monnaie fiduciaire basée sur les biens du clergé…

    Tous les révolutionnaires finissent par devenir comptables. Je sais que ça semble terrible pour les révolutionnaires, mais c’est la règle. Talleyrand l’avait bien compris. Le « diable boiteux » est un personnage fascinant. Il a commencé comme évêque sous l’Ancien Régime, puis il est devenu révolutionnaire, s’est exilé en Amérique, est revenu en France pour devenir ministres des Affaires étrangères de Napoléon, l’a trahi, a fini par être ambassadeur de France au Congrès de Vienne, puis au Royaume-Uni, tout en restant prêtre, avec de nombreuses maîtresses, de nombreux enfants, et beaucoup d’argent. Mais ce qui m’intéresse dans ce livre, c’est comment Talleyrand a trouvé le moyen de financer la Révolution française, en pillant le pays. Tout argent a besoin d’un soutien, afin de convaincre les gens de sa valeur. Talleyrand s’est dit que les Français aimaient bien le prêtre de leur village, mais détestaient donner de l’argent aux archevêques. Il a donc fait nationaliser les terres de l’ÉEglise pour fournir à la Révolution une garantie suffisante afin de permettre l’émission de 400 millions de livres d’assignats. Quand il s’est rendu compte que cela dégénérait, avec une terrible guerre civile et une inflation galopante, il est parti en Angleterre puis en Amérique.

    Mais l’idée importante, c’est que tous les révolutionnaires deviennent des comptables. C’est un fait historique. Même Jean-Luc Mélenchon va devoir apprendre les bases de la comptabilité s’il veut diriger la France…

    Pourquoi êtes-vous si critique des cryptomonnaies ?

    Les « technobros », les jeunes, la gauche comme la droite anti-establishment se sont enthousiasmés pour les cryptomonnaies. Mais je ne peux pas échapper à ma formation de banquier central. En écrivant ce livre, j’ai réalisé à quel point l’argent est un bien social fourni par l’Etat, valorisé par lui, et distribué par un système bancaire, au nom d’une banque centrale, qui est un agent de l’Etat. A l’inverse, le bitcoin n’est qu’une nouvelle tentative de privatisation de l’argent. Quels sont ceux qui en tirent le plus profit ? Ceux qui l’émettent. Avec son « Trump coin », Donald Trump est un bon exemple. C’est une arnaque parfaite. Mais au fond, cela revient à vouloir éroder la légitimé de l’Etat à travers sa monnaie.

    Les cryptomonnaies n’ont en ce sens rien de nouveau. Hitler avait déjà essayé de larguer des millions de livres sterling sur la Grande-Bretagne pour accélérer l’inflation. Lénine avait lui aussi parlé d’émettre des milliers de billets pour saper la confiance dans « l’Etat capitaliste ». Attaquez l’argent, et c’est la société entière qui vacille, car vous ne détruisez pas seulement les prix, vous détruisez l’essence même de ce en quoi les gens croient. L’argent n’existe pas en tant que tel, c’est une croyance liée à un système de valeurs. C’est du même ordre que la transsubstantiation pour les catholiques, qui pensent que le corps du Christ se trouve dans l’hostie.

    Le bitcoin relève davantage d’un groupe de pression financier que d’une nouvelle forme de monnaie. Ses partisans nous disent que le système financier est cassé, et qu’il faut donc créer une nouvelle monnaie qui serait formidable. Mais leurs arguments me rappellent ceux des partisans de l’espéranto, qui nous expliquaient que le français est corrompu, l’anglais trop difficile, l’allemand trop germanique, et qu’il faut donc créer une nouvelle langue simple sur le plan grammatical et phonétique. Mais pour qu’une langue soit utilisée, il faut qu’elle serve à quelque chose ! De la même façon, les partisans des cryptos critiquent le dollar ou l’euro. Mais ces monnaies sont bien celles que nous utilisons. J’ai beau chercher, je ne comprends pas quel problème résolvent les cryptomonnaies. C’est une arnaque sophistiquée, et je pense que beaucoup de personnes vont perdre de l’argent, ou en ont déjà perdu. Cet épisode rappellera sans doute la bulle spéculative créée par John Law avec sa Compagnie du Mississippi au début du XVIIIe siècle.

    Dans notre imaginaire, les banquiers centraux, que vous qualifiez de « grands prêtres » ou de « brahmanes », sont les maîtres du jeu financier. Mais selon vous, il s’agit d’une illusion. Pourquoi ?

    Les humains veulent savoir que quelqu’un est aux commandes, cela les rassure. Quand on lit des articles sur la Réserve fédérale américaine, on est rassuré par l’image d’une institution qui tient fermement la barre monétaire. L’histoire que raconte la confrérie des économistes, c’est que l’argent est injecté dans la société par des « brahmanes » omniscients qui comprennent parfaitement le taux d’inflation ou le taux de croissance, et décident du taux d’intérêt et de la quantité d’argent à injecter. C’est ce qu’on appelle la « théorie de l’injection », qu’on enseigne encore aujourd’hui à l’université.

    Mais la réalité est bien différente. Les banques centrales sont tirées par les banques commerciales. Si vous voulez acheter une voiture, disons une Renault par patriotisme, et qu’elle vous coûte 40 000 euros que vous n’avez pas, vous allez vous rendre au Crédit Agricole ou à la Banque Postale. Le banquier regardera vos fiches de paie et vos antécédents, et décidera de créer ces 40 000 euros sur-le-champ, qui n’existaient pas hier. C’est absolument magique. Il n’appelle pas la Banque de France pour lui demander la permission. C’est cette partie de l’argent qu’on appelle la finance. Les banques centrales se contentent de fournir des garde-fous et des principes fondamentaux, pour éviter qu’on prête à outrance. Mais elles n’ont aucun contrôle réel. C’est pourquoi nous avons des crises financières périodiques. Si quelqu’un contrôlait la situation, nous n’aurions pas ces fichues crises. La réalité, c’est que les banques commerciales mènent les banques centrales par le bout du nez, et que ces dernières font semblant de contrôler la situation, parce que c’est l’histoire que les gens veulent entendre. Et de temps en temps, le système déraille…

    Ces cinquante dernières années ont été marquées par la financiarisation de l’économie, ce qui est souvent critiqué. Mais vous rappelez que cela a aussi correspondu à une ère de prospérité remarquable et à des progrès humains spectaculaires…

    L’ouverture de la Chine à une économie de marché n’aurait par exemple pas été possible si nous avions toujours un système monétaire adossé à un métal comme l’or. Entravée par un manque de monnaie, son économie n’aurait jamais connu une telle croissance. On assiste depuis les années 1970 à une augmentation spectaculaire du taux d’alphabétisation mondial passé de 61 % à 83 % chez les femmes, et de 77 % à 90 % chez les hommes. A l’époque, 40 % vivaient sous le seuil de pauvreté, aujourd’hui c’est moins de 10 %. Ces progrès considérables ont coïncidé avec le système fiduciaire que nous acceptons tous aujourd’hui. Encore une fois, l’argent et le progrès vont de pair.

    Argent, une histoire de l’humanité, par David McWilliams, traduit de l’anglais par Bérengère Viennot. Les Presses de la Cité, 337 p., 25 €.



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/les-cryptomonnaies-sont-une-arnaque-le-regard-cash-de-leconomiste-irlandais-david-mcwilliams-3ZHZJPCPLJCTPJRLFH3A5A3R6I/

    Author : Baptiste Gauthey, Thomas Mahler

    Publish date : 2026-03-30 16:00:00

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  • « Femmes au foyer » en Ukraine : la réponse cinglante de Kiev au géant allemand de l’armement Rheinmetall

    C’est l’histoire d’un dérapage puis d’un rétropédalage. Vendredi 27 février, Armin Papperger, le patron du géant allemand de l’armement, Rheinmetall, s’est attiré les foudres de l’Ukraine. Interrogé par les journalistes de The Atlantic sur le développement des technologies ukrainiennes, le PDG a comparé les principaux fabricants de drones de Kiev à des « femmes au foyer » dans leurs cuisines, estimant que cela « n’est pas de l’innovation ».

    « C’est comme jouer avec des Legos » s’est ensuite moqué Armin Papperger. Et d’enchaîner avec un propos misogyne : « Elles ont des imprimantes 3D dans la cuisine et elles produisent des pièces pour les drones. » A la question du journaliste sur les capacités de Kiev à développer son arsenal aérien, considéré comme stratégique dans la défense du pays, le PDG allemand a rétorqué : « Ils n’ont pas réalisé de percée technologique majeure. Ce n’est pas la technologie de Lockheed Martin, General Dynamics ou Rheinmetall. »

    Chaque femme au foyer ukrainienne « peut devenir PDG de Rheinmetall »

    Rapidement, les propos du patron de Rheinmetall ont été condamnés par Kiev. Sur X, Alexander Kamyshin, conseiller du président ukrainien, a ironisé sur ses « drones Lego », rappelant leur efficacité face aux chars russes. Ce proche de Volodymyr Zelensky a assuré que les femmes travaillaient à égalité des hommes dans les usines d’armement du pays, insistant sur le fait que ces dernières « méritent le respect ».

    Rheinmetall says our #LEGODrones are #MadeByHousewives in their kitchens. Fine. Meanwhile our #LEGODrones already burned more than 11 thousands of russian tanks. @RheinmetallAG

    — Alexander Kamyshin (@AKamyshin) March 28, 2026

    Volodymyr Zelensky a également réagi à la polémique, assurant que « si chaque femme au foyer en Ukraine peut réellement fabriquer des drones, alors chacune d’entre elles peut devenir PDG de Rheinmetall. »

    Pour apporter leur soutien aux femmes ukrainiennes, les internautes ont créé le hashtag #MadeByHousewives (fait par les femmes au foyer).

    Well, not exactly a Ukrainian “housewife,” but a Ukrainian 😉#MadeByHousewives🇺🇦@UKRinNATO pic.twitter.com/B7ZfRcw9px

    — Alyona Getmanchuk (@getmalyona) March 29, 2026

    « La défense de l’Europe repose sur des femmes au foyer ukrainiennes »

    Depuis dimanche, Rheinmetall tente d’endiguer la polémique. Dans un communiqué, l’entreprise a assuré avoir « le plus grand respect pour les immenses efforts du peuple ukrainien pour se défendre, ajoutant que, la capacité d’innovation et l’esprit combatif du peuple ukrainien sont pour nous une source d’inspiration ».

    Ces propos ont rapidement été corrigés par la Première ministre ukrainienne qui a tenu à souligner le rôle des femmes dans l’effort de guerre. Sur X, Ioulia Svyrydenko a écrit que le peuple ukrainien mérite non seulement le respect, mais que l’expérience du pays pourrait aussi servir d’exemple, insistant sur l’importance de ses concitoyennes. « Oui, la défense de l’Europe repose sur des femmes au foyer ukrainiennes. […] Elles ont fait preuve de courage en s’engageant dans de nombreux domaines autrefois considérés comme réservés aux hommes, apportant énergie, discipline et détermination », a déclaré la dirigeante.





    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/femmes-au-foyer-en-ukraine-la-reponse-cinglante-de-kiev-au-geant-allemand-de-larmement-rheinmetall-3MIAN5REEZF4DCPOH3SZHPGYRM/

    Author : Asia Dayan

    Publish date : 2026-03-30 15:21:00

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  • Cuba : pourquoi Donald Trump a laissé passer un pétrolier russe malgré l’embargo

    Une fois encore, Donald Trump change son fusil d’épaule. Dimanche 29 mars au soir, quelques heures seulement avant l’arrivée sur l’île caribéenne d’un pétrolier russe visé par des sanctions américaines, dans un contexte de blocus pétrolier instauré par Washington, le président américain a annoncé un assouplissement de sa politique. « Si un pays souhaite actuellement livrer du pétrole à Cuba, cela ne me pose aucun problème, qu’il s’agisse de la Russie ou d’un autre pays », a-t-il déclaré à des journalistes à bord d’Air Force One.

    Jusqu’à présent, l’administration Trump avait de facto bloqué toutes les livraisons de pétrole à destination de Cuba, dans le but d’exercer une pression sur les autorités de La Havane soutiens du Venezuela, tout en multipliant les déclarations à caractère menaçant. Ce changement de stratégie intervient après que le New York Times a révélé que les Etats-Unis s’apprêtaient à autoriser un pétrolier russe chargé de brut à accoster à Cuba, apportant ainsi un soutien crucial à l’île, confrontée à une crise énergétique qui ne cesse de s’aggraver.

    Un soutien de la Russie

    Si les raisons de cette inflexion de l’administration Trump restent floues, une tentative de Washington d’intercepter le navire par la force aurait en revanche pu entraîner une montée des tensions maritimes avec la Russie. L’une de ses ambassades a déclaré dans un communiqué que « la Fédération de Russie exprime sa pleine solidarité avec Cuba, considère toutes les restrictions imposées à son encontre comme illégitimes – y compris celles liées à l’approvisionnement en ressources énergétiques – et est prête à fournir toute l’assistance nécessaire, y compris un soutien matériel ».

    Il faut dire que Cuba a perdu en janvier son principal allié régional et fournisseur de pétrole, lorsque les forces américaines ont capturé le président vénézuélien Nicolas Maduro. Dans la foulée, le blocus pétrolier américain a entraîné des coupures d’électricité quotidiennes, de graves pénuries d’essence, une flambée des prix et une dégradation des soins médicaux. Cette politique a suscité de nombreuses critiques internationales, à commencer par l’ONU, qui estime qu’elle contribue à une crise humanitaire. En parallèle, Washington accentue ses pressions politiques, pour inciter Cuba à écarter son président, Miguel Diaz-Canel.

    Stabiliser le réseau

    L’arrivée du pétrole russe devrait toutefois atténuer cette crise, au moins de façon provisoire. Une fois traité, ce brut pourra être transformé en plusieurs produits essentiels comme le diesel, l’essence, le kérosène ou encore le fioul, utilisé dans de nombreuses centrales électriques du pays. D’après Jorge Piñón, ancien cadre du secteur pétrolier et spécialiste du système énergétique cubain à l’Université du Texas, cela devrait contribuer à stabiliser le réseau, limiter les coupures d’électricité, améliorer les transports et soutenir l’activité agricole. « Cela leur fait gagner du temps », explique-t-il au New York Times, tout en précisant que cette solution reste limitée : « Ce n’est pas une solution miracle qui règle tous les problèmes du jour au lendemain. »

    Si Cuba parvient encore à maintenir une alimentation électrique — bien que très instable — c’est d’abord et avant tout car environ 40 % de son réseau repose sur des centrales fonctionnant avec du pétrole brut produit localement. Parallèlement, le pays accélère donc l’installation de panneaux solaires pour être moins dépendant.

    Cuba préparé à une attaque

    Interrogé, Donald Trump a assumé sa décision, expliquant qu’il ne s’opposait pas à une livraison ponctuelle permettant à Cuba de « survivre », tout en affirmant que cela ne changerait rien à la situation globale du pays, qu’il juge voué à l’échec sous son régime actuel. Ce mois-ci, le président américain a déclaré qu’il pensait « avoir l’honneur de prendre Cuba » et a suggéré qu’il pourrait cibler l’île par une action militaire après la guerre en Iran. Le secrétaire d’Etat Marco Rubio, lui, a affirmé vendredi que la Maison-Blanche souhaitait de nouveaux dirigeants à Cuba. « L’économie cubaine doit changer, et elle ne peut pas changer sans une transformation de son système politique », a-t-il indiqué.

    Les responsables cubains, eux, campent sur leurs positions, affirmant que le pays est prêt à se défendre. « Notre armée est toujours prête et, en fait, elle se prépare ces jours-ci à la possibilité d’une agression militaire », a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères cubain, Carlos Fernandez de Cossio, sur NBC. « Nous serions naïfs de ne pas le faire, au vu de ce qui se passe dans le monde. Mais nous espérons sincèrement que cela n’arrivera pas. »



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/amerique/cuba-pourquoi-donald-trump-a-laisse-passer-un-petrolier-russe-malgre-lembargo-MYYF5IFXQFFRPNP3FPHPJRCJBY/

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    Publish date : 2026-03-30 13:17:00

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  • Susanna Loeb, professeure à Stanford : « Le danger de l’IA scolaire, c’est le déchargement cognitif »

    Même Internet n’avait pas bouleversé l’école si brutalement. Dans le monde, 86 % des étudiants utilisent déjà régulièrement l’intelligence artificielle dans leurs études. Compréhensible tant l’outil sait bien résumer quantité d’informations et vulgariser d’obscures notions. Mais la manière dont les élèves l’utilisent déterminera si l’IA sera, pour eux, un allié précieux ou un agent toxique. Professeure à l’école des sciences de l’éducation de l’université Stanford, Susanna Loeb étudie avec minutie l’impact de cette technologie. Entretien.

    De premières études évaluent-elles déjà l’impact de l’IA sur la qualité de l’apprentissage des enfants et des étudiants ?

    Oui, mais les données disponibles sont encore limitées. La tendance la plus claire qui se dégage à ce jour est que l’IA peut améliorer les performances pendant son utilisation, sans pour autant garantir une amélioration durable des performances autonomes par la suite. Une meilleure exécution des tâches n’est pas synonyme d’un apprentissage plus approfondi. La bonne question n’est pas de savoir si l’IA « fonctionne » ou non. La vraie question est : quel type d’outil favorise quel type d’apprentissage, pour quels élèves, dans quelles conditions ? L’adoption de l’IA se fait à la vitesse de l’éclair. Les données scientifiques doivent rattraper ce rythme.

    Dans quelle mesure l’IA peut-elle améliorer l’éducation ?

    Les cas les plus prometteurs sont ceux où l’IA aide les élèves à poursuivre l’effort de réflexion. Un cas d’utilisation particulièrement pertinent est celui du soutien guidé. Des indices, des retours d’information, des questions structurées et un accompagnement étape par étape peuvent aider les élèves à continuer à raisonner au lieu d’abandonner l’exercice. Un autre usage prometteur concerne les enseignants. L’IA peut libérer du temps aux professeurs et aux tuteurs, afin qu’ils se consacrent davantage à l’instruction, aux retours, aux échanges et aux relations humaines. Ce basculement-là aura peut-être autant d’impact que n’importe quelle application directement destinée aux élèves. Une troisième opportunité se situe à l’échelle du système. L’IA pourrait aider les établissements à dispenser un soutien qui a toujours été précieux, mais souvent difficile à offrir de manière régulière. Des emplois du temps plus souples, une meilleure différenciation pédagogique, une communication plus claire. Tout cela peut améliorer significativement les chances d’apprendre. À mon avis, la promesse de l’IA dans l’éducation réside dans le fait de rendre un bon enseignement plus accessible.

    L’IA pourrait-elle également nuire à l’apprentissage ? Y a-t-il par exemple un risque que les gens écrivent beaucoup moins avec l’IA et n’actionnent plus des processus cognitifs essentiels ? Ou qu’ils perdent la capacité à se confronter à un problème difficile sans être immédiatement guidés par un chatbot ?

    Oui, ces menaces sont réelles. Le principal risque est ce qu’on appelle le déchargement cognitif. Les élèves apprennent par l’effort, l’explication, la révision et la confrontation à la difficulté. Lorsque l’IA prend en charge une trop grande partie de ce travail, le processus d’apprentissage peut s’appauvrir, même si le résultat final semble plus solide. Le risque lié à l’écriture en est un bon exemple. L’écriture est souvent ce qui permet aux élèves de clarifier une idée, de tester un argument, et d’analyser ce qu’ils pensent. Un élève qui délègue trop l’écriture à l’IA risque aussi de déléguer une partie de sa réflexion. Le risque lié à la persévérance est tout aussi réel. Les élèves ont besoin de se frotter à la difficulté. Ils ont besoin d’occasion de se retrouver bloqués, de se ressaisir et de persévérer. C’est ce processus-là qui forge leur jugement et leur autonomie. Un bon outil pédagogique réduit la confusion quand celle-ci fait obstacle à la progression. Un mauvais outil pédagogique supprime la friction même qui fait advenir l’apprentissage.

    Quelles limites les parents et les enseignants devraient-ils fixer autour de l’usage éducatif de l’IA par les élèves ?

    Je poserais des limites sur le rôle de l’IA, pas seulement sur le temps passé avec elle. Une règle utile est que l’IA peut soutenir la réflexion, mais qu’elle ne doit pas la remplacer. Cette règle laisse de la place pour des indices, des retours, des exercices d’entraînement et une aide à la révision. Elle laisse beaucoup moins de place aux premières ébauches, aux réponses définitives ou aux solutions complètes que les élèves sont censés produire par eux-mêmes. Sanctuarisons également du temps pour certaines formes de travail. Il est important qu’à intervalles réguliers, les élèves écrivent seuls, lisent seuls, résolvent des problèmes seuls et aient de vraies discussions en direct, sans intermédiaire IA. Ces expériences forgent les habitudes que l’école est censée développer. La question que les adultes doivent se poser est : quelle partie du processus d’apprentissage l’outil est-il en train de prendre en charge à la place de l’élève ?

    Les entreprises d’IA promettent des systèmes capables d’évaluer précisément le niveau de chaque élève et de s’adapter en temps réel. En pratique, cela marche-t-il aussi bien qu’elles l’affirment ?

    Certaines fonctions adaptatives fonctionnent effectivement bien. Les systèmes actuels peuvent parfois ajuster le niveau de difficulté, réagir aux interactions des élèves et fournir des conseils personnalisés. Ces capacités peuvent s’avérer utiles. Il est toutefois difficile, pour le moment, de voir une traduction concrète de promesses beaucoup plus ambitieuses de diagnostic précis et d’enseignement parfaitement adapté à tous les contextes. Les établissements scolaires ont aussi besoin de bien plus qu’une interface réactive. Ils ont besoin d’une cohérence curriculaire, d’un solide jugement pédagogique, d’une évaluation fiable et d’une capacité organisationnelle réelle. En somme, il y a bel et bien des outils adaptifs, mais le discours marketing est souvent plus rodé que la pédagogie derrière.

    À quoi ressemblerait le « mode éducation » idéal d’une IA ?

    Il protégerait la réflexion des élèves. Ce mode les inviterait à essayer, à expliquer, à s’engager et à réfléchir avant de leur apporter une aide substantielle. Il privilégierait les indices plutôt que les réponses, les questions plutôt que les raccourcis, et la révision plutôt que l’accomplissement sans effort. Ce mode éducatif ne se limiterait pas non plus à l’apprentissage de contenus. Il permettrait aux élèves d’explorer en profondeur leurs centres d’intérêt, en leur fournissant des outils pour savoir comment aborder un sujet. Ce mode permettrait enfin aux enseignants et aux parents de contrôler le niveau d’aide dont un élève peut bénéficier et de déterminer à quel moment l’outil doit se mettre en retrait. Le principe fondamental d’un mode d’apprentissage efficace est d’aider les élèves à réfléchir davantage, comme l’exige l’apprentissage, en fonctionnant comme un échafaudage cognitif et non comme un confortable moteur.



    Source link : https://www.lexpress.fr/argent/bourse/susanna-loeb-professeure-a-stanford-le-danger-de-lia-scolaire-cest-le-dechargement-cognitif-QPHJ6TZML5CLPAWW6O2TC3UJ7Y/

    Author : Anne Cagan

    Publish date : 2026-03-30 10:00:00

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  • EN DIRECT. Guerre en Iran : Israël signale une deuxième attaque en provenance du Yémen

    Alors que l’Iran s’est dit prêt dimanche 29 mars à répondre à une opération militaire au sol des Etats-Unis, accusant Washington de préparer une offensive terrestre tout en affirmant chercher à négocier, Donald Trump a assuré dans une interview au Financial Times publiée dimanche soir que les Etats-Unis pourraient prendre « très facilement » l’île de Kharg, cruciale pour les exportations de pétrole iranien.

    En dépit de ces menaces, les négociations avec l’Iran se passent « très bien », assure le président américain, selon qui Téhéran a accepté de laisser passer 20 pétroliers par le détroit d’Ormuz ces prochains jours.

    Les infos à retenir

    ⇒ Les pourparlers avec l’Iran se passent « très bien », assure Donald Trump

    ⇒ Israël signale une deuxième attaque en provenance du Yémen

    ⇒ Un Casque bleu tué au Liban

    09h04

    Israël signale une deuxième attaque en provenance du Yémen

    L’armée israélienne a déclaré ce lundi que l’Iran avait lancé plusieurs vagues de missiles sur Israël, et qu’une attaque avait également été lancée depuis le Yémen pour la deuxième fois seulement depuis le début de la guerre israélo-américaine.

    L’agence a annoncé l’interception de deux drones yéménites tôt lundi matin, sans fournir davantage de précisions. Les milices houthies, soutenues par l’Iran, sont entrées en guerre samedi, tirant des missiles sur Israël et aggravant le conflit qui ravage le Moyen-Orient.

    08h25

    Deux hommes accusés d’avoir planifié des attaques armées exécutés en Iran

    L’organe de presse judiciaire iranien rapporte que les autorités ont exécuté deux hommes, reconnus coupables de liens avec le groupe d’opposition Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran et d’avoir planifié des attaques armées.

    07h36

    De nouvelles frappes israéliennes sur Téhéran

    L’armée israélienne a déclaré ce lundi matin mener des attaques contre ce qu’elle a présenté comme des « infrastructures du régime iranien » à travers la capitale Téhéran.

    07h30

    Une usine de dessalement au Koweït frappée par l’Iran

    L’Iran a attaqué une usine de dessalement au Koweït, qui génère aussi de l’électricité, et tué un ressortissant indien, a annoncé cette nuit le gouvernement koweïtien. « Un bâtiment de service d’une usine de dessalement de l’eau générant de l’électricité a été attaqué dans le cadre de l’agression iranienne contre l’Etat du Koweït, provoquant la mort d’un travailleur indien et des dégâts matériels importants », a écrit sur X le ministère de l’Electricité et de l’eau du Koweït.

    07h12

    Un Casque bleu tué au Liban

    La Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) a annoncé qu’un Casque bleu avait été tué dimanche dans l’explosion d’un projectile sur l’une des positions de la Finul à Adchit-Qousseir au Sud-Liban. Un autre Casque bleu a été grièvement blessé, ajoute la Finul dans un communiqué. « Nous ne connaissons pas l’origine du projectile », est-il écrit dans le communiqué. « Nous avons ouvert une enquête pour déterminer toutes les circonstances ».

    Réagissant sur X, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a « condamné fermement l’incident ». L’Indonésie a fait savoir que le Casque bleu tué était l’un de ses ressortissants.

    I strongly condemn Sunday’s incident during which an Indonesian peacekeeper of @UNIFIL_ was killed amidst hostilities between Israel & Hizbullah. Another Indonesian peacekeeper was seriously injured in the same incident.
     
    My deepest condolences to the family, friends &…

    — António Guterres (@antonioguterres) March 30, 2026

    07h00

    Les États-Unis pourraient prendre « très facilement » l’île de Kharg, dit Donald Trump

    Les Etats-Unis pourraient prendre « très facilement » le contrôle de l’île de Kharg, a affirmé Donald Trump dans une interview publiée dimanche soir par le Financial Times. « Peut-être que nous prendrons l’île de Kharg, peut-être que non. Nous avons beaucoup d’options (…) Je ne pense pas qu’ils aient la moindre défense. Nous pourrions la prendre très facilement », a-t-il déclaré à propos de cette île qui abrite le plus grand terminal pétrolier de l’Iran, assurant environ 90 % de ses exportations de brut.

    06h45

    Les pourparlers avec l’Iran se passent « très bien », assure Donald Trump

    Un accord avec l’Iran pourrait intervenir « très bientôt », a estimé dans la nuit Donald Trump, tout en prévenant que les négociations « directes et indirectes » pourraient ne pas aboutir. « Je pense que nous allons conclure un accord avec eux, j’en suis presque sûr, mais c’est possible que ce ne soit pas le cas », a dit le président américain à des journalistes présents à bord de l’avion Air Force One le ramenant à Washington. Les Etats-Unis négocient « directement et indirectement » avec l’Iran et ces pourparlers se passent « très bien », a-t-il assuré. Il a ainsi affirmé que l’Iran allait laisser passer 20 pétroliers par le détroit d’Ormuz ces prochains jours : « Ils nous ont donné, par respect je pense, 20 bateaux de pétrole, de grands, grands bateaux de pétrole qui vont passer par le détroit d’Ormuz ».

    Les nouveaux dirigeants iraniens sont « très raisonnables », a ajouté le président américain. Celui-ci a de fait expliqué considérer avoir obtenu un « changement de régime » en Iran avec la guerre : « Nous avons eu un changement de régime, on le voit déjà, parce que le premier régime a été décimé, détruit, ils sont tous morts ». « Nous avons affaire à des personnes différentes de celles auxquelles quiconque a eu affaire auparavant. C’est tout un autre groupe de personnes, donc je considérerais que c’est un changement de régime. »



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/en-direct-guerre-en-iran-les-pourparlers-se-passent-tres-bien-assure-donald-trump-MGOARWAA6ZFXTPA5DEF4TFUVSM/

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    Publish date : 2026-03-30 07:45:00

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  • Viktor Orban et les fantômes de la Hongrie : comment il utilise la mémoire comme arme électorale

    A la veille des élections en Hongrie, la solidité d’Orban est ébranlée. Si les sondages doivent être maniés avec prudence dans un pays où l’appareil d’Etat, l’écosystème médiatique et l’architecture électorale ont été méthodiquement soumis au pouvoir, tous convergent malgré tout vers la même évidence : l’écart entre Viktor Orban et Peter Magyar se creuse, et Tisza est désormais en mesure de l’emporter. Le basculement est devenu un scénario plausible. D’autant que certains disent qu’Orban aurait peut-être perçu l’intérêt de faire porter les difficultés économiques du pays à un successeur, pour reprendre la main dans quelques années.

    Cette fragilisation interne tient en partie à un paradoxe : Orban a longtemps transformé ses soutiens extérieurs en certificats de puissance intérieure. Mais les adoubements de Donald Trump et de Benyamin Netanyahou, hier gages d’aura dans l’internationale nationaliste, deviennent des armes à double tranchant en pleine guerre contre l’Iran. Car l’homme qui prétend incarner la stabilité hongroise apparaît de plus en plus dépendant de parrains étrangers dont la charge symbolique pourrait désormais excéder le bénéfice politique.

    S’y ajoutent les révélations, à peine surprenantes, selon lesquelles Budapest aurait transmis à Moscou le contenu de réunions européennes confidentielles. Secret de Polichinelle peut-être, mais secret tout de même. Et lorsqu’un soupçon se mue en accusation publique, il cesse d’être un murmure de couloir pour devenir un fait politique. On ne peut pas encore mesurer l’ampleur exacte des influences, des interférences ni des ingérences électorales. Mais une chose est certaine : le régime n’a plus le monopole du mouvement. En face, Tisza a désormais celui de l’élan, et d’un ersatz de nouveauté.

    Reste la question essentielle : si Magyar gagne, changera-t-il vraiment la donne ? Oui, sur un point décisif pour l’Union européenne : l’Ukraine. Il est infiniment moins prorusse qu’Orban, au moment même où ce dernier bloque un prêt européen de 90 milliards d’euros à Kiev. Pour Bruxelles, cette seule transformation serait décisive. Mais il ne faut pas prendre le post-orbanisme pour une conversion enchantée à l’Europe. Magyar ne sera pas, par magie, une peluche fédéraliste. Il vient du même monde, du même parti, du même logiciel de pouvoir.

    Une longue chaîne de traumatismes historiques

    Pour comprendre ce qui attend la Hongrie, il faut l’aborder obliquement. Et, peut-être, à travers l’un de ses fils les plus lucides : Sandor Ferenczi. Le psychanalyste hongrois a montré comment le traumatisme, quand il n’est ni « digéré », ni symbolisé, ni raconté, ne disparaît pas : il se répète. Il sédimente la mémoire, déforme l’identité et organise un rapport pathologique au temps. Or la culture politique hongroise est travaillée par une longue chaîne de traumatismes historiques dont le traité de Trianon reste la matrice émotionnelle. En 1920, la Hongrie perd les deux tiers de son territoire et une part immense de sa population magyarophone. L’événement devient à la fois humiliation nationale, symbole d’injustice et blessure sans clôture.

    Et Trianon ne vient pas seul. Il s’inscrit après l’occupation ottomane et la fragmentation du royaume, après l’échec de la révolution de 1848 face aux Habsbourg, après la Première Guerre mondiale – puis avant l’écrasement de l’insurrection de 1956 par les Soviétiques. A travers Ferenczi, on peut lire ces épisodes comme des couches successives de dépossession : défaites répétées, souveraineté confisquée, sentiment d’avoir été trahi par l’histoire. Alors se forge un récit collectif de victimisation. Cette posture n’est pas uniquement douloureuse : comme l’a bien vu Slavoj Zizek, elle procure aussi une rente morale : elle donne raison, elle soude, elle exalte, elle désigne des ennemis.

    Orban n’a pas inventé cette disposition psychique, mais il en a fait l’une des armes principales de son régime. Son talent fut de convertir une mémoire blessée en technologie électorale. Magyar, s’il est élu, ne s’attellera pas à atténuer ces dispositions – c’est à la société civile que reviendra cette tâche. Car ce qu’il faudra combattre dépasse un homme : ce sont des réflexes et des récits politiques, culturels et psychiques installés depuis des siècles. L’après-Orban ne serait sans doute pas pire. Il ne sera pas simple pour autant. En Hongrie, l’alternance sera peut-être possible, mais la guérison, elle, demandera davantage qu’une victoire électorale.

    Catherine Fieschi est chercheuse au centre Robert Schuman de l’Institut universitaire européen (IUE) de Florence



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/viktor-orban-et-les-fantomes-de-la-hongrie-comment-il-utilise-la-memoire-comme-arme-electorale-WOXBBJFVUFHXNGJYMNRQCCUYJY/

    Author : Catherine Fieschi

    Publish date : 2026-03-30 05:30:00

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  • Anthropic contre OpenAI : la guerre qui change le cours de l’IA

    L’histoire peut rappeler celle de Bill Gates et Steve Jobs. Durant les années quatre-vingt, les anciens dirigeants de Microsoft et Apple se sont écharpés sur leur vision de l’informatique qu’ils essayaient à leur manière de révolutionner. Gates avec une vision plutôt utilitariste. Jobs, dans un style résolument plus esthétique, centré sur l’expérience produit et le confort des utilisateurs. Dario Amodei, chercheur en biologie de formation et patron d’Anthropic, et Sam Altman, entrepreneur aussi visionnaire que subversif, à la tête d’OpenAI, incarnent aujourd’hui deux conceptions bien différentes de ce que doit être une entreprise d’intelligence artificielle générative. La technologie du moment.

    Amodei, comme Gates, mise sur la productivité et bouscule notre manière d’utiliser un ordinateur grâce à Claude. Altman a introduit avec ChatGPT une réponse personnalisée à n’importe quelle question. Un produit déjà utilisé par 900 millions de personnes par semaine, un record d’adoption. Et comme Bill Gates et Steve Jobs en leurs temps, ils se détestent. Sur la scène du Sommet international de l’IA à New Delhi, en février, les deux leaders se sont un temps retrouvés côte à côte. Les sourires gênés ont laissé place au malaise quand tous les participants se sont pris la main pour la photo souvenir. Eux ont soigneusement évité de se toucher. La photo de cette esquive a fait le tour du monde.

    Amodei et Altman se connaissent pourtant très bien. Anthropic a été fondé par sept dissidents d’OpenAI, dont Dario et sa sœur Daniela. La fratrie, présente depuis 2016, quitte l’entreprise près de cinq ans plus tard, convaincue que la sécurité de l’IA, sujet sur lequel veillait personnellement l’ingénieur d’ascendance italienne, devait l’emporter sur la commercialisation à tout prix. Soit plusieurs mois avant que la vague ChatGPT ne déferle sur le monde à une vitesse stupéfiante. Première fracture. Et un événement à l’origine d’une course mondiale… sur les talons d’OpenAI.

    Remontada

    La brouille de New Delhi illustre une nouvelle réalité : Anthropic joue désormais dans la même cour que le pionnier de l’IA générative. En termes de chiffres d’affaires, d’abord : près de 19 milliards de dollars, contre 25 pour OpenAI. Le cabinet spécialisé Epoch AI estime qu’Anthropic pourrait dépasser son rival dès le milieu de cette année si la tendance actuelle se maintient. Les résultats d’Anthropic ont en effet été multipliés par dix chaque année depuis qu’il a atteint le milliard de dollars, contre une croissance de 3,4 fois chez OpenAI sur la même période. En performance, même constat. Le classement Arena, qui répertorie les grands modèles de langage (ou LLM) sur des milliers de tâches effectuées par de vrais utilisateurs, confirme la montée en puissance d’Anthropic : ses versions Opus ou Sonnet dominent dans le texte, la lecture de documents et la recherche web. GPT tirant uniquement son épingle du jeu dans la création d’images, un segment sur lequel Anthropic ne se positionne pas.

    Un logiciel a tout changé : Claude Code. Cet outil de développement informatique lancé discrètement comme projet en interne chez Anthropic s’est imposé comme un phénomène parmi les codeurs. Et au sein même de sa firme d’origine : 90 % du code d’Anthropic est aujourd’hui généré par Claude. Hanan Ouazan, consultant au cabinet Artefact AI, au détour d’une conversation sur les World Models auprès de L’Express, assurait récemment : « Cet assistant a rendu le code ludique Pour chaque besoin de ma vie, il m’est possible de créer un produit. Personne n’aurait ne serait-ce que rêvé de cela il y a encore dix ans. » Dans les couloirs de certains grands groupes tricolores, des témoignages signalent également des gains de productivité de 20 à 30 % sur le code, un niveau inédit. Gabriel Hubert, CEO de Dust, entreprise spécialisée dans l’IA à destination des professionnels, entrevoit une transformation plus vaste : « Si l’on arrive à créer des programmes qui enlèvent le besoin de former ou d’acheter des développeurs, on abaisse considérablement ses coûts. » Au XXIe siècle, toutes les entreprises ou presque, codent.

    C’est ainsi qu’Anthropic s’est imposé sur le marché stratégique « BtoB » dont il est dorénavant le leader, aux Etats-Unis comme en Europe. La start-up capture plus de 73 % de toutes les dépenses des entreprises qui achètent des outils d’IA pour la première fois, selon les données de Ramp, spécialiste américain de la gestion des dépenses d’entreprise. Elle accélère en ce moment dans le domaine prometteur de l’agentique – l’autonomie des IA – avec des produits comme Cowork prenant le contrôle entier d’un ordinateur. Et comme le suggère le chiffre d’affaires d’Anthropic, cette branche semble la plus lucrative, loin devant celle du « grand public ». Sam Altman l’a reconnu : même leur abonnement mensuel à 200 dollars n’est pas rentable. Alors, à plus de 900 millions d’utilisateurs hebdomadaires de ChatGPT, dont une majorité gratuitement, les pertes s’accumulent à toute allure. OpenAI est de loin celui qui brûle le plus de cash dans l’IA. Les estimations frôlent la centaine de milliards de dollars d’ici à 2030. Anthropic aussi, est toujours déficitaire. Mais dans les entreprises, le fonctionnement par API (interface de programmation d’application) a l’avantage d’être monétisé en fonction de l’usage. Pas d’un abonnement, plafonné. Ce qui permet d’envisager une rentabilité plus rapide. D’après le média The Information, elle pourrait arriver en 2028 pour Anthropic. Deux ans avant sa Némésis.

    Le tournant d’OpenAI

    De quoi déclencher le « Code rouge » chez OpenAI. Fidji Simo, la Française chargée de la monétisation de ChatGPT, a publiquement sifflé la fin des « quêtes secondaires » : « Nous étions en train de disperser nos efforts sur trop d’applications. Cette fragmentation nous a ralenti. » « OpenAI n’a pas fait assez de choix et le paye. Ils ont un vrai ‘sujet Anthropic’, car ils font face à des gens organisés autour d’objectifs clairs », résume Jean-Baptiste Bouzige, fondateur d’Ekimetrics, expert en déploiement de solutions d’IA. OpenAI a donc abandonné Sora dans la génération vidéo malgré un juteux contrat avec Disney chiffré à un milliard de dollars. Il a également laissé tomber le navigateur Atlas, stoppé la création de contenus « adultes » sur ChatGPT, et réorienté des équipes entières vers la robotique et le code. Laissant, sur l’innovation grand public, le champ libre à l’ogre Google ou à des concurrents chinois, en particulier sur l’aspect vidéo. Ou le « slop », ces vidéos de qualité médiocres souvent dénoncées comme un dévoiement des formidables capacités de l’IA pour la science, la santé, ou l’industrie.

    Parmi ses atouts pour rebondir, OpenAI dispose d’une puissance financière sans équivalent. Sa valorisation dépasse les 700 milliards de dollars – Anthropic est deux fois plus petit, et sa dernière levée de fonds (30 milliards de dollars) représente le tiers de celle de son rival. Les partenariats noués par Sam Altman avec Microsoft et Nvidia en tête, lui offrent également une marge de manœuvre qu’Anthropic ne possède pas. Notamment pour « scaler » : passer à l’échelle. Claude est quelque peu « victime de son succès », rappelle Gabriel Hubert. Entre arrêts de services et coupures momentanées, son service n’est pas le plus stable à l’heure actuelle, glisse-t-il. La base massive d’utilisateurs d’OpenAI demeure un atout, si l’entreprise arrive un jour à bien la monétiser. Elle investit enfin massivement dans sa propre infrastructure, y compris dans le développement de ses propres puces électroniques. Un élément crucial pour abaisser le coût de ses propres modèles. Ce qui pourra faire la différence, à terme, chez les entreprises et les grands comptes.

    Guerre de l’image

    Les deux firmes, aux mêmes objectifs, devraient ainsi batailler les prochaines années sur un autre front : celui de l’image. Une fois de plus, OpenAI à fort à faire. Claude est jugé moins servile que ChatGPT ; il ne cherche pas la surenchère flatteuse, ne reformule pas indéfiniment pour plaire. Un positionnement plus pro, plus éthique, aussi. Plusieurs tests suggèrent une meilleure prise en compte des aspects liés à la sûreté ou des exigences de sécurité des LLM. L’un d’eux, conçu par les équipes françaises de Giskard – le baromètre Phare – place les différents modèles d’Anthropic largement en tête sur la sécurité, signalant une tendance aux hallucinations nettement inférieure à celle de ses concurrents. Le laboratoire a par ailleurs été le premier à inaugurer le concept de « l’IA constitutionnelle » : les modèles sont éduqués sur une constitution de valeurs, mise à jour publiquement, rappelant les grandes lois de la robotique d’Asimov. Anthropic refuse également la publicité personnalisée, à l’inverse de son concurrent, qui s’apprête à l’inaugurer aux Etats-Unis.

    Son principal fait d’armes demeure son refus de laisser le Pentagone utiliser ses modèles pour des armes autonomes ou de la surveillance généralisée. L’administration Trump a alors contraint les entreprises vendant des services directement liés à Claude au Pentagone à rompre leurs contrats. Plusieurs centaines selon le New York Times. L’entreprise minimise quant à elle les conséquences, très marginales, sur son business. Une juge californienne a du reste suspendu la décision administrative frappant la start-up. La victoire est double : cette résistance à Trump sera sans doute appréciée en Europe, en bisbille avec le milliardaire. OpenAI a de son côté noué un important contrat avec le Pentagone. Les conséquences ne se sont pas fait attendre : les désabonnements ont augmenté de 300 % le week-end qui a suivi la signature, a signalé la plateforme d’analyse Sensor Tower.

    Altman et Amodei se ressemblent cependant sur un point. Ils suggèrent régulièrement que les IA auront un impact colossal sur l’emploi, dissertent sur la prétendue conscience des modèles ou le risque existentiel qu’ils représentent. Une manière de signaler qu’ils sont les seuls à maîtriser une technologie aussi dangereuse. Et donc, implicitement, qu’ils sont indispensables. « Je suis toujours surpris que leurs stratégies soient prises pour des prophéties. Ils sont à la fois juges et parties », observe sans détour Jean-Baptiste Bouzige, d’Ekimetrics. Apôtre de la transparence, Anthropic n’a par ailleurs jamais publié un modèle open source et peine à s’en expliquer. Comme toutes les Big Tech, en Europe, elle a choisi de s’installer à Dublin, une capitale à la fiscalité avantageuse. Qui sait ce que l’avenir réserve à Dario Amodei et Sam Altman. Il faut le rappeler, dans la vie comme dans le business, les rivalités finissent parfois par s’estomper. Même Steve Jobs et Bill Gates avaient fini par se réconcilier.



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/high-tech/anthropic-contre-openai-la-guerre-qui-change-le-cours-de-lia-MJ6BRVD7W5H6NL7STVPGRQS7ZU/

    Author : Maxime Recoquillé

    Publish date : 2026-03-29 11:00:00

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  • Etats-Unis : Maga fracturé sur l’Iran ? Pourquoi la révolte contre Donald Trump n’a pas lieu

    Tucker Carlson, Megyn Kelly, Marjorie Taylor Greene… Trois figures ultra-médiatiques parmi les plus influentes de la galaxie Maga. Trois pourfendeurs de l’intervention américaine en Iran, au point que, depuis le début de l’opération « Furie épique le 28 février, un constat s’est largement imposé dans la presse et chez certains observateurs : le camp Maga serait fracturé sur l’Iran. Gabe Fleisher, auteur de la newsletter Wake Up To Politics, en vogue à Washington, n’est pas de cet avis. Ce jeune journaliste américain revendique une approche fondée sur les données, qu’il privilégie aux récits séduisants mais parfois éloignés de la réalité. Or, explique-t-il à L’Express, « la guerre en Iran est massivement impopulaire chez les démocrates, peu populaire chez les indépendants, mais enquête après enquête, les républicains la soutiennent à des niveaux élevés ». Un sondage Politico réalisé avec Public First du 13 au 18 mars révèle par exemple que 61 % des électeurs pro-Trump non-Maga approuvent l’opération. Ce chiffre monte à 81 % chez les électeurs se définissant comme Maga. Malgré la promesse rompue par Donald Trump de ne pas intervenir militairement à l’étranger, les électeurs Maga lui restent donc fidèles.

    Aurait-on fantasmé une rébellion de la base trumpiste ? Gabe Fleisher y voit plutôt une illusion d’optique. D’abord, si des figures emblématiques de la mouvance Maga, dotées d’importantes audiences et de plateformes influentes auprès des partisans du président, ont certes pris leurs distances sur l’Iran, « ces voix ne sont pas forcément suivies sur ce sujet », tempère le journaliste de 24 ans, dont la newsletter est lue quotidiennement par 60 000 personnes, au premier rang desquels l’avocat Doug Emhoff, le mari de Kamala Harris.

    Maga, une fausse casquette idéologique

    Par ailleurs, ajoute Gabe Fleisher, les sondages prennent du temps à être réalisés correctement, « donc au début, on entend surtout ces grandes figures influentes. Cela alimente la première vague d’articles ». « En fin de compte, poursuit-il, comme on l’a vu à plusieurs reprises au cours des quatorze derniers mois, vous pouvez vous appeler Marjorie Taylor Greene, avoir beaucoup d’abonnés sur les réseaux sociaux, ou Tucker Carlson et disposer d’une large audience, lorsque Donald Trump est opposé à d’autres figures du Parti républicain, les électeurs Maga se rangent derrière lui. »

    Autre événement ayant renforcé l’idée d’une fracture majeure au sein de Maga : la démission de Joe Kent, qui était à la tête du Centre national de lutte contre le terrorisme. Certes, ce n’est pas tous les jours qu’un membre éminent d’une administration jette l’éponge en signe de protestation. Mais, là encore, il convient d’en relativiser la portée : comme le souligne à L’Express l’experte en politique étrangère américaine Suzanne Nossel, Joe Kent représente « une figure assez marginale » au sein de la sphère Maga.

    Troisième effet d’optique : les différentes réalités derrière la casquette de républicain « Maga ». Beaucoup de journalistes et de commentateurs y accolent une étiquette idéologique. Or, explique Gabe Fleisher, « les données suggèrent que lorsque des électeurs se définissent comme républicains Maga, il s’agit moins d’une étiquette idéologique que d’une étiquette personnelle ». Ainsi, il s’agit moins d’une adhésion à une doctrine précise que d’un soutien personnel à Donald Trump et la volonté de le suivre dans ses décisions. Cela ne signifie pas pour autant que l’influence de ces figures médiatiques est nulle, ni qu’il n’existe pas, en profondeur, des interrogations, voire une certaine opposition, à la guerre. Il se peut que ces électeurs aient une vision différente de ce qu’ils espéraient de la présidence Trump. Mais malgré cela, lorsqu’un sondeur leur demande s’ils approuvent l’action de Donald Trump ou s’ils soutiennent la guerre, ils l’appuient dans la grande majorité des cas.

    Or, « la dernière décennie en témoigne : sur tout un tas de sujets, le président Trump est une figure très flexible sur le plan idéologique », commente Gabe Fleisher. « Si l’on ajoute à cela le fait que la majorité des républicains Maga semblent prêts à le suivre quelles que soient ses positions, ajoute-t-il, on peut en conclure que le ‘républicanisme Maga’ est, à l’image de Donald Trump lui-même, idéologiquement flexible. S’identifier à Trump signifie accepter cette flexibilité idéologique. » Et faire preuve d’une loyauté jusqu’ici redoutable si l’on en croit les sondages. Une loyauté non pas envers un ensemble d’idées, mais envers une personne, avec une confiance accordée à Donald Trump, quel que soit le chemin qu’il emprunte. Il serait donc, selon ce journaliste, plus pertinent de parler de « républicains pro-Trump » plutôt que de « républicains Maga » quelle que soit la direction idéologique que cela implique à un moment donné.

    Une toute-puissance qui est aussi sa faiblesse

    Les inquiétudes liées à la hausse des prix de l’énergie ne sont-elles pas susceptibles de se retourner contre le président auprès de sa propre base ? Autrement dit, la loyauté est-elle plus forte que le porte-monnaie ? « Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de sujets qui pourraient réellement les amener à abandonner leur soutien à Trump », analyse notre interlocuteur. Et cette vidéo devenue virale montrant une électrice de Donald Trump en train d’insulter le président dans une station-service en raison de la hausse du prix à la pompe ? Gabe Fleisher invite à la prudence : « Les vidéos peuvent être utiles pour illustrer un point particulier surtout si elles accompagnent des données. Mais il vaut mieux d’abord regarder celles-ci et ensuite, si l’on observe des évolutions importantes au sein d’un groupe d’électeurs, recueillir leurs témoignages pour tenter de comprendre pourquoi. »

    Bien plus importants à l’approche des midterms : les indépendants, ces personnes qui penchent plutôt d’un côté ou de l’autre mais sans être fortement engagées, et dont on ne sait pas toujours si elles vont réellement aller voter le jour de l’élection. « Pour ce groupe, les préoccupations économiques dominent largement, explique le journaliste. La hausse des prix pourrait affaiblir le soutien au président, or c’est précisément ce groupe qui a fait basculer l’élection en sa faveur en 2024. » En cela, un sondage publié ce 25 mars par le Pew Research Center n’augure rien de bon pour le président américain : si environ sept républicains sur dix approuvent la gestion du conflit en Iran et considèrent que la décision était justifiée, les indépendants proches du Parti républicain, eux, sont divisés : environ 52 % approuvent, contre 45 % qui désapprouvent.

    Un traitement médiatique biaisé ?

    Plus largement, les jeunes hommes, les indépendants, les Hispaniques et, dans une moindre mesure, les électeurs noirs – quatre catégories auprès desquelles Donald Trump avait marqué des points importants en 2024 – semblent se détourner de lui. « Si l’on regarde aujourd’hui ses taux d’approbation auprès de ces mêmes groupes, ils sont redescendus, et dans certains cas, ont même reculé à des niveaux inférieurs à ceux d’avant l’élection », pointe Gabe Fleisher.

    Ironie de l’histoire : tout aussi forte que soit l’emprise de Donald Trump sur la base Maga, celle-ci n’est pas une assurance-vie puisque, selon les périodes, entre 50 % et 60 % des républicains se définissent Maga et qu’environ un tiers des Américains se déclarent républicains. Et la toute-puissance trumpienne dans la sphère Maga pourrait bien constituer sa principale faiblesse. Parce qu’il ne repose pas sur une idéologie distincte mais sur Donald Trump lui-même, le mouvement lie son destin à celui du président. Mais « un mouvement idéologique ne peut réellement survivre que s’il repose sur une idéologie claire. Or, Trump n’en a pas », assène Gabe Fleisher.

    Reste une question. Celle du traitement médiatique, au miroir parfois déformant. En offrant une large tribune à certaines figures médiatiques contestataires issues de la sphère Maga, au risque de déformer la réalité de l’opinion de cet électorat dans son ensemble, les médias font-ils fausse route ? « C’est un biais qui n’est ni de gauche ni de droite », répond ce natif du Missouri. Les journalistes, explique-t-il, occupent une position assez spécifique dans la société américaine : la plupart sont diplômés de l’université (lui-même est passé par Georgetown), ce qui les place déjà en décalage avec environ la moitié du pays en termes de niveau d’éducation. De surcroît, une grande majorité d’entre eux vit dans quelques grandes villes — New York, Washington D.C., Los Angeles, « ce qui signifie qu’une large portion du pays, notamment le centre des États-Unis, est absente de leur quotidien : ils n’y vivent pas, n’y échangent pas avec les habitants ».

    Cette proximité de trajectoires se reflète aussi dans les personnes qu’ils citent ou invitent et qui, malgré des positions idéologiques différentes, évoluent dans des environnements similaires. Dès lors, les médias tendent à privilégier les voix les plus engagées sur chaque sujet, faciles d’accès et expertes, mais qui ne représentent pas toujours l’opinion générale. Cela peut conduire à une vision biaisée des priorités des électeurs.

    De l’utilité des sondages

    Gabe Fleisher prend l’exemple de la politique étrangère, un domaine très prisé des journalistes : « C’est une démarche parfaitement légitime mais cela ne signifie pas pour autant que la majorité des Américains accorde la même importance à ces questions. Les sondages montrent au contraire que la politique étrangère ne figure pas parmi les priorités déterminantes au moment de voter », rappelle-t-il.

    Et ce décalage se retrouve, selon lui, sur de nombreux sujets. La génération Z, par exemple. « Lorsqu’on cherche des interlocuteurs, on se tourne naturellement vers les militants : ceux qui manifestent, publient des communiqués, ce sont les plus accessibles. La couverture médiatique finit par refléter ce que disent ces militants très engagés : que les priorités de la génération Z seraient les prêts étudiants, le climat, le conflit israélo-palestinien. Pourtant, relève Gabe Fleisher, les sondages racontent une autre histoire : les préoccupations économiques dominent largement leurs priorités, bien davantage que ces enjeux sociétaux mis en avant. » Même schéma concernant les électeurs hispaniques : « certains démocrates ont longtemps pensé qu’un assouplissement sur l’immigration était la clé pour les convaincre, ce que les sondages ne confirmaient pas, mais que défendaient certains militants issus de ces communautés. » En résumé, c’est un piège dans lequel les médias tombent souvent. C’est pourquoi, malgré leurs imperfections, les sondages restent utiles, conclut le journaliste.



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/etats-unis-maga-fracture-sur-liran-pourquoi-la-revolte-contre-donald-trump-na-pas-lieu-LUVNOOWBPBE7REY2QGV7CWV66E/

    Author : Laurent Berbon

    Publish date : 2026-03-29 14:00:00

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  • Jean-Marc Jancovici : « Nous avons eu le nucléaire honteux et nous en payons les conséquences »

    Que penser du revirement récent de l’Europe sur le nucléaire ? Que vaut notre mix énergétique français ? Les démocraties libérales sont-elles armées pour faire face aux défis climatiques qui se posent à elles ? Jean-Marc Jancovici. ingénieur, président du Shift Project, et incarnation d’une écologie appuyée sur la rigueur scientifique, est l’invité des Grands entretiens d’Anne Rosencher.

    Anne Rosencher : Le 10 mars, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne et ancienne ministre d’un gouvernement d’Angela Merkel, déclarait que réduire la part du nucléaire en Europe depuis les années 1990 avait été « une erreur stratégique ». Avez-vous été surpris par ces mots ?

    Jean-Marc Jancovici : Non. Cela fait deux ou trois ans que l’opinion a viré sur le sujet : du fait de la guerre en Ukraine, les Européens sont redevenus bien plus favorables au nucléaire. Ce n’est pas un phénomène français, mais paneuropéen : partout, cette source d’énergie a gagné 15 à 20 points d’opinions positives. Outre-Rhin, l’évolution est notable puisque près d’un Allemand sur deux est favorable à la construction de nouveaux réacteurs. Et donc le discours politique s’adapte. Soyons lucides : à part quelques décisions courageuses en avance de phase – comme l’abolition de la peine de mort en France en 1981 –, les élus sont un très bon reflet de l’opinion… avec trois ans de retard !

    Après deux ans et demi de retard, la programmation pluriannuelle de l’énergie française, qui fixe la stratégie de la France jusqu’en 2036, a vu le jour en février. Dix ans, est-ce le bon horizon de temps pour planifier en la matière ?

    Ça dépend de quoi l’on parle. Si on parle d’un système électrique, le bon horizon, c’est 50 à 100 ans ; si l’on parle d’un parc de voitures ou de chaudières, c’est entre 20 et 50 ans. Mais il faut bien des points intermédiaires, et programmer à la fois des choses à l’échelle de l’année, à l’échelle de la décennie et à l’échelle du siècle.

    Et que pensez-vous du contenu de cette PPE ?

    La question que tout le monde se pose est : cette PPE propose-t-elle le bon équilibre entre le nucléaire et les renouvelables électriques ? Notons au passage que, quand on parle de renouvelables, les gens ne pensent pas à l’hydroélectricité, qui a été historiquement la première source d’énergie renouvelable. On pense plutôt à ce qui est en cours d’installation et qui provoque la colère ici ou là : les panneaux solaires et les éoliennes. Ces dispositifs ont des avantages et des inconvénients. L’avantage, c’est qu’ils sont rapides à installer ; l’inconvénient, qu’il est compliqué de bâtir un système énergétique dessus, car ils ne sont pas pilotables, du fait de leur dépendance aux éléments. Faut-il le rappeler ? Il y a du soleil uniquement dans la journée, et plus l’été que l’hiver. Si l’on a besoin, mettons, de se faire opérer la nuit, en hiver, l’électricité solaire en direct ne fonctionne pas. Les Allemands ont essayé de résoudre ce problème avec du stockage, mais n’y sont pas arrivés : on peut faire du stockage journalier, mais pas intersaison. Ils vont donc reconstruire des centrales à gaz. Nous, nous avons le nucléaire – qui présente les caractéristiques exactement inverses de celles du solaire et de l’éolien : construire un système autour du nucléaire, c’est simple ; en revanche, construire une centrale, c’est long, compliqué et éventuellement coûteux.

    Le nucléaire peut-il être modulable pour absorber l’intermittence du solaire et de l’éolien ?

    Oui, et c’est ce qu’on a fait en France, bien que la fonction première d’un réacteur soit de produire de l’électricité en permanence. Faire de la modulation du nucléaire comme on en fait de plus en plus n’est pas optimal économiquement : une centrale étant essentiellement un système à coûts fixes – celui de sa construction et des frais financiers associés –, elle coûte grosso modo la même chose que vous en serviez peu ou beaucoup. Le système parfait aurait été de ne pas avoir le nucléaire honteux pendant trente ans, de renouveler le parc au fur et à mesure qu’il devenait obsolète, et de compléter cela avec l’hydraulique – notamment les STEP (Stations de Transfert d’Energie par Pompage), ces barrages réversibles qui apportent énormément de flexibilité à l’échelle de la journée, voire de la semaine. La combinaison des deux, sur laquelle on a historiquement bâti notre système en France, avec un peu de gaz et un peu de charbon, formait un système qui fonctionnait bien. Et on l’a cassé.

    Pourquoi ?

    Parce que nous avons eu vingt ou trente ans de nucléaire honteux, et que cela continue d’avoir des conséquences de long terme. Ce n’est pas parce que Mme von der Leyen est subitement « frappée par la grâce » que tout rentre dans l’ordre. Le nucléaire, c’est un système avec beaucoup d’inertie, où les projets s’inscrivent à l’horizon de décennies. C’est pourquoi, même si personnellement j’aime beaucoup le nucléaire, notre situation actuelle justifie qu’on investisse dans les renouvelables, à condition de savoir gérer le réseau en pareil cas : c’est la seule chose qu’on soit capable de construire dans les années qui viennent. Enfin, il faut aussi et impérativement se poser cette autre question : faut-il plutôt pousser les feux sur l’accélération des moyens de production électriques – éolien, solaire, nucléaire – ou tenter d’accélérer la demande, c’est-à-dire encourager les particuliers et les industries à consommer davantage d’électricité en remplaçant progressivement les usages fossiles ? Personnellement, je pense que le meilleur service qu’on puisse rendre à tous les moyens de production décarbonés, c’est tout simplement que leur demande augmente.

    Vous avez participé au Grenelle de l’environnement en 2007, conseillé Nicolas Hulot avant qu’il ne soit ministre, et pu observer ici ou là les mécanismes de la prise de décision politique sur les questions qui vous intéressent. Quelles leçons en avez-vous tirées ?

    Un élément me paraît partagé par la quasi-totalité des partis politiques : ils n’ont pas compris l’importance de l’énergie dans la structuration du monde moderne. Peut-être en partie parce que l’attention médiatique traite le sujet en l’intercalant entre les retraites, la diplomatie et la gestion de l’inflation, et fixe notre regard sur des indicateurs conventionnels (notamment les prix) qui s’écartent de plus en plus du monde physique. Or l’énergie est ce qui régit le monde physique : ce qui compte, c’est la quantité d’énergie disponible, pas son prix. Vous n’avez qu’à voir le débat aujourd’hui : il est question que 25 % des exportations mondiales de pétrole arrêtent de transiter par le détroit d’Ormuz, et de quoi parle-t-on ? De prix ! Le vrai sujet avec ce qui est en train de se passer en ce moment, c’est notre dépendance à un pétrole importé dont la disponibilité future va baisser de toute façon, que cela nous plaise ou non. Le dernier moment où l’on a été un peu sérieux sur la question, c’était au moment des chocs pétroliers. Depuis, c’est traité par-dessus la jambe. Et on en arrive à un François Hollande, qui se dit que fermer la moitié des réacteurs nucléaires ne pose aucun problème. C’est de la négligence. L’énergie est un sujet connecté à tout, car c’est la nourriture des machines. Si l’on a beaucoup d’énergie, on a beaucoup de machines, donc beaucoup de production, donc beaucoup de revenus. C’est aussi simple que cela. On serait bien inspirés de s’occuper plus d’énergie, quel que soit le sujet économique ou social qu’on regarde.

    Les opinions publiques sont de moins en moins climatosceptiques qu’il y a dix ou quinze ans. Selon vous, a-t-on pris la mesure du défi qui se présente à nous ?

    En la matière, la réponse aux sondages est souvent fonction de la question posée. Une étude de l’association Parlons Climat a montré que le taux de climatosceptiques dans les sondages augmente si l’on propose davantage de réponses climatosceptiques dans l’éventail des choix. Dit autrement, si vous proposez seulement deux réponses – le changement climatique existe : oui ou non –, vous obtenez 25 % de climatosceptiques. Mais si vous proposez : « il existe, mais ce n’est pas dû à l’homme », « le climat a toujours varié », etc., le taux de réponses négatives augmente très fortement. Qu’est-ce vraiment un climatosceptique ? Je ne sais pas. Quand vous regardez les gens qui sont réellement défiants vis-à-vis des bases scientifiques, c’est moins de 10 %. En revanche, vous avez une bonne frange de gens que je nomme les « climato-énervés ». Ils ne nient pas le changement climatique, mais ils ne se reconnaissent pas dans le monde proposé pour le combattre, ou dans les personnes vocales sur le sujet. Ils se disent : « la voiture électrique, c’est trop cher pour moi » ; « Les bobos m’emm…ent » ; « J’ai envie de griller de la viande sur mon barbecue le week-end. » En gros, c’est jeter le bébé avec l’eau du bain : parce qu’ils n’aiment pas les préconisations, ou leurs messagers.

    Vous dites parfois que le réchauffement de 4 degrés sur la Terre en 10 000 ans l’a totalement modifiée. Que ferait donc 1,5 degré en un siècle ?

    1,5 degré, on y est quasiment. Vous allez me dire : et alors ? On est vivants. Mon salaire continue d’arriver sur mon compte à la fin du mois, et il y a toujours de la nourriture au supermarché. Le problème, c’est qu’une partie des conséquences de ce qu’on a fait va arriver avec le temps. Par exemple, le Groenland a commencé à fondre, et cela va continuer pendant encore des siècles ou des millénaires, quoi qu’on fasse désormais. De ce fait, le niveau des océans va s’élever, à terme, de quelques mètres. Le coup est parti. Cela rendra beaucoup d’infrastructures portuaires inopérantes ; repoussera les nappes phréatiques à l’intérieur des terres, notamment dans les côtes basses qui sont souvent des plaines cultivées ; et à 2 degrés, 90 % des glaciers des Alpes vont disparaître à terme. Il faut bien comprendre qu’aujourd’hui, ces conséquences sont le plus souvent indolores grâce à l’énergie abondante : on reconstruit rapidement, on climatise en cas de canicule, on pompe et on évacue en cas d’inondation, on peut se nourrir à partir de ce qui a poussé loin parce que des camions circulent quand on n’a plus rien qui pousse à côté. L’énergie abondante, c’est la baguette magique qui permet de répondre à tout. Or, à l’horizon des conséquences importantes du changement climatique, dans 50 à 100 ans, cette abondance énergétique sera en partie derrière nous : on va devoir gérer davantage de situations critiques avec moins de moyens. Il y aura un « effet cisaille » dont je ne sais pas vous dire à quelle échéance il arrivera, mais il arrivera. Si vous devez gérer simultanément une catastrophe climatique et le blocage du détroit d’Ormuz, par exemple, les choses vont vite se tendre.

    Une question revient souvent dans le débat : le libéralisme philosophique et politique, qui fonde nos sociétés occidentales, est-il armé face au défi climatique ?

    Gérer une ressource contrainte passe par de la planification, et la planification est clairement plus facile dans les Etats forts. On le voit du reste : la Chine avance à coups de plans quinquennaux. Entendons-nous : je ne dis pas que j’ai très envie d’un régime à la chinoise en France. Mais il faut avoir conscience que chaque médaille a son revers. Les Chinois avancent vite parce qu’il y a un certain nombre de sujets sur lesquels ils ne demandent pas son avis à la population, et qu’ils bénéficient de la continuité d’un système sans alternances politiques. Chez nous, il y a un risque que les choses se fassent à nos dépens : quand vous avez une contrainte et que vous n’êtes pas capable de vous organiser pour la gérer, c’est la contrainte qui gagne. Et c’est ce qui est déjà en train de se passer en Europe, pour partie.

    N’est-ce pas justement la force de la démocratie que de s’autoréguler et de s’autocorriger par le débat public et le vote ?

    Comme le disait Tocqueville, la démocratie est un système lent. Et les systèmes lents sont adaptés aux périodes de prospérité, quand vous avez le temps de faire « essai-erreur » sans qu’il y ait de sanction. C’est pourquoi les démocraties sont des régimes puissants en période de prospérité, et plus fragiles par gros temps. Il y a quand même quelques exceptions : le Royaume-Uni est resté une démocratie pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais cela demande des consensus très forts au sein de la population. Aujourd’hui, on voit bien que depuis que l’Europe a arrêté sa croissance réelle, autour de 2007, des craquements se font sentir dans les urnes.

    Pour vous, sommes-nous déjà en décroissance ?

    Plusieurs indicateurs le suggèrent. Mon préféré est la quantité totale de marchandises chargées dans des camions une année donnée. Car à quelques exceptions près – les marchandises acheminées par train ou par bateau –, il y a toujours un bout de camion dans le transport des biens. Cet indicateur est en baisse en Europe depuis 2007, ce qui traduit une contraction de l’économie physique. Selon moi, on se raconte des histoires de croissance du PIB avec des artefacts, alors que depuis la fin des années 2000, la décroissance de l’économie « réelle » a commencé. C’est depuis cette époque, incidemment, que l’on voit de plus en plus de gens avoir du mal à boucler leurs fins de mois. Mais la population encore greffée sur les bienfaits de la mondialisation ne le ressent pas, et donc ne l’intègre pas dans son diagnostic.

    Les métropoles tertiarisées ?

    Oui, les décideurs de ce monde-là vivent toujours dans la croissance réelle, puisque l’approvisionnement énergétique mondial, lui, est en croissance réelle. Ils constituent une caste de privilégiés (dont nous faisons partie vous et moi), qui monopolise un peu la conversation publique et le diagnostic public, et qui, par-là, influence très fortement la prise de décision. Parce que leur souci premier, globalement, c’est de maintenir le plus longtemps possible la marche des choses telle qu’elle les avantage. Et cela devient de plus en plus insupportable aux autres. En 2011, j’avais écrit dans Les Echos un article dont le titre était « Marine Le Pen, enfant du carbone » : ne pas s’occuper de la décrue énergétique fossile qui a commencé, c’est nourrir le sentiment d’abandon d’une partie de la population, et donc faire monter les gens qui prospèrent sur ce sentiment d’abandon. De ce point de vue, tout se déroule comme prévu.

    Vous faites des scénarios avec le Shift Project. Mais dans un monde aussi imprévisible, comment les construire ? Faut-il intégrer des guerres, des épidémies, ou au contraire des scénarios techno-optimistes ?

    Un scénario n’est pas une prévision. C’est une histoire aussi vraisemblable que les hypothèses et les lois d’évolution qu’on y met. Si les hypothèses sont farfelues, vous avez un film de science-fiction, cela peut faire réfléchir, mais cela a ses limites. La poussée des populismes en partie alimentée par la raréfaction du pétrole, je peux dire : « je l’avais prévu ». En revanche, un domaine où je ne le dirai jamais est le déclenchement des guerres. Car ces dernières relèvent de la tectonique des plaques. Ce qu’on sait, c’est que quand vous mettez l’énergie sous tension, une disruption surviendra. Mais personne ne peut vous dire exactement où, quand, ni avec quelle intensité.

    L’intégralité de l’entretien est à retrouver en vidéo sur YouTube et Dailymotion, mais aussi en podcast audio surApple Podcasts, Spotify, Deezer, Castbox ou encore Podcast Addict.



    Source link : https://www.lexpress.fr/societe/les-verites-de-jean-marc-jancovici-nous-avons-eu-le-nucleaire-honteux-et-nous-en-payons-les-Y7O5Z5UIUVHGZP6NR6A7BUW27U/

    Author : Anne Rosencher

    Publish date : 2026-03-29 15:00:00

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  • Guerre en Iran : comment l’Ukraine s’impose comme partenaire stratégique des monarchies du Golfe

    Volodymyr Zelensky poursuit sa tournée au Moyen-Orient. Après l’Arabie saoudite la semaine dernière, puis les Emirats arabes unis et le Qatar cette semaine – trois pays avec lesquels il a ou va conclure des accords militaires -, c’est en Jordanie qu’est arrivé le président ukrainien dimanche. Animé toujours d’un même objectif : renforcer les liens de défense avec les pays du Golfe, dans un contexte de tensions croissantes liées à la guerre avec l’Iran. « Je me rends aujourd’hui en Jordanie. La sécurité est la priorité absolue, et il est important que tous les partenaires fassent les efforts nécessaires en ce sens », a écrit le président ukrainien sur X.

    Alors que Volodymyr Zelensky s’inquiète de voir l’aide américaine – et occidentale de manière plus large – à l’Ukraine diminuer au profit de l’autre guerre en cours, ce dernier cherche à gagner le soutien des Etats du Golfe, pour combler son déficit budgétaire et financer sa production nationale d’armes. En échange, Kiev a proposé son expertise en matière de défense aérienne et sa technologie de destruction de drones aux pays de la région cherchant à contrer les attaques iraniennes.

    L’expertise anti-drones ukrainienne convoitée

    Kiev a également déployé plus de 200 experts anti-drones dans les différents pays visités par Volodymyr Zelensky lors de sa tournée diplomatique. Une stratégie qui semble déjà porter ses fruits, alors que le président ukrainien vient d’annoncer ce week-end avoir signé ou être sur le point de signer des « contrats stratégiques de 10 ans » impliquant « des milliards » d’euros avec trois pays du Moyen-Orient.

    Depuis le début de la guerre avec l’Iran, les fabricants ukrainiens de drones sont submergés de demandes en provenance de la région, Kiev étant devenue l’un des centres de fabrication de drones les plus avancés depuis l’invasion russe de 2022. « Certainement personne d’autre que l’Ukraine ne peut apporter une telle aide aujourd’hui, avec une telle expertise », a d’ailleurs déclaré Volodymyr Zelensky lors d’un point presse samedi.

    Kiev en quête de carburant et d’argent

    De son côté, Kiev souhaite à la fois lever des fonds pour investir dans la production d’armes en Ukraine et sécuriser ses approvisionnements en diesel, essentiel pour l’armée et le secteur agricole du pays. « Riyad possède ce qui intéresse l’Ukraine », a ainsi tweeté Volodymyr Zelensky, sans donner plus de détails. Kiev espère aussi bénéficier – en échange de ses intercepteurs de drones – des coûteux missiles de défense antiaérienne, que les pays du Golfe utilisent aujourd’hui pour abattre les drones iraniens.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/guerre-en-iran-comment-lukraine-simpose-comme-partenaire-strategique-des-monarchies-du-golfe-HH5ODLHXE5FFPD2EV3HQOQTZPM/

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    Publish date : 2026-03-29 15:38:00

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  • Frédéric Beigbeder : « En Russie, vous trouveriez des dizaines et des dizaines d’Epstein… »

    Frédéric Beigbeder se serait-il assagi pour de bon ? De passage à Paris, ce n’est pas au bout de la nuit mais à 9 heures du matin qu’il nous donne rendez-vous pour faire cette interview – à Saint-Germain-des-Prés, quand même, car certaines choses ne changent pas. Il publie Ibiza a beaucoup changé (Albin Michel), un recueil de nouvelles où son double romanesque Octave Parango nous emmène aux Baléares mais aussi au Pays basque, à Londres, ainsi qu’à l’extrémité de la Finlande, en Laponie – contrée inhabituelle pour cet homme que l’on associe plus spontanément aux boîtes de nuits occidentales qu’aux chiens de traîneau septentrionaux.

    Quel Européen est Beigbeder ? Dans une conversation à bâtons rompus, on l’interroge sur ses souvenirs de ses cours à Sciences Po ainsi que sur les pays inattendus qu’il a découverts grâce aux traductions de ses livres ; et lui nous parle de Milan Kundera, de l’état actuel de la Russie ainsi que du scandale Epstein, qu’il avait annoncé dès 2007 dans son livre Au secours pardon. La frivolité apparente n’empêche pas d’évoquer les affaires sérieuses.

    L’Express : Après vos études à Sciences Po, vous aviez 24 ans lors de la chute du mur de Berlin. Que signifiait l’Europe pour le jeune homme que vous étiez ?

    Frédéric Beigbeder : C’était le sujet le plus ennuyeux au monde ! Tous ces grands débats autour du traité de Maastricht… Ce qui m’intéressait, à l’époque, c’était de savoir s’il valait mieux sortir chez Castel ou aux Bains Douches. Je voyais l’Europe comme une superstructure bureaucratique grisâtre – comme toujours, les principaux bénéficiaires d’une utopie sont des ingrats et des enfants gâtés. Je me rappelle Mitterrand serrant la main d’Helmut Kohl en 1984, et nous répétant quelle chance les gens de mon âge avaient de grandir dans un monde sans guerre. Ça nous paraissait le minimum. Comment être galvanisé par la Communauté économique européenne ou par les montants compensatoires monétaires ? En service public à Sciences Po, on étudiait les droits de tirage spéciaux – je ne me souviens même plus à quoi ça sert.

    Si vous aviez réussi l’ENA, quelle carrière auriez-vous faite ? Diplomate ?

    Aucune idée, on ne saura jamais… Dieu merci, je ne me suis pas réveillé le premier jour du concours. J’aurais peut-être travaillé à Bruxelles avant de me suicider à 32 ans ? Je reviens une seconde à votre première question : si je veux avoir une réponse un peu moins méprisante, je dirais que, dans le domaine de la littérature, pour le coup, l’Europe voulait dire quelque chose. Kundera militait beaucoup pour l’idée d’une Europe littéraire. Il a fait connaître des écrivains d’Europe centrale. De mon côté, je lisais des auteurs anglais, allemands, italiens… Voici une utopie à laquelle j’adhère : cette idée selon laquelle on n’écrit pas exactement pareil en Europe que dans le reste du monde. Après deux guerres mondiales sur notre sol, notre nihilisme vient de quelque part et notre cynisme a une excuse.

    L’euro a-t-il changé quelque chose pour l’auteur de 99 francs ?

    J’avais 36 ans lors de sa mise en circulation et oui, j’ai alors commencé à me sentir vraiment européen. Ça a été un énorme changement. On pouvait partir en week-end à Venise, Berlin ou Barcelone sans avoir à changer de monnaie, et on était comme chez soi dans des villes étrangères, comme dans un seul grand pays.

    Votre nouveau livre s’appelle Ibiza a beaucoup changé. Où fallait-il sortir en Europe quand vous étiez un grand fêtard ?

    Dans mon livre on va aussi à Londres, Saint-Tropez et New York – qui est une ville européenne. Je ne l’ai pas fait exprès mais ça donne un petit tour… Au cours des années 1990, j’allais beaucoup à Formentera et Ibiza. Avec le gigantisme des discothèques d’Ibiza, c’était la première fois qu’on voyait une nuit industrielle. Ces boîtes sans toit, où on dansait à ciel ouvert… Encore une forme d’utopie : il y avait des milliers d’Anglais et d’Allemands, toute l’Europe se mélangeait au son d’une musique nouvelle, l’électro. Le club phare était le Space, lancé en 1989 : il se situait sur une plage, non loin de l’aéroport, on voyait les avions décoller au-dessus de nos têtes. Je n’aime pas danser mais je me souviens qu’une nuit, alors que j’avais pris des produits, un copain était venu me voir pour me dire que je dansais depuis… dix heures. Il était temps de rentrer se coucher.

    A propos de drogues, Ibiza a beaucoup changé est votre premier recueil de nouvelles depuis Nouvelles sous ecstasy, qui date de 1999. C’est le genre littéraire le plus addictif ?

    Nouvelles sous ecstasy est un long-seller en Folio – sans doute à cause du titre qui attire tous les toxicomanes. J’adore les nouvelles. En ce moment, on entend beaucoup que les jeunes n’arrivent plus à se concentrer longtemps sur un gros livre. Nous tous, notre attention est sollicitée en permanence par les écrans. Proposer des textes courts est peut-être la solution. En tout cas, il faut essayer. On a de très bons nouvellistes en France, comme Bernard Quiriny ou Alain Bonnand. Et qu’on parle d’Europe n’est pas absurde : en réunissant les nouvelles qui composent Ibiza a beaucoup changé, je pensais à Ouvert la nuit de Morand, où on se promène aussi dans pas mal de capitales.

    En vérité c’est Ibiza qui a changé ou vous qui avez vieilli ?

    Les deux, bien sûr. Il faut y ajouter le Covid. L’année où je suis retourné à Ibiza, tout le monde portait un masque à l’aéroport – auparavant, les gens avaient des platform boots et des plumes dans le dos. Les discothèques étaient ouvertes, mais on devait respecter les distances de sécurité. C’était une vision totalement surréaliste et déprimante ! Cet endroit qui est consacré aux rencontres et où on les interdisait prenait des airs apocalyptiques.

    Et Saint-Tropez ?

    Je n’y vais plus. Dans le livre, il y a une nouvelle, Gare aux hydrocutions, que j’espère assez émouvante et qui est une de mes préférées du recueil. Ça se passe au Club 55. Il y est question d’une célébrité qui passe ses vacances à Saint-Tropez, entourée de sa bande de parasites. Depuis Sagan, on a peu décrit ces endroits… J’attends toujours le grand roman sur Saint-Tropez ! Je me suis fait plaisir avec cette chanteuse qui parle avec un petit garçon sur une plage. Ceux qui aiment les nouvelles de Salinger verront l’hommage à Un jour rêvé pour le poisson-banane.

    Ibiza a beaucoup changé s’ouvre par une nouvelle qui se passe à Londres. Au fond n’êtes-vous pas plus américanophile qu’anglophile ? Vous avez souvent fait référence à Bret Easton Ellis ou Jay McInerney, moins à Martin Amis ou Julian Barnes…

    C’est vrai. On est toujours un mélange de ses parents. Or je suis le fils d’une aristocrate périgourdine et d’un play-boy américain. Je serai toujours tiraillé entre ces deux origines. Enfant, à cause de mon père qui était un homme d’affaires international, j’étais fasciné par New York. Je pensais que c’était là que mon père était parti après son divorce – et de fait, il passait beaucoup de temps aux Etats-Unis. Ça me faisait fantasmer que mon père ait la nationalité américaine par sa mère. Je suis allé le voir à New York, il nous a fait faire le tour des Etats-Unis avec mon frère quand j’avais 10 ans. J’ai beaucoup de souvenirs là-bas, j’ai des cousins dans le Sud et à New York. Et c’est ma deuxième patrie sur le plan littéraire. Je n’écrirais pas si je n’avais pas lu Bukowski à 16 ans – Contes de la folie ordinaire, encore un recueil de nouvelles ! Ça m’avait frappé qu’on puisse écrire des textes de deux à quatre pages avec des pochtrons et des prostituées, ça contrastait avec ce qu’on me faisait étudier en cours de français. Puis j’ai découvert l’univers féerique de Fitzgerald, avec ces femmes en robe du soir qui échappent à des dandies coincés ou à des nouveaux riches… Les nouvelles de Fitzgerald, Salinger et Bukowski m’ont ouvert une porte et autorisé à écrire.

    New York vous fait encore rêver aujourd’hui ?

    Je suis un touriste de l’antiquité. A New York comme à Paris je vais toujours dans les mêmes endroits, dans de très vieilles institutions. A New York, je me rends chez Harry Cipriani, sur la Cinquième Avenue, où les serveurs ont des vestes blanches et où l’on croise des vieilles dames qui promènent leur chien dans Central Park. J’aime aussi le restaurant de burgers P. J. Clarke’s et le Grand Central Oyster Bar, sublime brasserie Art déco où j’ai situé une scène de mon roman Oona et Salinger – ils s’y revoient quand ils sont vieux. Je n’ai aucune curiosité pour les nouveaux endroits, je préfère les lieux classiques, indémodables. C’est pareil à Londres, où ma nouvelle se passe au Claridge’s. Il ne faut pas acheter mon livre si l’on est en quête d’adresses branchées.

    Et la Russie ? Le héros récurrent de vos nouvelles est Octave Parango, le personnage principal de 99 francs mais aussi d’Au secours pardon, qui se passait au pays de Poutine. C’est un coin perdu pour vous ?

    J’y allais beaucoup, hélas depuis l’invasion de l’Ukraine je n’y ai plus mis les pieds, ce dont je suis très malheureux. J’adore le peuple russe et sa culture, sa littérature, son cinéma, sa musique. J’ai beaucoup d’amis là-bas, on s’écrit, mais je ne peux plus m’y rendre. Carrère l’a bien expliqué : il y a des risques d’être enlevé, de servir de monnaie d’échange ou que sais-je… En plus j’ai dit beaucoup de choses contre Poutine dans les médias. Ce serait vraiment dangereux pour moi de m’y aventurer. En revanche j’aimerais beaucoup retourner en Ukraine, et je pense que je vais le faire bientôt. Je n’ai toujours pas compris cette guerre. Pour moi, ce sont deux peuples frères – quelqu’un comme Gogol était originaire d’Ukraine. Au Pays basque, où je vis, je vais souvent à l’Hôtel du Palais à Biarritz : les Ukrainiens et les Russes s’y croisent, discutent, prennent leurs repas ensemble… Mais dans la version ukrainienne de mon livre Bibliothèque de survie on m’a demandé d’enlever le chapitre sur Les Carnets du sous-sol de Dostoïevski, que j’ai remplacé par un texte sur Le Pingouin d’Andreï Kourkov. Sachez enfin que, selon mes renseignements, la fête continue en Russie : pendant que les jeunes vont se faire tuer dans le Donbass, les gens sortent toujours à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Une clientèle chinoise, indienne et saoudienne a remplacé les Européens et va dépenser son argent là-bas. Ce serait passionnant à voir et à raconter…

    Toujours au sujet d’Au secours pardon : Octave Parango y était talent scout. Pourriez-vous publier un tel livre aujourd’hui, avec l’affaire Epstein et tout ce qui sort sur son bras droit français Jean-Luc Brunel et les sombres coulisses du milieu du mannequinat ?

    Mon roman parle de cette affaire. Il y est question d’un rabatteur français qui ramène des filles à des oligarques. Jean-Luc Brunel est même cité : à un moment, il y a un concours de beauté à Saint-Pétersbourg, et dans le jury se trouve Brunel. Je racontais exactement ce qui se passe : comment les filles sont recrutées à 14 ou 15 ans, puis comment on les envoie à l’étranger, logées à plusieurs dans des appartements. Seules quelques-unes travaillent. Celles qui ne travaillent pas sont invitées dans des dîners chez des messieurs très riches. Au secours pardon, qui date de 2007, était en avance : on pourrait me faire crédit d’avoir dénoncé cela il y a presque vingt ans. J’ajouterais que l’affaire Epstein est assez banale. Dans le milieu du mannequinat, il n’y a pas que lui qui profitait des filles recrutées par Brunel et consorts. Cette exploitation était courante. En Russie, vous trouveriez des dizaines et des dizaines d’Epstein. D’ailleurs il y avait eu un scandale à Courchevel l’année de la sortie d’Au secours pardon quand le milliardaire russe Mikhaïl Prokhorov avait été arrêté parce qu’il avait rempli un avion de jeunes filles arrivées là pour une soirée… Même Poutine avait dit qu’il fallait arrêter d’exagérer, que ça devenait voyant.

    Quelques auteurs européens apparaissent dans Ibiza a beaucoup changé, dont Paul Nizon, écrivain suisse trop méconnu. Il demeure un de vos maîtres ?

    C’est une de mes obsessions ! Il est presque mon contraire absolu : il est discret, mystérieux, on ne le voit jamais dans les médias. C’est ma statue du commandeur. J’aime beaucoup L’Année de l’amour et son journal dans l’ensemble. En tant que critique, je suis souvent attiré par ce qui est censé ne pas me ressembler. Ne défendre que des hussards qui font de brillants aphorismes, ça me lasse vite. J’aime l’idée d’aller dans la Creuse rencontrer Pierre Michon, ou d’interviewer Peter Handke et Serge Rezvani. Je cherche un truc qui n’existe plus dans le milieu littéraire : la transmission. La visite au grand écrivain était une tradition, autrefois. J’ai eu ce sentiment avec Nizon, qui est généreux, curieux des autres sans essayer de vous séduire, disant les choses très franchement, en Suisse alémanique. Notre amitié dure depuis longtemps.

    Kundera, dont vous parliez au début de l’entretien, vous l’avez bien connu ?

    Je n’oublierai jamais notre premier verre en tête-à-tête… J’ai tout de suite fait une gaffe. On s’était rencontrés aux réunions de la revue L’Atelier du roman, on avait eu quelques conservations avec Benoît Duteurtre, Houellebecq, Philippe Muray, toute cette bande… Un jour, Kundera m’appelle et me donne rendez-vous, me convoque presque, au Lutetia. J’étais alors éditeur chez Flammarion, et il voulait que je publie un ami à lui qui était clochard, Petr Král – ce que j’ai fait. Sitôt arrivé, pour faire le malin, je commande un verre de vodka. Et là Kundera offusqué m’explique que la vodka c’est l’alcool des Russes, et que lui et ses amis versaient de la vodka sous les chaînes des chars russes à leur entrée dans Prague en 1968 – c’était la seule insolence symbolique que les jeunes Tchécoslovaques pouvaient se permettre envers leurs envahisseurs. J’avais l’air idiot avec ma vodka. Du coup, on avait bu de la poire.

    Et les Belges dans tout ça ? Dans votre livre, on voit aussi passer le nom du facétieux François Weyergans…

    J’ai écrit la préface de son « Quarto » mais je ne l’ai pas fréquenté plus que ça. Il avait beaucoup de culture et d’autodérision, et son côté écrivain paresseux me plaît. On n’est pas obligé d’écrire beaucoup ! Je suis assez fier de la brièveté d’Ibiza a beaucoup changé. J’aimais que Weyergans traîne indéfiniment avant de rendre un livre. Ce n’est pas dû à la trouille, mais au fait qu’on place la littérature tellement haut qu’on est incapable d’écrire plus d’une phrase par jour – Jean-Jacques Schuhl souffre du même syndrome. Physiquement, Weyergans me faisait penser à Jean-Luc Godard, ce qui achevait de me le rendre sympathique. A la fin de sa vie, il marchait en rond autour de l’Académie française, je le croisais rue de Seine, on allait prendre un verre au Chai de l’Abbaye…

    Que penser de l’amitié inattendue qui l’a lié à Jean-Luc Delarue ?

    C’était rocambolesque… Weyergans vivait à un moment dans l’immense appartement de Delarue, rue Bonaparte. Entre deux énormes fêtes, Weyergans, qui préparait son élection Quai Conti, écrivait ses lettres aux académiciens. J’habitais alors la même rue, à quelques numéros. Je me souviens de soirées inouïes chez Delarue. Il y avait énormément de drogues. Beaucoup d’actrices de X passaient par là. Une fois, j’y ai croisé Valéry Giscard d’Estaing ! Que faisait-il là ? Entre la chute du mur de Berlin et la chute des tours de New York, ma génération a connu une sorte de décennie dorée, que Delarue symbolise bien. La dernière période de liberté sans la surveillance des portables et sans les réseaux sociaux. On ne le savait pas mais c’était l’ultime époque du même niveau festif que les Années folles. Delarue m’avait raconté une fois avoir avalé une plaquette de Stilnox entière parce qu’il n’aimait pas prendre l’avion. C’est là où il s’était déshabillé et avait agressé des footballeuses algériennes devant sa femme, dans un vol entre Paris et Johannesburg… Tout cela nous emmène loin de l’Europe !

    Revenons-y : une de vos nouvelles est consacrée aux fêtes de Bayonne. Qu’aimez-vous tant au Pays basque ?

    C’est un pays de Cocagne. Les Basques espagnols ne se considèrent pas comme espagnols, mais comme basques. J’habite désormais en face de Fontarabie. Je vais souvent y déjeuner, et je passe beaucoup de temps à Saint-Sébastien – j’ai en revanche un peu la flemme d’aller jusqu’à Bilbao. Saint-Sébastien c’est le paradis, la ville où on mange le mieux en Europe. Il y a là-bas un bar qui s’appelle le Bukowski, c’est dire : on y respecte les grands auteurs ! J’ai une passion pour la côte de bœuf de Galice, on en trouve au Pays basque. Ils sont très inventifs avec les tapas – enfin, les pinchos. Leur niveau d’exigence culinaire n’a à ma connaissance pas d’équivalent dans le monde.

    Le côté cosmopolite de Biarritz vous avait aussi attiré là-bas ?

    Il existe des mondanités basques : je me suis déjà retrouvé à dîner avec Isabelle Huppert, des gens comme ça. Mais ce n’est pas pour cela que je vis là-bas. Passé un certain âge, la qualité de vie passe avant le reste. Et puis j’ai des enfants qui ont 7 et 10 ans. Je préférais qu’ils grandissent dans la nature, au bord de la mer, plutôt qu’enfermés dans un appartement.

    Dites-moi si je me trompe : l’Italie, vous vous en foutez ? Si je ne dis pas de bêtise, elle n’apparaît jamais dans vos livres…

    C’est vrai ! Pour les gens de ma génération, Venise avait été préemptée par Sollers. Qu’écrire après Morand et Sollers ? Depuis Stendhal, il y a ce désir d’Italie chez les écrivains français : dès qu’un type tombe amoureux dans un roman, il emmène sa copine à Florence ou à Naples. J’ai voulu échapper à cette obligation italienne. Et puis, par mes origines, mon père étant autant béarnais qu’américain, j’étais naturellement attiré par la côte basque. Enfin c’est un endroit mythique sur le plan littéraire : Hemingway est passé par là, Loti et Paul-Jean Toulet aussi, à l’été 1924 Drieu la Rochelle, Aragon et Emmanuel Berl sont à Guéthary, etc.

    Votre troisième femme est suissesse. Pour être heureux en ménage, faut-il se marier avec un ressortissant suisse ?

    Tout à fait. Et pour un catholique comme moi, épouser une protestante ce n’est pas mal non plus. Ça permet d’avoir de bonnes discussions à table, on soigne sa culpabilité et son hypocrisie catholiques. Je suis depuis 2010 avec ma femme. Pour quelqu’un qui a écrit L’Amour dure trois ans, ça devient presque ridicule.

    Une des nouvelles se passe au Center Parcs des Landes. Où emmener des enfants en vacances en Europe ?

    Bonne question ! Cela dépend de si on veut s’en occuper tout le temps ou s’en débarrasser. Center Parcs a été inventé par des Hollandais pour qu’on oublie ses enfants en les noyant dans des toboggans aquatiques. C’est une sorte de Club Med moins cher, je suppose… Je n’ai pas trouvé la solution pour être en vacances avec mes enfants sans m’en occuper. En grandissant au Pays basque, ces chanceux sont en vacances toute l’année. Je ne crois pas qu’ils pourraient vivre ailleurs. Mon fils ne connaît pas Paris. Il y est venu quelques jours, il avait les yeux écarquillés, il trouvait ça amusant mais étrange…

    Dans une autre nouvelle, vous partez pour la Laponie interviewer le Père Noël. Le lecteur attentif aura compris qu’il s’agit d’une fiction. Dans la réalité, quel est le lieu le plus improbable où vous soyez allé en Europe ?

    Jusque-là, on n’associait pas toujours la Laponie à mon œuvre ! Grâce à la traduction de mes livres, j’ai été invité en Pologne, en République tchèque, en Roumanie, en Bulgarie… Je dois reconnaître que j’ai vu beaucoup d’endroits où je ne serais sans doute pas allé de moi-même. Je suis devenu fou de Tbilissi, par exemple. La Géorgie, c’est extraordinaire : la gastronomie, la gentillesse des gens, les hôtels, les montagnes… Je m’amuse toujours énormément à Tbilissi, même si on y boit beaucoup trop. Je suis aussi allé dans les pays Baltes, j’ai de bons souvenirs à Vilnius et Tallinn, ville étonnante. Riga vaut également le détour. Et je conseille à ceux qui aiment voyager le port de Piran, en Slovénie. C’est sublime. On est en face de Venise, c’est plus original que l’Italie, on mange la même cuisine et ça ne coûte rien.

    Dernière question : quelle sera votre prochaine destination en Europe ?

    Je retourne à Londres en juin pour la sortie d’Ibiza a beaucoup changé : j’y ferai une conférence pour les expatriés français, et sûrement un DJ set. Je serai aussi DJ aux fêtes de Bayonne le jour de ma fête, la saint-Frédéric, donc le 18 juillet. Vos lecteurs sont les bienvenus !

    Ibiza a beaucoup changé par Frédéric Beigbeder. Albin Michel, 207 p., 19,90 €.



    Source link : https://www.lexpress.fr/culture/livre/frederic-beigbeder-en-russie-vous-trouveriez-des-dizaines-et-des-dizaines-depstein-7TPHHNYAXJDDFG3SZX4YHAHSDE/

    Author : Louis-Henri de La Rochefoucauld

    Publish date : 2026-03-29 16:00:00

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  • J.D. Vance ou Marco Rubio ? La guerre en Iran accélère la bataille de succession post-Trump chez les républicains

    Alors que la guerre en Iran menace de compromettre l’héritage du président Donald Trump, les enjeux politiques s’intensifient également pour deux de ses principaux lieutenants : le vice-président J.D. Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio. Ces deux hommes, largement considérés comme des successeurs potentiels de Donald Trump, ont été plongés dans des négociations encore en cours visant à mettre fin à la guerre, à un moment où le Parti républicain réfléchit déjà à son avenir après Trump.

    J.D. Vance a adopté une approche prudente, reflétant son scepticisme face à une implication militaire américaine prolongée, tandis que Marco Rubio s’est étroitement aligné sur la position belliciste de Donald Trump, s’imposant comme l’un des défenseurs les plus véhéments de la campagne au sein de l’administration.

    Donald Trump a déclaré que les deux hommes participaient aux efforts visant à contraindre l’Iran à accepter les exigences américaines de démanteler ses programmes nucléaires et de missiles balistiques et de permettre le libre passage du trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz.

    La bataille de la succession déjà engagée

    Avec la prochaine élection présidentielle prévue en 2028 et les limites de mandat empêchant Trump de se présenter à nouveau, le président a posé la question de la succession à ses alliés et conseillers en privé, demandant « J.D. ou Marco ? », ont déclaré deux personnes proches de ses opinions.

    L’issue de l’opération militaire américaine, qui en est désormais à sa cinquième semaine, pourrait façonner les perspectives des deux hommes pour 2028, ont déclaré des analystes politiques et des responsables républicains. Une fin rapide de la guerre favorable aux États-Unis pourrait renforcer la position de Marco Rubio, qui occupe également le poste de conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump et pourrait être perçu comme une figure rassurante en temps de crise. Un conflit prolongé pourrait permettre à J.D. Vance de faire valoir qu’il incarne les sentiments anti-guerre de la base électorale de Donald Trump sans pour autant rompre ouvertement avec le président.

    La popularité de Donald Trump lui-même est également en jeu. Sa cote de popularité est tombée ces derniers jours à 36 %, son plus bas niveau depuis son retour à la Maison-Blanche, affectée par la flambée des prix du carburant et le rejet généralisé de la guerre contre l’Iran, selon un sondage Reuters/Ipsos de quatre jours achevé la semaine dernière.

    Signaux contradictoires au sein du camp républicain

    Certains républicains affirment observer attentivement quel haut conseiller Donald Trump semble privilégier à mesure que le conflit avec l’Iran se déroule. Certains voient des signes indiquant que Donald Trump penche en faveur de Marco Rubio, mais notent qu’il pourrait changer d’avis rapidement.

    « Tout le monde observe le langage corporel de Trump envers Rubio et ne remarque pas la même chose chez Vance », a déclaré un républicain proche de la Maison-Blanche, qui a toutefois rejeté l’idée que le président puisse exprimer une préférence. « Aucune spéculation médiatique délirante concernant le vice-président Vance et le secrétaire Rubio ne détournera cette administration de sa mission de lutter pour le peuple américain », a déclaré le porte-parole Steven Cheung.

    De rivaux à héritiers potentiels

    J.D. Vance, 41 ans, ancien Marine ayant servi en Irak, s’oppose depuis longtemps à l’implication des États-Unis dans des conflits étrangers. Ses déclarations publiques sur l’Iran sont restées mesurées, et Donald Trump a reconnu que les deux hommes avaient des « divergences philosophiques » sur ce conflit.

    Se décrivant lui-même comme autrefois « anti-Trump », J.D. Vance a écrit en 2023 une tribune libre dans le Wall Street Journal affirmant que la meilleure politique étrangère de Donald Trump durant ses quatre premières années de pouvoir avait été de ne pas s’engager dans des conflits.

    La Maison-Blanche a minimisé toute divergence entre le président et le vice-président. Aux côtés de Donald Trump dans le bureau Ovale au début du mois, le vice-président a déclaré qu’il soutenait la gestion de la guerre par Donald Trump et qu’il partageait son avis selon lequel l’Iran ne devait pas se doter de l’arme nucléaire.

    Un rôle encore incertain pour Vance

    J.D. Vance pourrait jouer un rôle plus direct dans les négociations si l’envoyé spécial de Donald Trump, Steve Witkoff, et son gendre, Jared Kushner, parvenaient à réaliser des progrès suffisants, a déclaré une personne au fait du dossier. « Le vice-président Vance est fier de faire partie d’une équipe hautement efficace qui, sous la direction audacieuse du président Trump, a remporté un succès incroyable en rendant l’Amérique plus sûre, plus sécurisée et plus prospère », a déclaré une porte-parole de J.D. Vance.

    Un haut responsable de la Maison-Blanche, qui, comme d’autres personnes citées dans cet article, a souhaité garder l’anonymat pour pouvoir s’exprimer librement sur un sujet sensible, a déclaré que Donald Trump tolérait les divergences idéologiques tant que ses collaborateurs restaient loyaux, ajoutant que les opinions sceptiques de J.D. Vance avaient aidé Donald Trump à mieux cerner la position d’une partie de sa base électorale.

    Des ambitions encore en suspens

    Une personne proche des opinions de Vance a déclaré à Reuters que le vice-président attendrait la fin des élections de mi-mandat de novembre avant de décider s’il se présenterait en 2028.

    Vance a remporté le sondage informel lors du rassemblement annuel de la Conservative Political Action Conference, avec environ 53 % des plus de 1 600 participants qui ont voté en sa faveur pour qu’il soit le prochain candidat républicain. Les résultats publiés samedi ont également montré que Rubio gagnait du terrain, terminant deuxième avec 35 %, contre seulement 3 % l’année dernière.

    Marco Rubio, âgé de 54 ans, a déclaré qu’il ne se présenterait pas à la présidence si J.D. Vance se lançait dans la course. Des sources proches de Rubio affirment qu’il se contenterait d’être le colistier de Vance. Mais toute vulnérabilité perçue chez Vance pourrait encourager Rubio et d’autres républicains à envisager de se présenter.

    « Trump a la mémoire longue », a déclaré le stratège républicain Ron Bonjean. « Et il pourrait reprocher à Vance son manque de loyauté. Et si Trump reste populaire auprès de la base MAGA, cela pourrait lui nuire s’il n’obtient pas le soutien du président. »

    Le président a évoqué l’idée d’un ticket Vance-Rubio, suggérant qu’ils seraient difficiles à battre. « Trump ne veut consacrer personne », a déclaré ce haut responsable de la Maison-Blanche. Un sondage Reuters/Ipsos réalisé en mars a révélé que 79 % des républicains avaient une opinion favorable de J.D. Vance, tandis que 19 % en avaient une opinion négative. Environ 71 % avaient une opinion positive de Rubio, tandis que 15 % en avaient une opinion défavorable.

    En comparaison, 79 % des républicains avaient une opinion favorable de Donald Trump et 20 % une opinion défavorable. Marco Rubio, dont les aspirations présidentielles de 2016 ont été anéanties après une confrontation amère avec Donald Trump, a depuis longtemps mis de côté toute friction avec le président.

    Le porte-parole du département d’État, Tommy Pigott, a déclaré que Rubio « entretenait d’excellentes relations, tant sur le plan professionnel que personnel », avec l’équipe de Trump. Rubio et la Maison-Blanche ont dû se livrer à un exercice de gestion de crise après qu’il eut irrité certains partisans conservateurs de Donald Trump en suggérant qu’Israël avait poussé les États-Unis à entrer en guerre. Mais au cours des semaines qui ont suivi, Trump a salué les efforts de Rubio.

    Une guerre aux effets politiques incertains

    Interrogé sur la possibilité que Rubio craigne qu’une guerre prolongée ne nuise à son avenir politique, un haut responsable du département d’État a déclaré : « Il n’y a pas consacré une seule seconde de réflexion. »

    Matt Schlapp, un leader conservateur qui dirige le CPAC, a déclaré que la campagne contre l’Iran aurait d’importantes conséquences politiques. « Si elle est perçue comme ayant réussi à atteindre son objectif… je pense que les gens seront récompensés politiquement pour avoir fait ce qu’il fallait », a déclaré M. Schlapp. « Si cela s’éternise… je pense que la situation politique sera difficile. »

    Les républicains restent largement favorables aux frappes militaires américaines contre l’Iran, avec 75 % d’opinions favorables contre seulement 6 % chez les démocrates et 24 % chez les indépendants, selon un sondage Reuters/Ipsos.

    Lors d’une réunion télévisée du Conseil des ministres jeudi, le contraste entre Rubio et Vance était flagrant. Le premier a défendu avec vigueur l’attaque de Trump contre l’Iran. « Il ne va pas laisser un danger comme celui-ci en place », a déclaré le secrétaire d’État. Vance, lui, s’est montré plus mesuré, se concentrant sur les options permettant de priver l’Iran de l’arme nucléaire. Il a conclu en souhaitant aux chrétiens et aux troupes américaines dans le Golfe une Semaine sainte bénie et de joyeuses Pâques. « Nous continuons à vous soutenir », a-t-il déclaré aux militaires, « et à vous accompagner à chaque étape. »



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/amerique/jd-vance-ou-marco-rubio-la-guerre-en-iran-accelere-la-bataille-de-succession-post-trump-chez-les-CDLVR4CD4NGN7DDY3X5NP7LKRU/

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    Publish date : 2026-03-29 14:35:00

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  • Anthropic : une fuite révèle les risques de la future IA « Claude Mythos » pour la cybersécurité

    C’est une simple erreur de configuration qui a conduit à la fuite d’informations confidentielles. Et révélé au grand jour l’un des secrets les mieux gardés d’Anthropic : la mise au point d’une nouvelle IA, déjà source de vives inquiétudes. Baptisée Claude Mythos, ou Capybara, il s’agirait, selon l’entreprise, du « modèle le plus performant » qu’elle ait « jamais créé ». « Un changement radical » par rapport aux IA existantes, confie même son porte-parole.

    Ce sont deux chercheurs en sécurité informatique qui ont découvert cette fuite, avant qu’elle ne soit confirmée par le média américain Fortune jeudi 26 mars. Mais plus que les performances de Mythos vantées dans les fichiers mis en ligne par erreur, ce sont surtout ses risques cyber qui ont mis le monde de la tech en alerte. Dans les documents ayant fuité, le modèle est ainsi décrit comme « actuellement bien en avance sur tout autre modèle d’IA en matière de capacités cyber » et capable d’exploiter des vulnérabilités logicielles « à une échelle qui dépasse largement les efforts des défenseurs ».

    Risques cyber identifiés

    En d’autres termes : Anthropic reconnaît avoir développé un outil dont les capacités offensives potentielles – si des hackers venaient à s’en emparer – dépassent ce que les équipes de sécurité seraient en mesure de contrer, explicite Numerama. Par mesure de précaution, Mythos sera dans un premier temps mis à disposition de cyberdéfenseurs uniquement, afin de mieux appréhender ses failles potentielles. « Nous souhaitons redoubler de prudence et bien comprendre les risques qu’il représente, même au-delà de ce que nous apprenons de nos propres tests », écrit l’entreprise dans l’article de blog qui a fuité.

    Le risque est pris très au sérieux par les acteurs de la tech, alors que l’utilisation de l’IA pour des cyberattaques est déjà une réalité. Anthropic elle-même en a déjà fait les frais : en novembre dernier, l’entreprise avait rapporté avoir subi un piratage de son IA Claude Code par un groupe lié au gouvernement chinois. Les hackeurs avaient ainsi tenté d’infiltrer une trentaine de cibles mondiales, dont des entreprises technologiques, des institutions financières et gouvernementales et des fabricants de produits chimiques.

    Bataille judiciaire contre le Pentagone

    Cette fuite intervient alors qu’Anthropic est en pleine bataille judiciaire avec le Pentagone, aux États-Unis. Jeudi, une juge fédéral de San Francisco a bloqué une directive du Pentagone qui interdisait l’utilisation d’Anthropic au sein de l’armée et des agences fédérales, au motif que son IA Claude constituerait « un risque pour la sécurité nationale ». Mettre au ban Anthropic au motif que l’entreprise risquerait de contribuer à des « actes de sabotage » est « tout à la fois contraire à la loi, arbitraire et capricieux », a déclaré la magistrate jeudi, faisant savoir que le Pentagone avait sept jours pour faire appel.

    Le différend entre les deux parties remonte à février, lorsque le PDG d’Anthropic Dario Amodei a demandé que le contrat passé avec le Pentagone fasse mention de « restrictions d’utilisation » éthiques, sur la surveillance de masse des citoyens américains et l’intégration à des armes autonomes. Comble du paradoxe : quelques heures à peine après l’avoir interdit, le Wall Street Journal révélait que le Pentagone avait utilisé Claude pour lancer la campagne de bombardements en Iran.



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/high-tech/anthropic-une-fuite-revele-les-risques-de-la-future-ia-claude-mythos-pour-la-cybersecurite-MNECU7RIXRDC5GUSEOFC7WYHCQ/

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    Publish date : 2026-03-29 11:30:00

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  • EN DIRECT. Le président du Parlement iranien affirme que Washington prépare une attaque terrestre en secret, malgré les efforts diplomatiques


    Le risque d’une guerre iranienne étendue s’est accru alors que les Houthis du Yémen, alliés à l’Iran, ont lancé samedi leurs premières attaques contre Israël depuis le début du conflit. Ces attaques révèlent une nouvelle menace potentielle pour le transport maritime mondial, déjà fragilisé par la fermeture effective du détroit d’Ormuz, qui était auparavant une voie de passage pour environ un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel liquéfié. Car si les Houthis étendent leur nouveau front dans le conflit, le détroit de Bab el-Mandeb, au large des côtes du Yémen, point de passage stratégique pour le trafic maritime vers le canal de Suez, pourrait être une cible.

    Washington a déployé des milliers de Marines au Moyen-Orient dans le cadre de ce conflit qui dure depuis un mois. Le premier des deux contingents est arrivé vendredi à bord d’un navire d’assaut amphibie, a annoncé l’armée américaine samedi. Le Washington Post a rapporté hier que des responsables américains ont déclaré que le Pentagone se préparait à des opérations terrestres en Iran pendant plusieurs semaines, pouvant impliquer des raids menés par les forces spéciales et l’infanterie conventionnelle. Le journal a précisé que l’approbation par le président Donald Trump d’un tel déploiement restait incertaine.

    À l’approche des élections de mi-mandat américaines prévues en novembre, la guerre, de plus en plus impopulaire, pèse sur le Parti républicain de Donald Trump. Ce dernier semble désireux d’y mettre fin rapidement, tout en brandissant la menace d’une escalade. Samedi, des manifestants ont défilé dans les rues de plusieurs villes des États-Unis lors de rassemblements anti-Trump présentés par les organisateurs comme un appel à l’action contre la guerre contre l’Iran.

    11h15

    Le président du Parlement iranien affirme que Washington prépare une attaque terrestre, malgré les efforts diplomatiques

    Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a affirmé dimanche que les États-Unis préparaient une opération terrestre tout en affichant, publiquement, une volonté de dialogue pour mettre fin au conflit.

    Dans un communiqué relayé par l’agence de presse officielle Irna, il a déclaré que « l’ennemi envoie publiquement des messages de négociation et de dialogue, tout en planifiant secrètement une offensive terrestre ».

    10h02

    Le Pakistan accueille des pourparlers avec l’Arabie saoudite, la Turquie et l’Égypte pour discuter d’une désescalade régionale

    Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, et le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Pakistan, Mohammad Ishaq Dar, s’entretiennent sur les relations bilatérales entre le Pakistan et la Turquie, le jour où le Pakistan accueille à Islamabad, au Pakistan, le 29 mars 2026, des pourparlers avec les ministres des Affaires étrangères de l’Arabie saoudite, de l’Égypte et de la Turquie afin de discuter de la désescalade régionale, dans le contexte du conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran. Ministère des Affaires étrangères du Pakistan/Document fourni via REUTERS

    Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, et le vice-Premier ministre et ministre pakistanais des Affaires étrangères, Mohammad Ishaq Dar, se sont entretenus des relations bilatérales entre le Pakistan et la Turquie, le jour même où le Pakistan accueillait des pourparlers avec les ministres des Affaires étrangères d’Arabie saoudite, d’Égypte et de Turquie afin de discuter d’une désescalade régionale, dans un contexte de conflit israélo-américain avec l’Iran.

    8h57

    La Syrie dit avoir repoussé une attaque de drone venue d’Irak contre une base américaine

    Les forces syriennes ont annoncé avoir déjoué une attaque de drones en provenance d’Irak, visant une base américaine située dans le nord-est de la Syrie. L’information a été communiquée par le vice-ministre syrien de la Défense, Sipan Hamo.

    Selon lui, la base américaine de Qasrak, dans la province de Hassaké, a été ciblée par quatre drones lancés depuis le territoire irakien. Il a précisé, sur le réseau social X, que ces appareils avaient été interceptés et abattus sans faire de victimes. Le responsable syrien a également déclaré tenir l’Irak pour responsable, appelant les autorités irakiennes à empêcher toute nouvelle attaque susceptible de compromettre la stabilité de la région.

    8h45

    « Une nouvelle guerre froide ou le chaos » : les prédictions d’Hal Brands pour le monde d’après Donald Trump

    Donald Trump à la Maison-Blanche, le 26 mars 2026.Donald Trump à la Maison-Blanche, le 26 mars 2026.

    « Si cette guerre en Iran provoque des conséquences économiques douloureuses pour d’autres pays, en particulier les démocraties avancées, cela pourrait exacerber les tensions au sein des alliances américaines », nous confie le professeur américain Hal Brands. Annonçant la fin de l’ordre international libéral, celui-ci envisage trois scénarios possibles pour le monde dans les années à venir. Et aucun n’est réjouissant…

    >>> Retrouvez notre entretien

    8h15

    Des frappes américaines et israéliennes touchent un port iranien proche du détroit d’Ormuz

    Selon l’agence de presse officielle Irna, des frappes menées dimanche par les États-Unis et Israël ont visé un quai portuaire iranien situé à proximité du détroit d’Ormuz, causant la mort de cinq personnes. L’agence précise que « l’ennemi américano-sioniste » a conduit « une attaque criminelle contre le quai de Bandar Khamir », faisant également quatre blessés.

    7h34

    L’armée israélienne dit avoir frappé des centres de commandement temporaires et des sites de production d’armes à Téhéran

    L’armée de l’air israélienne a indiqué avoir mené, samedi, une série importante de frappes visant des infrastructures du régime iranien au cœur de Téhéran. Selon elle, ces opérations avaient pour objectif d’affaiblir les capacités de production d’armement, en ciblant notamment de nombreux sites dédiés au stockage et à la fabrication d’armes.

    L’armée affirme également avoir observé, ces derniers jours, un déplacement des centres de commandement iraniens vers des structures mobiles, après que la plupart de ces installations ont été touchées au cours du mois précédent. Elle précise que plusieurs centres de commandement temporaires ont été neutralisés lors de ces frappes, y compris des responsables opérant depuis ces installations.

    Enfin, l’armée israélienne indique avoir ciblé des sites liés à la production et au stockage de missiles balistiques, ainsi que des systèmes de défense aérienne et des postes d’observation appartenant au régime iranien.

    7h12

    Oman condamne les attaques sur son territoires, qui n’ont pas encore été revendiquées

    Le ministère des Affaires étrangères d’Oman condamne les attaques contre son territoire, qui n’ont pas encore été revendiquées, et les autorités du pays enquêtent sur leurs « sources et motifs ». Une personne travaillant sur le port de Salalah a été blessée ce week-end par une attaque de drone qui a conduit le groupe danois de transport maritime de conteneurs Maersk à suspendre ses opérations.

    5h45

    L’armée israélienne annonce qu’un soldat a été tué dans le sud du Liban

    L’armée israélienne a annoncé dimanche matin qu’un de ses soldats avait été tué au combat dans le sud du Liban où elle mène une offensive.

    03h06

    Le Pentagone se prépare à plusieurs semaines d’opérations au sol, selon le Washington Post

    Le Pentagone se prépare à plusieurs semaines d’opérations au sol en Iran, rapporte samedi le Washington Post, citant des responsables américains. Des commandos du corps des opérations spéciales, entraînés pour combattre dans des conditions très difficiles, et des divisions d’infanterie pourraient être déployés dans le cadre des plans du Pentagone, selon le journal. L’approbation de ces plans par le président américain, Donald Trump, reste incertaine, précise le Washington Post.

    L’administration américaine a déployé des Marines au Moyen-Orient alors que le conflit entre dans sa cinquième semaine, et prévoit d’envoyer des milliers de soldats supplémentaires dans la région.

    02h15

    L’entreprise bahreïnienne Alba confirme l’attaque iranienne contre ses installations

    Aluminium Bahrain, également connue sous le nom d’Alba, a confirmé tôt dimanche que ses installations avaient été ciblées lors d’une attaque iranienne la veille, a rapporté l’agence de presse officielle de Bahreïn. Alba a indiqué que deux personnes avaient été légèrement blessées lors de l’attaque, ajoutant qu’elle évaluait les dégâts dans ses installations.

    Cette confirmation intervient après que les Gardiens de la révolution iraniens ont déclaré avoir ciblé Alba et Emirates Global Aluminium en représailles aux attaques perpétrées contre deux aciéries iraniennes. Le Corps des gardiens de la révolution a affirmé, sans plus de précisions, que les deux entreprises entretenaient des liens avec des sociétés américaines des secteurs militaire et aéronautique.

    Reuters n’a pas pu vérifier de manière indépendante les affirmations du Corps des gardiens de la révolution islamique.

    Alba avait déjà procédé, début mars, à l’arrêt de trois lignes de production d’aluminium, soit 19 % de sa capacité, afin de garantir la continuité de ses activités face aux perturbations persistantes dans le détroit d’Ormuz. Cette décision faisait à la suite d’une déclaration de force majeure prise par l’entreprise le 4 mars, celle-ci étant dans l’incapacité d’expédier du métal à ses clients en raison de la fermeture de ce détroit stratégique. Ces fermetures sont le dernier impact en date sur le secteur de l’aluminium au Moyen-Orient, qui représente environ 9 % de l’offre mondiale, de la guerre israélo-américaine contre l’Iran.

    Par ailleurs, Foulath Holding, la société mère de Bahrain Steel, a déclaré samedi un cas de force majeure affectant ses opérations en raison du conflit régional et des « perturbations sécuritaires et logistiques qui en découlent ». Le groupe a déclaré que la situation dans la région avait « créé des circonstances indépendantes de sa volonté qui ont eu un impact sur ses opérations et sa logistique dans certains secteurs de son activité », sans toutefois préciser l’ampleur de cet impact.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/en-direct-guerre-au-moyen-orient-les-marines-americains-arrivent-dans-la-region-KKJIUM7K7BHTTFD3IGFDXVEXK4/

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    Publish date : 2026-03-29 09:17:00

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  • « Une nouvelle guerre froide ou le chaos » : les prédictions d’Hal Brands pour le monde d’après Donald Trump

    Professeur d’affaires internationales à la Johns Hopkins School of advanced international studies (Washington), chercheur à l’American Enterprise Institute et auteur du remarqué The Eurasian Century (W.W. Norton & Company), Hal Brands est l’un des géopolitologues les plus stimulants pour comprendre où va le monde. Récemment, il a publié dans la revue Foreign Policy un article évoquant les trois scénarios possibles pour le monde d’ici dix ans.

    Pour L’Express, Hal Brands explique pourquoi l’après-Trump sera bien différent du monde que nous avons connu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et présente les trois options, guère réjouissantes, qui s’ouvrent à nous : une nouvelle guerre froide entre les Etats-Unis et la Chine, une planète fractionnée en sphères d’influence, ou alors l’anarchie généralisée provoquée par des puissances prédatrices.

    L’Express : Sommes-nous vraiment à la fin de l’ordre international tel que nous le connaissions depuis 1945 ?

    Hal Brands : Cet ordre international a été mis en place par les États-Unis à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils ont ensuite cherché à l’étendre à l’échelle mondiale après leur victoire dans la guerre froide. Ce projet a apporté au monde une paix, une prospérité et une liberté qui ont changé le cours de l’Histoire. Mais il est aujourd’hui sous forte pression. Il y a d’abord la montée en puissance ou la résurgence de pays comme la Chine et la Russie qui n’ont jamais pleinement adhéré à cet ordre, mais qui l’ont utilisé pour accroître leur richesse et financer leurs projets expansionnistes. Mais cet ordre est également mis à rude épreuve en interne. Aux États-Unis, il y a un sentiment croissant qu’un ordre mondial ouvert et libéral ne sert plus les intérêts américains.

    Vous envisagez trois scénarios pour un monde dans dix ans. Le plus probable selon vous est une nouvelle guerre froide autour des Etats-Unis et de la Chine…

    Une compétition entre grandes puissances tend à polariser le système international. Les États-Unis et la Chine sont de loin les acteurs les plus puissants du monde actuel. Leur compétition est structurelle, à tel point qu’il est difficile pour des dirigeants individuels d’y échapper. Cette rivalité englobe des enjeux géopolitiques, une lutte pour le leadership de l’économie internationale, ainsi qu’une rivalité pour la prédominance dans les industries de haute technologie.

    Par certains aspects, l’administration Trump semble consolider la communauté démocratique en vue d’une nouvelle guerre froide avec la Chine, en demandant à ses alliés d’augmenter leurs dépenses militaires, ou en ciblant les maillons les plus faibles autocratiques, l’Iran et le Venezuela. Mais ce qui rend la situation actuelle confuse, c’est que par ailleurs, d’autres décisions à Washington vont dans une direction différente et fragmentent l’unité et la cohésion du monde occidental, à l’image de la revendication de Donald Trump sur le Groenland. Le président américain semble aussi adopter une approche plus transactionnelle dans ses relations avec Pékin. La situation est donc incertaine. Mais une nouvelle guerre froide reste le scénario le plus probable.

    Du fait de la guerre en Iran, la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping a été reportée à mai. La relation entre les États-Unis et la Chine ne peut-elle pas se stabiliser dans les années à venir ?

    Il y a une diplomatie au plus haut niveau pour stabiliser partiellement les relations cette année entre les deux grandes puissances. Mais les tensions sous-jacentes sont trop fortes. Ces initiatives ne feront au mieux que retarder l’émergence d’un antagonisme plus marqué entre les États-Unis et la Chine.

    Le deuxième scénario est selon vous celui d’un monde fragmenté entre sphères régionales. Serait-ce le retour des empires ?

    Ce scénario, c’est celui d’un monde de sphères d’influence, dans lequel les États-Unis se concentrent essentiellement sur leur domination de l’hémisphère occidental, se retirant ainsi de leurs alliances en Asie de l’Est et en Europe. Le monde se fragmentera en sphères d’influence régionales. L’Inde cherchera à s’imposer comme puissance dominante en Asie du Sud et dans l’océan Indien. La Turquie se taillera une place dans un espace post-ottoman situé au carrefour de l’Europe, du Moyen-Orient et de l’Afrique. Israël, l’Arabie saoudite et d’autres prétendants se disputeront l’hégémonie dans la zone de mer Rouge, qui relie le golfe Persique à la Corne de l’Afrique.

    La guerre en Ukraine pourrait bien être un aperçu de l’avenir

    Après la Pax Americana, ce sera effectivement une nouvelle ère d’empires. Cette fragmentation se fera tant sur le plan géopolitique qu’économie et technologique. Et toute notion d’ordre international s’effondrera, car on se retrouvera essentiellement face à une série d’ordres régionaux concurrents.

    Reste le troisième scénario, celui de la loi de la jungle avec des États prédateurs, y compris les Etats-Unis…

    Dans ce scénario, les États-Unis deviennent une autre puissance révisionniste et tentent activement de démanteler les règles et normes qui limitaient leur puissance. Ils mènent une politique d’expansion territoriale agressive, s’appropriant par la force ou la coercition, les ressources vitales de puissances plus faibles. Cela crée une situation très dangereuse, car trois des acteurs les plus puissants du système international, les États-Unis, la Russie et la Chine, poursuivent tous des projets révisionnistes d’une manière ou d’une autre. D’autre part, tous tentent de redessiner la carte politique du monde, ce qui est périlleux pour les puissances moyennes et petites. Celles-ci n’ont pas d’autre choix que de recourir à des mesures extrêmes pour tenter de défendre leur propre sécurité et leur souveraineté, comme l’acquisition d’armes nucléaires. La violence se répandra, car aucune grande puissance ne s’engage à maintenir le statu quo territorial. La guerre en Ukraine pourrait donc bien être un aperçu de l’avenir, plutôt qu’un sombre rappel du passé…

    Ne croyez-vous pas en un scénario plus optimiste ? On pourrait imaginer un nouvel ordre libéral, qui impliquerait les pays du Sud, dans une coopération accrue sur de grands sujets, comme le réchauffement climatique…

    Il est difficile d’imaginer un ordre libéral sans la participation des acteurs les plus puissants du système international. Or, pour l’instant, les États-Unis, la Chine ou la Russie ne semblent nullement intéressés par ce scénario coopératif. Il est réconfortant de penser que les puissances moyennes, comme les pays européens ou le Canada, peuvent s’unir et préserver l’essentiel des règles de l’ordre international libéral, même si son ancien pilier, les Etats-Unis, a fait défection ou envisage de le faire. Mais ce scénario optimiste ne repose pas sur des bases solides.

    L’ironie, c’est qu’il y a quelques années, nous pensions qu’une nouvelle guerre froide serait le pire scénario possible. Aujourd’hui, selon vous, ce serait au contraire la meilleure chose qui puisse arriver…

    Oui. Dans le scénario de la guerre froide, il y a des crises, des tensions et une concurrence omniprésente entre Chine et Etats-Unis. Mais au moins, on maintient un certain degré d’unité et de coopération entre les pays du monde démocratique, ce qui permettrait aux sociétés libres de prospérer dans les années à venir. Durant la première guerre froide, les réalisations de l’Occident ont été considérables en matière de coopération, et ils ont ouvert la voie, après la chute du mur de Berlin, à l’expansion des valeurs et pratiques économiques que ces pays avaient défendues au sein de leur propre bloc. Cette nouvelle guerre froide peut donc aboutir à un résultat plutôt positif, en dépit de tous les dangers potentiels d’une confrontation entre Chine et Etats-Unis. Les autres scénarios ne se terminent pas aussi bien pour les pays démocratiques, ni même pour les seuls Etats-Unis…

    Que doit faire l’Europe dans ce nouveau monde ?

    L’Europe va devoir trouver un nouvel équilibre dans ses relations avec les États-Unis. Elle ne sera pas en mesure de défendre ses intérêts par rapport à la Chine, ni même sans doute par rapport à la Russie, sans une coopération continue avec les Etats-Unis. En même temps, nous avons vu qu’il est impératif que l’Europe développe une capacité de tenir tête aux États-Unis lorsque ceux-ci se comportent de manière plus prédatrice. Trouver le bon équilibre va donc être très difficile, mais c’est probablement la condition nécessaire pour préserver une relation transatlantique fonctionnelle.

    L’actuelle guerre en Iran et l’embrasement du Moyen-Orient sont-ils un simple conflit régional ? Ou auront-ils un impact mondial ?

    D’une certaine manière, cela montre que Trump n’est pas vraiment intéressé par un monde de sphères d’influence. Si c’était le cas, il n’aurait pas mené plusieurs guerres au Moyen-Orient pour les débuts de son second mandat. En même temps, ce conflit risque d’enliser les États-Unis au Moyen-Orient pendant un certain temps. Ce qui rendra plus difficile pour eux le fait de maintenir un équilibre des pouvoirs qui leur soit favorable dans le Pacifique. Et si cette guerre en Iran provoque des conséquences économiques douloureuses pour d’autres pays, en particulier les démocraties avancées, cela pourrait exacerber les tensions au sein des alliances américaines. Les États-Unis ont déclenché une guerre, mais ce sont leurs alliés très proches qui en supportent le coût économique.

    A quel point la fin du mandat de Donald Trump va-t-elle être importante pour le monde à venir ?

    Les deux ans et demi à venir seront cruciaux, car nous avons vu que le président des États-Unis est très puissant. Il est prêt à agir de manière très audacieuse et potentiellement décisive. Mais il y a deux choses à garder à l’esprit. La première est que Trump est autant un symptôme qu’une cause. Il est le symptôme d’un malaise croissant des États-Unis face à l’ordre international libéral, avec le sentiment que cela ne leur profite plus. Et puis, ce qui viendra après Trump sera tout aussi important. Il faudra plusieurs années pour que le nouveau rapport des Etats-Unis au système international se précise. Le vainqueur de l’élection présidentielle de 2028 jouera un rôle clé. Si Marco Rubio l’emporte, il aura une approche plus traditionnelle de la politique étrangère américaine, même s’il endosse à l’heure actuelle l’étiquette Maga. En revanche, quelqu’un comme J.D. Vance semble adhérer à une conception plus restrictive des intérêts américains dans le monde.



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/une-nouvelle-guerre-froide-ou-le-chaos-les-predictions-dhal-brands-pour-le-monde-dapres-donald-trump-AW3Y7P7HVBAS5PSQTKZNH7ICKY/

    Author : Thomas Mahler

    Publish date : 2026-03-29 06:45:00

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  • Carburants : le gouvernement lance un plan d’aides ciblées qui ne convainc pas

    Les effets de la guerre avec l’Iran n’auront pas tardé à se faire sentir à la pompe. En quelques jours, les prix du gazole et de l’essence ont fortement augmenté en station-service, dans un contexte de hausse du pétrole, qui a atteint 110 dollars le baril de Brent ces derniers jours. Pour faire face à cette nouvelle contrainte économique, le gouvernement Lecornu II a annoncé, vendredi 27 mars, un plan d’aide sur les carburants.

    Estimé à 70 millions d’euros d’investissement de l’État, ce dispositif, a priori limité au mois d’avril, est présenté comme un « plan de soutien immédiat en faveur de l’activité économique ». Il cible uniquement certains secteurs — transport routier, pêche et agriculture — sans mesures générales pour la population. Parmi les dispositifs annoncés, aucun ne concerne les « gros rouleurs », comme les infirmières libérales, pourtant évoquées ces derniers jours. « On ne se ferme pas de porte pour l’avenir », s’est contenté de déclarer la ministre de l’Énergie Maud Brégeon.

    Le secteur des transports privilégié

    Le soutien se concentre d’abord sur le secteur des transports, qui bénéficiera dès le 1er avril de 50 millions d’euros pour les TPE et PME (environ 45 000 entreprises) « justifiant des difficultés majeures ». Selon le ministre des Transports Philippe Tabarot, cette aide prend la forme d’une « aide forfaitaire par véhicule » équivalente à 20 centimes par litre de carburant. « Un dispositif de guichet dédié sera mis en place », précise le ministère.

    Depuis plusieurs semaines déjà, le gouvernement était mis sous pression par plusieurs organisations de transport routier qui annonçaient des manifestations et actions régionales à partir de ce week-end. Mais le geste annoncé hier ne les convainc pas. La Fédération nationale des transports routiers, la plus grosse organisation de routiers du pays, a immédiatement dénoncé dans un communiqué des aides « incompréhensibles » et un « dispositif complexe, lourd à activer et insuffisant », se questionnant sur ses modalités très floues. « Elles ne semblent ni à la hauteur de la crise, ni adaptées aux réalités du terrain », tance l’organisation.

    Agriculture et pêche : aides jugées insuffisantes

    Même tonalité dans le secteur agricole, pour lequel le gouvernement prévoit une exonération du droit d’accise sur le gazole non routier (GNR), pour un coût total de 14 millions d’euros, soit environ 4 centimes par litre. La FNSEA a rapidement réagi : « donner à peine 4 centimes alors qu’on a eu une hausse de plus de 60 centimes par litre de GNR… c’est des miettes », a cinglé Luc Smessaert, l’un des vice-présidents de l’organisation, au micro de RTL vendredi. « Si j’étais moins poli, je dirais que c’est du foutage de gueule », a poursuivi le syndicaliste, promettant des actions si aucune mesure de soutien supplémentaire n’est annoncée pour les agriculteurs.

    Du côté des pêcheurs, la ministre Catherine Chabaud a annoncé une aide à « 20 centimes par litre » pour le gazole de pêche, sous forme de remboursement sur les factures de carburant des navires de pêche. Une « bouffée d’oxygène » jugée néanmoins « très insuffisante » par l’Association nationale des organisations de producteurs (ANOP).

    Et ailleurs en Europe ?

    Les voisins européens ont opté pour des stratégies différentes. En Espagne, où le pays ne dispose de quasiment aucune réserve de pétrole brut, l’exécutif espagnol relance une stratégie déjà bien rodée en 2022 lors de l’invasion russe en Ukraine. Un paquet d’urgence d’environ 5 milliards d’euros combinant baisse de TVA (qui passe de 21 % à 10 %) et réduction des taxes sur les carburants, devrait permettre une baisse estimée de 20 à 30 centimes par litre pour tous les automobilistes. Des aides ciblées de 20 centimes par litre sont également accordées aux secteurs les plus exposés (transporteurs, agriculteurs, pêcheurs, éleveurs).

    En Italie, le gouvernement de Giorgia Meloni a adopté il y a dix jours déjà, par décret, une « réduction pour tous » du prix du carburant financé par une diminution des droits d’accise, pour une réduction du prix de 25 centimes par litre pour le gazole et l’essence et de 12 centimes par kilo pour le GPL. « Dès les prochaines heures, les Italiens paieront moins cher que les Allemands, les Français et les Espagnols », s’est félicité le 19 mars le vice-Premier ministre Matteo Salvini. A cela s’ajoute une aide exceptionnelle accordée aux transporteurs et aux pêcheurs sous forme de crédit d’impôt, et un mécanisme anti-spéculation forçant les compagnies pétrolières à communiquer publiquement les prix conseillés afin de stopper les hausses injustifiées.

    En Allemagne, le gouvernement de Friedrich Merz a opté jeudi pour une approche réglementaire, en votant une obligation pour les stations-service de limiter les variations de prix à une seule par jour, et en renforçant le contrôle des compagnies pétrolières. Le pays de la voiture privilégie pour l’heure la surveillance du marché, alors que dans certaines stations-service, les prix dépassent déjà 2,30 ou 2,50 euros le litre de carburant.



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/politique-economique/carburants-le-gouvernement-lance-un-plan-daides-ciblees-qui-ne-convainc-pas-3IFS3RQWI5CJFM4SW5IY7RALR4/

    Author : Enola Richet

    Publish date : 2026-03-28 10:44:00

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  • Crise du gaz : « La situation de l’Europe est plus grave qu’on ne le pense »

    Et si la crise énergétique actuelle était finalement plus forte que celle qui a touché l’Europe en 2022, à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie ? A mesure que le conflit en Iran s’éternise, ce scénario commence à prendre forme. Selon l’expert brésilien Felipe Germini, qui a passé près de vingt ans chez Schlumberger, l’Europe doit se préparer à entrer dans un nouveau monde où les importations d’énergie bon marché n’existeront plus. L’occasion pour elle de réduire – enfin – sa dépendance coûteuse aux énergies fossiles.

    L’Express : Pensez-vous que la situation gazière de l’Europe est plus grave qu’on ne le pense ?

    Felipe Germini : Oui. Il faut être familier avec les chiffres et les réalités physiques du marché pour prendre la mesure de la crise actuelle. Commençons par donner quelques ordres de grandeur. Les stocks de gaz de l’UE se situent à environ 30 % de leur capacité. L’Allemagne est dans la fourchette des 20 %. La France idem. Il s’agit du niveau saisonnier le plus bas depuis 2022, et il est bien inférieur à la moyenne des dix dernières années. Cela constitue déjà un problème en soi. Mais ce qui rend la situation structurellement dangereuse, c’est ce qui s’est passé le 2 mars. Des frappes de drones iraniens ont touché les installations de Ras Laffan et Mesaieed appartenant à Qatar Energy.

    Ras Laffan n’est pas une installation mineure : elle traite environ 20 % de l’approvisionnement mondial en GNL. Qatar Energy a immédiatement cessé la production, invoquant un cas de force majeure. Deux des quatorze trains de GNL du Qatar et l’une de ses deux usines de liquéfaction du gaz ont été endommagés. Le PDG de Qatar Energy, Saad al-Kaabi, a déclaré que les réparations prendraient entre trois et cinq ans. Il ne s’agit pas d’une perturbation temporaire mais d’une destruction structurelle de capacité.

    Et la situation empire. Le détroit d’Ormuz — par lequel le GNL du Qatar doit physiquement transiter — est pratiquement fermé depuis fin février. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien a émis des avertissements concernant la navigation, attaqué des navires marchands et le trafic des pétroliers est tombé à presque zéro. Les tarifs d’assurance ont quadruplé en une semaine. Même si Ras Laffan fonctionnait aujourd’hui à pleine capacité, le gaz n’aurait aucun moyen de sortir.

    L’Europe s’approvisionne à hauteur de 12 à 14 % en GNL auprès du Qatar. Cela semble gérable, jusqu’à ce que l’on comprenne que le marché mondial du GNL est un jeu à somme nulle. Lorsque les molécules qataries disparaissent, elles disparaissent pour tout le monde – y compris pour les acheteurs asiatiques qui absorbent 82 % de la production de ce pays. Ces acheteurs se disputent alors avec l’Europe les cargaisons restantes du bassin atlantique. L’UE a l’obligation légale de remplir ses stocks à 90 % d’ici novembre. Même si la Commission a assoupli cet objectif, l’Europe doit injecter au moins 575 TWh de gaz cet été. Il s’agit de l’effort de reconstitution de stocks le plus important de ces dernières années. Et il n’a pas encore commencé. En résumé, nous entrons dans le mois d’avril avec des stocks à 30 %, le plus grand exportateur mondial de GNL hors service et le plus important goulet d’étranglement maritime possible pour le commerce de l’énergie.

    La crise qui s’annonce sera-t-elle plus grave que celle de 2022 ?

    En 2022, l’Europe disposait de marges de manœuvre très importantes pour s’adapter. Malheureusement, ce n’est pas le cas aujourd’hui. A la suite de l’invasion de l’Ukraine, les livraisons de gaz russe ont été réduites de manière progressive, et non supprimées du jour au lendemain. Gazprom a réduit les flux via le gazoduc Nord Stream par étapes, de juin à septembre 2022. Cela a donné aux acheteurs européens plusieurs mois pour rechercher des alternatives. Cette fois-ci, le GNL qatari a disparu du marché en une seule journée – le 2 mars – et la fermeture du détroit d’Ormuz a aggravé la situation en quelques heures.

    En 2022, alors que l’Europe s’empressait de remplacer le gaz russe acheminé par gazoduc par du GNL, les cargaisons qataries constituaient un élément essentiel de cet approvisionnement de substitution. Doha expédiait 15 à 20 milliards de mètres cubes par an vers l’Europe et s’était engagé à augmenter ses livraisons à long terme. Aujourd’hui, le Qatar est le chaînon manquant. Il n’est pas disponible en tant que fournisseur d’appoint.

    On voit mal d’où pourraient venir des approvisionnements providentiels. L’extension au Qatar du champ North Field East – qui devait ajouter 33 millions de tonnes par an de nouvelle capacité de GNL, soit environ la moitié de la consommation annuelle de gaz de l’Allemagne – a été suspendue en raison du conflit. Le scénario le plus optimiste repousse la mise en service à fin 2026 ou début 2027. La Norvège fournit environ 30 % du gaz européen par gazoduc mais la production du pays devrait baisser avant 2030, à moins que de nouveaux investissements ne soient débloqués. Parallèlement, les terminaux de regazéification par lesquels transite le GNL américain fonctionnent à plein régime. Certes, de nouvelles unités flottantes de stockage et de regazéification devaient voir le jour en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas, mais leur mise en service prend du retard. Le terminal de Stade en Allemagne, initialement prévu pour 2024, a été repoussé au deuxième trimestre 2026. L’Algérie, l’Azerbaïdjan et l’Afrique du Nord apportent leur contribution sur le marché, mais les volumes sont modestes au regard du déficit. De même, l’Azerbaïdjan a commencé à exporter vers l’Allemagne et l’Autriche cette année. Un apport utile mais guère décisif.

    Ce qui m’inquiète le plus, c’est que l’Europe ne peut plus compter autant sur l’élasticité de la demande qu’en 2022. A l’époque, les stocks affichaient un faible niveau, mais une réduction de la consommation était possible. L’industrie européenne a d’ailleurs réduit ses besoins en gaz de 20 % entre 2021 et 2023, en partie grâce à des gains d’efficacité, en partie grâce à une réduction pure et simple des activités industrielles. On imagine mal une telle destruction de la demande se reproduire. Les réductions les plus faciles ont eu lieu.

    L’Europe est donc condamnée à payer son énergie au prix fort et à perdre en compétitivité ?

    A court terme, oui. L’Agence internationale de l’Energie a déjà autorisé la plus grande libération coordonnée de réserves stratégiques de pétrole de son histoire — 400 millions de barils, dont 172 millions proviennent des seuls Etats-Unis. Mais il n’existe aucun mécanisme équivalent pour le gaz. Or la crise immédiate que traverse l’Europe est avant tout une crise du gaz. Celui-ci fait fonctionner une partie du réseau électrique. Il crée la chaleur dont l’industrie a besoin. La production d’engrais, le secteur chimique, le verre, la céramique — tout cela fonctionne au gaz ! L’Europe va donc devoir faire le dos rond dans un premier temps. A moyen terme, elle peut agir de trois manières mais aucune de ces options n’est facile.

    Premièrement : accélérer la transition énergétique – non pas comme un simple exercice de politique climatique, mais comme un impératif de sécurité d’approvisionnement. Chaque mégawatt de capacité renouvelable qui remplace la production au gaz réduit l’exposition de l’Europe à ce type de choc. Cela aurait dû être présenté comme une politique industrielle il y a déjà de nombreuses années.

    Deuxièmement : constituer des réserves de gaz stratégiques, non pas gérées comme un outil d’optimisation, avec des écarts étroits entre l’été et l’hiver, mais comme un tampon de sécurité bénéficiant d’un soutien gouvernemental. La décision de septembre 2025 d’abaisser l’exigence minimale de stockage de 90 % à 75 % était, avec le recul, une grave erreur.

    Troisièmement : il faut accepter que l’ère de l’énergie importée à bas prix est révolue pour l’Europe. Pas temporairement, structurellement. Les Etats-Unis et le Moyen-Orient disposent de gaz bon marché parce qu’ils possèdent des réserves et une situation géographique favorable. L’Europe n’a ni l’un ni l’autre. Plus vite les décideurs politiques intérioriseront cela, plus tôt ils pourront commencer à concevoir une économie capable de rivaliser sur d’autres aspects que le coût de l’énergie. La question n’est pas de savoir si l’Europe paiera plus cher son énergie. C’est inévitable. La question est de savoir si elle profitera de cette crise pour se restructurer – ou si elle se contentera de rafistoler le système, de prier et d’attendre le prochain choc.



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/crise-du-gaz-la-situation-de-leurope-est-plus-grave-quon-ne-le-pense-OUQIUIBDHJCVLPKHBZ5FAB3YJ4/

    Author : Sébastien Julian

    Publish date : 2026-03-28 11:28:00

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  • Enseignement supérieur privé : « Il est urgent d’agir après avoir laissé faire pendant des années »

    Le projet de loi de régulation de l’enseignement supérieur privé que devait porter Philippe Baptiste, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, serait-il rangé au placard avant même d’avoir été débattu ? Un enterrement de première classe, en silence. Ce texte, rédigé depuis des mois déjà, visait notamment à durcir les contrôles afin de limiter les pratiques frauduleuses de certains établissements. Il devait théoriquement être présenté au Sénat au lendemain des élections municipales. Or il n’a pas été inscrit à l’ordre du jour de la conférence des présidents du Sénat et, ce, jusqu’à fin mai.

    Dans les colonnes de L’Express en février, le ministre affirmait alors : « Le but de ce projet de loi est de s’assurer que les formations reconnues par l’Etat répondent à des standards de qualité exigeants. Cela passe par un renforcement du rôle du Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres). Les critères de la certification Qualiopi, seront également revus et conditionneront plus strictement l’accès aux financements liés à l’apprentissage. »

    Philippe Baptiste n’a pas souhaité répondre à nos questions sur ce report. D’après nos informations, la décision aurait été prise à Matignon. Elle interroge, alors que le scandale du Collège de Paris, l’un des plus gros groupes d’enseignement supérieur privé en France, n’en finit pas de faire des vagues. Le groupe, dont l’ancienne direction est accusée de fraude, de blanchiment d’argent et d’abus de biens sociaux, vient d’être placé en redressement judiciaire. Les administrateurs judiciaires ont jusqu’au 10 avril pour trouver des repreneurs afin d’éviter la liquidation.

    Pour L’Express, le sénateur LR Stéphane Piednoir, rapporteur au Sénat du projet de loi, revient sur cet ajournement et pointe une nouvelle fois la nécessité de réguler un secteur en roue libre.

    L’Express : Le projet de loi relatif à la régulation de l’enseignement supérieur privé n’est plus à l’ordre du jour du Sénat. Est-ce à dire que ce sujet n’est pas considéré comme une priorité par le gouvernement ?

    Stéphane Piednoir : Je me suis évidemment interrogé sur les raisons ce nouveau report. D’autant que c’est la deuxième fois que l’étude de ce projet de loi est décalée ! La principale raison évoquée par le ministre chargé des relations avec le Parlement est l’encombrement du calendrier : du côté de l’Assemblée nationale, notamment, les textes n’en finissent pas d’atterrir et les examens traînent en longueur. Par conséquent, inscrire un nouveau texte au Sénat risquerait d’aggraver cet embouteillage…

    Et pourtant, on voit bien que ce sujet revient régulièrement dans l’actualité et qu’il est essentiel de le traiter…

    Oui, d’ailleurs les deux ministres précédents de l’Enseignement supérieur s’étaient aussi engagés à s’attaquer au problème. Comme Philippe Baptiste, ils étaient conscients de la nécessité de réguler le secteur de l’enseignement supérieur privé. Ce nouveau décalage m’interroge néanmoins. On sait bien qu’une modification de la législation peut de facto perturber les habitudes prises par certains établissements depuis six ou sept ans. En attendant, nous avons une contrainte calendaire : si ce texte n’est pas examiné au Sénat avant l’été, les mesures ne seront pas effectives à la rentrée et la réforme sera techniquement encore reportée d’une année.

    Notre enquête sur le Collège de Paris a révélé des fraudes et des dysfonctionnements systémiques. Ces révélations vous ont-elles étonné ?

    Evidemment ! Le problème est que certains groupes privés ne font pas suffisamment le ménage en amont. Ils attendent que les problèmes éclatent au grand jour pour les régler. Pour autant, au sein du groupe Collège de Paris, je crois savoir que tous les établissements ne sont pas forcément concernés par ces pratiques frauduleuses. C’est d’ailleurs la difficulté avec ces grands groupes privés qui proposent à la fois des formations de qualité et d’autres peu respectueuses de la déontologie requise.

    Le problème est que ces abus, souvent adossés à la manne de l’apprentissage, coûtent cher à l’Etat…

    Encourager l’apprentissage dans le supérieur a été une bonne chose. Encore faut-il s’assurer que les réseaux de formation qui bénéficient de ces aides donnent satisfaction en termes de qualité d’accueil des étudiants et de sérieux des enseignements dispensés. C’était tout l’objet de ce projet de loi.

    N’est-il pas aussi urgent de se pencher sur la multiplication de ces diplômes parfois non reconnus et qui ne mènent nulle part ?

    Bien sûr. Moi qui ai exercé comme enseignant pendant 25 ans, longtemps dans le secondaire puis en classe préparatoire, j’ai pu observer le désarroi des familles perdues face à cet écosystème extrêmement complexe. Le projet de loi visait justement à clarifier ce secteur, à aider à faire la distinction entre les formations de qualité et les autres, que ce soit dans le public ou le privé, ou encore entre celles qui délivrent des diplômes nationaux ou des grades, comme les fameux titres RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles) qui sont accordés par le ministère du Travail.

    Trouvez-vous normal qu’une école puisse louer des certificats RNCP à un autre établissement, sans contrôler la qualité des enseignements, ni les conditions d’organisation des examens ? Sujet qui n’est pas abordé dans le projet de loi…

    Franchement, cette technique me choque profondément car elle alimente un système très opaque. Tout cela mériterait une remise à plat. Nous avons, une fois de plus, perdu l’occasion de lancer ces différents débats tant au Sénat qu’à l’Assemblée nationale. Je précise que la question des titres RNCP relève du ministère du Travail et non de l’Enseignement supérieur. Cette dualité entre les deux ministères n’est pas toujours facile à conjuguer pour avoir des textes de loi cohérents.

    Vous parlez de remise à plat de l’organisation de l’enseignement supérieur. Jusqu’où ?

    Je ne sais pas s’il y aura un grand soir sur le sujet. Mais il est urgent d’agir après avoir laissé faire pendant des années. La période du Covid a aussi contribué à la modification des pratiques et à un certain glissement qualitatif. Dans les années qui viennent, les effectifs de l’enseignement supérieur seront amenés à diminuer, à la fois dans les universités et dans les écoles privées du supérieur, ce qui va forcément avoir un impact sur leur modèle financier qui est déjà fragilisé. Je pense que c’est le bon moment, non pas pour tout reprendre de A à Z car on n’y arrivera jamais, mais pour se poser les bonnes questions. Et agir enfin !



    Source link : https://www.lexpress.fr/campus/enseignement-superieur-prive-il-est-urgent-dagir-apres-avoir-laisse-faire-pendant-des-annees-DEVGXIMEVNFWXBXBY7VA6GJXWU/

    Author : Amandine Hirou, Béatrice Mathieu

    Publish date : 2026-03-28 12:00:00

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